‹ Hugues de Saint-Victor;Chapitre 24 sur 75 · XXIX. — DE BESTIIS ET ALIÏS REBUS · texte numérisé non relu

XXIX. — DE BESTIIS ET ALIÏS REBUS

C'est encore un ouvrage fabriqué par les copistes : il se compose de quatre livres, qui réclament chacun un examen particulier.

Le premier traite des oiseaux. A quelques observations recueillies dans les ouvrages des anciens naturalistes viennent se joindre des explications allégoriques, qui peuvent aider à comprendre les symboles figurés du moyen âge. Il ne faudrait pas cependant placer une trop grande confiance dans ces explications : elles renferment plus de jeux d'esprit que de renseignements utiles. Après Albéric de Trois-Fontaines, Oudin et dom Brial * restituent cet ouvrage à Hugues de Fouilloi. C'est une restitution que les manuscrits eux-mêmes semblent impérieusement exiger. Nous n'en connaissons pas un seul qui porte le nom du Victorin, et, dans plusieurs, on voit le nom du chanoine de Saint-Laurent. Le numéro 69 de Saint-Victor, qui paraît être un volume du douzième siècle, s'exprime à cet égard sans équivoque : « Incipit libellusdomni » Hugonis de Foheto de Natura Avium, ad Renierium » conversum, cognomine Corde-Benignum. » Aucun des anciens bibliographes n'a, d'ailleurs, attribué cet ouvrage à noire Victorin. On le rencontre, dans les manuscrits, sous ces titres divers : De Avibus, De Natura Avium, De Columba deargeniata.

» Histoire Lit t., l. XI II, p. 499.

Le second livre est une paraphrase composée, dans le même goût, sur les bêles fauves, De Best as. L'auteur décrit la forme et raconte les mœurs des animaux ; ensuite il moralise ce récit et cette description. Il n'y a d'original dans tout cet ouvrage que les moralités : le reste appartient à la glose du Physiologus insérée dans les OEuvres de saint Épiphane, au Polyhistor de Solin, et aux Origines d'Isidore de Séville. Deux anciens bibliographes, Henri de Gand et JeandeTritenlieim, mentionnant un Bestiairei^Sinm les œuvres d'Alain de Lille, dom Brial a cru devoir contester à Hugues de Saint- Victor le second livre du De Destiis, pour l'attribuer à maître Alain '. Nous ferons d'abord remarquer qu'après avoir parlé du Bestiaire d'Alain, Jean de Tritenheim en inscrit un autre au catalogue des œuvres de notre chanoine, sous ce titre différent : De iVoiura Animalimn liber nnus. Mais voici contre l'hypothèse de dom Brial un plus fort argument. Nous venons, en effet, de retrouver dans le numéro 201 du fonds de Notre- Dame, l'ouvrage d'Alain de Lille désigné par Henri de Gand. Il porte ici le titre de Quœstiones, C'est, en effet, un questionnaire, où l'auteur aborde successivement divers problèmes d'histoire naturelle. Mais comme il s'agit principalement dans cet ouvrage des mœurs vraies ou supposées de quelques animaux, il est manifeste que c'est l'ouvrage'mentionné par Henri de Gand, et plus tard par Jean de Tritenheim. Or, il n'offre aucun trait de ressemblance avec le Bestiaire inséré dans les œuvres de notre Victorin. Oudin avait d'abord admis, par simple conjecture, à l'article d'Alain, l'identité de ces deux bestiaires :

ï Dora Brial, Hist. Litt., l. XVI. Notice sur Alain de Lille,

à l'article de Hugues, il consent à reconnaître que l'ouvrage publié sous le nom du chanoine de Saint-Victor n'est pas le Bestiaire d'Alain ; mais, prompt à faire une nouvelle supposition, il l'attribue au chanoine de Saint- Laurent. C'est pur caprice. Quand Albéric nous avertit que le volucraire n'est pas du Victorin, mais de son confrère en religion, Hugues de Fouilloi, il ne parle pas du Bestiaire; et il en eût parlé, s'il eût été de l'avis de Casimir Oudin. Nous ne rencontrons, d'ailleurs, aucun manuscrit qui nous désigne Hugues de Fouilloi comme auteur de cet ouvrage. Nous le laisserons donc, pour nous conformer à quelques manuscrits, à quelques catalogues ' et à la tradition, dans les œuvres de Hugues de Saint-Victor. Ce ne sera pas assurément pour lui faire honneur.

Dans ces deux premiers livres, l'histoire naturelle des oiseaux ou des bêtes fauves occupe la moindre place. L'affaire principale, nous l'avons dit, ce sont les moralités. Ces moralités disparaissent, ou à peu près, dans le troisième livre, qui traite à la fois des bêtes fauves et des oiseaux , mais sur un plan tout différent. Ici pas ou point de paraphrases mystiques, mais un grand nombre d'observations, recueillies avec soin dans tous les ouvrages des anciens que l'on possédait au douzième et même au treizième siècle. Ainsi, l'auteur de ce troisième livre n'est pas le chanoine de Saint-Laurent. Pour démontrer que ce n'est pas non plus le chanoine de Saint-Victor , il suffira de faire observer que les plus importants chapitres du volucraire et du bestiaire, qui forment le premier et le deuxième livres, sont reproduits littéralement dans le troisième. Les

* Après celui de Jean de Trilenlieim, il faut désigner un de ceux que nous avons publiés dans le Bulletin des Comités, pag. 186.

éditeurs de 1 648 nous en ont avertis, et ils ont supprimé, dans le troisième livre, tout ce qu'ils avaient déjà publié dans les précédents : « In quo, quia plurima eadem cum » iis quae in superioribus dicta sunt recitantur, nolui eadem » repetere. » Ce troisième livre est donc l'ouvrage d'un compilateur, moins ancien que nos deux chanoines. On suppose que c'est Guillaume Perrault^ de l'ordre des Frères Prêcheurs. C'est une supposition de Casimir Oudin, que dom Brial a reproduite \ Mais ils ne nous apprennent ni l'un ni l'autre comment ils la justifient. Jean de Tritenheim, Léandre Alberti, Laurent Pignon et les derniers bibliographes de l'ordre de Saint-Dominique, Quétif et Échard, ont tour à tour fait et refait la liste des œuvres vraies ou supposées de Guillaume Perrault, et, parmi ces œuvres, nous ne voyons figurer aucun bestiaire. Il y a mieux, le tome XIX de V Histoire Littéraire contient une notice assez étendue sur Guillaume Perrault, et l'auteur de cette notice, M. Petit-Radel, paraît avoir ignoré que dom Brial eût précédemment, dans le tome XIII, mis au compte de Guillaume Perrault un des bestiaires publiés dans les œuvres de Hugues de Saint-Victor. C'est donc une attribution chimérique.

On inscrit encore au nom de Guillaume Perrault ^ le traité De Naturis rerum, ac de Proprieiatibus, ac Epithetis earuniy qui nous est donné comme le quatrième livre de ce recueil artificiel. C'est peut-être ce traité qui, dans un des catalogues de notre Yictorin, est intitulé : Distiiietiones Voeabulorum ^ Y figure-t-il à bon droit? On pourrait le

» Hîst. Littér., t. Xîll, p. 498.

^ Hist. Littér., t. XIII. Notice sur Hugues de Fouilloi.

3 Bulletin des comités, 1851, p. 185.

soutenir, en disant que le chanoine de Saint-Victor fait une allusion à ce traité dans le passage suivant du Didascalicon : « Memini me, dum adhuc scolasticus essem, elabo- » rasse ut omnium rerum oculis subjectarum, aut in usum » venientium, vocabula scirem, perpendens libère rerum » naturamillum non posse prosequi quiearumdem nomina » ignoraret *. » Quoi qu'il en soit, rien ne permet de Tattribuer à Guillaume Perrault. C'est l'avis d'Echard, qui propose de le donner à quelque religieux du tiers-ordre, dont il nous laisse ignorer le nom. Ce vocabulaire, absolument dépourvu d'intérêt, ne peut même être comparé à la Somme Quoi modis d'Alain de Lille.

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