‹ Hugues de Saint-Victor;Chapitre 23 sur 75 · XXVIII. — EXCERPTIONUM LIBER PRIMUS · texte numérisé non relu

XXVIII. — EXCERPTIONUM LIBER PRIMUS

Parlons maintenant du premier livre des Extraits, c'est-à-dire des Extraits historiques. Ces Extraits se composent de deux parties distinctes. L'une nous présente une histoire assez confuse des arts et des sciences ; l'autre, une chronique, qui commence au jour natal du

> Censura Operum sancti Anselmi, in proœmio Operum.

monde, et finit, comme nous l'avons dit, à Philippe- Auguste. Ce sont bien, ainsi que le titre l'annonce, de simples Extraits. L'histoire des arts est empruntée tout entière au DidascaUcon de Hugues de Saint-Victor ; la meilleure partie de la chronique, qui se compose des Hvres 6, 7, 8, 9 et 10, est un abrégé presque littéral de la Chronique de Hugues de Fleury. Dans cet ouvrage, qui est d'un assez gros volume, il n'y a donc rien d'original.

On se demande si cette seconde partie du premier livre 'des Extraits est bien la Chronique attribuée par divers catalogues au chanoine de Saint-Victor. Les auteurs de V Histoire Littéraire ne veulent pas admettre cette identité. La Chronique de Hugues de Saint Victor a deux fois été citée par Albéric de Trois-Fontaines, et l'on ne voit pas dans le premier livre des Extraits les passages reproduits par cet annaliste. C'est une objection qui paraît grave ; mais elle perd beaucoup de son importance, dès que Ton compare le texte imprimé des Extraits et les citations d'Albéric. En effet, Albéric n'a peut-être pas entendu citer littéralement, et les différences que l'on remarque n'existent que dans les termes : le fond est semblable.

S'il faut chercher un autre texte de la Chronique inscrite par les catalogues au nom de notre chanoine, ne serait-ce pas une Chronique Abrégée^ Chronica Abbreviata, qui se voit dans le numéro 567 [olim 801) de Saint- Victor? C'est une question que s'adressent les auteurs de VHistoire Littéraire, et, persuadés que cette Chronique Abrégée porte le nom de notre chanoine, ils s'efforcent de démontrer que c'est une attribution erronée ', Mais

< îïùt. Lut., l. XU, p. 57.

cette démonstration était inutile, personne n'ayant attribué jusqu'alors au chanoine de Saint-Victor un écrit où Ton parle de lui dans ces termes : « In scientia Scripturarum » nulli secundus in orbe. »

Enfin, les Bénédictins supposent, pour combattre ensuite cette supposition, que l'introuvable Chronique pourrait être le livre intitulé Liber de tribus maximis Circiimstanciis gestorum, id est personis, locis, teînporibtiSy qui nous est offert par les numéros 567 et 577 (olim 81 1) de Saint-Victor '. Ce sont des tableaux mnémoniques, que précède une courte dissertation sur les avantages de la mémoire, sur la nécessité de l'exercer et sur les procédés qui conviennent le mieux à cet exercice. Nous reconnaissons volontiers, dans cette dissertation^ la manière du Victorin; nous remarquons, en outre, en tête des tableaux, divers préambules qui sont littéralement empruntés au premier livre des Excerptiones : de plus, quelques-uns de ces tableaux reproduisent eux-mêmes, sous une autre forme, les listes de rois, de papes, de patriarches, etc., etc., que l'on retrouve dans les Excerptiones et dans V Arche 3Iystiqiie. Il suffit donc de lire cet opuscule pour se convaincre qu'il a été composé d'après Hugues de Saint-Victor ; il est même recevable que c'est une compilation faite par lui-même, suivant son habi-

^ Nous en désignerons encore deux exemplaires incomplets, que renferment les numéros 304 de la Sorbonne et 48'i2 de l'ancien fonds latin de la Bibliothèque Impériale. Dans les notes que nous avons publiées sur Hugues de Saint-Victor {Bulletin des Comités^ 185i, p. 187), le fragment contenu dans le numéro 304 de la Sorbonne est menlionrié comme un ouvrage imparfait. Ainsi nous en avions déjà reconnu l'imperfection : mais nous n'avions pas remarqué l'identité de ce fragment et des premiers chapitres du Liber de tribus maximis Circumstanciis.

tude, dans ses propres ouvrages. Mais est-ce bien là sa Chronique ?

Un des annotateurs des manuscrils de Saint-Victor a écrit sur la garde du numéro 577 : « Tractatus, vel po- » tins Artificium memoriae, necessarium ad Chronici ejus- » dem (Hugonis), quod incipit pag. 51, faciliorem tena- » cioremque comprehensionem. Finilur Chronicon in » Honorio II. » Or, suivant la description du manuscrit faite par ce bibliographe, ce qu'il appelle Artificium memoriœ est le discours préliminaire du livre, et la Chronique^ commençant au feuillet 51, est la série des tables qui finit à l'année 1 1 35, sous Honorius II. Voilà donc un témoin qui dépose contre les auteurs de YHistoire Littéraire. Et il y en a d'autres. Nous regrettons de ne pas avoir sous les yeux tous les manuscrits désignés par M. G. Haënel, comme offrant le titre de Chronicon Hugonis. Cependant le catalogue récemment publié de la bibliothèque de Troyes vient nous fournir un renseignement conforme au témoignage de l'annotateur Victorin. Sous le numéro 2.59 de cette bibliothèque, manuscrit du douzième siècle, venant de Glairvaux, se trouve l'opuscule contenu dans le numéro 577 de Saint-Victor, et cet opuscule a pour titre : Chronicon Hugonis, Ainsi, nous possédons le livre qui, pour les contemporains de Hugues, était sa Chronique. C'est un ouvrage inédit. Cependant, nous n'avons pas dessein de le publier. Il nous semble, en effet, dépourvu de tout intérêt. La manie contemporaine est, il est vrai, de tout confier à la presse. Mais nous nous déclarons contre cette manie.

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