‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 22 sur 91 · L AUBERGE DES TR0I5-R0IS · texte numérisé non relu

L AUBERGE DES TR0I5-R0IS

Je logeai d'abord, rue do niopilal, à Tauberge des Trois-Iiois, De là, je fus au coin de

la rue de Salazar, chez , marchande de

modes, 011 j'ai passé un mois 1 , puis dans la même rue, chez Mlle Motte, marchande de dentelles et de chocolat. Je n'eus qu'à me louer de cette brave demoiselle, qui était la douceur et l'honnêteté mêmes. J'ai vécu, dans sa maison, avec M. l'abbé Naver, ex-jésuite T qui m'a rendu plusieurs services, et M. Tricot le jeune, avocat au Conseil de Brabant, qui demeuraient tous les deux chez cette demoiselle. Je ne saurais trop les remercier de leurs bontés et de leurs honnêtetés à mon égard. J'avais en eux des amis précieux et dévoués. Je ne dois pas oublier non plus, Marie, du village d'Ullers, fille de la maison, chez laquelle j'ai trouvé des sentiments de générosité dignes d'un élat plus relevé-

Plût à Dieu que tout le clergé de cette ville et de tout le Brabant nous eût vus d'un meilleur œil! Ils ne seraient pas aujourd'hui entre les

1, L'auberge des Ttdt-ftois, dans la rue de riiàpiUil, n'existe plu*.

Au coin de La rue des S^Iri, rjue l'abbé de Préneuf appelle Salazar, il existe eacure adjOUfd liui un magasin de liageric.

t LSI SOUVENIRS DE l'aHBE DE PRÉNtsUF

mains de gens ennemis de lout ordre, de Dieu cl des hommes! Sauf des exceptions dont je garde le souvenir et qui ne sont que plus honorables, le clergé du Brabant, à cette époque, ne nous était pas favorable et, loin de nous aider dans notre cruelle situation, nous écartait le plus qu'il lui était possible. On eût dit qu'il y avait, sur ce point, une sorte d'antagonisme enlre lui et nous. Il m'a fallu bien souvent renfermer dans mon cœur les amertumes de tout genre que nous devions supporter, et combien de fois n ai-je pas entendu les doléances de mes confrères!

Hélas I pour être juste, n'était-ce pas déjà beaucoup que de s'imposer dans un pajs qui n'était pas le nôtre et de recevoir une hospitalité qu'à la rigueur on eût pu nous refuser ! L'exil, peut-on dire, et l'exil pour la cause que nous défendions, aurait du constituer, entre les servileurs de Jésus-Christ t un lieu d'aulant plus sacré, qu'à leur tour, ceux qui nous recevaient, pouvaient plus tard subir les mômes malheurs. Je n'ose trop m'appesantir sur ces tristes réflexions que la faiblesse de notre nature, unie à (a peur des représailles, surtout dans les ci rconstances que nous traversions, atténuent dans une large mesure...

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