‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 26 sur 91 · UN ÉMIGRÉ BIBLIOPHILE · texte numérisé non relu

UN ÉMIGRÉ BIBLIOPHILE

de rentrer en France, il ne se faisait aucune illusion sur les imites commises et les malheurs irréparables qu'elles avaient entraînés. Déjà fort âgé, il a dû très probablement, comme tanl d'autres, terminer sa vie en exil.

Je me rappelle qu'il avait lire parti de ses connaissances en livres; il s'était créé des ressources qui l'aidaient a vivre, en revendant aux libraires des ouvrages rares ou recherchés qu'il découvrait sur les marchés ou dans les boutiques borgnes des revendeurs. Ou le voyait souvent arriver avec un paquet sous le bras, et le libraire savait d'avance ce que cela voulait dire. Du reste, amateur éclairé, tous les deux y trouvaient leur profit, et t s'il faisait de bonnes affaires, son partenaire n'y perdait pas non plus. Je dois dire, en toute justice, que ces Messieurs étaient bien aise de venir ainsi à son secours et qu'ils y mettaient, de leur côté, la meilleure volonté.

Il m'expliquait parfois les raisons qui donnaient à tel volume une valeur que je ne soupçonnais pas; mais j'avoue que, rebelle par nature à toute recherche de ce genre, je faisais peu d'attention à ses explications. Je le laissai à Bruxelles, et je crois bien qu'il ne put y conti-

nuer le cours de ses opérations. Dans tous les cas, c'est, parmi les métiers exercés par les émigrés, un métier de plus.

Je disais habituellement la messe dans la chapelle de Salazar i ; j'eus toutefois l'occasion de la dire dans d'autres églises. Je la dis assez souvent à l'Hôpital Saint-Jean ; trois fois à Sainte- Gudule, et une fois, dans cette église, devant les Saintes Hosties miraculeuses. Je fus aussi à la chapelle Saint-Christophe 2 ; quelquefois à Sainte-Anne et à l'église du Sablon .

1. La chapelle de Salazar existe toujours â Bruxelles, rue des Sols, au coin de la rue des Douze-Apôtres. Son histoire est intéressante. Elle fut bâtie, avec un hôtel dont elle dépendait, par Gilles Vandenberghe, sur remplacement de la synagogue, en vue d'y faire célébrer, à perpétuité, le service divin, en commémoration du vol des hosties, commis à Sainte-Gudulc, en 1369, par des Juifs qui les apportèrent dans leur temple pour les poignarder.

En 1442, les héritiers de Gilles passèrent une convention avec l'église Sainte-Gudule, pour desservir cette chapelle. Celle-ci, avec l'hôtel y attenant, devint, par héritage, la propriété de Louis de Velasco, comte de Salazar, qui mourut en 1626. Elle a conservé depuis le nom de chapelle Salazar, ou de l'Expiation,

Elle porte les numéros 22 et 24 de la rue des Sols ; aux numéros 18 et 20 se trouve l'ancien hôtel des comtes de Salazar, habité aujourd'hui par la supérieure générale du couvent de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement des Miracles. (Noie communiquée par le chevalier Edmond Marchai, secrétaire perpétuel de F Académie Royale de Belgique.)

2. La chapelle de l'ancien hôpital Saint-Jean, à Bruxelles, a été démolie, avec l'hôpital, au commencement du dix-neuvième siècle. La rue Saint-Jean actuelle se trouve sur l'emplacement de cette église et de cet hôpital.

11 en a été de même de l'église ou plutôt de la chapelle

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