‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 28 sur 91 · LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE A BRUXELLES · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE A BRUXELLES

rends grâces a Dieu, en les recommandant à lui dans mes prières ; je vis chez eux et je pus apprécier leur neveu, M. Desnos.

Mme la marquise deCourtanvellect beaucoup d'autres personnes m'honorèrent de leur confiance ; je retrouvai dans un état bien précaire, comme tant d autres, hélas ! la famille de La Toison, amis de vieille date, dont je fus longtemps fort inquiet; je priais Dieu tous les jours de les conserver et de les préserver de malheur* Ils ont eu depuis des tribulations de toute sorte.

Je fis aussi la connaissance à Bruxelles de l'abbé L.. M qui avait été sauvé par miracle des massacres de septembre, et qui m'a souvent raconté les moments tragiques par lesquels il était passé dans ces épouvantables journées.

Les moyens dont la Providence se servit pour le sauver sont si extraordinaires que je veux les retracer ici d'après mes souvenirs, d'autant plus que le malheureux abbé mourut en exil, comme je Tappris plus tard.

Il était enfermé à La Force, dans un réduit infect, dont le plafond était formé par la voûte d'un escalier, avec deux autres détenus. Le 2 septembre 1793, jour k jamais néfasle, l'y trouva. Depuis le matin, on entendait les appels des

guichetiers et les hurlements des monstres, qui traînaient, dans les couloirs de cette affreuse prison, leurs piques et leurs sabres, en conduisant les prisonniers au supplice.

Tous les trois avaient fait le sacrifice de leurs vies et priaient en commun, quand leur porte s'ouvrit, pour livrer passage à des brutes couvertes de sang, qui les poussèrent violemment dans le couloir, en leur intimant Tordre de les suivre au greffe. II faisait très sombre, car la nuit tombait, et précisément à ce moment-là, une autre bande, composée d'individus avinés, encadrant un groupe de prisonniers, se heurta au leur, dans cet étroit espace. Il en résulta un encombrement et une bousculade, pendant lesquels l'abbé se trouva séparé de ses bourreaux et acculé dans un enfoncement, contre une porte qui était restée entrouverte.

Il put se glisser, sans être aperçu, dans l'entrebâillement de cette porte, qu'il referma derrière lui, tremblant qu'on ne découvrît sa disparition. Mais, chose étrange, ces gens étaient tellement pris devin, que les deux groupes s'éloignèrent sans avoir remarqué son absence. Il se trouvait dans une cellule, récemment vidée de ses hôtes et il se jeta à genoux dans un coin,

Page 1