UNE ÉVASION A LA FORCE
en recommandant son âme à Dieu. Il entendait distinctement, de sa retraite, les cris féroces des assassins, et bientôt, la lueur des torches se refléta sur l'étroit soupirail de sa prison.
Il passa ainsi une partie de la nuit dans des transes affreuses, secoué à chaque instant de nouvelles terreurs, lorsqu'il percevait le pas des égorgeurs emmenant leurs victimes. Vers le milieu de la nuit, le silence se fit peu à peu. 11 put alors mieux se rendre compte de sa situation.
Comprenant qu'il serait infailliblement découvert dans sa retraite, à la première ronde des guichetiers, il prit le parti d'essayer d'en sortir, pour tâcher de trouver une issue ou un abri plus sûr. Il m'a répété que, d'ailleurs, il se sentait perdu et qu'au fond, il ne conservait aucun espoir de se sauver; mais l'instinct de la conservation, qui ne meurt qu'avec l'homme, le faisait se cramponner à la moindre chance de salut.
Il ôta ses souliers et sortit sans bruit dans le couloir. Sachant qu'il lui serait impossible de traverser les guichets et qu'il trouverait des gardes au rez-de-chaussée, il préféra monter à l'étage supérieur. Les cellules paraissaient vides et il n'entendit aucun soupir, ni aucune plainte. Arrivé en haut, il allait essayer de chercher une
issue, quand un bruit de pas l'arrêta et le fit se jeter dans l'embrasure d'une fenêtre mansardée. Les pas- suivaient le chemin qu'il vendit de prendre et il comprit qu'il allait être découvert.
La lumière et les pas se rapprochant, il vit bientôt paraître un aide du porte-clefs, jeune homme qui accompagnait souvent ce dernier et qui lui avait paru plus compatissant que ses camarades. Il s'était même entretenu quelquefois avec lui et avait appris qu'il était le fils d'un ancien bedeau de Notre-Dame.
Toute alternative étant, au reste, impossible, il résolut de tenter de l'intéresser à son sort, et, avant qu'il eût pu l'apercevoir, il quitta l'embrasure de la fenêtre et vint se jeter à ses pieds en le suppliant de le sauver. Ce jeune homme, surpris et interloqué, le prit d'abord de très haut et voulut le saisir au collet pour le mener au greffe ; mais, à la fin, cédant à de meilleurs sentiments, il lui ordonna de se taire et de le suivre. Ils arrivèrent ainsi à l'extrémité d'un long corridor, au fond duquel une porte, si basse qu'il fallait se courber en deux pour y passer, donnait dans une soupente encombrée de tuiles brisées et de débris de toutes sortes. Sur Tordre de son guide, l'abbé se blottit sous la toiture et tâcha de se dissimuler