‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 68 sur 91 · ESPOIR PERDU · texte numérisé non relu

ESPOIR PERDU

grés, confiants dans le succès du complot, s'étaient présentés, sans défiance, aux frontières, où on les avait laissé passer- Ils avaient, depuis, payé de leur tête, la hûte trop grande qu'ils avaient mise a rentrer dans leur patrie. Il y avait quelque temps, cependant, que des émigrés profilaient des changements opérés dans le Directoire et de la tolérance qui s'en était suivie, pour revenir a Paris. J'aurais pu les imiter et j'avais même hésité à prendre ce parti ; mais ma qualité de prêtre m'ordonnait des précautions particulières et j'avais attendu que le ciel permît un changement qui paraissait imminent.

Bonté de M. de Welhoff. - Départ pour Constance. — Arrivée a Ratisbonne. — Stadt-Am-Hof. — L'évéque de Ratisbonne. — Bagarre dans une auberge. — Séjour à Ratisbonne. — Les émigrés. — Métiers exercés par' eux. — Maladie. — Le château de Spintelhof. — Le comte de Thurn. — Installation à Donaustauf.

M. de Welhoff mît le comble à ses bontés pour moi, en me proposant de revenir sur mes pas et d'accepter de nouveau l'hospitalité chez lui. Il insista môme assez longtemps. Mais, d'un côté, je n'osais m 'imposer encore à cette excellente famille, et, de l'autre, j'avais écrit à l'archevêque de Paris que je me mettais en roule pour aller le rejoindre. J'avais aussi un faible espoir d'apprendre en chemin que ces mauvaises nouvelles avaient été grossies et, d'ailleurs, un revirement possible pouvait permettre ma rentrée.

ARRIVÉE A RATISBONNE 2ô3

Toutes ces raisons réunies me tirent continuer ma route pour aller à Constance et y laisser s'apaiser Forage pendant quelque temps. Mais, arrivé le 16 à Ratisbonne, j'ai eu, à n'en plus pouvoir douter, la confirmation de ces malheureux événements. Vu l'impossibilité de rentrer en France pour le moment, et prévoyant qu'il allait y avoir une nouvelle affluence de prêtres à Constance, je me suis alors demandé s'il ne vaudrait pas mieux pour moi tenter de rester à Ratisbonne, ou aux environs.

Après avoir cherché vainement à Ratisbonne même, je trouvai à Stadt-Am-IIof, faubourg qui n'en est séparé que par le Danube une auberge où Ton voulut bien me recevoir pour un prix très modique. Je résolus d'y passer quelques jours, en attendant.

La Providence me ménageait dans cette ville des secours qui me permirent d'y terminer le temps de mon exil. J'eus l'honneur de faire la connaissance de Mgr l'évêque suffragant de Ratisbonne et de plusieurs grands dignitaires, qui voulurent bien s'intéresser à mon sort.

J'allais souvent les voir et j'étais toujours reçu avec la plus grande bienveillance. Au bout d'un mois, je pus quitter, suivant leur conseil, mon

•r,\ SOUVENIRS DE L*ABRÉ DE PRÉNEUF

auberge, où j'aurais bientôt vu la fin de mes timbres ressources.

Mais, auparavant, je veux raconter une alerte qui arriva dans cette auberge avant mon départ. Ce fut une scène tragi-comique qui se passa un malin et qui ameuta tout te voisinage. Depuis quelques jours, deux individus habitaient une chambre dont ils sortaient rarement. Ils évitaient me me de prendre leurs repas en commun el cherchaient il passer le plus possible inaperçus. Je n'étais pas le seul à avoir remarqué leurs allures bizarres et l'hôtelier avait dû faire part de ses soupçons à la police ; l'événement qui arriva tendrait à le taire croire.

Un jour, de bon matin, l'hôtelier entra dans ma chambre en me recommandant de ne pas sortir si j'entendais du bruit; qu'on allait venir pour arrêter les deux individus en question, voleurs émérîtes qui se cachaient depuis longtemps.

Quelques moments après, j'entendis, en effet, plusieurs personnes qui montaient l'escalier ; mais, juste à cet instant, soit qu'ils eussent perçu le pas de ces gens, soit qu'ils fussent aux aguets. la fenêtre de la chambre occupée par ces individus s'ouvrit et j'entendis distinctement lu

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