BIBLIOTHÈQUE NATIONALE — D
Lettre et déclaration de M le Curé de Vaugirard à ses paroissiens. Paris, Crépart, 1791 (30 pages).
Ce factum est signé : Gibert-Jacques Martinant de Préneuf, curé.
Après en avoir appelé aux différentes catégories de ses paroissiens, du zèle déployé par lui depuis près de trois ans et demi qu'il est leur pasteur, il avoue que, depuis longtemps, il est € dévoré par des peines, des chagrins et des remords ». Comme Jonas, il a mérité la tempête, par sa résistance aux ordres de Dieu. « Comme à ce prophète. Dieu nous avait commandé de soutenir notre foi, d'affermir celle de nos frères, en refusant de prôter,pu rement et simplement, un serment dans lequel, il est vrai, nous n'avions pas au premier abord aperçu rien qui fût opposé à la foi de nos pères. Nous avions consenti à ce que les hommes deman-
daient de nous. Mais, depuis cette époque, ne nous sommes -nous pas trouvés au milieu d'une mer orageuse?... N'a- t-on pas empoisonné nos meilleures intentions? N'a-t-on pas soulevé contre nous ceux qui, associés à nos travaux, devaient nous aider à supporter le fardeau et nous consoler?. .. Nous voulions faire le bien de tous et de chacun de vous en particulier; nous redoutions les malheurs d'une guerre civile; nous espérions que l'Église ne condamnerait pas la démarche que nous faisions;... nous vous l'avions même annoncée le dimanche de la Quinquagésime. Nous vous disions que nous étions disposés, si l'Église l'exigeait, à retrancher de notre serment tout ce qui concernait le spirituel.
« Aujourd'hui que l'Église a fait entendre sa voix par l'organe de son chef visible et nous ne pouvons nous séparer d'elle ; nous ne pouvons abjurer sa doctrine, parce que, hors de l'Église, il n'y a point de salut...
« Le Souverain Pontife a condamné la Constitution civile du clergé par ses brefs du 10 mars et du 13 avril dernier (1791), comme contenant plusieurs erreurs. Parmi 136 archevêques et évoques, j'en vois 132 qui refusent d'admettre ce qui touche au spirituel... La Faculté de Paris, dont j'ai l'honneur d'être membre, a déclaré, et j'adhère à sa déclaration, qu'elle ne reconnaîtrait pas d'autre évoque que Monseigneur de Juigné, archevêque de Paris. — Plus de la moitié des curés de Paris, et surtout ceux qui jouissent de la plus grande considération, la majorité des ecclésiastiques de l'Assemblée Nationale, les professeurs de théologie, les supérieurs des séminaires de Paris, tous Les chanoines de la respectable Église de Paris et des collégiales, les congrégations les plus vénérables, les plus fervents religieux de tous les ordres, toutes les communautés de femmes,... sont opposés à la prestation d'un serment pur et simple. »
Après avoir répété le serment de fidélité à la Constitution, l'abbé de Préneuf ajoute : « en exceptant expressément tout ce qui concerne le spirituel ».
Plus loin, il avertit ses paroissiens que, s'il est obligé de quitter ses fonctions, « il reste seul pasteur véritable». Il ne cessera pas de prier pour eux et leur montrera, tant qu'il le pourra, le chemin du salut.
Dans un posl-scriptum, l'abbé de Préneuf constate « l'impossibilité où il se trouve de remplir, seul, toutes les fonctions de son ministère, dans une paroisse aussi étendue, et la dure nécessité de ne pouvoir prendre de vicaires dans les circonstances présentes ». 11 rappelle, en terminant, les paroles de Jésus-Christ après la scène, sur l'annonce des persécutions et celles de saint Luc, chapitre XXI.