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Huit jours a Newcastle

Congres seientiGques. — Newcastle. — Curieuse découverte de Ehrenberg: terre composée d'animalcules vivants. — Opinion de John Herschcll sur les mondes qui sc forment encore. — Montagnes uniquement formées de pierres de toutes les parties du monde. —Houillères de Newcastle. — Formation du charbon. — Musée de Northumbcrland. — Anecdotes concernant MM. Quetelet et Dumortier. — Musées particuliers. — Manuscrits flamands. — Création des jardins botaniques en Angleterre. — Manufactures et mouvement industriel de Newcastle. — Aspect de la ville. — Le marché couvert. — Musée d'industrie. — Bourse centrale. — Banquet. — Statue élevée à lord Grev. — Le pont de Victoria. — Chemins de fer . — Belle découverte de hjan pour conserver le bois. — Séances du congrès composé de 3.200 savants. — l r * Section. — Président, sir John Hersrhell. — Rapport curieux du lieutenant-colonel Ilcid sur les lois qui régissent les tempêtes et les ouragans. — Rapport de sir John Uersclicll sur les nébuleuses planétaires, surla voie lactée, etc. — Pluies, averses. —

vu.

.Mémoire du docteur Dauhmiy, sur le climat de I Amérique du nord — Rapports sur les marées, sur le phénomène de la vision, sur la propagation de la lumière. — 2' Section. — Président : le rév. W.Whewell. — Procédé nouveau d’extraction de l’argent hors des initierais de plomb, trouvé par M . Pattinson.— 3 e Section.— Géologie. — Présidents!. Lyell. Cette section est plus fréquentée queles autres par le publie, et surtout par les dames. — Caverne à ossements. — Crânes humains. — Wiscman, Schmerling. — Rapport de Jobn Ruddle sur le bassin bouiller de Newcastle. — Sol gelé de la Sibérie à 400 pieds de profondeur. — Rivières glacées, etc. — Formation de la houille. — Conjectures sur la durée des houillères. etc. — Notice sur les volcans do la lune, etc. — Voyage au pôle austral. — Divers mémoires sur la carte géologique des comtes d'Angleterre et du pays de Galles : sur celle d’Irlande; sur la stratification des roches: sur les restes des mammifères antédiluviens, trouvés dans la caverne de Cefn.

Un jour, le génie bouillant d’un naturaliste allemand s’avisa de donner à la science les bienfaits du principe d’association et la liberté des opinions. Les écoles de la Grèce propageaient le savoir et le fécondaieut par la parole et le libre entretien; les académies dont Bacon avait donné le plan et que Rome vit réaliser la première, au commencement du dix-septième siècle, institutions qui de nos jours représentent les écoles des anciens, les académies à leur naissance avaient admis aussi la discussion immédiate et l’échange mutuel des lumières par la conversation. Ces avantages, Oken voulut que tous les hommes adonnés au culte des sciences, les acquissent en faveur même du progrès des connaissances. Tl créa les congrès scientifiques.

Les congrès scientifiques ont leurs beaux jours en

A K E WG ASTI, E EK l 8&8.

Allemagne et eu Angleterre. En France, ils languissent, et en Belgique, ils sont tombés. L’Allemagne scientifique n’a pas plusde centre que l’Allemagne politique; on conçoit que les hommes instruits, et il y en a tant dans le pays, désirent se réunir au moins une fois l’an dans une ville donnée. L’Angleterre fourmille de sociétés savantes, mais elles s’occupent la plupart de quelques spécialités bien définies, bien tracées; toutes se paient et toutes sont chères. On comprend pourquoi les Anglais ont applique leur prineq>e d’association à lion marché à la propagation des sciences, et comment ils se sont mis bientôt à imiter les Allemands, mais en renchérissant sur eux dans la pompe de ces rendezvous. Ne concevant guère les choses à demi, aimant le grand eu tout, ils ont fait de ces compagnies improvisées des rouis pressés, nombreux, gigantesques est surtout riches d’argent et de moyens d’action, témoin les trois mille deux cents personnes qui, celte année, prirent part à l’association britannique de Newcastle, témoin les sept beaux volumes qui sont restés les œuvres perpétuelles de ces congrès antérieurs, témoin les milliers de livres sterlings distribués annuellement comme encouragements obligés des expériences entreprises ou projetées, des choses et des hommes. Dans ces deux pays, le sort des congrès est désormais assuré, et leur avenir est gros de beaux et d’utiles résultats.

Mais aussi en Angleterre et en Allemagne les congrès sont tout scientifiques et rien que scientifiques. Au-delà du Rhin, des naturalistes et des médecins, rien de plus, rien de moins. Au-delà de la Manche, des

physiciens, des géologues, des naturalistes, des médecins, des mécaniciens, des savants en statistique, c’est-àdire des savants et rien que des savants. En France et eu Belgique, on a mêlé à la science de la littérature et de la politique, et les congrès sont morts ou languissants. En France, les géologues ont fondé leurs congrès isolés et ceux-là sont restés debout et ils prospéreront.

La littérature serait-elle l’ennemie des associations et du libre examen des opinions ? Celle idée serait absurde; la littérature en-elle-même ne tue rien de généreux ni de noble, elle qui comporte le beau comme essence; maisles littérateurs sont plus susceptibles que les savants, parce que pour eux la forme est quelque chose. Pour la science la forme n’est presque rien et l’intention justifie le tout : dites une découverte en iroquois ou en français, ce sera toujours une découverte, quelque habit qu’elle porte. La science est par elle-même grave et sévère; Minerve ne rie pas, mais Apollon chante, et la musique comme la poésie a plus d’amateurs qu’une figure sérieuse et un front calme, tout beau qu’il puisse être. Un congrès scientifique n’amuse pas, et c’est tout ce qu’il faut pour que la foule le délaisse et que l’épigramme le déchire. Et aux yeux de bien des gens la critique vaut la mort.

La littérature s’adresse à tout le monde, la science à un petit nombre; uncongrès littéraire vit d’applaudissements, le congrès scientifique trouve sa satisfaction dans le bien qu’il laisse derrière lui; ses résultats sont matériellement utiles. Quand on est applaudi on se fait tles envieux, et l'envie mord, si elle n’étouffe ses victi-

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mes. De là, les sarcasmes, les satires, quelquefois le blâme plus cruellement formulé; elle congrès scientifique entaché de littérature tombe , en ne plaisant à personne, parce qu’il a voulu plaire à tout le monde.

L’Académie française a excité l’humeur sarcastique de bien des littérateurs. Les académies des sciences ne provoquent tout au plus la stérile colère que de quelque candidat évincé, et encore ses plaintes ou ses récriminations restent-elles sans écho. Les congrès scientifiques jouissent de l’immunité de ces académies et s’embarrassentforl peu des mécontents, si tant est qu’il puisse y en avoir, puisque, si l’on a quelque chose de bon à dire, la porte est ouverte à tous et la seule condition d’entrée, exigée, est de savoir. Et puisque ces associations coûtent peu , les plus difficiles doivent être satisfaits, précisément parce qu’ici-bas, comme on l’a dit, nul n’est content de sa fortune et tout le monde l’est de sou esprit.

11 est peut-être bon de rendre compte en Belgique d’un congrès purement scientifique anglais , non pas que nous voulions prêcher l’exemple, Dieu nous en garde, mais seulement comme appréciation de mœurs et surtout dans l’intention de faire connaître et l’état de la science et ses découvertes. Une relation semblable peut, et nous osons même le dire, doit a voir son degré d’utilité , ce n’est pas à dire non plus qu’elle ne doive avoir sa dose d'ennui. Nous ne l’avons pas caché plus haut, Minerve est sérieuse; et pour quelques lecteurs le sérieux devient de l’ennui. A ceux-là nous dirons : ne lisez pas et pardonnez-nous.

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Après ce préambule, lecteur bénévole, donnez-vous la peine de vous croire à Newcastle.

La huitième assemblée de l’association britannique pour l’avancement des sciences se tint cette année (1838) à Newcastle , la capitale du Northumberland. Le choix de la ville est loin d’être chose indifférente pour une telle réunion, et les conditions principales que doit présenter la cité qui recevra l’élite de la science, des arts et de l’industrie de l’Angleterre , sont sans doute de réunir aux commodités de la vie, les curiosités naturelles et les merveilles de la mécanique. Sous ce triple point de vue, Newcastle était on ne peut mieux choisi. Placée au nord de l’Angleterre , cette ville antique a conservé en grande partie les mœurs anciennes; les habitants ont cette franche amabilité anglaise qui n’embrasse point et ne se paie pas d’un déluge de compliments et de mots, mais qui donne une poignée de mains en signe d’une amitié durable, alors qu’on s’est montré digne de l’acquérir. Ce n’est pas que quelques personnes n’eussent sordidement spéculé , sur l’arrivée de tant de savants, d’hommes instruits et de gens désireux de le devenir. Il n’y a point de coin sur la terre qui n’ait de ces hommes avides d’exploiter les circonstances et d’en faire leur profit. Lorsque le troisième bateau à vapeur eut amené sur la rive de la Tyne les huit cents Anglais du centre et du sud du royaume, et les étrangers du continent; et lorsqu’à ce nombre s’élaieul ajoutés les Ecossais, les Irlandais et les personnes des environs de Newcastle, on se crut un moment autorisé, comme le dit le rédacteur de l’Athenœum, à prendre le meeting

des savants pour un congrès de princes ou tout au moins, selon l’expression anglaise, pour un zaggrégation de millionaires; on demandait vingt-cinq guindés pour un salon et une chambre à coucher par semaine , et si l’on avait un logement pour une guinée par jour, on pouvait se croire traité en ami. Mais, le désir de voir réaliser de telles exigeances fut sans succès : ces impositions forcées furent bientôt modifiées au grand avantage des étrangers, par l’influence et l’activité des membres résidants et du lord maire, président de la section de médecine et premier médecin de la ville. Quoique la vie y fût sans doute beaucoup plus chère que dans le reste des trois royaumes , elle ne l’était cependant pas assez pour éloigner l’homme qui désirait assister à ces grandes réunions dont nous n’avons aucune idée sur le continent. D’ailleurs, l’étranger, s’il jouit de quelque renommée , s’il a été invité préalablement ou s’il fait partie des académies auxquelles des invitations collectives ont été envoyées par le comité permanent, ne paie pas la livre sterling que donnent, en s’inscrivant, les membres du pays. Et s’il est porteur de quelques lettres de recommandation, il est sûr de trouver de vrais amis qui lui rendront son séjour aussi agréable que possible; la réserve des Anglais est sans doute très-froide, mais une fois introduit dans la famille, les relations deviennent intimes et les journées se passent dans ce plaisir incessant que donnent et ces mœurs de la vieille Angleterre et ces choses nouvelles, ce monde à part au milieu duquel on se trouve, et surtout celte variété et ce grand nombre de faits

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qu’on apprend à connaître pour la première fois.

J’ai dit que Newcastle est une ville des plus intéressantes pour les sciences naturelles, l’industrie les arts, et pour les mœurs de ses habitants. En effet, elle est en Angleterre ce que Liège est en Belgique, la ville aux houillièrcs, aux nombreuses manufactures et aux beaux paysages. Bâtie en amphithéâtre sur la gauche d’une belle rivière, la Tyne, elle communique directement avec la mer par le port de Tynemouth. A cet endroit, le célèbre Ehrenberg, ce compagnon de voyage d’Alexandre de Humboldt et si connu par ses dissections d’animaux microscopiques, fit une découverte des plus curieuses dans une promenade géologique à laquelle assistaient les membres des sections de géologie, d’histoire naturelle et antres. Il aperçut sur les rochers d’alentour une terre verdâtre, grasse, de plusieurs pieds de puissance, impalpable quand elle était sèche et n’exhalant pas, quand on l’humectait de l’haleine, l’odeur propre à l’argile. L’expérience que M. Ehrenberg a acquise dans l’appréciation exacte des corps qui constituent de semblables terres, lui fit soupçonner à l’instant qu’elle ne pouvait être formée tout entière que par des animalcules microscopiques; il assurait de plus que ces animalcules devaient être vivants et qu’à tout prendre cette terre pouvait servir d’aliment. Nonseulement le microscope et les observations directes sont venus prouver ces assertions, mais M. Ehrenberg se proposait, et il y a réussi, de transporter à Berlin res animalcules vivants. Nous l’avons vu depuis à Londres cl à Liège et dans une soirée que donnait M. Tay-

lor, l’un des plus grands promoteurs des sciences nalurelles en Angleterre, les animalcules ont été observés avec les excellents microscopes de Schiek et de Ross ; ils étaient en parfaite santé et plusieurs d’entre nous ont eu la curiosité de manger celte terre dont le goût est loin d’clre désagréable ; seulement il nous a paru que puisqu’elle est aussi fade que la laitue et quelques autres légumes, il lui faudrait les assaisonnements de la salade.^ la terre composée d’animalcules! C’est là une découverte de notre siècle bien étonnante et qui pourtant parait aujourd’hui se vérifier dans une foule de pays. Ces êtres que les naturalistes appellent des naviculas , des bacillaires sont de plusieurs espèces; ceux de Tynemonth avaient de jolies carapaces en silice avec deux ou six bouches et une foule de stries imitant des côtes; leurs mouvements étaient des plus visibles ; ils allaient et venaient, choisissant leur nourriture comme si leur instinct était aussi développé que celui des animaux plus élevés dans l’échelle, et pourtant celte terre où croissaient des plantes, paraissait former une masse inerte sans mouvemeut et sans vie. Il y a dans celle découverte une source féconde de pensées nouvelles et dont personne aujourd’hui ne peut prévoir les conséquences. M. Ehrenberg nous disait que par des renseignements précis qu’il avait à ce sujet, il pouvait affirmer maintenant que non-seulement les habitants de la Finlande et de la Suède mangent une grande quantité de terres semblables, mais qu’il était constaté par les médecins de ces pays que celte nourriture ne cause aucun mal et qu’elle est aussi saine que

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beaucoup de nos mets '. Dans une localité qu’il nous citait, la terre d’infusoires formait des bancs de huit pieds d’épaisseur et l’on trouvait jusqu’à trois pieds d’une couche uniquement formée de pollen de pins; il nous montra des échantillons de toutes ces terres et chacun put facilement se convaincre de la réalité des faits. Ici donc nous voyons une terre formée d’animaux et de plantes, comestible comme beaucoup de ces êtres et devant devenir très-utile dans les arts. En effet, M. Ehrenberg qui, par d’autres recherches, s’était assuré que la carapace de ces animalcules était uniquement formée de silice, la matière du verre, a pu fabriquer par des procédés fort simples un fort bel émail avec les restes épurés de ces infusoires; il nous montrait toutes les modifications que les acides et le feu avaient fait subir à ces êtres et en dernier lieu, il nous faisait voir du verre et de l’émail fabriqués de ces infinimenls petits. Le télescope a appris à sir John Herschell que des mondes se forment encore dans l’espace et que les nébuleuses mobiles sont des embryons de soleils ; le microscope, à son tour, nous a montré la vie répandue jusque dans les matières terrestres, et un sol qui nous paraît immobile, inert et mort, n’est autre chose pourtant qu’un composé de milliards d’animalcules grouillant toujours entre eux et se reproduisant sans cesse.

C’est également à l’embouchure de la Tyne que l’on

' Voy. liericht iiber die zur Bekanntmacluingg'ceignelen Verhandlungen der künigl. l’rcuss. Akadcmic der AVisseiiscliaft.cn /.u Berlin. 1838. Berlin, p. 5.

observe des montagnes formées uniquement de pierres de toutes les parties du monde, amoncelées depuis de longues années ; leur nombre s’augmente tous les jours. Elles sont apportées là par les vaisseaux qui viennent sur lest chercher la houille. Ce fait n’aurait en lui-même aucune importance si ces pierres ne venaient continuellement modifier la Flore d’Angleterre , changer sa géographie botanique, et porter le désespoir dans le cœur des Aoristes du royaume. Ces pierres recèlent, en effet', les graines d’une foule de plantes étrangères , et M. Babbington qui avait beaucoup observé cette végétation y avait trouvé des espèces d’un grand nombre de climats et de pays différents. Cette localité présentait ainsi un vif intérêt pour les botanistes de l’association britannique qui trouvaient du reste non moins de plaisir à recueillir les charmantes algues des eûtes du Northumberland.

Voilà pour les zoologues et les botanistes; Newcastle avait peut-être encore plus d’attrait pour le géologue; c’est dans les environs de cette ville que se trouvent les plus grandes houillières de l’Angleterre. On estime à 1,600,000 tonneaux la houille qu’on extrait par année de ces galeries souterraines; ce sont les mines les plus productivesdu monde; en 1817, on comptait déjà plus de soixante mille individus occupés par l’exploitation, et depuis, ce nombre est, dit-on , augmenté de plus d’un tiers. Ces excavations ont fourni à MM. Lindley et Hulton plusieurs centaines de végétaux fossiles parmi lesquels beaucoup n’ont été trouvésque là. M. Witham, si connu par ses belles anatomies de plantes fossiles et

notamment de celles qui par leur enfouissement ont constitué la houille, a observé dans les environs de Newcastle des similaires cl autres espèces encore debout , ayant leurs racines enfoncées dans une mince couche de houille située au-dessous du grès par lequel passaient les tiges pour aller porter leurs sommets dans une autre couche de substance carbonée, où elles se terminaient brusquement, comme si cette dernière couche avait été formée en partie par ces débris de plantes. Il n’est pas sans importance de faire remarquer ici que dans les collections si instructives de dissections de plantes fossiles possédées par M. Robert Brown, le plus célèbre des botanistes d’Angleterre, on trouve plusieurs pièces qui viennent du charbon de Newcastle. On sait qu 'aujourd’hui on est parvenu à porter le scalpel jusque dans les tissus des pierres et notamment de la houille, et qu’on dissèque cette substance aussi bien et peut-être mieux que les végétaux vivants. M . Sanderson d’Edimbourg est pour ces préparations l’homme le plus habile des trois royaumes, et, je ne crains pas de l’affirmer, du monde entier. Je fus assez heureux pour le déterminer à se defaircen faveur delà Belgique et de Funivcrsilé de Liège où celte découverte est destinée à devenir si utile, de la seule collection qu’il avait encore de l’anatomie de presque toutes les houilles de différents pays et notamment du nord de l’Angleterre , de l’Ecosse , de l’Irlande , de la France, de l’Amérique et de la Nouvelle-Hollande. Sur quelques-unes de ces dissections, préparées entre des plaques de verre scellées par du baume de Canada et où les pièces de houille

n'ont à peine qu’un dixième de millimètre en épaisseur, oncompte les eouchcsdes bois qui ont servi à produire le charbon fossile, on apprécie de la sorte l’àjje de ces plantes , on étudie leur structure ; le microscope découvreles tissus, les cellules, lesvaisseaux, les réservoirs de résine et jusqu’aux plus délicats détails de l'organisation. Les fibres y sont plus distinctes que dans une dissection de plante actuelle cl rien n’égale la beauté , je dirais l’élégance deces tissus qui, pendantdesmilliers d’années et longtemps avant l’existence de l’espèce humaine *, sont restés enfouis sous d’énormes rochers , sous des masses prodigieuses dont le poids et la compression n’ont en rien dérangé l’harmonie microscopique des éléments de ces organismes. M. De la Bêche, en parlantdela formation des houilles, a déjà émis cette pensée philosophique que les hommes le moins habitués à réfléchir, doivent être frappés cependant de voir cette immense accumulation de matières végétales enfouies aux premiers âges du monde pour l’usage des futurs habitants de sa surface. Certes, l’industrie doit toute son influence et sa perfection à celle vue providentielle, mais l’étonnement, je diraisla reconnaissance envers l’Auteur de toutes choses, redoublcencore, quand on songe que bien des mystères dans l’élude des êtres organisés doivent s’éclaircir aujourd’hui par la connaissance de la structure intime de ces plantes qui ont

1 M. Morrcn, partageant en cela l'opinion des Cuvier, De Luc, De Frayssinous, admet ici l'hypothèse que les jours de la Genèse forment des époques indéterminées. M. Desdouids vient de produire une opinion contraire, avec un talent remarquable.

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vécu dans les circonstances où l’homme n’aurait pas pu vivre et des milliers d’années peut-être avant sa création. Ces médailles d’un autre monde, ces antiquités des premiers temps de la terre, enfouis à d’énormes profondeurs , conservées , préservées par des rochers, des montagnes , des couches énormes de terre, embaumées par le bitume protecteur et sans se déformer, sans se modifier, comme pour que l’homme, un jour, pût porter le flambeau de la science jusque dans ces merveilles primitives, pour qu’il pût en tirer parti dans le but d’augmenter son bonheur; oui , il y a au fond de ces choses un grand enseignement, et l’esprit qui ne le saisit point est bien malheureux.

Les côtes du comté de Durham présentent des escarpements, des rochers, des récifs pittoresques et curieux où le minéralogiste trouve avec plaisir ce fameux calcaire plicatile dont les lames cèdent, à peu près comme du bois tendre , à la force qui tend à les faire courber. Plusieurs rochers, isolés dans la mer, creusés par les flots offrent le singulier aspect de ces grottes naturelles soutenues par des piliers et formées par une suite de voûtes qu’on dirait avoir été construites par la main de l’homme. Ces localités abondent en animaux et en végétaux marins et ont fourni au muséum de la société d’histoire naturelle du Norlhumberland une belle suite d’espèces indigènes. Ce musée est digne de l’attention du voyageur, par son heureuse disposition et par la précision des déterminations. La collection des coraux et surtout celle des éponges , ducs h la générosité de lord Tankerville, sont les plus belles peut-être qui

existent. M. Aider, un des naturalistes les plus instruits du comté , a classé les especes connues , mais le nombre de celles inédites y est encore fort grand. M. Aider s’était attaché à réunir chez lui là plus belle collection de mollusques d’Angleterre; rien n’est plus intéressant pour un naturaliste que ces collections locales où la géographie naturelle des êtres peut s’étudier d’un coup d’œil. La société d’histoire naturelle du Northumberland et de Durham, en foudaut son musée et sa bibliothèque, a donné le plus bel exemple de libéralité qu’on puisse se proposer comme modèle. Connaissant les besoins de la population de Newcastle, adonnée, comme uous l’avons vu , en grande partie à l’exploitation de la houille, elle sait combien les notions de sciences naturelles, sont nécessaire à cette classe utile de la société ; elle ouvre par conséquent ses salons à toutes espèces de visiteurs, pauvres ou riches; et afin que les ouvriers puissent à leur aise profiler des bienfaits de l’instruction, elle consacre quelques soirées de la semaine à les recevoir après les heures de travail; les musées sont alors brillamment éclairés au gaz , ainsi que la bibliothèque dont les livres m’ont prouvé qu’ils n’y étaient pas de vains objets d’ornement; les plus utiles étaient les plus usés. Ou .se figure, en Belgique, que permettre ainsi l’entrée gratuite des musées et surtout le soir, aux classes intérieures de la société, nécessite une surveillance extraordinaire et difficile; mais le moyen généralement employé en Angleterre d’obvier aux inconvénients d’une entrée libre est à la fois simple et efficace. Il consiste tout bonnement à écrire ou à faire écrire son nom sur le re-

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gistre d’entrée et quelquefois à recevoir en échange de celte inscription un ticket ou billet qu’on remet au gardien. L’homme qui aurait quelque mauvaise intention est arrêté dans ses desseins par celte formalité , et s’il commet quelque vol , aussitôt qu’on s’est aperçu de celui-ci, les portes sont fermées et on fouille les poches. Le coupable e3t sévèrement puni, car parmi les peines, il en est une qui ne plaît pas le moins du monde au peuple, c’est de marcher pendant la plus grande partie de la journée dans une roue mobile dont la rotation force les jambes à se lever, quelle que soit leur lassitude.

Le musée de la société des sciences du Northumberland est digne ainsi de fixer l’attention du philanthrope et du savant. Déjà, il appartient à l’histoire de la science, car il renferme les objets décrits par Miller, Brown, Bewick, Adamson, Aider, etc., et devient propre par conséquent à soulever les doutes que la synonymie des noms pourrait produire. Posséder les collections des hommes qui ont écrit sur la science est un objet important pour son avancement et , je dois le dire , on réfléchit trop peu en Belgique à cette utilité! Le musée de l'université de Gand contient à la vérité quelques fossiles décrits par Burtin dans sou oryctognosie des environs de Bruxelles, Liège possède les herbiers de Persoon, le fameux cryptogamisle, et de Courtois qui a tant écrit sur la flore du pays, les préparations à jamais célèbres de Fohmann , mais à cela se bornent nos reliques scientifiques nationales. On devrait bien songer à fixer dans le pays la collection si intéressante des grands animaux fossiles de Belgique décrite par

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Schmerling, celle des insecles indigènes publiés par feu Vanderlinden, elc. Ou a déjà laissé échapper celle de feu Robert de Chcnée dont le souvenir vivait encore chez les entomologistes de l’Angleterre et de l’Ecosse; il m’était agréable, à moi Belge , d’entendre à près de deux cents lieues de mon pays cl chez une grande nation , l’éloge d’uu compatriote dont le nom est à peine connu ici.

Les musées particuliers devaient sans doute se ressentir de l’heureuse position de Newcastle et de l’extension qu’y avait prise le goût de l’histoire naturelle. A l’occasion de l’association , les propriétaires se faisaient un plaisir de recevoir les étrangers. L’accueil de M. Adamson me restera toujours dans la mémoire. Cet homme si instruit s’est acquis une juste renommée par sa belle édition des œuvres de Camoëns augmentées de tout ce qui a été écrit sur ce poète , et par ses découvertes dans les sciences naturelles. La riche édition du chantre des Indes ne renferme peut-être qu’une lacune et malheureusement elle retombe sur la Belgique : M. Adamson éprouva la peine la plus vive lorsque je lui appris que M. Quclelet, alors qu’il était poète, avait traduit h» Lusiade; il déplora vivement le peu de relations littéraires qui existent entre l’Angleterre et la Belgique, et ce sentiment est partagé par tous les hommes instruits des îles Britanniques La bibliothèque de

1 Pendant mon séjourdanslcnord de l'Angleterre, un naturaliste publiait nnc histoire générale des polypes indigènes; il apprit, après l'impression de son ouvrage, que M. Dumorticr avait donné l'anatomic de quelques-uns d'entre eux: il fit détruire il l’instant même; les

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