‹ Huit jours a NewcastleChapitre 2 sur 7 · I1UIT JOURS · texte numérisé non relu

I1UIT JOURS

M. Adamson renfermait aussi quelques manuscrits flamands des 14" et 15 e siècles et ce ue fut pas sans étonnement que j’entendis M. Richard Taylor lire notre ancienne langue avec la plus grande facilité. Cette remarque venait du reste en confirmer une autre, c’est que les Anglais avec peu de peine comprennent fort bien le flamand, aussi le négociant fait-il usage de celte langue , lorsqu’il ne parle pas l’anglais. Ce fait mérite d’être connu, parce qu’il y a beaucoup de personnes en Belgique qui prétendent, mais bien à tort , que le flamand ne sert à rien , pas même à prouver notre nationalité !

Outre les musées desconchyologisles de MM. Adamson et Aider, on doit citer encore celui des coquilles de l’Océan pacifique de M. Fryer, de Whitley, et ceux de M. Mack de Preston, de M. Hancock. Après les mollusques , les oiseaux avaient un grand intérêt pour les naturalistes de ces contrées et l’on visitait avec plaisir les collections de sir Jolm Treveylon de Wallington, de M. Liddell, de M. Hancock, etc.

L'horticulture y avait aussi ses adeptes, bien qu’un ciel surchargé de fumée et de poussière ne dût guère laisser grande liberté à la végétation. Les collections de M. Bowman et du D r Johnstone de Berwick méritaient néanmoins une grande attention. La réunion de l’association à Newcastle devenait du reste un moyen

pages où cette lacune existait pour mettre son livre au niveau de la science; mais n'était-il pas déplorable de devoir au hasard la connaissance d’un travail qui, s’il avait été imprimé en France ou cr* Allemagne, aurait franchi le détroit par lui même.

de fonder dans cette ville un jardin botanique et zoologique dont elle ne jouissait pas encore, à l’inverse de la plupart des cités de l’Angleterre. La société du Northumberland ne manqua pas celte occasion et on employa à cet effet le moyen usité ailleurs : une liste de souscription est ouverte, on paie par an une somme déterminée ou une somme globale une fois donnée, et il est rare que le total des souscriptions ne suffise pas* quelque forte que soit la dépense, à réaliser le vœu qu’on s’est formé. On doit les plus beaux jardins des trois royaumes, ceux de Chiswick, Manchester, Birmingham, Liverpool, Belfast, etc., à cet heureux concours de l’esprit d’association.

L’intérêt que présentait Newcastle aux savants, ne le cédait guère à celui qu’elle offrait aux industriels. Ses verreries sont des plus renommées , ses manufactures de fer, d’acier, d’acide sulfurique, ses fabriques d’étoffes de toute espèce, ont placé depuis longtemps cette ville au premier rang des cités industrielles de l’Angleterre. Les capitaux qui se sont ainsi fixés chez sa laborieuse population ont permis récemment d’y opérer la plus singulière métamorphose dont jamais ville fut le théâtre. Newcastle était riche, mais laide, vieille, noire; ses rues étroites, sombres, malsaines ressemblaient parfois à des échelles pavées, à des montagnes bâties, tant elles étaient roides et droites; ses maisons, masures malpropres, vieilles de quelques siècles, empestaient l’air de leurs charpentes moisies; l’argent abondait et il n’y avait qu’apparence de misère. Le centre de la ville appartenait à un seul propriétaire, homme inactif

el sans goûl ; heureusement ses héritiers concevaient mieux les besoins de la cité et de l’époque, et à la mort du vieillard, ils firent abattre des rues entières et improvisèrent, c’est le rnol, une ville nouvelle, somptueuse et magnifique où l’architecture la plus noble se couvrait de ses plus beaux ornements. Le Rcgent Street de Londres, le Saekville Street de Dublin sont, dit-on, les plus belles rues du monde; sans offrir leur longueur, les rues nouvelles de Newcastle ne le cèdent guère à ces constructions si renommées, de l’aveu même des Anglais, pour la richesse des bâtiments. Les monuments publics surtout n’ont rien à envier à, ceux de la métropole. Le marché couvert n’a pas même son rival dans les trois royaumes. Ce Green-Market est un immense carré, percé de deux entrées sur chaque côté et traversé de dix rues couvertes par des toits de verre, qui se coupent à angles droits, de sorte qu’il y règne un système de ventilation qui emporte toutes les mauvaises odeurs et y renouvelle l’air. La boucherie, les légumes, les fruits, les épices, les fleurs, les graines, etc., y occupent leurs rues particulières où la foule abonde à toute heure (1). Le plus grand de ces passages vitrés est soutenu par deux rangs de colonnettes et c’est In

1 11 n'existe pas de marches couverts en Belgique, et le public néanmoins en réclame depuis longtemps h Bruxelles, à Liège et dans toutes les grandes villes. C’est le Green -Market de Newcastle qui serait le meilleur modèle a imiter de tous ceux que j'ai, vus eu Angleterre. Les marches de Londres sont trop bas et l’air y circule trop peu. Le système d'entourer ces marches de rues h double rangée de maisons est d'ailleurs le plus productif.

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que se trouvent ces élégants magasins de fruits que les Anglais arrangent avec tant de goût et ces jolis étalages de fleurs qui passeraient dans notre pays pour des expositions permanentes de quelque société d’horticul- • ture. Le mercredi, le quatrième jour de la réunion des savants, la soirée fut consacrée à visiter ce fameux marché ; il était ouvert pour les membres de l’association qui , disait le programme , y auraient trouvé the promenade , conversation , and refreshmenls ; celle dernière condition est essentielle dans ces sortes de réunions, en dépit des quatre ou cinq repas ordinaires de la journée. Le grand passage avait été orné des plus belles plantes et des fleurs les plus brillantes des jardins de la ville et des environs, et l’aspect de cette fêle qui tenait de la magie, ne saurait trouver de description convenable. Pas moins de trois mille personnes assistaient à cette promenade nocturne.

La soirée de la veille avait été consacrée à la visite de l 'Exhibition Room qui répond à notre musée national d’industrie. C’est une collection de modèles et' de machines; M. Babbage expliqua le mécanisme de plusieurs d’entre elles, mais la salle trop petite ne put recevoir qu’une faible partie des membres de l’association. Cet inconvénient ne s’était pas présenté le lundi, premier jour des assemblées générales de l’association, à la bourse centrale ( central exchange) où trois mille deux cents personnes étaient assises dans une seule * salle pour entendre les discours du président Whewell, le compte rendu financier du trésorier, M. John Taylor, et le rapport général du premier secrétaire, M. Mur-

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chison. Avant cette assemblée , sept cent cinquante membres, d’autres disent neuf cents, s’étaient réunis au banquet de la salle du manège, convertie en tente élégante ornée de bandelettes de coton rouge et blanc, de guirlandes et de couronnes au centre desquelles se trouvaient inscrits les noms des célébrités anglaises. Le révérend William WhewelJ occupait le fauteuil, ayant à ses cètés le marquis de Nortbampton et l’évéquc de Durham, qui le dimanche avait prêché pour les membres de l’association un sermon des plus éloquents. Autour d’eux se groupaient sir Jonh Herschell, le lord maire, sir Charles Lemon, le professeur Buckland, le D r Bowring et les étrangers de distinction. Après ce repas où Y humour de M. Whewell qui portail les toasts principaux et dont plusieurs, selon ses expressions , étaient de nature à émouvoir les convives , depuis la pointe des cheveux jusqu’à la peau des talons (sic), s’était communiqué à tous les convives; après ce repas, dis-je, l’assemblée s’était dirigée vers le central Exchange , immense édifice semi-circulaire dont le plafond est à jour et formé par un lacis de sommiers, si artistement combinés que du bas, il fait l’effet d’un ouvrage de dentelles; seulement les fils de celle dentelle sont d’énormes poutres, enchevêtrées les unes dans les autres et donnant au toit vitré plusieurs faces diversement inclinées. Ni la neige, ni la grêle, ni les averses ne peuvent ainsi par cette combinaison de plans iuclinés ni priver l’intérieur de lumière ni commettre des dégâts. Au milieu de la salle s’élève une majestueuse colonnade d’ordre corinthien, soute-

liant une espèce de berceau en dedans , et en dehors s’unissant à l’admirable travail de poutres dont j’ai parlé. Ce fut dans cette belle enceinte et en présence d’un si grand nombre de membres, que le duc de Northumberland, qui protège d’une manière si noble les travaux astronomiques de sir John Herschell , fut installé président de l’association en remplacement du révérend W. Whewell.

Newcastle renaît ainsi , je ne dirai pas de ses cendres, mais des décombrestm le temps l’avait fait tomber, elle prend ainsi l’aspect d’une ville toute brillante de jeunesse par le génie d’un seul homme, de l’architecte, M. Grainger qui de simple ouvrier est devenu , comme spontanément, et par une véritable inspiration, l’un des plus hardis constructeurs de notre époque. La rue de Lord Grey est une des plus belles du monde, et les connaisseurs en préfèrent même les bâtiments à ceux du Regent Street de Londres. Elle aboutit à un carrefour de quatre grandes rues qui viennent se joindre au point culminant des nouvelles bâtisses. C’est dans ce centre qu’on décida d’élever une haute colonne à la gloire de lord Grey et en commémoration du bill de réforme. Huit jours avant la réunion de l’association , il n’y avait ni colonne, ni statue, ni bâtiments autour' de laplace.M.Graingervoulailnéanmoinsque les étrangers vissent ce monument; il engage aussitôt deux mille ouvriers qui se mettent au travail nuit cl jour et le samedi avant l’ouverture du congrès, la colonne élevait son chapiteau dans les airs. Cinq jours après , la statue de lord Grev v fut inaugurée aux acclamations

de la foule qui s’adressaient autant au noble ministre qu’au génie de Grainger

Mais de toutes les merveilles d’art que renferment les environs de Newcastle , la plus remarquable sans doute est le pont de Victoria, Victoria Bridge , qui met en communication la capitale du Northumberland avec celle du comté de Durham, au moyen d’un nouveau chemin de fer. Le samedi 25 août, l’association procéda avec lesaulorités à l’inauguration de cette nouvelle voie et de ce pont vraiment admirable. Sous le rapport de leur hauteur et de la longueur de leur corde, lesarches sont les plus grandes de l’Europe; elles l’emportent de beaucoup sur celles du pont si fameux du Suriderland. Celui sur la Dee, près de Chester, a des arches plus étendues et le pont d’AIcanlara près de Lisbonne est plus élevé, mais la Victoria Bridge , si l’on tient compte de la double difficulté d’offrir la hauteur des culées la plus grande au-dessus du niveau de l’eau, avec la plus grande distance des poussées, l’emporte sur tous les ponts connus. Sa longueurest de 270 yards et sa largeur en dedans des murs du parapet est de 21 pieds; la double voie du railway passe dessus en même temps qu’une chaussée de dalles pour les piétons. L’arche sur la Wear a 160 pieds de corde; depuis les fondements de la culée , jusqu’à la poussée de l’arc-boutant, on mesure 72 pieds et depuis la poussée jusqu’au

1 II m'a paru singulier que dans ees nouvelles constructions et surtout parmi ces statues «pie les Anglais élèvent avec tant de profusion b la mémoire de leurs célébrités, on ait oublié le capitaine Cook cjui était né à Newcastle.

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sommet de la voûte de l'arche on compte encore72 pieds; enfin depuis ce sommet jusqu’au parapet, il y a 13 pieds, de sorte que la hauteur totale du pont est de 157 pieds. Si l’on tient compte du niveau ordinaire de l’eau, le pont parait élevé à 130 pieds au-dessus de cette surface.

Un autre chemin de fer doit unir Newcastle à Carlisle et mettre cette dernière ville en communication directe avec Londres par Manchester et Birmingham. Cechemin de fer était en construction, et parmi les travaux d’art , qu’il avait nécessités, on remarquaitl’énorme viaduc aux portes de Newcastle. Cette construction est une de celles qui m’a le plus frappé; le viaduc a sept arches de cent pieds de corde chacune et celle du milieu est élevée audessus du point le plus bas de la vallée d’au moins 130 pieds. Ce viaduc, à l’exception descidées, est toulentier en bois et en carton goudronné, mais préparés d’après les procédés de Kyan, qui rendent la matière ligneuse et tous les objets qui y ont passé, incorruptibles et impérissables. Les arches sont formées de lattes de poutres qui ont cinq pouces d’épaisseur, mais qui se trouvent superposées les unes aux autres en grand nombre et liées entre elles par du carton goudronné passé au sublimé corrosif. Ce système est à la fois solide, économique et durable, et je fais des vœux pour qu’il soit promptement introduit dans notre pays Ce procédé

1 J’ai appris depuis la rédaction de ces souvenirs qu'un l>rcvct d importation avait été pris au ministère de Bruxelles, je crois, par •un industriel de Garni. pour ce procédé de M. Kyan.

do Kyan paraissant fort peu connu chez nous, je crois utile de donner un résumé d’une leçon de M. Faraday sur ce sujet pour la rédaction duquel j’emprunte les détails à la Gazette Littéraire ( Literay Gazette ). On sait que la destruction du bois s’opère a la longue par la vermoulure qui est souvent le résultat d’une double cause de désorganisation, l’envahissement des fibres par des champignons cl l’effel des insectes nombreux qui vivent de ligneux morts. M. Faraday présentait à sa leçon quelques échantillons de bois affecté de vermoulure et une pièce de champignon destructeur provenant du conservatoire du duc de Norfolk, qui s’était tellement développé qu’il offrait en ce moment toutes ses fructifications; il montra en outre une partie d’un mât de navire qui , quant à l’apparence , était très-sain à l’extérieur, mais dont le dedans creux et vermoulu paraissait avoir été percé par la tarière d’un charpentier. Sous le rapport de la vermoulure des vaisseaux, le judicieux professeur était allé lui-mêmeà bord de la frégate royale Thalia pour s’assurer de l’étatdela charpenterie. Une ou deux causes de destruction présentaient sur ces sortes de navires, les faits les plus extraordinaires, surtout si l’on calcule les énormes dépenses que font perdre ces corruptions. Unnavire de premier rang , portant 90 canons, consomme dans sa construction 5880 charges de bois; celui de second rang ou de 80 canons, en emploie 4839; celui de troisième ordre , 3600; de quatrième2732; de cinquième, 1800, de sixième, 963, etc. Or,l e Rodttcy fut lancécn 1809; il était à peine en mer qu’à cause de la mauvaise saison où le bois qui avait

servi à le construire avait été coupé , qu’il vit se détacher toute sa charpente; en 1812, il fallut le ramener de la Méditerranée au chantier pour le vendre. Le Dublin, lancé en février 1812, commissionné en août, envoyé en croisière en décembre , dut revenir en 1813 , un an après avoir été lancé , et ses réparations coûtèrent 20,000 livres ( fr. 500,000). La Reine Charlotte fut construite en 1810 et se brisa en 1811 , et de trois autres navires, le S'-Domingue, le Blake et la Floride, aucun ne dura plus de cinq ans. En 1814, quinze frégates furent construites en pin rouge de Canada et trois autres en pin blanc d’Amérique, et leur durée commune fut de trois ans et demi. Le service naval royal de la Grande-Bretagne dépensa en dix années, de 1823 à 1833 eu constructions et réparations de navires, docks, etc., la somme de : livres 8,432,044, 7 sch. et 4 d. La marine existante comprend en somme 1,216,719 charges de bois, qui, évaluées à 6 livres la charge, représentent un capital de 7,300,314 livres sterling. Nous publions ces détails statistiques, afin de donner au lecteur une idée du service important qu’on rend au budget de l’Etat par l’introduction du procédé d’empêcher la vermoulure à la propriété dévastatrice à laquelle on attribue l’énorme charge qui figure aux budgets sous le nom de wear and tear (réparations ). Parlons maintenant de la découverte de ce procédé. Un gentilhomme nommé Kyan, faisant attention à la propriété anti -destructive bien connue du sublimé corrosif, proposa d’appliquer cette substance si active aux bois de charpente, dans le but de le préserver des attaques de la pourriture à

laquelle il est sujet, soit à cause de l’action des graines de plantes crvptogamiques qui végètent entre et sur ses fibres, soit à cause de la présence de matières albumineuses de l’arbre; il crutqu’on pourrait s’opposer au mal par l’application du sublimé corrosif, parce que ce corps se combine chimiquement avec l’albumine végétale que Berzelius et d’autres chimistes de la plus grande autorité, regardent comme une partie essentielle du bois, albumine qui se détruit la première ou qui détermine les autres parties à se corrompre. M. Kyan avait tant de confiance dans son procédé qu’il le proposa aux lords de l’amirauté, qui, de prime abord , demandèrent qu’on fit des essais. Les expériences furent des plus satisfaisantes et au bout de la seconde ou de la troisième année, les lords de l’amirauté engagèrent M. Kyan à prendre un brevet, ce qu’il fit. Le professeur Faradayfut voir alors danssa leçon quelques-unes despiéces qui avaient été soumises aux expériences, trois ansauparavant, dans le trou aux champignon deWoolwich, trou creusé daus le sol de la cour, entouré de tous côtés par du bois et ayant une double porte de bois. Il était humide naturellement et ce fut daus sa cavité qu’on plaça les différentes pièces de charpente sur lesquelles se faisaient les essais. Une pièce était unmorceau de bois qui fut extrait, à la fin de la troisième année, aussi sain que lorsqu’il y fut renfermé, tandis que la partie non préparée était pourrie de part en part. Aucune portion de celle-ci n’avait été épargnée, tandis que celle-là , entière et saine , convenait fort bien à la construction des navires. Un grand cube de bois qui

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depuis trois ans avait été soumis aux mêmes conditions, fut retiré intact et replacé dans le trou en question pendant deux ans encore; il sortit de l’éprcuvedur et sain. Cinq années de séjour dans l’endroit où les causes destructives étaient si actives ne purent rien sur tous les bois qui avaient servi d’essais. H est rare qu’une découverte s’arrête eu chemin et se borne à une seule application. On préserva bientôt les cables , les filets , les tissus et le colon par le même moyen. Des calicots préparés au sublimé et d’autres non préparés furent placés dans des caves où l’action de la pourriture était rapide et certaine, et un an après, les pièces furent retirées les unes entièrement détruites, les autres sans changement aucun.

Il y a deux ans, lorsque cette leçon de M. Faraday fut prononcée, il se faisait la question si une telle préparation faite au moyen d’un des plus grands poisons, ne devait pas être dangereuse. Il concluait que non , et en effet, les nombreux ateliers où ce moyen est employé n’ont pas appris qu’il y ait eu quelques malheurs. On s’est servi des bois préparés par le système de Kyan, au temple, au King’s collège , à l’église de Clerkenwcll, à la maison de correction de Westminster, au Fishmongers Hall, à la galerie nationale , au muséum britannique, à l’entrepôt des compagnies des Indes, etc. La compagnie du London Dock l’emploie communément et dans la construction des chemins de fer de Manchester, Liverpool , Stanhopc , Tyrc et Wear, les cubes de pierre ont été remplacés par des bois passés au sublimé; les chantiers de File de Wight, de la Tamise

ceux de la compagnie des pêches font usage du même procédé, et les lord Bridporl, les comtes d’Egreraont et de Veralum en ont essayé l’emploi, avec grand succès dans les constructions particulières. Le viaduc de Newcastle en est aujourd’hui une nouvelle application et j’y ni vu la manière de préparer le bois, de le rendre incorruptible, sans que les ouvriers se plaignissent le moins du monde de quelque accident. Seulement je ferai la remarque que, lorsque M. Faraday déclara que le bois passé au sublimé pouvait servir à la construction des serres et des orangeries, il n’avait pas pour lui l’expérience que vient de faire, mais malheureusement à son grand détriment , l'habile horticulteur, M. Loddiges de Ilacquenav. Il est certain que les plantes meurent dans les serres construites de cette manière et qu’elles prétcntenl, elles qui sont plus sensibles que l’homme à l’action des gaz délétères, tous les signes si particuliers et si faciles à reconnaître, de l’empoisonnement par le sublimé corrosif.

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer, ont surabondamment prouvé sans doute que Newcastle était digne sous tous les rapports de recevoir Passocia-

1 Je reviendrai sur cc sujet dans un écrit particulier où je rendrai compte de mes observations sur les jardins que j'ai visités eu Angleterre. Ce n'est pas ici le lieu de parler de cette spécialité. Si l’on s'était servi en Belgique du procédé de Kvan , on aurait pu construire le pont de la Boverie, h Liège, avec plus d'économie et sans risquer de le voir s’écrouler plusieurs fois. Les pièces de bois sur lesquelles reposent les rails de nos chemins de fer auraient pu. par le même moyen, être rendus indestructibles.

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tion britannique pour l’avancemenhdes sciences. Parmi les 3200 personnes qui s’y étaient donné rendez-vous , devait se trouver l’elile de la science des trois royaumes. Toutes les villes de l’Angleterre, de l’Ecosse et de l’Irlande y avaient leurs représentants. Philadelphie y avait envoyé MM. le professeur Bâche Biddle et Ord ; l’Autriche , le comte Breunner, directeur des mines impériales de Hongrie; la Prusse, M. le professeur Ehrenberg, de l’académie de Berlin; la Hesse M. Zoeppritz ; la Hollande , MM. le professeur Van Galen et Mathys; etc.; j’y étais leseul Belge. Le nombre des notabilités scientifiques de l’Angleterre y était trop grand pour que je puisse en citer même les principales. Je me bornerai, en énumérant les sections, à citer leurs présidents. Dans cette énumération , je rendrai compte en peu de mots des travaux les plus importants, les plus utiles ou de ceux qui s’adressent au plus grand nombre de lecteurs ; les citer tous est chose impossible; mais un fait ressortira de là, c’est que dans ces sortes de congrès scientifiques, pris au sérieux , comme ils le sont en Angleterre et en Allemagne, on peut acquérir en bien peu d’heures une grande variété de connaissances nouvelles.

I r ® Section. Mathématiques et physique. Président : Sir John Herschell. Le lieutenant-colonel Reid lit un rapport expliquant les progrès faits touchant la loi des tempêtes et une statistique des faits sur lesquels il serait désirable d’avoir plus de connaissances. L’orateur établit d’abord que pour lui les opérations de la divinité dans les arrangements providentiels qu’elle com-

sa

bine en faveur des créatures, sont gouvernées par certaines lois fixes, déterminées par une sagesse incompréhensible, arrangées par un pouvoir suprême et dirigées par la bienveillance la plus grande. Ainsi, quelque irrégulières que paraissent aux yeux de l’homme inhabile à observer, les tempêtes et les tourmentes, ouest parvenu de nos jours à réduire en lois quelques conditions de ces phénomènes; la science se trouve à la veille de Fai re dans cette partie des progrès plus rapides. Il est convaincu, du reste, que les lois des changements atmosphériques dépendent de principes si fixes que rien ne manque, sinon une connaissance plus approfondie du sujet, pour rendre l’intelligence de ces lois aussi parfaite pour l’homme qu’aucune autre des sciences les plus exactes possibles. Son attention est dirigée vers cebutdepuis 1831 .Il arriva, par ses fonctions militaires, aux Barbades, immédiatement après le terrible ouragan de cette année qui, dans le court espace de sept heures, avait détruit 1477 personnes de ces seules lies. Il avait été employé pendant deux ans et demi comme ingénieur au milieu des bâtiments ruinés, et naturellement son esprit se tourna aiusi vers l’élude des ouragans. La première explication de ces phénomènes qui lui parut raisonnable, fut celle qu’il trouva dans un écrit de W. C. Redfield , de New- York, extrait du journal américain des sciences. Les ouragans du nordest avaient déjà attiré l'attention de Franklin sur les côtes de l’Amérique. Il avait été empêché, par une de ces tempêtes, d’observer une éclipse de lune à Philadelphie et son étonnement fut grand quand il apprit

qu’elle avail été visible à Boston , quoique cette ville fût située au nord-est de Philadelphie. C’était une circonstance qui pour un génie comme Franklin ne put rester perdue : il assura, d’après ses recherches , que la même tempête du nord-est n’avait éclaté à Boston que quelques heures après avoir passé par Philadelphie; et (pie, quoique le vent soufflât du nord-est, la marche de tout l’ouragan n’était pas moins sud-ouest. Franklin mourut malheureusement avant d’avoir pu faire de plus amples investigations. Le colonel Capper, attaché au service de la compagnie des Indesorientales, après avoir étudié la météorologie pendant vingt ans, dans le pays de Madras, publia en 1801, un ouvrage sur les vents et les moussons, donnant une courte statistique de leurs déplorables effets, d’après l’histoire de l'Indostan dç Orme. Il dit dans cet ouvrage qu’il croit que les ouragans sont de grands tourbillons. « Il ne serait peutêtre pas bien difficile , ajoute- t-il , de déterminer la situation d’un vaisseau dans un tourbillon , en observant la force et les changements du vent, si les changements «ont brusques et le vent violent, selon tonte probabilité le vaisseau se trouvera près du centre de l’axe du tourbillon; au lieu que si lèvent souffle pendant un long es~pace de temps du même point et si les changements sont graduels, on peut raisonnablement en conclure que le vaisseau se trouve à l’extrémité du tourbillon. » D’après cela, le colonel Reid est d’avis que, relativement à la nature des ouragans, le colonel Capper a parfaitement raison et la conclusion qu’il a tirée de ses recherches, a été trouvée exacte par l’expérience.

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