PREMIÈRE PARTIE
On cile presque toujours les Anglais comme le peuple où se rencontre le plus grand nombre d'exemples d'originalité, ou, pour parlera la mode, d'exceniricité. 11 ne se fait pas, dans les Trois-Rcyaumes, un testament par lequel une vieille femme lègue deux schellings par semaine à une servante pour la nourriture d'un chat ou d'un perroquet, que cela ne soit immédiatement imprimé et publié. On ne manque pas d'ajouter au fait un commentaire où l'on démontre que l'excentricité de la Grande-Bretagne ne dégénère pas plus que sa puissance dans l'Inde. L'Anglais tient à ses ridicules, liarce qu'il est parvenu à en faire des qualités aux yeux de l'univers , g'àce à celte constante et furieuse admiration où il est de lui-même et de tout ce qui émane de lui, et grâce à cette manie de beaucoup de gens qui , ne pouvant pas être de leur pays parce qu'ils n'en ont ni les grâces, ni l'esprit , ni le savoir-vivre, se font auglomanes pour ôtre quelque chose.
Ces réflexions m'ont été suggérées, je ne sais comment, par le souvenir de l'histoire que je vais vous raconter. Le lecteur jugera s'il y a quelque analogie entre l'excentricité anglaise et la singularité qui fil écrire au vieux comte de
(iievalaine les mois suivants sur un volumineux paquet ficelé, cacheté, scellé :
« Ceci est mon testament : il sera ouvert quarante et un jours après ma mort, en présence de tous mes héritiers, dont la liste suit. Si l'un d'eux manque au jour dit , à l'heure de midi, pour autre cause que pour cause de mort, ce testament ne sera point ouvert; on le brûlera immédiatement, et le partage de mes biens sera fait selon la loi.