‹ Huit mois en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 41 sur 70 · HUIT MOIS EN AM“!QUE · texte numérisé non relu

HUIT MOIS EN AM“!QUE

tions pénibles, sans autre récompense que l’austère plaisir de faire le bien et de servir utilement leur pays. J'ai vu le tableau synoptique de cette organisation ingénieuse et compliquée, due tout entière à cette initiative individuelle dont les Américains ont le droit d’être fiers. Toutes les branches s’y entre-croisent et tous les pouvoirs s'y équilibrent avec l'unité savante et rationnelle d’une constitution de l’abbé Sieyès. Le directeur du département de l'Est, comprenant trois grinées, est un jeune homme de Boston, riche de plusieurs millions, qui a interrompu de brillantes études pour dévouer deux ans de sa vie à cette œuvre laborieuse et obscure. « La commission, me disaitil, s’èst donné pour devoir de prendre soin du soldat et de pourvoir à tous ses besoins. Elle va le ramasser sanglant sur le champ de bataille ou fiévreux sur la terre “humide, le soigne dans ses hôpitaux, l’accueille voyageur ou convalescent dans ces établissements appelés soldier’s homes, où 1l trouve toujours un repas et un gîte préparés: elle l’assiste dans les démarches souvent difficiles qu'il doit faire auprès du gouvernement pour obtenir un congé, pour faire valoir ses titres à la retraite, pour se faire payer sa solde; elle le défend enfin contre ces soupçons de désertion qui, dans le désordre extrême de l’administration militaire, poursuivent souvent le soldat licencié. » Grâce à cette association libre, fondée on ne sait comiment, soutenue par des contributions volontaires, le soldat américain ne s'aperçoit pas qu’il a affaire à un gouvernement irrégulier et malhabile. En même temps, les livres de la commission fournissent une statistique exacte et minütieuse de tous les faits que le gouvernement ignore. Chaque soldat est inscrit sur un triple registre, et c’est souvent par l'entremise de la commission qu'on découvre ceux que l'état civil avait oubliés et dont toute

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trace semblait avôir disparu. J'ai vu sur les tableaux d’ensemble un fait curieux et qui mérite d’étre-signalé : leë trois quarts des pertes des armées n’ont pas eu lieu sut les champs de bataille, mais par maladie. En été et én hiver, la proportion des pertes est effrayante, au point que dans l’armée de Mac-Clellan, en 1862, le seul mois de juillet enleva 262 hommes sur 1,000, c’est-à-dire un grand quart de l’effectif; mais cette guerre d'Amérique, si meurtrière qu'elle soit, n’a pas approché, dans ses plus mauvais moments, de la guerre de Crimée, où, durant l'hiver passé devant Sébastopol, le mois de janvier à enlevé dans certains régiments plus de 4,100 hommes

sur 2,000. Je suis venu apprendre cela en Amérique.

La commission sanitaire a enregistré depuis trois ans un million de soldats qui ont passé dans ses hôpitaux. Elle les a fournis de vivres, de remèdes, de vêtements, de souliers. Dans la seule ville de Washington, le $oldier’s home, où les vétérans licenciés où en congé s’arrêtent pendant la longue formalité du règlement de leurs papiers, coûte 12,000 dollars par semaine. Et ce qui est plus merveilleux encore que ces dons immenses, c’est l’ordre, la régularité, la discipline parfaite de cette administration improvisée; c’esi enfin le dévouement des hommes qui donnent plusieurs années de Jeur vie à cette grande œuvre de charité patriotique. C’est là que l’on apprend à admirer l'Amérique et qüe les philanthropës de l’autre monde peuvent venir prendre dés leçons. .

J'ai revu plusieurs fois M. Seward dans sa pelite maison de Lafayette-square, à deux pas de la Maison- Blanche et du ministère d’État, modeste demeure pour un tel personnage. Je l'ai trouvé tantôt seul, tantôt avec sa famille, quelquefois entouré de sollicitenrs. IL faut l'entendre le soir, quand, fatigué des tracas de la jour-

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