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Le RE 3e
Se
!l'est tombé malade au sortir d’un meeting où il avait parlé pour les habitants pauvres de Savannah. Il est mort en orateur, comme le soldat sous les armes ; ses dernières paroles ont été des conseils de patriotisme, de concorde et de charité. C'était un noble esprit et un homme de bien. Rien n’est plus légitime que les honneurs rendus par le président à sa mémoire.
17 janvier.
Le fort Fisher est tombé après un combat de sept heures, opiniâtre et sanglant. Le canon de victoire annonce à la fois l'expédition et le succès. Rien pourtant d'inusité dans les rues ni dans le vestibule de l'hôtel: pas de conversations animées, pas d'affiches, mais seulement le news-boy vendant un supplément du journal du matin et criant à gorge déployée la nouvelle. Les Améicains ont si bien pris l'habitude de la guerre que ses vicissitudes ne les émeuvent plus. Avec leur confiance imperturbable et presque impertinente, ilsverraient sans s’alarmer le canon battre leurs murailles ; en revanche, ils accueillent Les plus grandes nouvelles sans beaucoup de démonstrations de Joie, comme des gens accoutumés à les recevoir.
Il y a dans-l'hôtel un homme à qui ce bruit de victoire a dû écorcher les oreilles, c'est le général Butler. Le sénat a voté l’autre jour une enquête sur la première expédition de Wilmington, et Butler a comparu ce matin même devant le comité de la guerre. Il était justement occupé à démontrer, pièces en main, que la forteresse était imprenable, quand le clerk du ministère de la guerre est entré apportant la dépêche, qu'on a lue avee acelamation. Accablé par ce terrible argument, Butler a payé d'audace, et sans se déconcerter s’est écrié à haute voix :
« Dieu S
même! »
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de la mai \ l'armée ivre Phi elle s'est même es] salon de port Îles usurper | se dissipe ministres der, cons a pourtar il arrive pour am Butler ac nent de Le chape néral, 0 vivres, € neémi, qi jours à madame obtenir avoir ce griefs, | ce mom prévent (Quant à
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de victoire Butler. Le à première u ce matin justement forteresse e la gucrre vée acclaler a payé aute VOIx :
« Dieu soit loué! Puissé-je toujours me tromper de
même! » La défense devient difficile aujourd’hui que l'événement à prononcé. Il continue pourtant à faire bonne figure, et même à prendre l'offensive contre ses ennemis. Il y a parmi les boarders ou hôtes permanents de la maison une certaine madame X..., dont le fils est 1 l'armée, et qui a pris depuis la guerre l’habitude de vivre l'hiver à Washington. Femme active et im. “te, ele s’est mise jusqu'aux yeux dans la politique, et le même esprit remuant qui fait qu’elle s'empare le soir du salon de l'hôtel pour y tenir ses assises, mettre en rapport les hôtes de hasard qui s’y trouvent rassemblés, usurper le rôle de maitresse de cette maison publique, se dissipe encore en lettres écrites à droite, à gauche, aux ministres, aux généraux, au président, pour recommander, conseiller, accuser tel ou tel. Cette mouche du coche a pourtant parfois la dent mauvaise, et dans le nombre il arrive que quelques-uns de ses coups ont porté. Elle a pour ami un certain chapelain protestant que le général Butler accuse d’avoir déserté son poste et prolongé indûnent de deux mois un bref congé qu’on lui avait accordé. Le chapelain, de son côté, se plaint amèrement du général, qui, dit-il, l'aurait laissé plusieurs jours sans vivres, enfermé dans une poudrière, sous je feu de l'ennemi, quand il n'avait allongé son absenee que de deux jours à peine à cause de La mort d'un oncle; sur quoi madame X... écrivit tout droit au général Grant pour obtenir vengeance. — Et, si peu d'influence qu'ait dû avoir cette goutte d'eau sur la coupe déjà pleine de ses griefs, la destitution de Butler, survenant par hasard à ce moment même, a pu paraître à un esprit vaniteux et prévenu le très-grand effet de cette très-petite cause. Quant à Butler, il n'est pas fâché non plns, pour déguiser
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les motifs vrais ou supposés de sa disgrâce, d’en rejeter
la faute sur madame X.. et sur son piteux protégé. Hier done, comme madame X... remplissait dans le Saloh de l'hôtel ses fonctions volontaires de maîtresse des vcérémonies, Butler, se promenant dans la galerie, prit soin de dire tout haut, en passant auprès d’elle : So, Z'am relie. ved of my command on the charge of a runatoay parson (1). Le mot fut entendu, relevé, et il s’ensüivit üne scène des plus curieuses et des plus comiques. Butler, qui a la langue rude, qui se glorifie d’être un avocat, est resté maître du champ de bataille et a pris sur madame X... sa revanche de Wilmington. £h général, je dois le dire, le public de l'hôtel lui paraît favorable. Une députation des habitants unionistes du Kentucky est venue le trouver pour exprimer le vœu que le préside lui donnât le commandement de leur État. Lui-même es si gai, à rond, si cordial, que je ne doute pas qu’il n’augmente de beaucoup d'amis personnels le nombre de ses partisans politiques. C'était un spectacle amusant que de le voir ce soir, dans le vestibule, avec sa forte carrure, sa redingote militairement boutonnée, son chapeau tapageur planté en biais sur la nuque, sa moustache épaisse et provocante, et un pérpétuel sourire sur sa gposse lèvre ironique , distribuer les énergiques poignées de men el /es brusques amitiés à la ronde, tandis que la foule stationnaire faisait autour de lui un cercle de têtes curieuses. l'y a dans sa démarche une certaine rudesse étudiée, dans ses yeux louches et son regard sardonique une certaine expression dédaigneuse, dans toute sa personne enfin un mélange de hauteur et de vulgarité, de
(1) « Ainsi me voilà destitué sur l'accusation d’un chapelain déserteur ! »
pouffissur bile et po doublé d° que soupl que prud quelque € si c'était :
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d'en rejeter otégé. Hiet le Saloh de les cérémorit Soin de Lam rélieaway parnsuivit ine es. Butler avocat, est S Sur magénéral, je prable. Une entucky est e président i-même es qu'il n’augnbre de ses sant que de te carrure, ipeau tapache épaisse Sa gposse oignées de dis que la le de têtes ine rudesse sardonique ute sa per- Igarité, de
in chapelain
pouffissure et de finesse, qui dénoncent l’aventurier habile et populaire, Te faux soldat, le comédien politique doublé d’un flibustier aventureux, aussi arrogant d'esprit que souplé de caractère, aussi hardi sur la place publique que prudent sur le champ de bataille. L'ensemble a quelque chose qui tout à la fois séduit et repousse, comme si c'était en vérité la « beast Butler » dont parlent avee horreur les populations qu’il a gouvernées, et qu'il allt tirer de sa poche une patte velue et armée de griffes. On se dit, en le voyant, que ce serait un homme dangereux, S'il avait autant de courage et d'énergie morale que d orgueil et d’audace. |
18 janvier.
J'ai retrouvé le général Butler à la réception de M. Seward ave: une nombreuse société diplomatique, visiblement peu charmée de sa compagnie. Il m’a paru tout différent de l’homme que je venais de voir pérorant, fêté, presque acelamé par ia foule. Il semblait moins fier et moins dégagé sur cet étroit théâtre qu'au milieu des scènes tumultucuses et populaires. Il faisait au contraire assez triste figure, errait gauchement de groupe en groupe, et gardaii un silence plein d’embarras, comme un homme dépaysé, qui n'est pas daus son élément natürel, Son grand uniforme de gala semblait le gêner aux eniournures : avec son épée pendante, ses éperons d'or, et le fourreau de son pistolet attaché au ceinturon, il avait à peu près l'air martial d’un notaire de campagne cn habit de garde national.
Le monde diplomatique est à la vérité un monde ganté, cravaté de blanc, dédaigneux, superstitieux ème en
fait de convenances, et moins disposé que tout autre à être indulgent pour les aventuriers et les démagogues, Si bien qu ‘ils y soient accoutumés, les diplomates de profession ont toùjours une antipathie invincible pour les hommes et les choses de la démocratie. J’en ai rencontré bien peu de ce côté de l'Océan qui crussent à la durée de la liberté américaine ou même en général à l'avenir de la liberté. Habitués à regarder la politique étrangère comme la grande, l'unique chose qui intéresse un peuple, agents d'un pouvoir exécutif avec lequel seul ils ont à compter, enfin amis naturels de la politique secrète, qui est leur élément favori, ils ne peuvent considérer le gouvernement que comme une affaire à débattre en conseil privé, sans bruit, sans fracas inutile, entre gens polis et bien élevés, sous la présidence d’un ministre suprême. La diplomatie n'est pas chose facile dans un gouvernement démocratique, sans cesse À la merci de l’opinion publique, obligé de rendre compte de ses démarches, de cajoler la majorité, de la payer de belles paroles, de la suivre pour la retenir dans ses violences imprudentes, et de lutter chaque jour contre les bâtons mis dans les roues par les assemblées. Le rôle d'un ministre sage, placé comme M. Seward entre le marteau et l’enclume, est un rôle diffcile
et sacrifié. Il n’est donc pas étonnant que les diplomates comprennent mal le plus grand bien qui résulte de tous .
ces contre-temps fâcheux. A chacur son métier : le ramoneur ne connaît que le prix de la suie, le maçon que celui du plâtre, et le prix du pain est le thermomètre politique des paysans de nos campagnes. Les hommes sont ainsi faits qu'ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Marionnettes suspendues à des fils différents, ils s'imaginent marcher sur la scène du monde dans l'indépendance et la force de leur pensée, quand toutes
Jeurs opini les agite.
Je mène calade à te mètres qui cette gran un continu tout le din cement du convulsif ç afamé , a1 avoir tordi tout me fs \ son aîn rassérène peuvent être obséd vent reslc disputent volées de lieux pub sonnes de et como plaisir de passent r et qui ne dans une leur plai Wash
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leurs opinions dépendent de la main qui les soutient et les agite.
19 janvier.
Je mène une vie à la vapeur. Les six étages que j’escalade à toute heure du jour, le corridor long de cent mètres qui conduit à mon gite, le terrible brouhaha de cette grande baraque, où les nerfs sont entretenus dans un continuel état d’agitaion et de malaise, enfin et surtout le diner, dont le vacarme indescriptible pousse l'agacement du mangeur à tel point qu’il prend aussi le galop convulsif de tout ce qui l’entoure, et s’en retourne à demi affamé, avec un mal de tête et une courbature, après avoir tordu et dévoré imparfaitement quelques bouchées, tout me fait songer par contraste à la douceur du home, à son atmosphère intime et tranquille qui retrempe et rassérène l'esprit fatigué. J'admire les Américains, qui peuvent vivre ainsi pendant des mois entiers sans en être obsédés, sans songer à ce foyer de famille qui souvent reste désert, tandis que les oiseaux du pigeonnier disputent leur pâture, parmi les eris et le tumulte, aux volées de corbeaux et de vautours qui s’abattent dans les lieux publics. J’ai fait ici la connaissance de diverses personnes de New-York et de Boston qu’une maison calme et comode attend à leur retour, et qui s’attardent par plaisir dans ce sabbat de l'hôtel Willard. Il en est qui passent régulièrement à Washington la moitié de l’année, et qui ne songent même pas à chercher un peu de paix dans une boarding-house plus silencieuse. Ce tourbillon leur plait et les entraine.
Washington à cela d’intéressant qu’en cetie saison la
politique y rassemble une foule d'hommes dispersés Je reste de l’année aux quatre coirs de l’horizon. Ce monde bariolé et disparate a un peu l'air d'une cohue, et ressemble beaucoup à celui que j'ai déjà vu aux eaux de Saratoga. On y rencontre cependant plus d'individus remarquables, et à chaque instant un nom connu frappant mon oreille, appelle mon attention. Sans doute je ne tire pas grand’chose de ce coup d’æil jeté à la hâte sur cha- -cun des personnages qui défilent dans cette lanterne magique ; mais l'esprit s'amuse de voir des hommes nouveaux et de mettre sur des figures des noms déjà familiers. C’est ainsi que j'ai vu hier soir les sénateurs Sprague, Trumbull, Sherman, le général Burnside, le général Banks, le juge Holt du Kentucky, et tant d’autres, sans compter un portrait saisissant du général Sherman, dont le front haut et carré, la bouche ferme, le visage musculeux, plein d’une énergie fière et un peu sauvage, contrastent singulièrement avec le sourire louche et la fausse franchise de Butler. J'ai enfin jugé par mes propres yeux, non plus la société de New-York ou de Boston ou toute autre coterie locale, mais la société américaine en général, celle dont les éléments encore confus forment ce qu'on peut appeler l'aristocratie politique du pays. Un jour doit venir où le monde de Washington prendra le pas sur celui des autres grandes villes de l'Union, comme en Angleterre le monde de Londres éclipse celui de la province. Je ne parle pas de Paris, la ville universelle, qui contient vingt sociétés diverses, et qui absorbe à elle seule tout le pays. Jamais l'Amérique n'aura, comme la Fran°e, une vraie capitale, une sorte de tête couronnée el souveraine, imposant jusque dans les moindres détails la lo‘ de ses fantaisies au corps inerté qu’elle traîne après elle, Londres est un meilieur terme de comparaison pour
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la future capitale des États-Unis, car on ne voit à Londres qu'une seule société, réunie pour un seul but : la politique. En dehors de ce cercle restreint, Londres n’est
qu'une ville de province, le mélange colossal d’un gros Manchester et d’un gros Liverpuol. Si les réunions du beau monde de Washington peuvent être comparées à quelque chose, c’est aux ros!s anglais, dont elles ont la monotonie, lencombre lans des maisons trop étroites, et qui ne sont « d-à-terre pour la saison, tout enfin, sauf l’él rréprochable et la raideur flegmatique. En Angleterre, l'hérédité, la permanence des influences politiques, la constitution séculaire d'une classe aristocratique et gouvernante, ont.donné à
cette réunion temporaire qui s'appelle la société de Lon- |
dres de la cohésion et de l'unité. En Amérique, au contraire, même après une série de siècles, même en supposant d'avance établie l’uniformité future des mœurs et des coutumes, je ne puis me figurer qu’un monde nomade, plein de contrastes choquants, où règne la plus grande anarchie de costumes et de manières, image fidèle de la société démocratique où il s’est formé. Le monde politique y sera toujours un ramassis de toutes les classes et-de toutes les conditions, réuni hier pour se disperser demain, trop mouvant pour que des habitudes puissent jamais s’y fixer ni des traditions s’y transmettre, — un monde de pacotille, rassemblé des quatre coins de l'horizon par le hasard de l'élection populaire. Il n’y faudra jamais chercher aucun trait général ni aucun air d'ensemble, si ce n'est celui d’une salle d’auberge où se rencontrent toutes sortes d'hommes, les uns avec leurs bottes boueuses et leurs habits de voyage: poudreux, les autres en tenue mondaine et sévère, — ceux-ci graves et réservés comme dans un salon de ministre, ceux-là débraillés et sans fa-
çons comme des gens qui descendent en pantoufles et en robe de chambre prendre leur déjeuner intime dans la salle à manger publique, — sans parler de la foule prétentieuse et vulgaire qui affecte l'élégance sans y parvenir, le bon ton sans le connaître, semblable à ces figurants de théâtre qui représentent les réunions du grand monde sur les scènes des boulevards. Aux yeux d’un Européen, si distingués d’ailleurs que soient les individus isolés qu'on y rencontre, la société de Washington ne peut être en gros qu'une mascarade bigarrée et disgracieuse, une galerie de types criginaux où l’on se promène un peu comme dans une ménagerie de bêtes curieuses.
J'ai læ superstition ae l’habit : je l'avoue et je n’en rougis point, car, à tout prendre, l’habit fait partie des manières, et M. Emerson a bien raison de dire qu’il faut, pour savoir s'en passer, une rare distinction naturelle. J'en fais donc une règle impérieuse, que des hommes supérieurs peuvent seuls transgresser impünément. De grandes manières peuvent donner du bon ton à une veste de paysan; mais quand je vois une figure déjà commune affublée de gros souliers cirés, d’un gros pantalon de couleur et d’un paletot-sac fait d’une couverture d’écurie, — quand je vois ces dames de l’Ouest vêtues des couleurs les plus voyantes et les plus écarlates, cachant mal un reste de la friperie souillée qu’elles ont traînée le matin dans les rues, — leurs robes décolletées en carré, leurs poitrines gauchement rembourrées de coton, leurs cor-
sages montants sans manches, avec des bouffettes aux épaules et les bras nus, leurs waler falls ou cascades de fausses boucles, surmontées d'un panier de coquelicots ou de pivoines, — quand je vois:les élégants eux-mêmes avec leurs gilets boutonnés jusqu'au menton, leurs cravates bleues ou brunes, leurs gants de toutes les nuances
de l’arc-er et des fornr européenn de vernis :
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et je n'en t partie des e qu’il faut,
naturelle, es lommes nément. De à une veste à commune Jantalon de re d’écurie, les couleurs ant mal un ée le matin arré, leurs leurs corfetes aux cascades de coquelicots eux-mêmes leurs craes nuances
de l’arc-en-ciel, au milieu de cette anarchie des couleurs et des formes, je regrette l'uniforme insignifiant des modes européennes, et je leur souhaiterais à tous un peu plus de vernis sur leur rude écorce. Je vous entends dire que me voilà devenu perruquier et couturière, et qu'il.ne faut pas juger d’une société par l'extérieur. Je conviens volontiers que la gaucherie des modes américaines n’est pas une condamnation de la démocratie; mais soyez sûr que dans ces menus détails il se traduit quelque chose de la uature intime et de l'esprit des sociétés. Le Herald remarquait hier, dans une notice sur M. Everett, que son sens d'artiste, son goût pour le beau, s’apercevaient jusque dans ses vêtements. Je ne l’ai pourtant jamais vu que mis très-simplement, à l'européenne, comme vous et moi. Si les délicats nous imitent naturellement dans ces petites choses, n'est-ce pas qu’elles sont le signe d’une supériorité intellectuelle et d’un sens esthétique plus fin et plus juste? Je mets en fait qu'il n’y a pas un gamin de Paris qui n’en remontrât, en fait d'art, aux neuf dixièmes de ces Américains, si admirables à leur manière et si dignes d'envie.
Il y a, d’ailleurs, deux types distincts parmi les habilants de Washington : le. hommes de l'Est, qui ressemblent beaucoup aux hommes d'Europe, et dont les plus distingués sont à leur insu des copies de l'Angleterre, et les hommes de l'Ouest, presque tous géants d'au moins six pieds, à grands traits, à robustes figures, à chevelures épaisses comme des crinières. Ceux-là sont plus rustiques, moins rabotés, mais ils ont pour eux l’originalité et un certain air de puissance massive qui ne me déplait pas. Les échantillons qu’on en voit chez M. Chase et chez M. Sherman sont naturellement des plus choisis. Je n'y ai vu ni le crâne aplati et le museau carnassier de
W..., ni l'habit bleu à boutons d'or du futur sénateur Y... Au contraire, ces vigoureuses organisations de l'Ouest ont presque toutes quelque chose d'attrayant et d’aimable. 11 ne faut leur demander ni raffinement de . langage ni vaines exagérations de politesse ; mais pour la franchise, la rondeur,. la bonhomie mélée de finesse, ils n’ont pas leurs pareïls. Je ne parle pas de M. Chase, qui n'appartient pas plus à l'Ouest qu’à la Nouvelle- Angleterre, où il est né. Je prends pour type accompli de l’homme de l'Ou t un certain M. Ashley, de l'Ohio, membre de la chambre et des plus influents, ennemi infa- -tigable de l'esclavage, figure large et joviale en mème temps que vive et héroïque, cordial, obligeant, aisé sens rudesse, gracieux avec les dames, plaisant dans ses «liscours, el évidemment un des hommes les plus contents de vivre qu'il y ait au monde. Ces puissantes natures m’étonnent toujours, moi petit fruit rabougri d’une civilisation potagère. Quàand je me trouve à la porte du sénat à la fin de la séance, et que je vois passer près de moi tous ces grands corps énergiques, j'éprouve le même senment de respect que si un peloton de horse-guards défilait à mes côtés. Le malheur est que beau” ‘1p de ces colosses ne sont des Mirabeaux que par l'ap ence, ct que souvent il y a plus de puissance réelle dans la tête sèche et nerveuse d'un Guizot ou dans la main ronde et potelée d'un Thiers que dans ces see machines imposantes de chair et d'os...
Je n'ai pas encore vu le président Lineôln, car je n'ai fait que jeter un coup d'œil dans l’antichambre de la Maison-Blanche sur un géant à longues jambes qui sortait emmaillotté dans un immense cache-nez. Il est de mode, chez les voyageurs européens, d'aller voir le président
comme une bête curieuse, pour faire ensuite des gorges
chaudes à après avoi vait le len entrevue :
plusieurs jusqu'à pi core si la sais goût publie, et Mais non; gnée. On les petites les fleurs par l'État de donnet noînes qu temps on assez vite ses r'épon madame une som ritable p4 toutes les que ces M. Linco monnaie loi lui all pas bien dit-il, le voyage € réponse trefois 1 nait ave
ur sénateur sations de tirayant et ements «de mais pour de finesse, M. Chase, Nouvelleaccompli de de l'Ohio, nnemi infae en mème , aisé pens ns ses dlisis contents es natures d’une civite du sénat rès de moi même sense-guards ‘Ip de ces ence, cl ans Ja tête n ronde et chines im-
car je n'ai de la Maiqui sortait | de mode, | président des gorges
chaudes à ses dépens. Je Sais un journaliste anglais qui, après avoir sollicité l’honnetr de lui être présenté, écriait le lendemain un récit injurieux et burlesque de son entrevue avec Abe Lincoln. Quant à inoï, je suis entré plusieurs fois à la Maïson-Blänche, et je n’y ai rien vu, jusqu’à présent, qui justifiât ces bruyantes gaietés. Encore si la calomnie se bornait à des épigrammes de mausais goût! si même elle ne s’attaquait qu'à l’homme publie, et s’arrêtait décemment au seuil de la vie intime ! Mais non; la famille même du président n’est pas épargnée. On insinue que madame Lincoln met à profit toutes les petites libertés que Sa position lui donne, qu'elle vend ls fleurs des serres présidentielles, qu'elle fait payer par l'État les diners modestes qu’elle est parfois obligée de donner, qu'elle a conservé l'esprit des ménagères éconones qui marchandent un chou pour un liard. En même teups on lui reproche de ne pas payer ses fournisseurs assez vite; on imprime dans les journaux leurs lettres et ses réponses. N'osait-on pas dernièrement raconter que madame Mac-Clellan avait employé à acheter un châle une somme qui lui avait été confiée par une société charitable pour le soulagement des soldats blessés ? Malgré toutes les déprédations dont on les accuse, je vous assure que ces potentats américains ne sont pas bien riches. M. Lincoln a refusé de recevoir en or au lieu de papiermonnaie le maigre traitement de 25,000 dollars que la loi lui alloue. Je demandais à son fils aîné s’il ne comptait pas bientôt faire le voyage d'Europe. « J'attends, me dit-il, la fin de la guerre. Au cours actuel de l'or, ce voyage coûterait trop cher. » Que de modestie dans cette réponse et que de noble simplicité ! —- Je sais bien qu'autrefois le dictateur Cincinnatus maniait la charrue et dinait avec un oignon sur du pain noir; mais ce désinté-
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