‹ Huit mois en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 70 · RER · texte numérisé non relu

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moins celle des Américains. Du moment qu’ils ont cessé de posséder le bétail humain, ils n’en soutfrent qu'avec ennui la concurrence. Dans l'Illinois, qui vient de donner 20,000 voix de majorité à la politique du manifeste abolitioniste to whom it may concern, il y a une loi qui interdit aux noirs de pénétrer dans l’État. Ceux qui y sont établis de longue date n’ont pas encore obtenu le droit de posséder, et les plus hardis novateurs, ceux qu'on accuse de sacrifier les blanes aux nègres, d'affamer les familles des soldats citoyens au profit des mercenaires échappés de la servitude, ne demandent encore pour leurs protégés ni droits politiques, ni égalité civile; ils ne réclament que la liberté de produire et de vendre, inhérente à tout être humain. D’après l’ancien code noir de l'Ilinois, aboli en 1853 seulement, tout nègre qui se hasardait sur le territoire était considéré comme esclave el fugitif d’un État voisin. Il était vendu par autorité de justice et adjugé pour un an au plus haut et dernier enchérisseur, en attendant que son maître eût le temps de le réclamer. Tout blanc rencontrant un nègre dans ses domaines avait le droit de chasser le vagabond à coup d'étrivières ou de s'approprier son travail. La législation actuelle est plus clémente : avant de sévir contre le noir, elle lui accorde généreusement un sursis de dix jours; mais, s’il réside plus longtemps sur le territoire, il est mis en prison, frappé d’une amende, vendu pour la payer à un maitre temporaire, et, quand il recouvre sa liberté, vendu et revendu sans cesse, tant qu'il reste dans le pays (1).

(4) Cette odieuse législation, tombée d’ailleurs en désuetude et batlue en brèche par le parti abolitioniste, a depuis lors été réformée; mais on n’a rien changé à la partie relative au mariage : l'union des deux races reste sévèrement prohibée,

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‘Illinois est pourtant un free state! il y a dans le même Etat une loi qui interdit rigoureusement tout mariage entre les blancs et les gens de couleur. Les coupables ont punis d'amende, de trente-six coups de fouet et d'un an de prison au minimum; le ministre, le juge ou le clerk qui a célébré le mariage est passible lui-même d'une lourde peine pécuniaire; le prétendu mariage est mul et non avenu. Voilà la sollicitude des philanthropes “de l'Ouest pour leurs bons frères à peau noire ! … L'antipathic des gens du Nord pour l'esclavage n’a “rien au fond de très-désintéressé. La bannière n’en est pas moins déployée, il faut la suivre, et le principe va À riompher en dépit des hommes. Vous vous rappelez que la constitution des États-Unis ne peut être modifiée que Dar une majorité des deux tiers dans chacune des cham- Dres du congrès. Un amendement constitutionnel abolis- L Sant l’escl: ivage a déjà été voté dans le sénat ; maïs il a échoué à la chambre des représentants avec une majorité Gusufiisante. Aujourd'hui la grande majorité des républigains dans l’élection présidentielle met hors de doute le Vote unanime de l'amendement par le nouveau congrès. “abolition, décrétée d'abord comme une mesure de apucrre, recevra bientôt la sanction légale. Que le Sud y : onsente ou y résiste, l esclavage a fait son temps. 2 On parie de démarches pacifiques, on nomme déjà les higociateurs. Jamais en eflet le Nord n° a pu parler au Sud Le plus de force et d'autorité. S'il n'était fou, le Sud y préterail l'oreille, et puisqu'il se résigne, pour continuer ) M guerre, à frapper de ses propres mains l'esclavage, il Æonsentirait à abandonner pour obtenir la paix. C’est, F it-on, la seule condition qu'on lui impose, et le sacrifice

| tant à demi consommé, que lui en coûterait-il pour renrer dans l'Union? Rien qu'un abaissement de son or- T. un. 3

gueil ; mais c’est là justement ce qui lui coûte le plus. Cette guerre de quatre années a fait d’une discorde civilé une sorte d’antipathie nationale. La rivalité d’ailleurs est ancienne entre le Sud et le Nord; il y a longtemps qu'ils se considèrent en frères ennemis. Quand les républicains abolitionistes parlent du temps des majorités démocratiques, ils disent : « Le temps où le Sud nous opprimait », sans songer que c'est justifier presque sa révolte criminelle. On se rappelle encore les anciennes résistances des abolitionistes au parti gouvernant, leurs velléités même d'indépendance et de séparation, du temps où Horace Greeley s’écriait en parlant du drapeau national : Tear down the flauniing lie (1)! ls combattent à présent pour ce drapeau qu'ils insultaient, comme alors le Sud aurait combattu pour défendre la bannière fédérale, si le Nord l'avait attaquée. Leur cause est la bonne au nom Ge la morale, au nom du patriotisme, au nom de la liberté. Ils y mêlent cependant une hostilité qui se ressent d’une longue humiliation.

Ne croyez pas que j'excuse les rebelles; mais la guerre civile, ainsi prolongée, est de toutes la plus féroce et la plus irrémissible. Si l'on pardonne aisément à des étrangers, on voue une exécration obstinée à l'ennemi sorti de la famille et de la maison. Songez aux pratiques de cette guerre, aux meurtres et aux brigandages mutuels, à la coutume horrible de mettre les prisonniers sous le feu, à la coutume plus horrible encore de tuer par représailles, à chaque nouvel outrage de l'ennemi, queiqies douzaines de prisonniers innocents, et, tout en faisant dans ces cruautés la part de la brutalité américaine, vous comprendrez à quel degré de colère en sont venus les deux

(1) «Déchirez le brillant mensonge. »

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peuples. Je doute qu’on puisse combler avec des cadavres le fleuve de sang qui les sépare. Le salut de l’Amérique est dans la soumission volontaire du Sud, et la

guerre n'est qu'un moyen de le contraindre à la soumission.

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