‹ Huit mois en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 70 · CHAPITRE XIIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIF

| destinées De romaine Baltimore; une vue à vol d'oiseau ; le quartier aristocratique :‘la mêmes, si | basse ville, les rues commerçantes. — Vote de l'amendement cons- H+ titutionnel abolissant l'esclavage ; espérances des radicaux. — Conune autre, dition vraie de la race noire; les vertus de l'esclavage ; ses résultats tique dont sociaux, moraux, économiques; l'aristocratie et les petits blancs du rainement Sud, — La société de Baltimore ; MM. Eaton, Kennedy, Morris ; | les mœurs chevaleresques des gens du Sud. — Division profonde nous l’en- entre les partis: résistance, abstention, trahisons des sécessionistes ; tions fédé- préjugés aristocratiques ; passions politiques des femmes, — Le

, oénéral Wallace : légéreté du joug militaire, tionale au : ., VAE

Baltimore, 31 janvier 1865,

J'arrive de Washington, et je viens, suivant ma coulume quand je débarque dans une ville nouvelle, de me promener à l'aventure à travers Baltimore pour en observer la physionomie. J'ai achevé mon voyage de découverte par une ascension au monument de Washington, qui s'élève au plus haut sommet des collines sur lesquelles la ville est bâtie, dans le quartier élégant de Mount -Vernon-square et de Charles-street. C’est, au centre d’un square en forme de croix grecque, incliné vers le sud, un massif carré de maçonnerie sur lequel se dresse une

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grande colonne toute nue dominée par une statue colossale de Washington. Le socle porte diverses inscriptions

où il est parlé du grand homme lui-même et de l’État du

Maryland, qui lui dédie ce monument. Le gardien allume une lanterne, et je gravis dans l'obscurité, comme un mineur, l’étroit escalier en spirale qni conduit au sommet de la tour. D’en haut, les maisons avoisinantes s’abaissent, s'effacent presque; les passants paraissent comme des points noirs. C’est vraiment une vue à vol d'oiseau, au-dessus de la région des hirondelles. Suspendu sur le chapiteat renflé de la colonne, avec le vide sous ses pieds, en éprouve involontairement la crainte qu’un feup de vent ne renverse cette haute tige isolée, dont l'équilibre paraît si précaire. Le panorama d'ailleurs est admi-

rable. Les maisons rouges de la ville s'étendent au loin .

vers le sud; elles s’étagent en amphithéâtre l& long des molles’ collines qui bordent la Chesapeake et qui se creusent çà et là d'un vallon rapide où maisons et rues semblent s'effondrer. Cent clochers, flèches, tours, beffrois, avec leurs masses agrandies par le brouillard du soir, dressent leurs aiguilles brunes ou grises sur cette mer ondulée. A gauche, le port avee sa forêt de mâts hérissés, le golfe et sa blanche étendue qu'embrassent de lointains promontoires, en face la rivière Patapsco, où se meuvent de minces lignes noires déroulant après elles de légères colonnes de fumée; — à droite enfin, les collines et les campagnes enveloppées de neige, bordées seulement de silhouettes noires, mais gardant encore sous ce froid vêtement un air de grâce et de gaieté : —voilà la moitié du panorama de Baltimore. Au nord, les maisons s’éclaireissent, les rues .s’interrompent ou se continuent en longues lignes droites à travers les faubourgs inachevés. Un petit cours d’eau serpente au fond

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d'une vallée arrondie; des usines, des cheminées fumantes, les longs toits couleur de brique des magasins et des manufactures, parlent d'une industrie jadis active, mais étouffée à présent par la concurrence de ces Yankees entreprenants qu'on tient à Baltimore en si grande mépris, sans doute parce qu’ils sont des rivaux si dangereux. Divers bruits confus s'élèvent et planent sur la ville : j'y distingue le grondement d’airain et la cloche perçante des locomotives; on les voit courir au fond de la vallée, semblables à de gros insectes luisants. et bardés de fer. Il y a un plaisir singulier à voir ainsi s'agiter en miniature, comme une fourmilière, ce monde

"où vivent deux cent mille âmes.

Descendons maintenänt de notre perchoir aérien, et promenons-nous un peu à travers la ville. Voici d’abord le. quartier aristocratique avec ses belles résidences à l'anglaise, ses squares et ses rues bâties tout entières sur le plan uniforme des maisons américaines de vingtcinq pieds sur cent. 11 y règne un grand silence et comme un grand sommeil. Des femmes bien mises sont assises aux fenêtres du rez-de-chaussée, et regardent défiler à travers leurs vitres les rares passants de la rue. Ceux-ci sont tous élégamment vêtus, de bonne tournure, beuucoup d'entre eux en grand deuil, et tous ont un air d'oisiveté ennuyée. La gaie société de Baltimore a reçu un grand coup dans la guerre civile. Divisée contre ellemème, sombre et irritée, décimée par des pertes innombrables et douloureuses, aigrie par les discordes politiques qui déchirent les familles, vaineue enfin et domptée par ls victoires du parti de l'Union, elle a les façons des aristocraties détrônées, et elle attend dans une réserve fière une revanche qui ne viendra jamais. La haute ville, en somme, a l'air d'un tombeau, Un à un, les promeneurs

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