‹ Huit mois en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 52 sur 70 · PE NE 7 LE · texte numérisé non relu

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et tous les hommes des gentlemen. Au fond de leurs huttes misérables, dans leurs haillons et leur saleté, couchant comme des pourceaux sur la terre nue, vivant comme les loups de chasse et de rapinè, ou quêtant les aumônes de leurs voisins plus riches, ce sont pourtant

des aristocrates, car ils se donnent le noble privilége de |

l'ignorance et de l’oisiveté. N'ayant guère pour tout bien au monde que leur carabine et leur couteau, ils vivent, les bras croisés, dans une indolence superbe, et se croient sincèrement bien supérieurs aux vils Fankees,

Les grands planteurs, qui appuient sur eux leur influence, les entretiennent soigneusement dans cet état de barbarie et d’abjection. Quoique victimes eux-mêmes “de l'institution de l'esclavage et d’un état social qui les condanme à l'oisiveté et à la misère, ils s’en glorifient plus que personne et s’en montrent les plus acharnés défenseurs. On leur avait persuadé au début de la guerre que les Fankees ne sauraient pas se battre et que les gens du Sud n'auraient qu'à se montrer pour vaincre. On leur avait dit et ils croyaient naïvement que le président Lincoln était un nègre, ainsi que tous les abolitionistes ses anis. Dans la plupart de leurs hameaux solitaires, ils n'ont ni écoles, ni églises, si ee n’est à dix ou vingl lieues. Les aventuriers yankees qui leur apprennent à chanter des psaumes ou à épeler l'alphabet sont tous de vils pensionnés de l'aristocratie qui leur prêchent on leur enseignent ce qu'elle ordonne, Torpeur, ignorance, orgueil dans l'abjection et la misère, tout cela vient de l'esclavage et sert à l’entretenir. Quel progrès et quelle liberté possible avec une institution qui rend le travail infâme et pareil à la servitude ?

On dit cependant qu’en apparence les mœurs de ha société du Sud sont les plus populaires ct les plus démo-

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cratiques du monde. i aysan à demi sauvage qui mendie à la porte du riche vianteur lui parle avec la fierté d'un frère et d'un égal : il n’abdique pas son rôle de citoyen du peuple-roi. Parfois les gens de- sa classe se réunissent aux camp-meelings pour hurler des hymnes, et aux barbacues (nom sudiste des meetings politiques) pour entendre des stump-speeches ; en même temps on se grise, on sc bat, on fait bomhance, on vide en un jour le fond de sa bourse. Quand il y à des élections, le peuple entier y paraît en armes, les partis se font près des polls une espèce de guerre civile : on les dirait animés d'un farouche esprit d'indépendance ; mais au fond ces saturnales ne sont pas sérieuses, et c’est l'aristocratie qui les soudoie. Les planteurs méprisent du plus profond de leur âme ce bas peuple dont ils se servent en lui laissant l'illusion d’une souveraineté vaine. Is tiennent aussi sous leur main tous ces petits propriétaires bourguois, habitants des petites villes, trop pauvres pour vivre de leurs rentes, trop indolents pour les accroître, possesseurs oisifs de quelques esclaves qu'ils louent aux grands propriétaires agriculteurs tout en vivant de leurs ibére lités ou de leurs aumônes. Cette elasse oisive et turbulente domine dans toutes les villes du Sud, où elle forme une oligarchie des plus oppressives. Elle fait la police des opinions, persécute les unionistes, expulse les ennemis de l'esclavage, supprime, arrête, brüle les journaux et les livres qui viennent du Nord, et exerce au profit de l'esclavage une insupport table tyrannie.

Telles sont les influences qui doivent tomber avec l’esdavage, I ÿ a, en revanche, dans les États du Sud une tasse nouvelle qui depuis vingt ans granit en silence; cest celle des petits blancs émancipés et enrichis pa lur travail, devenus eux-mêmes propriétaires, mais cul-

PE OR ER à NE D

tivant le sol de leurs mains : ils ont fait longtemps la guerre à l’aristocratie sécessioniste et ne l'ont suivie qu’à regret dans cette révolte. C'est dans cette classe, comme dans celle des fermiers-laboureurs des Etats du Nord, qu’est l'avenir de la liberté américaine, le salut de

l'union fédérale. Laborieuse, indépendante, ne deman-

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