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remment les innocents et les coupables. Dans le Tennessee, une bande d'anciens soldats confédérés brülait une école de noirs et menacait de mort l'institutenr, Dans l’Arkansas, un seul outrage à une femme blanche coûtait la vie à trente personnes. Dans l'Alabama, les nègres prirent la fuite et se réfugièrent dans les bois. C'était le seul moyen d'échapper à leurs anciens maitres coalisés pour les retenir sur leurs terres et les forcer, comme au temps de l'esclavage, à donner pour rien leur travail. Il y avait même des plantations où l’on avait réussi à leur cacher qu'ils étaient libres.
La seule protection des noirs était le bureau des, affranchis. Cette institution charitable n'avait été fondée à l'origine que pour secourir les réfugiés du Sud: On avait imaginé de faire travailler ces pauvres gens anx plantations abandonnées par les rebelles et confisquées par le gouvernement des États-Unis, qui restaient improdnetives entre ses mains; on leur louait des parcelles de quarante aeres, qu'ils pouvaient DMALOEent acheter à bas prix. Plus tard, après la guerre, quand l'institution du bureau s'étendit à tous les États rebelles, elle changea
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vint alors judiciaire et politique. Le bureau resta chargé de l'administration des terres confisquées ou tenues sous
le séquestre; il eut à faire aux populations affamées du
Sud, et particulièrement aux affranchis, de grandes distributions de vivres; enfin ct surtout il fut- chargé de veiller à la sécurité des affranchis et de leur garantir autant que possible le libre exercice des droits civils. Quand une ligue de planteurs voulait forcer les noirs à travailler pour des gages insuftisants et dérisoires, quand la loi, venant en aide à leurs machinations, fixait à un taux ridicule le tarif des stuaires, le freedmen’s bureau S'in-
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Cette institution paternelle et bienfai te est nécessaire dans les États du Sud. Pourtant : inconvénients et ses défauts. On à reproché au u bureau un zèle trop aveugle et trop exclusif po us administrés. On prétend que dans certaines localités où noirs et blanes faisaient déjà bon ménage, ils sont venus apporter la discorde plutôt que consolider la paix. Ils auraient parfois annulé des contrats équitables et inspiré aux nègres, avec un penchant funeste à l'oisiveté, la folle espérance d’un prochain partage des terres de leurs anciens maitres. On leur reproche encore d'exercer une autorité arbitraire, de rendre une justiceexceptionnelle dans ces cours prévôtales qui jugent sans jury, de troubler enfin l’ordre légal et l'équilibre de tous les pouvoirs. C'est justement par là que le bureau des affranchis à rendu tant de signalés services. Était-il vraiment possible d’abandonner les nègres à la justice des États, quand les lis leur refusaient jusqu’au témoignage, quand les planteurs les retenaient et les fouettaient comme par le passé, leur faisaient accroire qu'ils n'étaient pas encore libres, ou s’arrogeaient fièrement le droit de les faire travailler sans leur payer pour gages plus de 5 à 10 dollars par an? Le vrai défaut de l'institution, c'est qu’elle est souvent impuissante à sauver ceux qu’elle protége. Comment l’esclave affranchi pouvait-il invoquer ces protecteurs inconnus, éloignés souvent de cinquante milles? Au mois de septembre 4865, un homme fut amené à l’un des prévôts
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de la Virginie et condamné pour avoir maltraité des gens de couleur. « Ah! dit-il en colère, si la guerre n’est pas finie, qu’on nous le dise ! Nous pouvons recommencer. » Ailleurs, en Géorgie, en Caroline, il y eut des scènes de violence entre les milices d’États trop tôt rétablies et les officiers fédéraux du bureau des affranchis; le capitaine Healy fut tué et mis en morceaux. Dans la Caroline du Nord, la home guard, qui n'avait jamais été dissoute, se mit à exercer en face du bureau certaines attributions judiciaires et à prêter main-forte à la tyrannie des planteurs. Le gouverneur Perry, de la Caroline du Sud, disait franchement son espérance : il adjurait ses concitoyens d’abolir l'esclavage pour rentrer dans l'Union; mais, sitôt cette formalité remplie, il avertissait le Nord qu'il ne fallait plus rien attendre, « var, disait-il, ce pays est à l'homme blanc, et le gouvernement lui appartient (1) ». Comment s'étonner d'entendre tenir ce langage à un rebelle, quand le présideyt Johnson ne craignait-pas de répéter lui-même ce triste lieu commun des partisans de l'esclavage ?
Ces désordres et ces crimes ne devaient pas tous être attribués äu trouble temporaire qui est toujours inséparable des transitions difficiles : c'étaient la plupart du temps les conséquences naturelles d'une législation que partout on s’efforçait de maintenir ou même d'aggraver. Dans l’Alabama, la convention constitutionnelle, sollicitée pourtant par le gouverneur Parsons, refusa d'admettre le droit des nègres ‘au témoignage, de telle sorte que la seule place du noir en justice restait le banc des
(1) « This is a white man's country, and a white man's government. » C'est aussi le propos tenu par le président au gouverneur abolitioniste Fletcher, du Missouri,
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accusés. — Un nègre est poursuivi par un blanc; vingt
noirs attestent son innocence : on l'envoie pendre sur le témoignage du blanc. — Dans le Mississipi, le gouverneur Humphreys, élu par le peuple, usurpe l’autorité avant de la faire confirmer par le président, et, entrant en antagonisme avec le gouverneur provisoire Sharkey, il envoie à la législature un message où il lui conseille de faire des lois qui assurent l'infériorité éternelle des noirs. Un journal du même État, le Jackson News, réclame une législation qui fasse sentir aux « ex-esclaves leur infériorité naturelle », et menace ouvertement de la loi de Lynch les northerners qui pousseront le noir à résister à son ancien
maître. Ailleurs, en Virginie, on persécute les unionistes,
on brûle leurs récoltes, on pille leurs maisons, on coupe les jarrets de leurs chevaux. Dans la législature de l’Alabama, on a failli voter une loi sur le vagabondage, qui était le chef-d'œuvre de la férocité : le coupable, homme ou femme, devait être suspendu par les pouces deux heures de suite pendant trois jours et recevoir pendant le même temps cinquante coups de fouet par jour; en cas de récidive, la punition était doublée. Cette loi se combinait avec d’autres mesures qui obligeaient le noir à servir sur la plantation de son ancien maitre et déclaraient vagabond celui qui s’y refusait. Voilà par quel ensemble de règlements ingénieux les gens du Sud espéraient établir une espèce de servage qui leur tint lieu de l'ancienne servitude.
Ils allèguent que le nègre est d'un caractère paresseux et indolent, et qu'il faut bien le contraindre, dans son intérêt même, à reprendre son ancien travail. il s’est fait de la liberté l’idée d’une vie oisive et bienheureuse, où tous les besoins d’un homme sont satisfaits sans peine. Jadis, quand un nègre industrieux avait gagné sa liberté à 1
sueur de son front, il s’écriait d'ordinaire : « A présent je suis un homme blane, je peux vivre les bras croisés! » et il quittait l'atelier ou le champ de coton pour les grands chemins et les cabarets; mais sans compter que le pauvre noir sera vite détrompé par l'expérience de celte enfantine idée de la vie, n'est-ce pas les blancs qui la lui ont donée en lui montrant partout le travail comme un opprobre, egla liberté inséparable de l'oisiveté et du vice ? Ont-ils Je’drot de lui reprocher l'ignorance et l'imprévoyance où‘ils l'ont eux-mêmes entretenu? Ils se plaignent que le noir ne soit pas un homme, mais une espèce d'animal, de bête sauvage, qui ne connaît ni religion, ni famille, ni devoirs moraux. Qui donc, si cela est vrai, l’a réduit à cette dégradation ? Qui donc a vendu les femmes, séparé les époux, arraché les enfants aux mères, produit des hommes en troupeaux comme du bétail? Est-ce là une bonne école pour les vertus de’ famille? Ils sont ignorants! Et qui donc leur a fermé l'entrée des écoles, celle des églises, et leur a appris à faire de la religion une parade burlesque ? Quels sont les hommes qui murmurent et grondent “nand aujourd'hui le gouvernement fédéral ouvre en V. ie quelques écoles pour les noirs affranchis ?
On peut dite ce qu’on voudra de leurs vices, qui les rendent impropres à la liberté : ce sont les blancs qui les leur ont donnés et-qui doivent en supporter les inconvénients. Vous ne pouvez récolter la sagesse, la prévoyance, la soumission volontaire aux lois, l'esprit d'ordre, les vertus de famille, la fidélité conjugale, Ià où vous avez semé l'ignorance, l'oppression, la brutalité, l'oubli de tout devoir, sauf l’obéissance abjecte à la force ! — Si l'intérêt public exige qu'on force les noirs à travailler, alors, qu'on y contraigne aussi ces petits blancs du Sud
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qui n'ont pas la même excuse et qui se croient nés pour vivre dans une oisiveté royale. Ils sont encore plus dégradés et plus incurables que les noirs, ces mendiants orgueilleux qu'on est obligé de nourrir et qui menacent le gouvernement dont ils mangent le pâin. — On reproche enfin aux affranchis de s’agiter d’une façon menaçante. Comment veut-on qu'irrités par une oppression quotidienne, excités par les espérances de la guerre civile, par l'appât de la propriété territoriale et du pouvoir politique,
L par la promesse même de la vraie liberté qu'on leur a
montrée sans la leur donner tout entière, comment veut on qu'ils ne songent pas à se faire justice eux-mêmes et
à recourir aux armes? Le colonel Thomas, commissaire
des affranchis dans l’État de Mississipi, écrivait l’année
A dernière au général Howard : « Si la milice locale est or-
ganisée, je ne pense pas que les affranchis restent cultivateurs tranquilles du champ de coton. Ils sont enrégimentés ct armés. Il est certain qu'il y aura des désordres qui troubleront profondément la société. »
Aussi prédisait-on pour cette année la guerre servile, On se répélait de bouche en bouche que les nègres étaient armés dans le Sud, qu'ils achetdient tous les jours à New-York des masses considérables de revolvers et de fusils, qu’ils avaient enfin une organisation secrète qu'il importait d'étouffer au plus vite. On raisonnait froidement sur la nécessité prochaine de les exterminer jusqu’au dernier homine. Les démocrates disaient qu'il y avait urgence à rendre le pouvoir militaire aux populations du Sud, afin qu’elles pussent se défendre contre l'insurrection des noirs. Les radicaux disaient, au contraire, que le devoir du gouvernement était plus que jamais de s’interposer entre les deux races, de contenir l’une en lui faisant justice, et de dominer l’autre en la forçant de souscrire à la jus
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