‹ Huit mois en Amérique [microforme]Chapitre 48 sur 56 · TR RÉTR METIERS RENNES · texte numérisé non relu

TR RÉTR METIERS RENNES

mais il faut être bien endurci à la brutalité de la presse américaine pour ne pas frémir en lisant certaines feuilles démocrates, qui ne sont au fond que des feuilles rebelles. Écoutez ces titres significatifs mis en tête du Chicago Times : « Inaction de Sheridan. — Condition véritable de l'armée en déroute d'Early. — Grant fait une nouvelle tentative, et échoue comme de raison. — Hancock et Meade refusent de conduire leurs hommes à un carnage inutile. » Ne croirait-on pas lire les journaux de Richmond? Le Times n’est pourtant que le disciple fidèle et l'organe favori des héros de la convention démocratique, En août dernier, les ardents du parti lui donnaient des ovations et des sérénades pour le récompenser de son courage patriotique. Que penser d’un parti qui met sa gloire dans l’humiliation nationale? Les mêmes hommes, je le sais encore, font des protestations hypocrites : tandis que la main droite trempe dans la trahison, la main gauche fait des charités pompeuses aux blessés et aux veuves. La semaine dernière, au meeting démocratique de Joliet (Ilinois), au milieu des oripeaux, des mascarades, des chars attelés de dix chevaux, chargés, comme la voiture du bœuf gras, de groupes allégoriques et d'orehestres ambulants, on a promené quelques charretées de bois de chauffage et quelques tonneaux de farine pour les familles des soldats blessés; mais je me défie d’une bienfaisance qui fait ainsi parade d'elle-même. Si le parti démocrate tient à prouver son patriotisme, qu'il se soumette à la conscription, qu’il paye sans murmurer les impôts, plutôt que d'acheter des ornements d'or et des bannières de soie pour les déesses de la Liberté qu’il promène dans ses mascarades. « Qu'on dise, s’écrie le Chicago Times avec une indignation burlesque, que nous ne sommes pas dévoués à l’Union! Vit-

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ou jamais plus de drapeaux des États-Unis que dans le meeling de Joliet? Il y avait vingt mille personnes présentes; la procession avait cinq milles de long. » Voilà, en vérité, une manifestation bien imposante! mais ces porteurs de bannières nationales n’en veulent pas moins abaisser leur pays devant une minorité rebelle et déchirer en lambeaux le « glorieux emblème des stars and stripes ! »

Ils font cependant la cour à l’armée. Ceux mêmes qui voudraient la voir exterminée par les rebelles protessent pour elle une sorte de culte hypocrite et intéressé. Ils publient tous les jours par douzaines des lettres de soldats supposés qui annoncent l'unanimité de leurs corps pour Mac-Clellan et se plaignent de la pression qu'on exerce sur leurs votes. L'armée d’ailleurs est l’oracle infailible qu'invoquent tous les partis. Ils trouvent commode de mettre dans la bouche d’un soldat leurs calomnies et leurs injures. Veut-on donner au président Lincoln un salisfecit populaire, on suscite un soldat écrivain qui, dans son éloquence militaire, envoie poliment Mac- Clellan (0 hell. Veut-on dénoncer au peuple de l'Illinois l'ivrognerie et l'incapacité de son futur gouverneur 0"*", vite le Chicago Times forge un vétéran qui a servi sous ses ordres et adjure ses concitoyens de ne pas nommer ce « damné lâche! » Veut-on reprocher au président Lincoln son refus d'échanger les prisonniers, misure terrible dont son cœur a dû saigner plus que toui autre, mais rendue nécessaire par la barbarie des confédérés (1),

(4) On a osé dire que le président Lincoln était seul coupable destorturesinfligées à sessoldats dans les prisons du Sud, puisqu'il avait refusé l'échange des prisonniers. On s’est même indigné bruyamment de la cruauté savante d’un gouvernement

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voici la lettre d’un de ces prisonniers « qui a perdu un poumon et un œil, » et fulmine contre le tyran dans un style ampoulé et théâtral qui n’est pas assurément sorti du fond d’un cachot. Tel est en ce moment le prestige du sabre : tout le monde le flatte et l'adore, et il n'y a pas de vérité qui obtienne autant de crédit qu'un mensonge revêtu de l'uniforme des boys 1n blue.

Vallandigham et ses amis suivent le courant. Ils se sont un peu relâchés de leur vertu farouche, et se contentent d’un coprerheadisme mitigé à l’usage des gens timides. Pendleton, leur créature et leur âme damnée, « enfin rompu son chstiné silence. Ils se disent tous aujourd’hui unionistes fidèles; ils se diront tout ce qu’on voudra, pourvu qu'ils fassent triompher la politique de désarmement qui anéant:ra le gain de quatre années de guerre et mettra le Nord aux pieds du Sud : la foule malheureusement n’en voit pas si long. On lui promet la paix avec l’Union, on lui dit que ce but tant désiré, pour lequel on a fait tant de sacrifices, est sous sa main, et qu'après avoir combattu les États rebelles, elle n’a qu’à

qui abusait de l'avantage du nombre, et laissait périr des milliers de vies humaines pour épuiser plus vite les armées du Sud, C’est une audacieuse et indigne calomnie. Tout le monde sait l’auteur véritable de cette nécessité cruelle - ce sont les confédérés qui, les premiers, se sont mis à massacrer systématiquement tous les prisonniers qu’ils faisaient aux troupes de couleur engage s dans l’armée fédérale. Le président Davis (dont je voudrais pouvoir respecter l’infortune) a déclaré que les prisonniers noirs seraient passés par les armes, et leurs officiers mêmes traduits en conseil de guerre pour être punis suivant les lois des États du Sud. C’est alors que le président Lincoln a dû rompre à son tour la convention d'échange, jusqu'au jour où les prisonniers de couleur seraient traités eomme les prisonniers blancs.

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s’avouer vaincue pour les ramener dociles et repentants. Elle aime mieux écouter le charlatan qui promet l’impossible que l’honnête homme qui dit la vérité. Je crois que le président Lincoln sera élu, parce que l'Union est le premier, l’unique vœu de la majorité du peuple; mais parmi les électeurs mêmes de Mac-Clellan il. y en aura beaucoup qui eroiront, en le nommant, sauver Union.

5 novembre,

J'ai faim d’une autre nourriture que ces grossiers journaux que je dépouille consciencieusement tous les matins, et qui, malgré leur poivre et leur eau-de-vie, paraissent maintenant insipides à mon palais blasé. Pour se plaire en ce pays, il faut y être né, en avoir recu l'éducation sèche et sommaire, s’être proposé le gain pour unique affaire et la spéculation pour unique plaisir. Si vous voulez vivre en Illinois, retranchez d'abord de votre esprit toutes ces branches superflues que développe l'éducation européenne, et qui ne peuvent fleurir au vent froid du positivisme américain. Soyez tout matière et arithmétique, mais encore plus arithmétique que matière, car votre vie sera partagée entre le comptoir, le cabaret et le meeting politique. Heureux peut-être les hommes qui peuvent réduire leur vie à ces termes simples!

Ce serait un reproche banal que d’accuser les Américains d'aimer l'argent : il en est de même dans tous les pays. Ce que je leur reproche, c’est l'unité fatigante de leur point de vue mercantile. S'agit-il de vanter un monument, une œuvre d'art, on vous dit ce qu'elle a coûté; un roman, ce qu'il a été vendu à l’éditeur, Le dollar est l'unité de valeur, la commune mesure, le pivot autour

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duquel tout gravite : coutume qui simplifie bien des choses, qui peut-être a ses avantages, mais qui indique, sinon une corruption du sens moral, au moins l'absence de certaines idées. L'esprit des Américains est comme un clavier où plusieurs touches manquent. Ils ne connaissent qu'un emploi de leur vie, et ils s’y jettent tête baissée, avec la fureur sérieuse du joueur endurci.

Le hasard m’a mis en rapports avec un des commerçants les plus estimés de Chicago : c’est un homme grand, maigre, anguleux, avec un front grave et soucieux, des traits durs, un regard sombre et calculateur, un visage qui ne sourit jamais, courtois d’ailleurs et hospitalier, mais si froid, si rigide, qu'il ressemble plus à une statue qu'à un homme. Mon nouvel ami s'habille de noir tous les dimanches, et assiste régulièrement au prêche dans le temple qu'il a contribué à bâtir. On le dit fort généreux : il a donné de grosses sommes pour le rachat des conscrits lors des derniers appels du président. Hier à diner, il me racontait que dans la spéculation, c’est-àdire dans les affaires, qui ne sont pas autre chose, on perdait de temps en temps tout son avoir. « Pour ma part, dit-il, j'ai fait trois fois faillite, j'ai été trois fois jeté sur le pavé sans ressources. Eh bien! — et il se versait à boire, — je n'étais pas plus troublé qu’en buvant ce verre de champagne. — Et ce jeu périlleux, lui disje, n’en êtes-vous pas fatigué ? A présent que vous voilà au sommet de la vague, ne mettrez-vous rien en réserve pour le prochain plongeon? — Peut-être; je me fais vieux. Après tout, s'il faut recommencer, je n'ai peur de rien. Il faut de l'esprit, du courage et de l'impudence ; avec cela, on remonte sur l’eau. »

Voilà qui est parler tout droit, sans modestie ni fausse honte : le jeu, vous le voyez, s'appelle ici franchement

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par son nom, et la spéculation passe pour un des arts libéraux, le seul, à vrai dire, que l’on connaisse. Tandis que chez nous le banqueroutier est un homme perdu, il n'y a presque pas un seul négociant, un seul banquier à Chicago qui n'ait traversé deux ou trois faillites. Le plus honorable des banquiers de la ville, un certain M. S..., ne s’est pas, dit-on, enrichi autrement. On me cite des compagnies de chemins de fer qui font de gros bénéfices, et dont les actionnaires ne touchent pas un sou de dividende. Parfois même les administrateurs savent faire de ces faillites habiles qui leur laissent les mains pleines. On me disait un chemin de fer qui avait ruiné trois compagnies d'actionnaires et enrichi trois administrations successives. Ces duperies continuelles ne lassent pas la confiance du souscripteur, qui fournit toujours et imperturbablement des capitaux. Habitués aux. fortunes et aux ruines rapides, les Américains envisagent ces catastrophes avec un sang-froid singulier. Ils ne s’affligent guère de l'argent perdu, et ne s'arrêtent pas pour le ramasser. À chacun son tour : on passe à une autre affaire où l’on espère être plus heureux, parfois même on s'allie de nouveau au tricheur adroit par qui l’on vient d'être dépouillé, en se promettant de s’y mieux prendre et d’avoir part cette fois à ses bénéfices.

Vous savez qu'il n'y a pas au États-Unis de loi générale sur les faillites, bien que la constitution réserve au Congrès le droit d'en faire une. Elles sont régies en attendant par des législations locales, qui varient d'un Etat à l’autre, plus sévères dans le Massachusetts et dans les anciens États de l'Est, plus imparfaites et plus indulgentes dans ces nouveaux États de l'Ouest, où règne encore une sorte d'anarchie. On n'y voit pas, à proprement parler, de banqueroutes. Quand un négociant est

au-dessous de ses affaires et qu’il a résolu de les liquider, il nomme un truslee, un fondé de pouvoirs, entre les mains duquel il consigne sa maison. Ce dernier a pendant un an contrôle exclusif et disposition absolue des biens à lui confiés. Il liquide comme il peut les affaires de son commettant, et les créanciers n’ont pas le droit de contrarier sa gestion jusqu’au jour où il leur paye en tout on en partie ce qui leur est dû. QG a vu de grandes maisons se soustraire ainsi à une rüine certaine, et reprendre ensuite avec honneur leurs affaires, interrompues par une œêne momentanée; mais les conséquences habituelles de cette législation sautent aux yeux : quand le failli est malhonnête, le trustee n’est qu'un compère qui prend sa part des bénéfices de la fraude. Cependant le hanqueroutier se prélasse, va aux eaux, voyage en Europe ou se repose dans sa famille; ses créanciers le rencontrent, l’abordent comme autrefois, lui demandent poliment des nouvelles de ses affaires, si toutefois il condescend à satisfaire leur indiserète curiosité. Ces scandales sont quotidiens. Et pourtant n’y avrait-il pas dans cette législation singulière un bon exemple à suivre ? Que de commerçants tombent par suite d’embarras momentanés, d’insolvabilités passagères, qui le lendemain auraient fait honneur à tous leurs engagements! S'il suffit pour faire banqueroute de ne pas avoir sous la main de quoi liquider, estce que les institutions de banque ne sont pas en faillite perpétuelle? Que deviendrait la Banque de France, si demain tous les porteurs de ses billets venaient en exiger le remboursement ? Quant aux fraudes, rien de plus simple que de les éviter : au lieu d’un agent du failli, il suffit de confier ces fonctions de gérant liquidateur à un arbitre choisi de l'agrément de tous; ceci d’ailleurs soit dit en passant.

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Ce n'est pas seulement aux banqueroutiers frauduleux qué les lois américaines se montrent indulgentes. Il y a d’autres négoces où la honte lucrative est souvent le chemin de la richesse estimée. Je ne puis vous taire certains procès scandaleux que les lois encouragent, et qui s’étalent dans les journaux avec une impudence et une crudité tout américaines, je veux parler des procès en séduction. On a tout dit des formes défectueuses et sommaires de ce mariage américain qui peut, suivant ies caprices d'une législation irrégulière, être contracté devant le premier clergyman où le premier magistrat venu, ou même devant témoins, être tenu secret jusqu'au jour où on le conteste et où l'on fait comparaitre les témoins, être suppléé enfin tant bien que mal par une possession d'état contestable ; on sait aussi les facilités singulières que ce chaos légal donne à la bigamie, et le grand nombre de doubles, triples et quadruples mariages découverts chaque année par la jalousiv féminine. Ce qu'on ne sait pas assez, ce sont les droits excrbitants que l'usage et la loi confèrent aux ingénues qui se pirignent qu'on ait surpris leur vertu. On ne leur répond pas jar l'axiome légal: Vemo auditur turpitudinem suam allegans. Au contraire, on leur fait gloire d’un aven qui, dit-on, relève leur honnêteté, et qui certainement prouve leur sagesse ; on n’exige d'elles aucune réserve hypocrite, aucune pudeur fausse ct outrée. Si elles ont été faibles, au moins ont-elles le courage et le bon sens de tirer parti de leur faiblesse. Tantôt c’est un riche habitant de Chicago traduit en justice par une jeune et entreprenante lady qui lui demande, le couteau sur la gorge, le mariage ou vingt mille dollars. Elle raconte que le roman s’est passé dans un sleeping-car du chemin de fer de Chicago à Détroit. On rencontre çà et là sur les chemins, dans les bateaux, dans les auberges,

de ces voyageuses hardies qui cherchent fortune : manière comme une. autre de chasser au mari. Tantôt c’est un pauvre ouvrier allemand qui, dans un bal de barrière, s’est montré d’une galanterie un peu trop vive pour une des dames patronnesses de l'endroit. Le lendemain, arrêté, accusé par cétte fille, condamné enfin pour séduction à une grosse amende, il ne se tire d'affaire qu'en promettant de remplacer les dommages-intérêts qu'il ne peut payer par une rente prélevée sur son salaire. Taniôt c'est une vailiante et innocente héroïne qui, trompée, trahie, délaissée pour une autre, donne uu dernier rendez-vous à son séducteur, et le tue d'un coup de pistolet à bout portant : son procès n’est qu’un long triomphe ; elle est acquittée, acclamée, célébrée partout.

Rien n’est si frappant dans tout l'Ouest que ces immunités, cette hautaine domination des femmes. Le voyageur, dans les suberges, peut encore donner des ordres aux serviteurs mâles : quand leur fierté démocratique se révolte, le dollar les apaise vite; mais qu’il se garde bien de rien demander aux servantes : ce sont des ladies, ef elles le lui font rudement sentir. 11 y a quinze ans, daus ces colonies nouvelles, les femmes étaient encore, comme à présent en Australie ou dans les territoires récemment peuplés du Pacifique, des objets rares et disputés (1) : on faisait tout pour les obtenir, on avait pour

(4) Dans la Nouvelle-Angleterre, la population féminine surpasse au contraire la population mâle. Tout dernièrement, le gouverneur du territoire de Washington, dans la région du Pacifique (qu’il ne faut pas confondre avec le district de Colombie), envoya deux délégués à Boston négocier avec le gouverneur Andrew l'importation sur le territoire de six cents femmes et filles de Massachusetts destinées aux travaux do- .mestiques. Un bateau à vapeur frété par le territoire devait

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leur conquête. Aujourd’hui le progrès de la population, Ja guerre surtout, qui dévore tant d'hommes, ont rétabli une plus juste proportion. Les femmes pourtant n'ont rien rabattu de leur morgue, ni rien perdu de leurs priviléges : ce sont des êtres dangereux et tyranniques qui tiennent notre liberté et -notre vie même à leur discrétion.

La loi veut qu'un seul témoignage oblige le juge, et que l’accusateur puisse en même temps être témoin. Vous sentez l'immense pouvoir qu’elle donne aux imposteurs de tout genre qui veulent vous perdre. Si ce droit n’est pas réservé, comme ailleurs, aux seuls agents cu pouvoir, et appartient indifféremment au premier venu, ce n’est là, vous me l’avouerez, qu'une bien maigre consolation. Enfin, si l'on sondait une à une toutes les plaies morales de la société américaine, on les trouverait aussi laides que les nôtres; mais nous sommes un corps vieux et malingre que les maladies épuisent; l'Amérique, au contraire, est pleine de jeunesse et de sève, et sa robuste nourriture l’entretient dans un état de vigueur et de santé générales en dépit de ses corruptions.

En somme, les Américains ont de grandes vertus que je ne veux pas méconnaître. Laborieux, inventifs, intrépides, ils n’ont aucun des vices qu'engendrent la misère et l'oisiveté. Ils n'ont rien du petit voleur mendiant à l'occasion, qui tantôt dit des patenôtres, tantôt prend le mouchoir dans les poches. Ils ont un souverain mépris pour les petits moyens, les petits mensonges et les petites

les prendre sur le quai de Boston : on leur promettait de gros salaires et des maris assurés.

lâchetés. Cela tient surtout aux circonstances où la nature les a placés. L'Amérique est le seul pays moderne où, dans tous les sens, au propre.et au figuré, l’homme ait de l’espace devant lui, le seul où il n’ait pas besoin, comme dans. nos sociétés anciennes et encombrées, de vivre en parasite sur 14 richesse d'autrui. On y respecte la propriété, parce qu’elle y est à la portée de tous : avant de songer à dépouiller le voisin, il y a des conquêtes plus faciles et plus fécondes à faire sur le domaine de la nature inoccupée. On y est généreux, parce qu’au lieu de tourner-dans un cercle étroit et de s’épuiser à des luttes stériles, on pousse en avant sans prendre. garde à ce qu’on laisse tomber ‘derrière soi. Quand Je compare les habitudes si larges des Américains à nos mœurs défiantes el chicanières, il me semble voir d'un côté un coureur hardi qui s’allége pour atteindre plus vite le but désiré, de l’autre un flâneur qui s'arrête pour ramasser tous les cailloux de la route, L'un est affairé, taciturne, tendu vers son unique pensée : s’il ne vous renverse au passage, il vous repoussera brusquement de son chemin; l’autre est 2 sans contredit plus aimable, et tous ces petits cailloux inutiles qu'il aime à ramasser sont les plaisirs et les ornements de la vie.

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