PREFACE
Ayant à parler de la coéducation au Congrès Féministe International qui se tint à Paris en avril dernier, je dis de mon féminisme : « Son vrai nom serait Humanisme intégral. »
Pour la première fois, j'employais cette formule devant un public. Je n'avais pas eu la chance de la rencontrer en des conférences pourtant bien humanistes faites à la Bodinière nlusd'une année auparavant (janvier-mars 1895).
ile ne me vint que des mois après ces disours prononcés.
Je sentais le manque, sur ma doctrine, d'une
^/finition adéquate. Il m'était clair que le mot
VIII PBEFACE
féminisme, d'ailleurs équivoque (1), ne rendait qu'une partie, la moins personnelle, de ma pensée. — N'y a-t-il pas, au surplus, divers féminismes, dans le sens même où les Revendicatrices et leurs alliés masculins prennent le terme? On a vu naître, voilà deux ans, un féminisme chrétien (2). Il y avait déjà, et de-
(1) Ainsi des romanciers comme Paul Bourget, Marcel - Prévost, René Maizeroy, s'appellent volontiers féministes.
(2) n s'est fondé une Société des Féministes Chrétiens. Madame (ou mademoiselle) Marie Maugeret en est la secrétaire générale. Elle écrivait dans un article-programme (25 février 4896) : « Pour dire le fond de notre pensée» Témancipation de la femme telle qu'on l'envisage actuellement ne nous est jamais apparue comme un chose très désirable en soi. S' 27 était au monde un pouvoir assez puissant pour ramener la famille, et par elle la société, à cet état de choses, un peu chimérique peut-être, où l'homme remplirait en conscience tous ses devoirs d'époux, de père, comme de citoyen, nous ne verrions aucun inconvénient à ce que la femme, tout en cultivant son intelligence de façon h avoir un peu plus que « des clartés sur «tout», se renfermât dans les devoirs de la maison et ne songeât pas â quitter son foyer. » — Bref, ce Féminisme admettrait le servage du Féminin, si le Masculin ordinairement se montrait digne de Pautoritè qu'il exerce. L'idée pour nous fondamentale, sacrée, du Droit humain, n'est pas le principe. Ce n'est pas de l'individu, qu'il soit homme ou femme, qu'il soit même enfant, que sort le droit de vivre, de se développer. On prétend édifier une théorie de liberté sur cette unique raison d'observation qu'il y a trop souvent, chez le maître, abus de son droit