M. GAZIER
Court de jambes, les yeux clignotant derrière les lunettes, le ventre proéminent, M. Gazier, ancien élève de l'Ecole normale, docteur es lettres, monte les marches qui conduisent à la Sorbonne. Une tache rouge marque sa boutonnière, ses pantalons s'évasent et son derrière bat ses petits mollets.
M. Gazier professe à la Faculté : il prétend qu'il y enseigne la littérature française depuis ses origines jusqu'à nos jours : aimable fumisterie! M. Gazier, quoique janséniste et grisonnant, apparaît comme un humoriste délicieux, tout simplement, et la littérature française ne sert que de matière à son humour.
Nul mieux que lui ne pratique en effet l'art subtil du pince-sans rire. Il a joué à M. de La Fontaine, le fabuliste si apprécié, un tour que Paul Masson eût regretté de n'avoir pas conçu : il a classé ses fables par ordre de difficulté : il y a les fables faciles, les fables de difficulté moyenne, les fables difficiles. Il y a joint un cours d'histoire naturelle, où, jaloux sans doute du célèbre inconnu qui inventa le langage des fleurs, il décrit les animaux par les vertus et les vices qu'ils représentent : le lion est l'emblème du courage militaire ; le sanglier l'emblème de la grossièreté. Il y a semé aussi quelques définitions qui resteront : « Les pigeons sont de beaux oiseaux qui se nourrissent de grains », et quelques détails pleins d'originalité : « Le renard ne peut pas grimper sur les arbres et chasser les moineaux comme le chat. » Il n'a pas oublié d'ailleurs de nous apprendre que le pigeon a 0œ30 de long, la taupe 0m10 de taille, le vautour 1 mètre de haut. Je trouve exquise cette ironique pose à la stupidité.
Vraiment M. Gazier est passé maître en ce