‹ Humour et humoristesChapitre 15 sur 24 · M. GAZIER · texte numérisé non relu

M. GAZIER

Court de jambes, les yeux clignotant derrière les lunettes, le ventre proéminent, M. Gazier, ancien élève de l'Ecole normale, docteur es lettres, monte les marches qui conduisent à la Sorbonne. Une tache rouge marque sa boutonnière, ses pantalons s'évasent et son derrière bat ses petits mollets.

M. Gazier professe à la Faculté : il prétend qu'il y enseigne la littérature française depuis ses origines jusqu'à nos jours : aimable fumisterie! M. Gazier, quoique janséniste et grisonnant, apparaît comme un humoriste délicieux, tout simplement, et la littérature française ne sert que de matière à son humour.

Nul mieux que lui ne pratique en effet l'art subtil du pince-sans rire. Il a joué à M. de La Fontaine, le fabuliste si apprécié, un tour que Paul Masson eût regretté de n'avoir pas conçu : il a classé ses fables par ordre de difficulté : il y a les fables faciles, les fables de difficulté moyenne, les fables difficiles. Il y a joint un cours d'histoire naturelle, où, jaloux sans doute du célèbre inconnu qui inventa le langage des fleurs, il décrit les animaux par les vertus et les vices qu'ils représentent : le lion est l'emblème du courage militaire ; le sanglier l'emblème de la grossièreté. Il y a semé aussi quelques définitions qui resteront : « Les pigeons sont de beaux oiseaux qui se nourrissent de grains », et quelques détails pleins d'originalité : « Le renard ne peut pas grimper sur les arbres et chasser les moineaux comme le chat. » Il n'a pas oublié d'ailleurs de nous apprendre que le pigeon a 0œ30 de long, la taupe 0m10 de taille, le vautour 1 mètre de haut. Je trouve exquise cette ironique pose à la stupidité.

Vraiment M. Gazier est passé maître en ce

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