UN DIMANCHE A TRONDHJEM
Cette église en granit bleu Me décontenance un peu ; C'est l'esprit de la Réforme Sculpté dans la pierre énorme :
Rien pour les sens, rien d'orné, C'est un grand corps décharné, Une carcasse vidée, Un squelette, c'est l'idée
Pure, sans mol abandon, La règle austère et revêche, Piquante comme un chardon, Les murs nus, Togive sèche D'un gothique tout abstrait. Où l'œil n'est jamais distrait Par la fleur ou la statue.
Mais l'esprit cette fois tue.
Dans ce temple, assis sur un banc de bois, Je songe à mes Fêtes-Dieu d'autrefois, Aux petites filles vermeilles Qui, des roses plein leurs corbeilles, De reposoir en reposoir, Dans le jardin bleu de « la Providence », Quel doux nom de couvent ! — marchaient d'un pas Devant l'ostensoir. [de danse
Si j'ai, tout enfant, chéri la lumière, Et vu dans l'azur d'un beau jour La plus magnifique prière.
Le plus fou miracle d'amour,
C'est en ces mois heureux où l'encens et la brise Mélanij^eaient leurs parfums flottants,
Quand passait, souvenir d'une immortelle frise, Le cortège clair du printemps !
Cependant, menton gras posé Sur une collerette rêche, Lunettes d'or et teint rosé, Le pasteur prêche.
J'entrevois le Jésus du Nord Qui, sur son bateau, dans la brume.
De fîord en fîord Pêche et s'enrhume.
Jésus, que dis-je ? est-ce bien lui ?
Non, c'est Brand ou quelque autre, C'est, de noir long vêtu, l'apôtre Du pédantisme et de l'ennui.
Le pli de sa bouche est un blâme
A tout bonheur :
Ce n'est plus qu'un froid sermonneur Sans aucun sourire dans l'âme.
Ce n'est plus non plus l'Évangile, avec Le platane et la source, à l'ombre, qui murmure; Il a perdu son goût de figue fraîche et mûre, Ce n'est plus qu'un fruit sec.