SUR LE LAC D ELSENEUR
Prince, la pluie échevelée Se tord sous le poing de TAutomne, L'eau du Sund roule un œil atone, Plein de méchanceté voilée.
Tu pâlis. Gela t'étonne Que la vague qui moutonne Ait un œil torve et vairon ?
L'œil du roi ! Poltron ! poltron !
Tu fais volte-face. Personne.
— « Quelqu'un a parlé ? Qu'il se nomme ! »
Et te voilà frappant du pied.
Quelle pitié
Que ce faible homme !
Avec le vent même il raisonne !
Contre le vent même il se fâche !
Épée au clair contre le vent !
Puis sa colère tombe, il est comme devant : Lâche.
Prince du vide et du songe,
Un nuage noir allonge Sa grande ombre sur le détroit; Un frisson de crainte et de froid Passe dans le jour qui décroît ; La mouette paraît plus blanche et plonge Dans les entonnoirs des flots gris Plus d'azur, les cieux sont pourris :
La nuit du crime impuni
Couvre l'espace infini.
Chez toi l'esprit tend la perche
A l'âme apeurée. Il cherche,
Tl trouve un motif subtil
De diderer ta justice;
Ton cœur se raccroche au fil
D'un fin prétexte qu'il tisse
En parfait logicien;
Chaque heure ajoute une entrave
A ton désir d'être brave.
C'est le soir. Qu'as-tu fait? Rien.
Toujours ton œil pâle s'amuse A suivre les barques au loin.
Tu fais des vers aussi. La Muse?
Ah ! oui, je connais ce besoin.
Pleutre ! il faut que ta pleutrerie, D'une voix de gorge attendrie, Tu la chantes, ténor du Nord !
Tu feins, bourrelé de remords, Toi, trembleur, d'invoquer la Mort I Tu gémis de n'être pas fort !
Romantique ! ton mal, tu l'aimes.
Comme tes mains, tes vices mêmes Ont des distinctions suprêmes.
Tu parles, la nuit, aux étoiles :
« C'est moi, ne me voyez-vous pas ? » Et quand, à l'aube, des voiles De pêcheurs cinglent là-bas :
« Etre matelot ! partir ! »
— Matelot ? pourquoi mentir ?
Qu'un rayon de soleil, Filtrant entre deux nues, Comme un pinceau vermeil, Dore les grèves nues.
Tu songes d'un air fat, avec mélancolie : « C'est le sourire d'Ophélie. »
Comment oses-tu prononcer ce nom ?
La terre est fraîche sur la tombe.
Aimas-tu jamais cette enfant ? Non, non, Mais Tépervier joue avec la colombe.
Et d'abord cela le flatte De la tenir sous sa patte,
AU l»AYS DES YEUX GHAVES lôô
De la pauvrelte il se rit;
Mais le pire C'est qu'au moment qu'elle expire Peut-être qu'il la chérit.
Beau jeune homme fatal, Bourreau sentimental Qui vas criant : « Je soufYre !
Oh ! mon âme est un gouffre !
Et te prends aux cheveux, Sais-tu ce que tu veux ?
— Et toi-même ? — Moi ?. . .hum ! . . . j'arrive de Norvège, Mais qu'y suis-je allé faire ? et maintenant où vais-je ?
Un matin, on s'éveille, on est sans méfiance,
On pose sur la vie un regard ni joyeux
Ni triste. On ne sait rien. La lumière des cieux
Dans la chambre tranquille a l'insignifiance
Des êtres familiers qu'on voit sans les bien voir,
Et ce n'est que plus tard qu'on se souvient d'avoir.
D'un coup d'œil, avec quelle horrible exactitude !
Tout noté : la blancheur des murs, la quiétude
D'un livre ouvert sur la table, l'air endormi
Que dans son cadre prend le portrait d'un ami,
Et le tic-tac du temps heureux qui se balance Dans la profonde sécurité du silence...
Rien n'est changé. Lejour commence. Il est pareil Aux autres jours d'hiver : c'est le même soleil Qui sourit, pâle, comme un blessé dans la neige. Pouvait-on soupçonner dans ce sourire un piège? Pourtant, tout attendait, tout redoutait quelqu'un. Mais qui? nous l'ignorons, jusqu'à ce qu'il s'impose, Jusqu'à ce qu'il soit là, le terrible importun Dont le pas lourd franchit la porte la mieux close.
Un papier cacheté qu'une servante apporte. Avant d'ouvrir, on sait. Et tout est changé.
— Morte *
Certes j'avais pensé bien souvent : C'est fini Je ne reverrai plus tes rides me sourire, Pauvre cher visage jauni, Funèbre et doux comme la cire.
Lorsque je t'ai quittée à la saison dernière,
Quand j'eus baisé ton front, ta main, Tu te tins là debout sur le bord du'chemin, Droite autant que tu le pouvais, et fière.
Et ta figure était effrayante au grand jour : O statue en noir, c'était la Douleur Qui n'a plus un pleur, C'était tout l'Amour!
Chapeau bas, tous, devant cette petite vieille Oui, le pied déjà dans la mort,
Avait l'étrange aplomb de me dire à l'oreille :
« Allons, mon cher enfant, sois fort I »
C'est de loin que mon cœur assiste A la scène brutale et triste :
Quatre hommes sont venus, Chaussés de gros souliers, Quatre inconnus, Quatre abominablement familiers.
Ils ont chargé sur leur épaule, Comme honteux qu'on le pût voir, Un fardeau couvert d'un drap noir.
Le prêtre aussi jouait son rôle
Avec une solennité d'emprunt.
Et c'était tragique et c'était commun : Larmes de parents et de vieilles bonnes, Curiosité du quartier, couronnes, Cierges pâles dans le plein jour De la petite cour...
Ah ! la Mort ne raffine guère, Elle est bien du peuple, vraiment !
Sa couleur est crue et vulgaire, Blessante. Aucun ménagement.
Rien pour l'art. Peu lui chaut comme elle se présente.
Elle vient, voilà tout, et sa main est pesante.
Rien pour l'art, et pourtant le plus grand art, celui Qui, comme un éclair dans la nue, Fait tout pâlir quand il a lui :
La vérité nue.
J'ai retrouvé mon vieux père un peu plus voûté. Et ma mère et ma sœur toutes de noir vêtues, Et, lorsque, sur le seuil, leurs trois voix se sont tues. J'ai longtemps encore écouté...
Le couvert était mis, mais, au bout de la table, S'arrondissait un large espace vide et seul, Un coin de nappe empreint d'une paix redoutable, Rigide et nu comme un linceul.
Et mes yeux fouillaient lombre, espérant un miracle Et tout mon cœur tendait vers toi d'un tel effort Qu'un moment je crus renverser Tobstacle Qui sépare un vivant d'un mort.
Pourtant je ne vis rien ; aucun doigt, aucune aile
Ne m'a, je l'avoue, effleuré :
L'ombre est restée opaque et sourde, et j'ai pleuré,
Le front contre la muraille éternelle.
Je n'osais pas entrer dans le petit salon. Mais du jardin, par la fenêtre, j'ai pu voir, Penchant ma tête à droite ou à gauche, selon
Les reflets du ciel dans le carreau noir, J'ai pu voir, à travers un miroitement sombre, Gomme au fond d'un abîme où rien ne remuait,
Tel un vieux serviteur muet, Ton fauteuil, à sa place ordinaire, dans l'ombre... Et, par-dessus les plis des dunes, j'entendais Le grand bruit de la mer, recouvrant comme un dais L'enclos où, pour mon cœur, ta mémoire chérie Ajoute un nouveau sens plus proche au mot « Patrie » .
L'écho de vieilles voix mortes, avec la voix S'éteint pour la seconde et la dernière fois; Des regards qui brillaient encor dans les récits Se sont, en même temps que les yeux, obscurcis. Au moment où cassa le fil de ta mémoire, Tout un long chapelet d'âmes dans là nuit noire A roulé. Toi, tu vis en nous malgré la tombe, Mais sur combien de ceux que tu connus retombe Le lourd terreau qui fit résonner ton cercueil ! L'ombre grandit en cercle autour de chaque deuil, Et, pour les morts anciens, chaque fosse qui s'ouvre Ajoute une épaisseur à l'oubli qui les couvre.
Avant que l'océan qui vient battre la plage Ne les ait pour toujours emportés loin des bords, Oh ! je voudrais saisir par les cheveux ces morts Et les tirer sur le rivage !
0 Verteuil, vieux gros bourg de la vieille Charente, Sors de la nuit avec tes pignons du passé , Remontez de l'abîme, à roccident glacé.
Soleils de mil huit cent quarante I
Fantômes, levez-vous, car cette heure où j'écris Apporte un miracle : ma plume Va vous redonner un frisson posthume.
Vous rendre vos yeux et vos cris !
C'est, de nouveau, l'ardeur de midi dans les rues, D'un midi lenl qui sonne au cadran de jadis : Les jardinets sont pleins de lis, Les lis pleins de guêpes bourrues.
L'entrebâillement des volets A des prunelles :
Là, bien des sentiments se sont étiolés, Mais les haines sont éternelles.
Dans le silence, au loin, un marteau rebondit
Sur une enclume ; La brise que l'odeur des résédas parfume,
Colporte les on-dit De l'église au marché, de l'étude à la ferme ; Et, par peur du qu'en-dira-t-on, chacun s'enferme A double tour, le ladre avec ses sacs d'écus, La demoiselle pauvre avec les jours vécus.
Un plat de cuivre clair — L'armet de don Quichotte — Qui pendille et branlotte Au moindre courant d'air, Annonce de loin Le barbier du coin ; Mais les panonceaux du notaire Sont fixes et d'un or poudreux, vétusté, austère.
Et Verteuil serait-il Verteuil sans son château,
Sans la cour d'honneur pavée et fleurie, Sans le parc vert d'abord, puis bleu sur le coteau, Et sans l'orangerie ?
Les orangers étaient si beaux que l'on raconte — Nul ne sait à quand l'histoire remonte — Que de Versailles l'ordre vint.
Du roi jaloux, De couper les plus beaux : on en compta cent vingt Puis nouvel ordre : tous !
Et cependant, le long- des murs, dans l'ombre mauve,
S'en vient, très rouge et le front haut, L'intendant de monsieur de La Rochefoucauld : Une poule se sauve.
Puis voici le commis voyageur d'autrefois,
A cheval, avec sa valise en croupe.
Qui, mettant pied à terre, entre manger la soupe Au Lion (TOr tenu par mon parrain François.
Mais quelle est, remontant de bien plus loin, des jours Où les nobles menaient grand train dans la province, Cette musiquette qui grince Et chante les amours ?
Que sa gaîté légère est pâlotte ! on dirait L'éclair d'un vin clairet A peine rose, D'un vin extrêmement vieux qui se décompose.
O crincrin du ménétrier, mon trisaïeul, Comme ton méchant rire, Quand il s'est bien moqué des larmes qu'il me tire, Me laisse ensuite exilé, seul !
Et pourtant, aigre voix, Violon villageois
De mon ancêtre, Je t'ai compris, peut-être !
— - « Eh ! pourquoi, raillais-tu, soufflersurdela cendre ?
Les charbons sont éteints.
Es-tu sorcier, petit, que tu puisses prétendre
A changer nos destins ?
« Laisse dormir les morts : la plume d'un poète Est trop fragile, enfant,
Pour soulever le poids de la porte muette ! Laisse, Dieu te défend
« De troubler la grandeur de la paix funéraire Par un vain bruit de mots,
En drapant d'un chiffon de pourpre littéraire Quelques malheureux os ! »
Mais toi, graiid'mère, tu n'es pas morte,
Tu n'es point de ces cœurs qu'on emporte
En psalmodiant sous les cyprès.
Tu vis d'une autre vie, et plus près
Et plus loin, dans un monde plus ample
Et plus secret, comme un bel exemple.
Le peu que j'ai de force et de foi
Est comme une étincelle de toi.
Je suis l'urne où dort ta cendre chaude,
Et sous la cendre couve un feu pur.
J'écoute en moi le doux bruit obscur
Qu'y fait ton âme, abeille qui rôde.
i,A CHOIX ni-: lîOis noir 177
Ne crains rien. Je ne permettrai pas
Que, cette fois, pour de bon tu meures :
Je ne serai ni méchant ni bas
Pour qu'en mon cœur toujours tu demeures.
Je sais qu'auprès de toi je vaux peu,
Mais, en jetant brindille à brindille
Mes bonnes actions dans le feu,
Je ferai quand même qu'il brille.
Puis mon fils, après moi, prendra soin
De cette flamme jamais éteinte.
Peut-être, lui, sera-t-il moins loin
De la sublime auréole, ô Sainte !
Ah ! du moins, quoique indigne, en passant,
Pour la seule raison que je t'aime,
Je t'aurai réchauffée en mon sang,
Puis transmise à meilleur que moi-même.
Réveillez, mes bons amis, Vos cœurs d'enfants endormis.
Mais, devant le ridicule, Si votre esprit fort recule, Je vous plains, allez-vous-en !
Paysanne et paysan, Le concierge et la servante Viendront danser avec nous.
Quelque femme peu savante Aura pris sur ses genoux
Bébé qui rit sans comprendre.
Le cercle sera choisi Car tous auront l'âme tendre.
Et maintenant, allons-y !
Battons des mains en cadence Pour accompagner la danse.
Sans nouer nos doigts, laissons Une place en nos chansons,
Une place dans la ronde.
Aux danseurs de l'autre monde ;
Des vides entre nos corps Pour la foule de nos morts ;
Entre nos couplets, des pauses Pour les cris muets des choses,
Pour mieux sentir sur nos pas Tous les pas qu'on n'entend pas.
Cependant tu dormais d'un si profond sommeil, Dans une épaisse nuit douce, égale, fermée A tous les bruits, à tous les retours du soleil ; Tu dormais chaudement, ma petite âme aimée, Et l'étroite chaleur de Tombre où tu dormais, Ce juste lit aux rideaux sourds de chair vivante, Rien, ni berceau moelleux ni caresse fervente, Ne les remplacera jamais.
Tu nageais dans un bain d'amour, te nourrissant Non pas même de lait encore, mais de sang,
Comme un bourgeon noyé de sève ; Et ta maman disait, quand ce tranquille afflux Te dilatait, te soulevait de plus en plus :
« Je sens notre petit qui rêve. »
Ou bien, de longs moments immobile, un peu lasse, t Souriante, et les yeux égarés dans l'espace, Elle te confiait ses craintes et sa foi, Toi reposant en elle, elle abîmée en toi.
0 mon enfant, pourquoi veux-tu rompre ce charme.
Ce tendre lien du nombril ?
Quelle démangeaison de la première larme
Te chasse hors de ton abri ?
Faut-il donc que le sein de leurs mères paraisse
Aux petits un nid étouffant?
Quel aiguillon, si tôt te presse De souffrir, mon enfant?
Quand même ! et ton front têtu Heurte l'enveloppe douce. Ah ! quel petit fou es-tu !
Un courage obscur te pousse
Au-devant du danger, vers La croix des chemins ouverts.
Ma pitié pour toi se change En un sentiment plus fort, Quand je te vois braver l'Ange De la Vie et de la Mort.
Mais je tremble ! ô l'égoïste, Le sot petit animal, Comme pour naître il insiste, Comme à sa mère il fait mal !
Vivre est tout ce qui l'occupe ; Il veut être à son tour dupe Des desseins cachés de Dieu...
Va donc, enfant, la bataille Est belle sous le ciel bleu !
A ton rang, selon ta taille.
Tu combattras, va, mon fils.
Fier et frêle comme un lis !
L'enfant flotte à présent sur un lac de clartés Comme un nageur qui fait la planche.
Et de ses petits doigts fébriles, écartés, Tapote la lumière blanche.
Ses sens ne forment qu'un tout vague où tout se fond : Le rayon de soleil qui Téblouit, la mouche
Qui bourdonne autour de sa bouche, Et, quand pour l'observer je prends un air profond, Il me sourit comme il sourirait au plafond.
Une ombre moins le mot, l'ombre que rien ne nomme, Voilà ce que je suis pour lui. Gomme il voit clair ! Car il voit ce qu'a peine à concevoir un homme : Que l'homme est un reflet dans Tair.
Si votre cœur n'est pas très pur.
Éloignez-vous, nuage obscur, Vous feriez tache sur l'azur.
Partez aussi, dame bougonne, Pédante Raison qui raisonne, Et viens seule, âme simple et bonne.
Venez seuls, pied fin qui trottine, Doux sourire, voix argentine, Saluer la grâce enfantine.
Sa chambre est comme un nid d'abeille Qu'un ciel toujours clair ensoleille, Chut ! parlez bas, car il sommeille.
Les murs légers de sa cellule Sont dorés comme le miel. Nulle Ombre sous le rideau de tulle :
Une lumière coite, close, Qui l'enveloppe et qui se pose Comme un baiser sur sa peau rose.
Il dort. Sa joue unie et pleine Semble une tendre porcelaine, Et Ton n'entend pas son haleine.
Comme Moïse sur le Nil, Il flotte sur la vie, au fil De l'eau rapide. Qu'en sait-il ?
Comment voit-il la vie ? un peu comme un vitrail Où, sur un fond versicolore, en teinte plate, L'image de sa mère au premier plan éclate, Si vive qu'il n'en peut saisir aucun détail.
Nul art de primitif n'égale la douceur
De cette naïve peinture, Car, pour l'oeil étonné de l'enfant, la nature
N'a point d'hypocrite épaisseur :
Un rayon merveilleux l'embrase par derrière, Et, quand le soir éteint la splendide verrière, Le monde entier s'eflace et meurt.
Mais du jour où, l'esprit déjà mûr au scrupule,
Il aura découvert Que le voile éclatant du soleil dissimule Un sombre arrière-plan où le regard se perd, Il comprendra que tout ici-bas se mesure En profondeur, que tout se dérobe et nous fuit. Et que ses yeux jamais ne verront la figure Qui sous l'immense masque emplit l'immense nuit.
Rien en lui ne m'émeut plus Que sa grosse tête molle Où le mystère est inclus.
Sera-t-elle sage ou folle?
Heureuse, le sera-t-elle aussi, Cette tète que voici ?
Quand, plein de fière tendresse, A bras tendus je le dresse
Tout debout, Sa tête emporte son cou ; Comme une fleur sur sa tige, Prise de vertige.
Se renverse au moindre vent, Elle s'incline en avant, Et dans mes doigts son corps roule, Prêt à suivre cette boule.
Non, rien ne m'émeut plus que ce petit cerveau Qui dort dans sa boîte fragile.
Ce petit tas d'obscure et tremblotante argile, D'où l'esprit d'un homme nouveau
Va sortir, comme un fil sous une main agile Sort délié d'un écheveau.
J'ai peur. Il me souvient de telle et telle faute. . .
0 morts que j'ai crus enterrés, Allez-vous donc revivre en ces yeux adorés.
Et, par cette bouche, à voix haute Me dire : « Trop longtemps tu nous as ignorés,
Vivons désormais côte à côte. »
Dans le cœur de mon fils, oh ! soyez les plus forts,
Sentiments venus de sa mère !
Saints Anges, ralliez la troupe tutélaire
Des bons instincts et des remords, Luttez, tirez l'épée et, de sa pointe claire.
Barrez le passage à ces morts 1
L'amour d'un père est fait d'espoir sans doute, mais Dans cet espoir dernier que de mélancolie I De tous les beaux projets qu'à deux mains je semais, Qu'ai-je récolté? rien qu'un soupçon de folie. Qui donc croit au laurier que je m'étais promis, Hors ma femme, peut-être, et deux ou trois amis? Encore ceux-là même y croient-ils ? Qui m'assure Que la pitié qu'ils ont au cœur pour ma blessure Ne leur a pas soufflé des mots trop bons ? Pourquoi Ce silence, pourquoi cette ombre autour de moi ?
J'ai beau crier, l'exil est une basse-fosse, Nul écho. Cependant ai-je démérité?
N'ai-je pas, sans jamais sertir de perle fausse. Cherché par les moyens de l'Art la Vérité ? N'importe ! toujours seul, toujours, vaille que vaille, C'est dans l'horreur d'un vide affreux que je travaille. Je suis loin, on m'oublie et Tamitié s'endort. Je ne serais pas plus absent si j'étais mort.
Mon enfant, je t'appelle en ce triste moment,
Dis-toi plus tard que l'espérance Que je mets sur ton front est lourde de souffrance Et de renoncement.
0 claire image adorable, Sa voiture d'osier blanc, Lorsque l'ombre de l'érable Brode un vif dessin tremblant De feuillage sur la toile Qu'un œil de soleil étoile !
Comme alors le vieux jardin S'égaie, embelli soudain Par la petite présence !
L'arbre a plus de complaisance,
Et la brise renchérit Sur sa douceur coutumière; Dans sa barbe de lumière L'azur floconneux sourit.
Tout se transforme, tout cède Au minuscule enchanteur :
Il n'est plus de chose laide, Il n'est plus d'espoir menteur !
Une poule vient, picore, Se redresse, pique encore, Et s'éloigne, ayant rendu Visite au pacha dodu Qui dans les coussins sommeille; Puis c'est le tour d'une abeille; Et les fleurs tendent le cou Pour mieux voir. On ne sait où Palpite une aile invisible Comme une flamme en plein jour, Une aile immense et paisible, L'aile du plus pur amour.
Un corbeau surpris s'envole Comme un songe de la nuit, Et mon noir chagrin le suit.
La nature est bénévole,
L'homme est bon...
— « Oh ! une goutte.
Dit la mère, sur ma main. »
Et la voix prudente ajoute :
« Rentrons. » Et sur le chemin La blanche voiture glisse.
Je reste seul. Le vent plisse L'herbe sombre. Le jardin Frissonne, attristé soudain.