A TRAVERS CHAMPS
Le bruit à l'étranger court que la France est folle, Déchue. Encore quoi ? Malade. Est-ce tout? Non. Morte. Morte à jamais, la nation frivole ! Bien pis, pour entacher l'honneur de son doux nom : « Ah ! le vice, dit l'un, c'est ce qui l'a tuée ! » Et l'autre : « Enterrons-la, cette prostituée ! »
Viens donc, et donne-moi ta main, Ma chère âme étrangère,
Je te montrerai le chemin De ma terre légère.
Viens, tout l'azur est avec nous, Les herbes hautes sont fleuries, Les grandes marguerites des prairies Baiseront tes genoux I
Vois comme ils ont des tailles fines, Nos peupliers d'argent.
Comme le front de nos collines A l'air intelligent !
Après la torpeur des longs rangs de vignes, De petits bois nous font accueil, Et partout des buissons entrecroisent leurs lignes Où se repose Toeil.
Quelle nature est plus humaine, Quelle belle a moins de dédain Que la France où Ton se promène Comme en un jardin?
Elle pourrait être inutile,
Étant si jolie, Mais non, la coquette est fertile Pour mieux séduire, par folie !
Folle, en effet, la France est folle.
Sa folie est Tesprit qu'elle a :
Toute chose est folle, qui vole, Mais savoir voler, tout est là !