‹ Humus et poussièreChapitre 5 sur 20 · LES BELLES HEURES · texte numérisé non relu

LES BELLES HEURES

Parmi les jours qui vont comme une braise éteinte Grossir au fond de nous cette masse indistincte, Ce tas d'on ne sait quoi de gris et d'effacé Qui pèse plus que cent cadavres : le passé, Il est des heures d'autrefois presque éternelles Dont l'azur est resté si clair dans nos prunelles Que, si nous regardons le soleil aujourd'hui, Ce n'est, auprès, qu'un globe rouge et plein d'ennui.

Ces heures cependant semblaient comme les autres. Le soir, quand, dans ma chambre, à ma table, je lis, Une servante vient, elle refait nos lits. Je ne l'aperçois point. Les heures vraiment nôtres Glissent ainsi, les pieds feutrés, d'un léger pas, Et tant qu'elles sont là, nous ne le savons pas.

Qu'importent ces reflets du ciel bleu dans le givre î Mon rêve entre eux et moi pose un verre fumé, Tandis que, par-dessus le présent embrumé, Tel matin sort de l'ombre, éclate, est seul à vivre ! Voici le petit port où l'an dernier je fus : L'auberge est blanche et ses volets sont clos encore, Et, dans le demi- jour pâle, argenté, diffus, La mer a des luisants d'écaillés. C'est l'aurore.

Ohiquandmon tour viendra d'aller dormir sous l'herbe,

Mourra-t-elle en mes yeux, la vision superbe ?

Non ! Dans l'étouffement, dans la nuit des tombeaux,

Vous renaîtrez, soleils de nos jours les plus beaux !

Sans doute la raison vacille et peut s'éteindre.

Mais vous, comment la Mort vous pourrait-elle atteindr

Vous êtes ce qu'il faut adorer à genoux;

Du divin vous avez la splendeur, le nnystère,

Et c'est grâce à vous seuls que nous osons sur terre

Croire à l'éternité que nous portons en nous !

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