EN PALIER
Quandnouspassionsprèsd'eux, les arbres avaient Tair
De choir à la renverse, Puis, soudain redressés, de fuir en sens inverse De notre course, au loin, jusqu'au bord du ciel clair.
La voiture filait si vite que, parfois. On aurait pu la croire immobile, et des bois, Des étangs, un moulin, des charrettes, des gens Montaient vers nous du fond des horizons changeants.
Après de lourds relents d'étables, nos narines Aspiraient des parfums salés d'algues marines ; Tous les vents se mêlaient sur nos lèvres : les frais Et les chauds, ceux des bourgs avec ceux des marais.
Et tous ils bourdonnaient dans notre tête creuse, En chassaient la pensée et n'y laissaient plus rien Qu'on ne sait quoi d'aérien, Comme une inconscience heureuse.
Car la raison humaine est comme une fourmi Casanière, au milieu des livres elle rampe ; Elle aime le repos, la paix du soir, la lampe Que Tabat-jour voile à demi.
Mais entre quatre murs le regret nous assiège, Le scrupule dans tous les coins nous tend son piège, Et l'âme sédentaire, à force d'écouter Les leçons du silence, en arrive à douter.
Tandis que la vitesse est un vin qui rend fou, Quicommuuiqueà l'homme un rire vague, un spasme
De vertige et d'enthousiasme, Et c'est l'oubli dans la stupeur du casse-cou.