‹ Humus et poussièreChapitre 8 sur 20 · PIEDS NUS · texte numérisé non relu

PIEDS NUS

« Ah ! t'écriais-tu, que je suis contente De marcher pieds nus sur le sable doux, De tremper mes jambes jusqu'aux genoux Dans l'écume éclatante ! »

C'est vrai qu'il suffit d'un mince soulier Pour nous isoler très loin de la terre, Mais lorsque nous allons nu-pieds, son mystère Nous devient familier.

Car, à chaque pas, le sol élastique Nous donne un baiser profond, appuyé, Et l'on cesse d'être un homme ennuyé, On comprend Tâme antique;

On voit dans la marche une dignité Oui, nous élevant au-dessus des bêtes, Porte haut dans l'air fièrement nos têtes Vers la Divinité.

L'esprit enfermé longtemps dans les chambre Rêve trop, s'épuise en stériles vœux :

Voilà pourquoi, las d'être assis, je veux Me dégourdir les membres.

Et la mer, soudain, comme un grand filet Oui s'étale, enveloppait ta cheville, Avec un bruit de mousse qui pétille Et des blancheurs de lait.

A chaque reflux, nous sentions le sable Nous trahir, nos corps perdre leur appui, Et tout l'océan nous tirer à lui

D'un long geste inlassable.

Les Jeux et les Ris semblaient restaurés, Et nous, les joueurs, ramenés à l'âge Où les dieux païens chauffaient sur la plage Leurs larges dos dorés.

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