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LE VAISSEAU QUI PENCHE

Tout de mon long couché, les bras en croix,

Sur la dune, face aux étoiles, Gomme sur un pont de bateau, je crois Voguer à pleines voiles !

La Terre incline sous le vent Ses vergues et ses mâts de forêts qui bruissent, Et les flots de l'azur nocturne à son avant Glissent.

Un orchestre lointain joue une ritournelle,

Un air bête et noceur, Mais ce bas appel jouisseur, L'immense étendue éternelle

L'accueille avec douceur

Et se disperse en elle.

0 nuit, énormité du silence ! Je plante Mes yeux là-haut dans Téther noir.

Dans la poussière étincelante

Où l'on croit voir, Au delà de sa propre vue.

En dehors du champ des lunettes.

Chère entre toutes les planètes,

La planète inconnue, L'astre des firmaments meilleurs, Douce paupière qui cligne.

Tout imperceptible signe, Havre sans nom qu'on désigne De ce vague mot : Ailleurs !

d'un été en SAINTONGE 129

Savants il'on ne sait quelle science, astronomes

Des mondes présumés, La voyez-vous passer, la galère des hommes, Avec tous ses feux allumés?

Distinguez-vous, braquant vos regards sur le gouffre Comme un faisceau d'obscurs rayons,

Que l'équipage est vieux, las, divisé, qu'il souffre, Et que toujours nous louvoyons ?

Ou, quand la Terre au loin dans notre crépuscule

Brille, oh ! si faiblement !

Est-ce donc d'un œil froid que votre esprit calcule Les lois de notre mouvement ?

Quoi I l'âme humaine, un X dans vos algèbres !

Ah ! mais, je vous le défends ! c'est trop peu Pour tant d'efforts dans les ténèbres, Tant de tâtonnements vers Dieu !

Non, je vous veux un cœur pitoyable où l'angoisse De minute en minute croisse, i

Lorsque, studieux, ayant mis '

Votre œil sur la lentille énorme, Vous observez l'ébauche informe De notre cité de fourmis; Je veux que l'univers nous plaigne; Je veux, quand nous saignons, qu'il saigne; Je veux qu'instruits de nos douleurs, Vous mêliez vos pleurs à nos pleurs Dans la nuit qui nous enveloppe; Que, sans pouvoir nous secourir.

Nous voyant lutter et mourir Au bout de votre télescope, Vous songiez : « Oh ! les malheureux, Le sort est injuste pour eux 1 »

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