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de la Compagnie de Jésus.
Famille du P. de Brébeuf. — Noviciat. — Régence. — Maladie. — Voyage à Paris. — Affaire de François Martel.
De tous les missionnaires du Canada, aucun n'a laissé un nom aussi populaire quele P. de Brébeuf. On le regarde avec raison comme le fondateur de la mission des Hurons, mais la durée et les travaur de son apostolat ont moins contribué à sa célébrité que ses grandes vertus et l’héroïsme de son dernier sacrifice. En haine de la France et de la foi, les Iroquois lui arrachèrent la vie, après l'avoir fait passer par les plus horribles supplices, qui furent supporlës avec un invincible courage.
Sa famille était noble et ancienne. Le premier: de ses ancêtres dont le nom soit connu, Nicolas de
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Brébeuf, figure aux rôles de 1252 parmi les nobles de la vicomté de Bayeux. Son nom lui vient du fief de Brébeuf, situé sur la paroisse de Condé-sur- Vire, élection de Bayeux, autrefois de l’arrondissement de Saint-Lô. Cette famille posséda depuis les fiefs de Maupertuis, de la Lande et de Pierrefite, dont elle porta aussi les noms. Ses armes sont d'argent au bœuf effarouché de sable, accorné d'or, Un de ses membres, Réné-Joseph de Brébeuf, seigneur de Maupertuis et de la Lande, fit partie, en 1789, de l’assemblée du bailliage de Coutances. le poète de ce nom, Guillaume de Brébeuf, petit neveu (1) du missionnaire, sortit de ses rangs, et l'illustra. Mais elle doit à notre héros sa gloire la plus pure et la plus sainte.
Le P. de Brébeuf naquit le 25 mars 1593, au berceau même de sa famille, à Condé-sur-Vire, aujourd’hui du département de la Manche. On le mit au baptême sous la protection de saintJean dont il devait retracer la douceur et qu’il devait suivre au martyre. Comment se passa sa première enfance ? Où fit-il ses études? Que fit-il pendant les années qui les suivirent ? Quels exemples de vertu donna sa jeunesse ? 11 n’en reste aucun document. Nous savons seulement qu’à l'âge de vingtquatre ans, le jeune de Brébeuf se sentit appelé de Dieu à la Compagnie de Jésus, et qu'étant venu
(1) Plus d'un auteur le donnent à tort comme frère du Jésuite,
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frapper à la porte du noviciat (1) de Rouen, celleci s'ouvrit devant lui le 8 novembre 1617.
Sous le novice, on put bientôt pressentir le futur apôtre et le martyr. Il montre dès l’abord au service de Dieu une ardeur peu commune; l'amour du sacrifice qui devait être le trait caractéristique de sa vertu, commençait à se développer en lui, Son humilité était telle qu’elle faillit priver l’Église et la Compagnie d’un grand missionnaire. Se jugeant indigne de remplir les fonctions du sacerdoce ou effrayé du fardeau qu'il impose, il envia le sort des frères coadjuteurs employés seulement aux offices domestiques, et il sollicita la faveur de le partager. Mais plein de soumission à ses supérieurs dont la parole était pour lui un oracle du Ciel, il renonça sur leur avis à son humble projet, et gardant son degré, il ne songea plus qu’à s'y perfectionner.
Aux deux années de noviciat pendant lesquelles la Compagnie de Jésus s'occupe exclusivement de la formation religieuse de ses enfants, succèdent ordinairement deux années d’études littéraires. Elles ne furent pas accordées au P . de Brébeuf, sans doute à cause de son âge, et il passa immédiate-
(1) Ce noviciat fondé en 1604 par M=e d'Aubigny sur la paroisse Saint-Vivien, comptait six ans après, sept prêtres et trente-cinq novices. 11 est devenu successivement, depuis la suppression des Jésuites, un dépôt de meudicité, une prison et enfin une caserne. Des rues nouvelles en ont enyahi une partie.
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ment du noviciat au collége (1) que les Jésuites avaient dans la même ville, pour commencer son cours de régence. On appelle ainsi le temps que les jeunes religieux consacrent avant leurs études
théologiques à l'éducation des enfants. Le R. P.
Etienne Binet en était le recteur.
Le P. de Brébeuf reçut en partage une classe de grammaire qu’il considéra dès l’abord comme le théâtre d’un véritable apostolat. Chez lui le relisieux domina toujours le maître, et les enseignements du professeur n'étaient qu’un chemin par où le zèle trouvait à s'intreduire dans le cœur des enfants pour y déposer des semences de vertu.
Après deux années de professorat, soit excès de travail, soit dévouement peu réglé, soit plutôt permission du Ciel qui jette, de bonne heure, dans la voie des épreuves les âmes destinées à de grandes choses, la santé du jeune professeur, jusque-là robuste, s'affaiblit teli-nvint que ses supérieurs se virent contraints de lui enlever sa classe, et de le laisser pendant deux ans sans autre emploi que de <oigner sa santé. Nous lisons encore aujourd’hui dans les catalogues annuels des différents offices
{t) Ce collége fondé par le cardinal de Bourbon, archerèque de Rouen, s'ouvrit en 1593. En 1655 il avait plus de dix huit cents éléve:,à compterseulement depuisla sixième. il y avait un cours de théologie.
Le séminaire de Joyeuse, ainsi nommé du nom de son tndateur, s’éleva près du collége en 1617, pour trente élèves pensionnaires qui se destinaient à l'état ecclésiastique.
Get établissement forme auiourd'hui le lycée de la ville, et compte plus de mille élèves,
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ce triste titre attaché à son nom : F. de Brebeuf ob infirmam valetudinem non occupatus. F. de Brébeuf, sans emploi à raison de sa mauvaise santé.
Il est dur pour tout homme de cœur mêlé à des frères qui se dépensent au service de Jésus-Christ, de se voir seul condamné à une inaction complète. L'épreuve devient plus cruelle quand on est dans la force de la jeunesse et toute la ferveur du zèle. Tel était alors l’état pénible du P. de Brébeuf. Dévoré du besoin de se dévouer, il était à vingthuit ans, réduit à l’impuissance devantses compagnons, tous sur la brèche.
Toutefois ce repos forcé n’abattait pas son courage, et « tenant son âme dans la patience » il sut se montrer supérieur à l'épreuve. Il fit plus. Il sut ménager assez ses forces pour consacrer quelques moments à un travail personnel dont il espérait recueillir prochainement le fruit. Ne pouvant se rendre utile aux autres, il essaya d'acquérir les connaissances théologiques les plus indispensables pour le sacerdoce, et il eut la consolation de voir ses efforts couronnés de succès. Il fut admis au sous-diaconat en 1622, et à la prêtrise l'année suivante. Il célébra sa première messe à Rouen le 25 mars, jour anniversaire de sa naissance.
Cependant la santé du nouveau prêtre s’améliorait chaque jour, et peu à peu ses forces pre. mières lui étaient rendues, Quand on le vit rétabli, il fut chargé de la procure du collége. Il occupait
ce poste quand survint ur événement malheureux
qui mit en péril l'existence du collége et celle de la Compagnie elle-même en France. Comme son nom s’y trouve mêlé, et que le fait eut un certain reteutissement, nous devons le consigner dans cette histoire.
Un misérable prêtre, François Martel, curé d’Etran (1), près de Dieppe, avait été pour ses crimes condamné par le Parlement de Rouen à étre rompu et brûlé vif. Haïssait-il les Jésuites, ou espérait-il obtenir sa grâce en les compromettant? Nous ne pouvons le dire; quoi qu’il en soit, il imagina un complot ourdi par eux contre la personne du Roi, et il en accusa le P. Ambroise Guyot, alors en résidence à Dieppe.
Le Parlement de Rouen était, comme les autres, très-hostile aux Jésuites. 11 trouva l’occasion favorable pour sévir et il en profita. Le calomniateur fut écouté et le Père incriminé fut immédiatement arrêté et jeté dans la prison de Rouen avec le P. Chappuis (2) son supérieur, et le frère Benoît, tous deux accusés d’être ses complices. (1625)
1) Etran, ou Estran, comme porte le Pouillé général de l’archevêché de Rouen, était une petite paroisse de trentecinq feux. Son église dédiée à saint Pierre, qui tombait en ruines, a été démolie en 1830, et le village a été annexé à Martin Eglise.
{) L'auteur de l’His'oire du Parlement de Rouen s'est mépris en donnant ces deux noms comme ceux de deux régents du collége de Dieppe. 11 n'y avait dans cette ville qu'une simple résidence,
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A ces nouvelles, l'alarme fut grande aucollége de Rouen. Son recteur, Honorat Nicquet, était nouveau et à peine installé depuis huit jours. II n'avait encore eu aucune relation ans la ville. Que faire? Il jeta les yeux sur le P. de Brébeuf, bien connu pour sa prudence et sa sagesse, et lui confia la mission d’aller aussitôt à Paris informer le R. P. Provincial du terrible orage qui se formait, et lui demander les moyens de le conjurer.
La Providence voulut que le P. Cotton fut alors chargé du gouvernement de la province de Paris pour la seconde fois. Il prenait possession de ce nouveau poste, et recevait, au milieu de la joie commune, les félicitations d’usage des Pères et des frères du collége de Clermont, quand le P. de Brébeuf arriva et lui remit les tristes dépêches du recteur de Rouen. Ce fut comme un coup de foudre. « Nous fumes transis de peur, disent les mémoires du temps, quand le R. P. Provincial, après avoir pris connaissance des faits, vint retrouver la communauté, pour lui recommander une affaire où il s'agissait de la ruine totale de la Compagnie. »
Sans perdre un moment, des mesures efficaces furent prises pour dissiper l'orage. Le P. Cotton courut à la Cour, et obtint un arrêt pour évoquer l'affaire devant le Conseil du Roi. En même temps le P. de Brébeuf était renvoyé à Rouen, accompagné du P. Jean Phelippeauxqui venait dequitter
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le rectorat du collége de cette ville, où il avait exercé une très-grande influence. Sa présence rassura les esprits, et il put neutraliser le mauvais vouloir du premier président Faucon de Ris, dont les préventions contre les Jésuites étaient connues. L'arrêt du Conseil du 18 février 1625 rendit pleine justice aux accusés.
Pour achever la réparation, le calomniateur âésavoua par écrit son crime, et en fit au pied de Néchafaud une rétractation publique. La tempête ’apaisa et le collége de Rouen ayant retrouvé le calme et la paix, le P. de Brébeuf se remit à ses fonctions de procure... Il ne devait pas tarder à les
bandonner. Depuis le retour de ses forces, il sonseait aux missions étrangères. Soit qu'il eût fait vœu de s’y rendre, soit qu’une voixintérieure l'appelât à cette vie de sacrifice, il sollicita la faveur d’y être envoyé. Ses supérieurs accédèrent à ses désirs, et la Providence, qui voulait en faire l'apôtre des Hurons, lui préparait pour théâtre de se5 premiers travaux, la mission du Canada.
où il avait présence e mauvais Ris, dont connues.
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