‹ Hurons et Iroquois [microforme]Chapitre 2 sur 30 · DNS RAS · texte numérisé non relu

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Le Canada. — Les Récollets, premiers missionnaires. — Difficultés avec les marchands. — Les Tésuites appelés, — Le P. de Brébcuf. — Arrivée à Québec.

Le Canada était une terre française. Sans perdre son nom, il avait pris le nôtre. Nos pères y avaient porté notre foi, uos mœurs, notre langue. A l’époque où nous sommes, 1625, la colonie, quoique au berceau, étaitdéfinitivementassise. L’illustre Champlain, son fondateur, venait d'y planter en 1608 le pavillon de la France et de jeter les fondements de Québec. Surlesrives solitaires du Saint-Laurent, ses soldats protégeaient ce poste naissant contre les invasions des sauvages, et y maintenaient la tranquillité. Les marchands venus à sa suite et reuris en société pour agir plus efficacement, y avaient ouvert, par le commerce et les échanges avec les iniisènes, une source de richesse et de prospérité matérielle, Restait à y introduire la gardienne des mœurs, la lumière des espriie, la

base de toute société, je veux dire la religion. Elle seule peut donner à une colonie qui se fonde des assises durables, et lui garantir un avenir heureux.

Champlain dont la piété égalait le courage et la sagesse, le comprit sans peine, et son premier soin quand il se vit suffisamment installé, fut d'appeler des missionnaires au Canada. Son but était nonseulement de maintenir dans la pratique de leur foi les colons français jetés sur ces terres lointaines, mais encore d'arracher les indigènes à l’idolâtrie, persuadé qu’il trouverait en eux des amis fidèles, dès qu’il en aurait fait des chrétiens. Son zèle ne se bornait pas aux nations voisines. Il voulait envoyer au loin des missionnaires auprès des peuples inconnus pour les convertir à la foi, et les attacher ensuite par une alliance à la France.

Dans ces pensées, .l voulut que la charte qui accordait à la compagnie des marchands tout le monopole du commerce pendant onze ans, portât cette clause qu'ils fourniraient au transport et à l'entretien de six religieux, pour le service e. spirituel tant des Français que des sauvages.

« Politique pleine de sagesse, selon la remarque « judicieuse de l'historien Bancroît, et bien con- « forme à l'esprit d’une religion qui aime tous les | « membres de l'espèce humaine, sans distinction ‘ « d'origine ou de couleur. Elle était aussi d'accord « avec les principes de cette charie elle-même qui :

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« assimilait d'avance le néophyte indigène au ci- « toyen français et l'admettait à jouir des mêmes « droits sociaux. » Cette conduite de la France envers les tribus indigène, dit un autre écrivain protestant, Parkman, contrastait avec celle des autres nations européennes. Les Espagnols réduisaient les sauvages au rôle d'esclaves. Les Anglais les vouaient au mépris et à l'abandon. Les Français les aimaïent et les traitaient en frères.

Ce furent les Pères Récollets qui eurent l’honneur d’être appelés, les premiers, dans la Nouvelle- France. [ls y débarquèrent en 1615. Québec qui ne datait que de 1608 n'était pas encore une ville. Champlain lui donne le nom modeste d’habitation. Elle se réduisait à un petit retranchement fortifié, assis sur la rive gauche du Saint-Laurent au pied du cap, et à quelques cabanes en bois. On en dressa une pour les religieux et aussitôt ils élevèrent pour le service divin un petit sanctuaire où, le 24 juin de la même année, ils offrirent pour la première fois la victime du salut. Ce sang dont ils ouvraient la source ne devait plus cesser de couler sur ce sol béni. La rage de l'enfer et les efforts de l’hérésie devaient être aussi impuissants pour y détruire la foi, que ceux de l’Angleterre pour étouffer dans les colons d’origine française, leur amour pour la mère-patrie.

Cependant les Récollets ne tardèrent pas à quitter cette première demeure, qui, placée sur un

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terrain trop étroit, ne pouvait être que provisoire Il leur fallait un établissement stable avec un jardin et quelques dépendances pour pourvoir aux prerniers besoins du couvent. On leur donna un terrain assez vaste à une petite distance de Québec, sur les bords de la rivière Saint-Charles qui se jette un peu plus bas dans le Saint-Laurent. De là ils avaient la facilité de venir à Québec, soit par terre soit par eau, pour le service de la chapelle du fort.

Aussitôt installés, les Récollets songèrent à se mettre en rapport avec les sauvages. Ils suivirent d’abord les agents du commerce, quand ceux-ci allaient aux lieux de rendez-vous des sauvages pour y faire l'échange de leurs fourrures contre les produits européens. Ces postes étaient Tadoussac pour le bas du fleuve, et au-dessus de Québec, Trois-Rivières, la Rivière-des-Prairies et le Saut- Saint-Louis,

Le P. Le Caron n'hésita pas à porter plus loin les ardeurs de son zèle. Il se mit à la suite de Champlain et de ses douze soldats, qui montaient dans le pays des Hurons, pour marcher avec eux coutre les Llr'oquois.

Cependant les p'ogrès de la colonie tronvaient dans la cupidité et le mauvais vouloir des inarchands un obstacle presqu’invincible, Plus occupés à s'enrichir qu’à favoriser le développement de la colouie ei celui de la 1eligion, ils prenaieut tous

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les moyens pour l’entraver. En vertu de leur monopole, toutes les affaires passaient par leurs mains et avaient besoin de leur concours efficace, et ils le refusaient. La colonie n'était pas moins menacée que la mission. Par une clause fatale,

Champlain était à la merci des marchands

aussi bien que les missionnaires. Il dépendait d'eux pour l'entretien de ses soldats, leurs armes, leurs munitions de guerre. Son devoir de faire respecter le drapeau de la France et de maintenir partout l’ordre et la paix, était comme subordonné à leurs caprices ou plutôt à leur cupidité. Une situation aussi dépendante, au détriment d’une œuvre qu'il aimait, révoltait son cœur droit et généreux. Il avait porté lui-même ses plaintes à la Cour, mais sans pouvoir obtenir d’être écouté.

Il faut entendre le Frère Sagard (1), Récollet, témoin et victime lui-même de ces cruels embarras, flétrir par des paroles indignées, la conduits des coupables. « Ce sont les Français, dit-il, qui « ont été le plus grand empêchement à la conver- « sion des sauvages, d'abord à cause de la mau- « vaise conduite de plusieurs, ensuite parce qu'ils « ne désiraient pas cette conversion. Ainsi s 0ppo- « saient-ils à ce qu’on les rendît sédentaires et « qu'on les réduisît en villages. Dans la crainte « que ce chingeinent ne diminuât le trafic dus

(1) Grand Voyage du pays des Hurons, 1632,

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« fourrures, seul etunique but de leurs voyages, «ils ne voulaient accorder aucun secours. La «a Compagnie des marchands s'excuse sur son « impuissance, et nous, sur notre règle, Il fallait

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« donc des religieux qui pussent posséder des « biens fonds, afin de trouver dans ces ressources « de quoi fournir àces grandes dépenses, »

C'est ce motif qui poussa les Récollets à demander aux Jésuites de venir partager leurs travaux

| au Canada. Le P. Irénée Piat fut chargé de cette + | | mission. Il partit pour l’Europe afin de traiter | avec les Jésuites, en même temps qu’il ferait des ‘ | démarches à la Cour contre les vexations des

| | marchands. Il ne réussit pas dans cette dernière | tentative, mais il fut plus heureux dans la pre- D | | | mière.

Les Jésuites connaissaient déjà le Canada. En

1611, les Pères Biard et Enemond Masse avaient

été envoyés fonder la mission d’Acadie, sur les ;

| | confins de la Nouvelle-Angleterre. Ils l’avaient RE. | \ ouverte au milieu de tous les genres d'épreuves, Ë | | | mais elle commençait à peine à donner de légi- 1 |

times espérances que la haine des Anglais les en chassa, sans arracher toutefois de leur cœur le ferme espoir d’y revenir. Ils l’avaient emporté avec eux, en Europe, comme un feu sacré qu'ils allumèrent dans le cœur de leurs frères. Grand fut bientôt le nombre de ceux qui brülaient du désir de voir ce théâtre s'ouvrir de nouveau à leur zèle.

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