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fête, on apprit qu'une panique s'était emparée des Iroquois, et qu’ils s'étaient retirés en désordre, ne songeant qu'à regagner leur pays. Ils n’avaient pris que le temps de lier dans les cabanes un bon nombre de leurs captifs, et de les livrer aux flammes.
Malgré cette fuite de l’ennemi, les Hurons survivants n'étaient pas sans appréhension de son retour. Ils songeaient à prendre une résolution suprême : abandonner les villages qui leur restaient et chercher sur un autre sol un refuge et un abri.
À quelques kilomètres du rivage huron, et sur le lac du même nom, se trouve un groupe d'iles dont la plus grande porte le nom d’Ahoendoe ou Saint-Joseph (1). Les capitaines résolurent de s'y réfugier avec les restes de la nation décimée. En choisissant une retraite si rapprochée de leur ancienne patrie, ils gardaient sans doute l'espérance de pouvoir y reutrer un jour.
Les Missioa:uires ne pouvaient pas les laisser partir seuls. Le malheur était pour eux un nouveau motif de ne pas abandonner leurs néophytes. Comment auraient-ils pu d’ailleurs résister à l’appel touchant qui leur fut adressé par les capitaines,
(1) Gette île Saint-Joseph (aujourd’hui Charily AÆsland) ne doit pas être confondue avec l'île Saint-Joseph, de dénomination récente, située près le Saut Sainte-Marie, à l’autre extrémité du lac Huron.
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quand, pour les gagner plus sûrement, ils rappelèrent le nom du P. de Brébeuf, et le souvenir de son zèle et de sa charité. « Voilà, leur dirent-ils « en leur ourant un collier de porcelaine, voilà la « voix de nos femmes et de nos enfants, qui vous « donnent le reu qui nous reste dans notre mi- « sère, Vous savez combien nous estimons ces « colliers, mais nous estimons encore plus la foi. « Il fera revivre en vos personnes le zèle et le nom « d’Echon. Il a été le premier apôtre de notre « pays, et il est mort pour nous assister. Vous ne « refuserez pas vous aussi de mourir avec nous, « puisque nous voulons mourir chrétiens. »
Les Missionnaires ne pouvaient pas hésiter à se rendre à cette touchante invitation, mais en lisant les paroles émues qu’ajoute le P. Ragueneau, on comprend quel fut leur sacrifice de s'éloigner de ces lieux. « Il nous fallut, écrit-il, sortir de cette « terre de promission, qui était notre Paradis, et « où la mort nous eût été mille fois plus douce que « ne sera la vie, en quelque lieu que nous puis- « sions être... [l nous fallut donc quitter cette an- « cienne demeure de Sainte-Marie, ces édifices qui « quoique pauvres paraissaient des chefs-d'œuvre « aux yeux de nos sauvages... Il nous fallut aban- « donner ce lieu que je puis appeler notre seconde « patrie, nos délices innocentes puisqu'il avait été « le berceau du christianisme, que là était la mai- « son de Dieu et l'asile des serviteurs de Jésus-
«u Christ. De crainte que l’impiété de nos ennemis « ne profanât ce lieu de sainteté, et qu'ils n’en ti- « rassent avantage, nous y mîmes le feu nous- « mêmes, et nous vimes brûler en moins d'une « heure nos travaux de neuf et dix années.»
Tout ce qui restait de villages hurons subit le même sort. Leurs derniers habitants ne s’éloignaient qu'après avoir incendié leurs cabanes.Tout le pays devint une affreuse solitude, couverte de ruines.
Les Hurons fugitifs se retirèrent donc presque tous dans l’île Saint-Joseph avec les Missionnaires, qui y élevèrent immédiatement un fort régulier, capable de résister à une attaque des ennemis. Après plus de deux cents ans d'abandon, ses ruines sont encore très visibles au milieu de la forêt.
Les familles huronnes,émigrées dans l’île Saint- Joseph, s'élevèrent bientôt au nombre de trois cents ; mais la famine, que la maladie suivit bientôt, continua sur elles les ravages commencés par la guerre, et en fit périr le plus grand nombre.
Après une année passée dans cette retraite meurtrière, le peu de Hurons survivants, ne sachant où dresser leur cabane, se décidèrent/ à se réfugier dans la colonie française, sous la protection du fort de Québec.Cette dernière migration brisa leur dernier lien social, et fit disparaître leur autono- L'UUR
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’en ti- On retrouve encore aujourd’hui près de Québec, | nous- et aussi dans quelques contrées de l’ouest, des dés d'une bris de ce peuple autrefois puissant et nombreux; mais en tombant comme nation, il a rendu homubit Île mage à la foi, et a cherché ses consolations dans s’éloi- les espérances célestes, que le P. de Brébeuf aura es.Tout l'éternelle gloire de lui avoir achetées par ses verte de sueurs et par s0n sang.
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Honneurs rendus aux PP. de Brébeuf et G, Lalemant. — Buste d'argent du P. de Brébeuf. — Inscription de saint- Gerbold. — Informations par l'archevéque de Rouen. — Grâces obtenues,
Au mttieu de ces scènes de désolation et de carnage qu'étaient devenus les restes précieux du P. de Brébeuf et du P. Lalemant ?
Le lecteur se rappelle que le 19 mars, les Iroquois, saisis d’une panique soudaine, avaient abandonné Saint-Ignace pour regagner leur pays. Cette fuite inexplicable, au milieu des plus brillant: succès, était évidemment un coup du Ciel pour protéger les restes des Hurons, mais aussi pour sauver les reliques des deux glorieux martyrs.
Le P. Bonin,suivi de sept Français,se rendit dès le lendemain à Saint-Ignace. A l'endroit du supplice les cadavres jonchaient le sol détrempé de sang. ll n'eut pas de peine à reconnaitre aux trâces de tortures plus cruelles, et à la couleur de la peau,
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ceux de ses frères bien-aimés. Une amitié trèsétroite l’unissait au jeune P. Lalemant. En retrou= vant son cadavre il fut profondément ému, et se laissa aller à la douleur et à la piété, Il baisait ses plaies béantes, et les arrosait de ses larmes. Pendant plus d'une heure il ne put détacher ses regards de cet objet chéri. Il se mit ensuite à accomplir sa mission. Après avoir enseveli dans une fosse commune les cadavres des Hurons massacrés dans ce lieu, et fait sur leur tombe les prières de l'Église, il transporta à Sainte-Marie les précieux restes des Missionnaires.. C'était le 20 mars. Le lendemain on leur fit des obsèques solennelles ; mais « pas un de nous, ajoute le P. Ragueneau « dont nous copions le récit, ne put jamais se ré- « soudre à prier Dieu pour eux comme s'ils en « eussent besoin. Nos pensées se portaient immé- « diatement au Ciel,où nous ne doutions pas qu'ils « ne fussent parvenus, »
Les seuls regrets qu’exprimaient les Missionnaires, c'était de n'avoir pas partagé leur supplice, et obtenu la même couronne. Une pareille mort était à leurs yeux avec raison une mort de martyr. « Je les appellerais volontiers martyrs s’il m'était « permis, dit l: P. Ragueneau, non pas seule- « mert parce que, volontairement pour l'amour de « Dieu et le salut de leur prochain, ils se sont ex- « posés à la mort et à la mort la plus cruelle, mais u bien plutôt parce que la haine de la foi et du
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« nom de Dieu a été un des motifs les plus puis- « sants qui ait poussé les barbares à exercer sur « eux tant de cruautés. »
Quand les Missionnaires, quelques jours après, furent contraints de quitter Sainte-Marie pour se réfugier avec leurs néophytes dans l’île Saint-Joseph, ils emportèrent ces restes vénérés, comme leur trésor le plus précieux. L'année suivante, lorsqu'ils suivirent à Québec les débris de la nation huronne, ils ne purent,à cause de la longueur: et de la difficulté du voyage, prendre avec eux qu'une partie de ces vénérables ossements. Ils gardèrent du moins le chef entier du P. de Brébeuf, et le déposèrent au collége de Québec.
La famille du serviteur de Dieu, justement fière de la gloire qu’il venait d'acquérir et qui rejaillissait jusque sur elle,voulut payer à sa mémoire son tribut d'hommage. Elle envoya un riche reliquaire pour renfermer sa tête.C'est un buste en argent de grandeur naturelle. Il repose sur un socle d’ébène de forme octogonale garni d’ornements en argent, qui contient le précieux dépôt. Sa face antérieure a une ouverture ovale, qui laisse apercevoir cette vénérable relique (1).
Avant la destruction de la Compagnie de Jésus au Canada, un des derniers Jésuites de Québec
(1) Nous donnons, d'après une photographie, une gravure de ce pieux monument.
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LE P, DE BKÉBEUF. 287
confia ce pieux trésor aux religieuses hospitalières de Québec, et elles le conservent encore avec vénération. C'est pour elles une dette de reconnaissance pour le serviteur de Dieu, qui avait souvent exercé son zèle au milieu d'elles. Elles font plus encore : chaque année, pour honorer sa mémoire, elles ont conservé l’usage de communier le 16 mars, anniversaire de sa mort.
Ses autres reliques furent dispersées. Nous savons que deux fragments furent envoyés, l’un à La maison professe de Paris, et l’autre à la sœur du P. Gabriel Lalemant, prieure des Carmélites de Sens. Tout a disparu au milieu de la tourmente révolutionnaire, qui a fait disparaître tant de pieux souvenirs.
On lui doit encore la destruction de l’église de Venoix, près de Caen, dédiée à saint Gerbold, où se trouvait un monument curieux, qui rappelait les vertus et la gloire du P. de Brébeuf. Il servait
de tombeau à trois membres de sa famille. L'un :
d’eux, frère du poëte, dont le nom a acquis quelque célébrité, et petit-neveu comme lui de notre héros, mourut curé de cette petite paroisse. On. enferma dans un même tombeau les restes de la mère et des deux frères. Un imprimeur de Caen, nommé Jean Cavelier, fiten 1691 une inscription latine, qu’on grava sur le marbre, et qui rappelait longuement et pompeusement les mérites des défunts. Il aurait cru ravir au nom de Brébeuf un 16,
de ses plus beaux titres de gloire, s’il n'avait pas rappelé celle qui lui vient des travaux et de la mort héroïque du missionnaire du Canada. Ce funebre Breboviorum elogium (£ioge funèbre des Brébeuf),comme l'appelle le Cordelier Martin, dans ses Athenæ Cadomenses, nous a été heureusement conservé par l’histoire (1). L'église du Prieuré a disparu avec son monument, mais les pieux habitants de Venoix en ont construit une nouvelle non loin de la première, et, le 5 décembre 1875, on ya placé solennellement une plaque de marbre blanc, qui porte la célèbre inscription historique (2)
Un auire hommage, plus honorable encore pour le serviteur de Dieu et pour ses héroïques compagnons, fut la mesure que prit l’'Archevêque de Rouen, dont la juridiction s’étendaitsur le Canada. Il ordonna une enquête sur les vertus et la mort des Missionnaires qui avaient péri de la main des barbares. Ce travail nous reste ; il remonte à 1653. Chacun des mémoires qui le composent est resêtu d’une attestation autographe du P. Ragueneau, donnée sous la foi du serment, et pourrait servir au procès de la béatification, si jamais la cause était instrulte.
Ces mémoires nous apprennent, par rapport au
(1) Notice sur les trois Brébeuj, par M. Ch, Marie, (2) Voy. l'Appendica B, p.294.
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P. de Brébeuf, que le Seigneur ne tarda pas à mavife:!er sa sainteté par les faveurs obtenues par son intercession.
Son crédit auprès de Dieu éclata d’abord dans la conversiop soudaine d’un soldat protestant, qui avait déclaré tout haut qu'il préférait mourir plutôt que d'abandonner la religion de ses pères. 1] était alors à l'Hôtel-Dieu de Québec. Touchée de son obstination, la religieuse qui le soignait plongea, dans une potion qu'il allait prendre, un ossement du P. de Brébeuf. Le remède n'opéra pas sa guérison, mais il eut un effet salutaire sur son cœur. De son chef ildemanda presque aussitôt à s'instruire, et sans tarder il fit l’abjuration de son hérésie.
Quelques années après,les vénérables ossements du serviteur de Dieu servirent à mettre le démon en fuite. Le vicaire général de Québec, M. de Lauzon-Charny, a dressé sur ce fait un procèsverbal authentique daté du 9 août 1663. Une pauvre femme était depuis deux ans obsédée par le démon, et elle avait sans succès essayé tous les moyens pour se délivrer. On lui inspira d’avoir recours à l’intercession du P. de Brébeuf. En touchant un de ses ossements elle fut subitement délivrée des cruelles vexations qu'elle souffrait, et elle trouva en même temps la paix et la sanité.
Les guérisons corporelles etspirituelles se multiplièrent. Français et sauvages aimaient à récourir
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àson puissant crédit auprès de Dieu, On remarqua que ces grâces étaient plus abondantes dans les contrées de l’Ouest à mesure qu’on se rapprochait des lieux où l'homme de Dieu avait subi son cruel supplice. Un des bourreaux du P. de Brébeuf fut un des premiers à bénéficier de sa mort. Il était d'Onneiout, et portait le surnom de la Cendre- Chaude. La grâce en fit non-seulement un bon chrétien, mais un apôtre. En toute occasion il ne parlait qu'avec admiration de l'héroïque mort du martyr.
Un des faits les plus remarquables de cette intercession du P. de Brébeuf, fut l'influence qu'il exerça sur l’âme de la Mère Catherine de Saint- Augustin, religieuse hospitalière de Québec, pour la conduire à un haut degré de sainteté.
C'est une belle et édifiante histoire que celle de cette vénérable religieuse. Elle a été écrite longuement par le P. Ragueneau, qui avait été si bien à même d’apprécier sa vertu. Il appelle le P. de Brébeuf son céleste directeur.
La Mère Catherine de Saint-Augustin était à peine depuis un an en Canada quand le P. de Brébeuf périt de la main des froquois. Au récit de son supplice elle se sentit poussée à se mettre sous la protection spéciale du nouveau martyr, et une voix intérieure la pressa de le prendre pour son guide dans les voies spirituelles, Elle ne faisait rien sans le consulter, et le Ciel permettait
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qu’ete sr recût des réponses à ses demandes. Il la dirigeait en effet, etsous sa conduite elle s’avançait rapidement sur le chemin de la croix. Quoique encore jeune, elle vit son corps attaqué de cruelles maladies, tandis que son âme avait à soutenir les assauts de l'enfer. Elle sut que le démon la poursuivait ainsi à cause du protecteur et du guide qu'elle s'était choisi. Celui-ci ne l’abandonnait pas. Un jour qu'elle luttait, en proie à une tentation de désespoir, il la délivra au moment où elle approchait de ses lèvres une de ses reliques. En la menant ainsi par la voie des sacrifices et des souffrances, il la conduisit bientôt aux plus hauts sommets de la perfection. Elle mourut comme une sainte à l'âge de trente-six ans. L'Évêque de Québec, plein d’admiration pour les voies mystérieuses, par où l’Esprit-Saint l’avait conduite sur les pas de son céleste guide, poussa lui-même le P. Ragueneau à écrire sa vie pour en garder la mémoire. Dieu montra un jour le P. de Brébeuf à cette sainte âme. Il portait sur sa tête une couronne. Sa main droite tenait la palme du martyre, de l’autre il montrait une blanche colombe qui semblait reposer sur son cœur. Sur ses ailes on pouvait lire les sept dons du Saint-Esprit et les huit béatitudes.
Cette brillante et douce image nous semble résumer admirablement la vie tout entière du serviteur de Dieu, Nous y voyons le symbole de
cette douceur incomparable, qui fut le fond de son aractère. La couronne qui orne son front rappelle ses luttes et ses travaux, et la palme qu'il tient à la main, la récompense qu'a méritée son amour pour la souffrance, poussé jusqu'au martyre.
Puissent ces beaux exemples inspirer au lecteur la douceur et le zèle qui font les Saints, la constance dans les épreuves qui couronne les apôtres, et l'amour de la croix qui met la palme aux mains des martyrs!
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