HURONS RT IROQUOIS
« de Dieu, soit que j’en juge ainsi d’après la loi de « Dieu, ou d’après les règles d'élection données « dans les Exercices, ou enfin d’après les lumières « de ma raison et la grâce de Dieu, soit que je « prenne pour règle le jugement du P. Supérieur « ou du P. Spirituel. » ‘
Voilà bien le sommet de la perfection. Le martyr s'était ainsi préparé, par le crucifiement intérieur, aux tourments qui l’attendaient au dehors. Viennent ‘les Iroquois avec les torches ardentes, les alênes aiguës, les haches brûlantes, l’eau bouil= lante, les écorces embrasées, les couteaux tranchants, la victime n’attend plus que ses bourreaux. Nous allons les voir à l'œuvre.
loi de nnées nières que je érieur
mar- intéhors.
entes, bouil=
tran- "EAUX,
Triste état des affaires des Hurons. — Prise du village Saint-Joseph. — Massacre du P. Daniel. — Prise des villages Saint-Ignace et Saint-Louis. —Prise des PP. de Brébeuf et Gab. Lalemant. -— Leur supplice, — Siltuation de Sainte-Marie. — Fuite des Hurons à l'ile Saint- Joseph, puis à Québec.
A l'heure où nous sommes arrivés, voici où en est la lutte, l'attitude des personnages divers qui y sont mêlés, et le triste état du pays huron.
D'un côté l’Iroquois, ardent au sang et au pillage, aiguillonné par le succès, et résolu, pour se venger du Huron auquel il ne pardonne pas ses relations amicales avec la France, de consommer sa ruine. De l’autre, le Huron épuisé et forcé après des luttes énergiques, maïs ruineuses, de lâcher pied devant l'ennemi. Tandis qu’il succombe, Dieu jette sur lui un regard de miséricorde, et on peut prévoir que si ce peuple doit périr, il périra dans les lumières de la foi.
Entre ces deux adversaires étaient les Missionpaires et les Français. Ceux-ci incapables de pro-
téger efficacement leur allié, et contraints eux: mêmes,après l'avoir vu écraser, ou de périr ou de prendre la fuite.
Ceux-là plus ardents et plus nombreux (1) que jamais, comme si Dieu avait voulu muitiplier les victimes, voyaient croître avec les épreuves leurs consolations.
Quant au pays huron, théâtre où va se jouer ie drame sanglant qui se prépare, il est ouvert de tous côtés à l'ennemi. L'abandon du village Saint- Jean-Baptiste et de l’ancien village Saint-Ignace avait fait tomber les barrières. Que l'Iroquois s’empare de Saint-Joseph et de Saint-Michel, et le voilà au cœur du pays. Il faut alors s'attendre aux derniers malheurs. Ils ne tardèrent pas en effet à fondre sur les Hurons. L’ennemi guettait le moment favorable pour se rendre maître du village de Saint-Joseph, un des plus considérables et des mieux défendus du pays. Il avait été pendant quelque temps le théâtre du zèle du . de Brébeuf, qui y avait jeté des semences fécondes. Il était alors confié au P. Antoine Daniel, « homme, disent « les mémoires du temps, d’un grand cœur, d’une « grande patience et surtout d’une incomparable « douceur. » L'heure de son sacrifice allait sonner. 11 devait précéder de quelques mois celui du P. de Brébeuf.
{1) Voy. Appendice A, p. 295,
nts eux:
ir Où de
) que japlier les es leurs
jouer le vert de e Saint- Ignace 18 S’em- , et le lre aux effet à le movillage etdes ndant ébeuf, | était disent d’une rable nner, P. de
Les Iroquois venaient d’apprendre par des prisonniers que les principaux guerriers de Saint- Joseph étaient alors en course pour la chasse ou la pêche. Sans perdre un moment ils précipitent leur marche, et se jettent sur le village, avant même qu'on pût s’apercevoir de leur approche. Dans leur impossibilité d'organiser quelque résistance, les habitants effrayés ne songèrent qu’à se dérober à l'ennemi par la fuite.
C'était le matin du 4 juillet. Le P. Daniel venait d’achever le saint sacrifice. Attiré par les cris, il quitte aussitôt la chapelle, et comprend de suite l’imminence du danger. Il parcourt à la hâte les cabanes, baptise les uns, absout les autres. Un grand nombre s'étaient déjà réfugiés dans la chapelle. Le P. Daniel y revient, préoccupé de donner à tous les derniers secours, et il les presse de hâ-
ter leur fuite. Pour la rendre plus facile, le vaillant athlète de Jésus-Christ veut sacrifier sa vie. Il va hardiment au devant des ennemis quiapprochaient. Son audace servit sa charité. Elle les arrêta un moment, en fixant sur lui leur attention, et beaucoup de néophytes eurent le temps d'échapper. Après un instant d’hésitation, les Iroquois reprirent leur fureur, et percèrent le missionnaire de mille coups. Comme le bon Pasteur,il offrait sa vie pour ses brebis. La chapelle fut livrée aux flammes, et les barbares y jetèrent le corps du ser-
viteur de Dieu, qui fut consumé. Puis, après avoir | 15.
Fe
satisfait leur cruauté en massacrant tout ce qu'ils trouvèrent de vieillards, d'infirmes et d'enfants, ils s'éloignèrent, entraînant avec eux sept cents victimes, destinées à la servitude ou au supplice.
Peu de temps après ce grand malheur, le village Saint-Michel éprouva le même sort, et vit se renouveler les mêmes scènes d'horreur. L’audace de l'ennemi croissait avec ses succès ; il était comme ivre de sang et de ruinés.
Ce n’était cependant là que le premier acte de ce drame lugubre et sanglant, dont le dénouement doit amener la destruction de la nation huronne.
Le second s'ouvrit par le sac du village de Saint- Ignace, qui avait été fondé par le P. de Brébeuf pour remplacer l’ancien village du même nom.
Toutefois, comme s'ils avaient voulu retremper leurs forces ou donner à leurs concitoyens l’occasion de partager leur triomphe en leur livrant les prisonniers, les [roquois suspendirent pendant quelques mois leurs ravages. C'était une paix fatale et perfide. Elle endormit le vaincu dans une sécurité aveugle, et couvrit Le plan cruel du vainqueur. Celui-ci formait le projet d’exterminer enfin son ennemi, et pour y parvenir, il s’assurait le concours de forces imposantes. Ces préparatifs se prolongèrent jusqu'aux premiers mois de 1649.
Au mois de mars, aiors que les Hurons étaient moins défiants que jamais, les Iroquois, dont rien n'avait révélé la présence, se précipitèrent à Ja
pointe du jour sur le village Saint-Ignace, et y pénétrèrent par le seul endroit accessible, que les Hurons avaient malheureusement négligé de défendre,
Éveillés en sursaut, les Hurons courent inutilement aux armes. Impuissants à s'organiser, ils ne peuvent opposer à l’invasion qu’une résistance isolée, incomplète et finalement sans effet. Presque tous les Hurons furent tués ou réservés à un sort plus triste encore.
Cependant trois Hurons, échappés moitié nus aux mains des Iroquois, purent aller donner l’alarme au village Saint-Louis, distant de quatre kilomètres. Il comptait dans son enceinte sept cents sauvages, et possédait en ce moment le P. de Brébeuf et son jeune compagnon, le P. Gabriel Lalemant, chargés de ces deux missions.
Le désastre de Saint-Ignace porta lépouvante dans tous les cœurs. Ils avaient raison de s'attendre à un sort semblable, Bien qu’il eût de suite mesuré toute l'étendue du danger, le P. de Brébeuf conserva tout son calme, et s’efforca de sowtenir ses néophytes par sa fermeté. Les voyant accourir près de lui, comme s'ils attendaient de lui leur salut: « Mes enfants, leur dit-il, il faut
« mettre en sûreté ce que vous avez de plus cher, « vos femmes et vos enfants. Pendant qu’ils se « réfugieront à Sainte-Marie, nous arrêterons « l'ennemi, et si vous ne pouvez pas vaincre,
079 HURONS ET 1ROQUOIS,
« nous mourrons pour monter ensemble au Ciel. »
Ges paroles furent reçues comme un oracle du Grand Esprit. Tous ceux qui étaient incapables de se défendre, au nombre de cinq cents, se retirèrent à Sainte-Marie. Il resta quelques vieillards avec quelques infirmes, et l'élite des guerriers au nombre de quatre-vingts, prêts à se défendre en héros jusqu’à la mort. En prévision d’une lutte désespérée, ceux-ci voulurent forcer aussi les missionnaires à fuir. « Ta présence, disaient-ils a au P. de Brébeuf, ne peut nous être d'aucun « secours. Tu ne sais mamer ni le casse-tête, ni le « mousquel. »
En bon pasteur pouvait-il abandonner son troupeau en péril? « Mon poste, leur dit-il, c’est « d'être avec vous au moment du danger. Mon
« bras ne servira pas à vous défendre, mais les « @hrétions ont besoin d’autres secours. IL leur «a faut les consolatioms de la foi, Je soutiendrai « votre courage, et si wows mourez je vous aiderai « à mériter le Ciel.» Beau témoignage de dévouement, de zèle et #'amour pour lessiens, Il ne le démentit pas, et son compagnon suivit son exemple.
Les premiers soins des Missionnaires furent de baptiser ceux qui n'étaient encore que catéchumènes, et de laver les autres dans le sang de Jésus-Christ. Peut-être purent-ils encore leur distribuer le pain des forts, si nécessaire au jour
du combat ; du moins le P. de Brébeuf les soutint
et les anima par de brülantes et généreuses paroles, qui trouvèrent de l’écho dans tous les cœurs et les remplirent d’une sainte ardeur. Ils allaient défendre leurs vies et leurs foyers.
Les moments pressaient, et les dernières mesures de défense étaient à peine terminées, q"12 l'ennemi parut au lever du soleil devant la palissade, Il avait espéré s'emparer de ce village par surprise comme il avait fait à Saint-Ignace; mais il trouva ses vaillants défenseurs à leur poste. Un premier assaut lui coûta plus de trente guerriers, sans compter un grand nombre de blessés. La résistance ne fit qu'exciter davantage sa rage. Comme il avoit pour lui la supériorité du nombre, il put mul'ijler ses attaques sur plusieurs points à la fois.
Que pouvait une poignée de braves, aux prises avec un millier d’ennemis ivres de leur sang ? Ils ne pouvaient même pas répondre aux attaques simultanées sur différents points. les Troquois en profitérent. Quelques-uns approchèrent de la palissade, et à coups de hache ils parvinrent à ouvrir ne large brèche qui leur donna passage dans la nlace., En vain les Hurons essayèrent-ils de faire un nouveau rempart de leurs corps et de se défendre avec le courage que donne le désespoir. Le nombre triomphait. Après s’être battus en héros, les Hurons surent mourir en chrétiens,
De leur côté, les deux Missionnaires n'avaient
pas cessé un iristant de remplir leur ministère de charité et de zèle. Ils pansaient les blessés, distribuaient des rafraîchissements, donnaient les dernières consolations aux mourants, et soufflaient le courage et la constance. La vue de ieur dévouement soutenait les guerriers, et leur faisait faire des prodiges. Ils auraient voulu à tout prix sauver la vie aux Robes-Noires. Ils allaient jusqu’à s'accuser de leur mort. « L'amour qu'ils nous portent, disait le capitaine Etienne Annaothatia, sera cause de leur perte. » En effet, ia mort allait couronner leur sacrifice , mais quelle mort! Nous allons essayer d'en raconter les horreurs. Cruel, mais glorieux dénouement de la tragédie dont il nous reste à voir le troisième et dernier acte.
Un éclair de joie féroce brilla sur le visage farouche des Iroquois quand, rassasiés de carnage, ils réunirent leurs prisonniers, et qu'ils virent parmi eux deux Robes-Noires. C'était pour eux la plus précieuse des captures. Is allaient pouvoir assouvir leur haine et leur vengeance. Au lieu de les jeter dans les flammes, qui dévoraient le village, comme on avait fait pour les morts, les blessés et Les vieillards qui ne pouvaient pas suivre, on les réserva pour le supplice, Ils furent aussitôt dépouillés de leurs vêtements et chargés de liens. Puis, soit divertissement cruel, soit précaution pour leur enlever le dernier moyen de se dégager, on leur arracha aussitôt les ongles.
re de istri= derlaient vouefaire auver , S'ACrtent, cause onner allons , mais | nous
ge farnage, virent eux la puvoir ieu de ent le is, les uivre, ssitôt liens.
Lution > AgeT,
LEP. DE BRÉBEUFR. 273
Quand le village Saint-Louis ne fut rlus qu’une vaste ruin , les [roquois se mirent en marche avec leurs prisonniers pour celui de Saint-[gnace, où ils s'étaient retranchés et fortifiés. Les deux missionnaires ouvraient la marche de ce cortége funèbre.
Avertis par les cris des vainqueurs, les guerriers laissés pour la garde de Saint - Ignace accourent à leur rencontre avec des bâtons et des baguettes de fer, et se rangent sur deux haies pour accueillir les prisonniers. À mesure que ceux-ci avancent, ils sont accablés de coups sur les épaules, sur la figure, su. les jambes, et sur tout le corps. Par un raffinement de cruauté on forçait le cortége à ralentir sa marche, afin que les coups fussent plus nombreux et mieux appliqués. Tout avait déjà été préparé pour le supplice, et les poteaux étaient dressés.
A la vue de celui qu’on lui destinait, ie P. de Brébeuf tombe à genoux, et baise avec respect et un saint transport cet autel où il va être immolé, C'est alors que se tournant vers lui, le P. Gabr. Lalemant lui dit avec l'accent d'une foi vive: « Mon Père, c'est bien maintenant que nous « sommes donnés en spectacle au Ciel, aux Anges « et aux hommes (1). » Pasteur de son troupeau jusqu’au dernier moment, le P. de Brébeuf ne
(8) Z Gor,, IV,
HURONS ET 1ROQUOIS.
pouvait pas oublier, à cette heure suprême, les brebis qui partageaient son sort et qui allaient partager ses tourmenis. « Dans nos souffrances, « leur dit-il, levons les yeux au Ciel. Souvenons- « nous que Dieu est le témoin de nos douleurs, et « qu’il sera bientôt notre récompense. J’ai plus « pitié de vous que de moi. Ne perdez pas cou- « rage! Les tourments que nous allons souffrir « seront courts ; la gloire qui les suivra ne finira « jamais. »
Dignes du pasteur, les néophytes lui répondirent:
« Echon, ne crains rien, notre esprit sera au Ciel u pendant que nos corps souffriront sur la terre. « Prie pour nous le Maître de la vie, afin qu'il nous fasse miséricorde. Nous ne cesserons de l’invoquer jusqu'à la mort. »
Quand les feux furent allumés, et tous les guerriers réunis, le supplice commenca. Soit que l’usage demandât aux sauvages d'ouvrir la scène par la plus noble victime, soit qu'ils eussent hâte de mettre fin au rôle d’apôtre qu'il ne cessait d’exercer, ils s’acharnèrent d’abord sur le P. de Brébeuf, qu’ils appelaient le grand chef des Françals.
Alors s’ouvrit cette scèüe horrible, où la cruauté des bourreaux ne fut surpassée que par l'héroïque intréfidité de leur victime, Les uns enfonçaient dans sa chair des alênes au des pointes de fer rougies au feu ; d’autres lui appliquaient des char-
ne, les aient
'ances, enonsurs, et ai plus 1S COUouffrir > finira
dirent:
vu Giel , terre.
n qu'il ons de
s les Dit que scène t hâte essait P. de Fran-
uauté oïque caient e fer char-
bons embrasés sur les différentes parties du corps. Ceux-ci le frappaient avec des bâtons; ceux-là lui enlevaient des lambeaux de chair, et après les avoir fait rôtir, les dévoraient sous ses yeux.
Comme la victime du Calvaire, l’homme de Dieu ne faisait entendre aucune plainte, et ne poussait aucun soupir. S'il paraissait insensible à ses maux, il ne l'était pas à ceux de ses frères. Il ne rompait le silence que pour louer Dieu, donner quelques paroles d'encouragement à ses compagnons, ou même adresser à ses bourreaux des reproches sur leur cruauté.
Cette liberté de langage, calme mais hardie, ne servit qu'à les irriter, Pour l'arrêter, ils enfoncèrent dans la bouche de la victime des charbons enflammés, et lui coupèrent les lèvres et les narines. On lui voyait toutes les dents. Le martyr 1 > parlait plus, mais son sang, qui ruisselait de tout son corps, avait son langage plus éloquent que toutes les paroles.
L'ironie venait au secours de la rage. Les bourreaux lui disaient: « Tu as répété aux autres que « plus on souffrait dans cette vie, plus la récom- « pense serait grande dans l’autre. Nous voulons « embellir ta couronne. » Et alors, faisant rougir leurs haches au feu, et les plaçant sur ses épaules, sur son dos et sur sa poitrine, ils lui formaient un collier brülant, et ajoutaient avec dérision : « Tu dois nous remercier maintenant. »
Pour que l’image de la Passion fût plus parfaite, il y avait là quelques Hurons apostats, mêlés avec les bourreaux, et qui les secondaient, Ils voulurent faire une imitation sacrilége du baptême, et ils versèrent plusieurs fois de l'eau bouillante sur la tôte et les épaules de l’honime de Dieu, en prononçant ces paroles aussi impies que eruelles : « Nous « te baptisons, pour que tu sois hienheureux dans « le Ciel; car sans un bon baptême on ne peut pas « être sauvé. » Et le liquide brûlant coulait sur les plaies ouvertes, et excitait dans les chairs vives de cuisantes douleurs,
Cependant la grâce de Dieu, plus active et plus puissante que la rage des bourreaux, comblait le serviteur de Dien d'’abondants secours, et soutenait son inébranlable patience. Ses ennemis n’en devenaient que plus furieux. Ils ne croyaient pas avoir triomphé de Jeur victime, tant qu'ils n'avaient pas vaincu sa constance. Ils voulurent tenter un dernier effort. Après lui avoir donné comme parure dérisoire un collier de fer brülant, ils entourent ses reins d’une ceinture d'écorce de bouleau en: duite de raisine, et y mettent le feu. D’autres lui arrachent la chevelure avec la peau de la tête, et jettent des cendres brülantes sur cette plaie sanglante. Il ne reste plus de place, sur ce corps couvert de sang, pour de nouveaux tourments. Il est temps d'en finir; aussi bien le supplice a été déjà trop long pour les bourreaux, puisque leur rage
faite, avec arent et ils ur la 10N= Nous dans Lt pas ir les es de
; plus it le enait ACVE= avoir t pas dernrure irent
en:
S lui e, et san-
oul est déjà
age
s'est trouvée épuisée, sans obtenir de vaincre. Après trois heures de tourments, un coup de hache acheva la victime, et on lui trancha la tête.
‘C'était le 16 du mois de mars, vers quatre heures
du soir. |
Le P. de Brébeuf avait cinquante-six ans.
Le supplice du martyr était consommé, mais la férocité sauvage n’était pas satisfaite. Par un préjugé très-enraciné parmi eux, ils voulurent s’incorporer son courage en faisant de son corps un horrible festin. On en vit recueillir son sang et le boire. Un des capitaines lui arracha le cœur, et le dévora. Les restes de ce corps mutilé furent coupés par morceaux, et donnés à la foule,
Aïnsi se ferma, par l'acte le plus héroïque, la longue chaîne de combats que le P. de Brébeuf avait livrés pendant plus de seize ans pour fonder l'Église des Hurons. On peut dire que son œuvre était noyée dans s9n sang. s’ar un dessein providentiel dont il ne nous appartient pas de sonder les mystérieux conseils, la fin de l'Église huronne marqua celle de la nation. Dieu ne semblait avoir introduit sur son sol les ministres de l'Évangile, que pour la disposer à mourir chrétiennement. Elle périt en effet presque tout entière, et son nom fut rayé du livre des peuples. Il ne nous reste plus qu'à assister au complet dénouement de ce drame terrible.
À peine le P. de Brébeuf eut-il rendu le dernier
soupir que plusieurs de ses frères d’armes sont ou massacrés ou dispersés. Son compagnon à Saint- Ignace, le P. Gabriel Lalemant, qui partageait sa captivité, tomba le premier. Le martyre du P. de Brébeuf avait retardé le sien. Il s'’ouvrit cependant le même jour à six heures du soir, et par les mêmes tortures; par un préjugé reçu chez les sauvages, leurs victimes ne devaient pas mourir avant le lever du soleil, La fin du supplice fut renvoyée au lendemain. Le missionnaire fut, en attendant, abandonné aux jeunes gens qui, pendant toute la nuit, exercèrent sur lui leur cruauté, mais sans compromettre sa vie. Ce fut une longue agonie. Le soleil allait le lendemain éclairer la dernière scène. Les bourreaux se remirent donc à l'œuvre, et renouvelèrent presque tous les tourments du P. de Brébeuf, Un coup de hache fracassa le crâne de la victime, et lui donna la mort.
Le P. Gabriel Lalemant n’avait que trente-neuf ans. Venu un des derniers au combat, il était un des premiers couronnés,.
Deux autres missionnaires devaient bientôt par une mort tragique mériter la même couronne, les PP. Charles Garnier et Noël Chabanel. Celui-ci fut tué par un Huron apostat. Celui-là, chargé de desservir le village de Saint-Jean, fut enveloppé dans le massacre de ses habitants. IL exerça son ministère d'apôtre jusqu'au dernier instant. Renversé & terre par trois balles, et voyant
sont ou , Saintzeait sa a P. de
cepenpar les hez les y mouice fut fut, en dl, penruauté, longue irer la donc à ; tourne framort.
e-neuf aif un
ôt par ne, les lui-ci hargé enve- PXETCÇA stant.
oyant
LE P. DE BRÉBEUP. 279
à quelques pas un Huron qui rendait le dernier soupir, il recueille ce qui lui reste de forces pour secourir son catéchumène mourant. Un Iroquois l’aperçoit, dans cet acte de charité, et l’achève de deux coups de hache.
Ainsi‘ de dix-neuf Missionnaires que comptait alors la mission, cinq venaient de donner leur sang pour Jésus-Christ. Ils avaient été précédés par le P. Jogues, dont on connaît l'histoire émouvante et la mort héroïque. Les [roquois firent encore tomber plus tard d'autres victimes. Le P. Léonard Garreau, le P. Jacques Buteux et le F. Liégeois périrent sous leurs coups.
Cependant, deux captifs au milieu du sac du village Saint-Louis étaient parvenus à s'échapper et avaient porté à Sainte-Mazie les nouvelles du désastre. On l'avait déjà pressenti. Sainte-Marie n'était qu’à quatre kilomètres, et du fort on avait aperçu les flammes allumées par les Iroquois.
A cette sinistre nouvelle,les Missionnaires se h4tèrent de prendre toutes les mesures pour se mettre en état de défense si l’ennemi voulait se présenter. Il ne vint pas. Ce fut une protection manifeste du glorieux saint Joseph, patron des Hurons; ceux-ci l’invoquaient en ce moment avec ferveur pour se préparer à sa fête, et les Missionnaires lui avaient adressé un vœu solennel. La petite garnison de Sainte-Marie était restée pendant trois jours sous les armes. Tout à coup le 19 mars, jert de la