‹ Huss et la guerre des hussitesChapitre 11 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les traditioDS grecques ea Bohême. — Triomphe de l'Église catholique.— Leclei^é à la flndu XIV* siècle. — Les précurseurs de Hass. —Conrad Waldhauser, Uilic (I\ Mathias de Janov, Stitoy. — CÈques et Allemands. — âtat politique et social de ta Bohême à la fin dn XIV» siècle. — La boargeofeie. — Prague.

L*ÉvangUe que nous avons, écrivait Luther, Huss et Jérôme l'ont acheté de leur sang:. Le Hussitisme est en effet comme le prologue du grand drame qui se joue en Allemagne au commencement du XYI' siècle. II y avait eu sans doute auparavant de nombreuses tentatives de révolte contre l'Église, mais alors, pour la première fois, un peuple entier se soulève contre Rome et sort victorieux de la lutte. Avec Huss, commence réellement la révolution qui doit se terminer par la destruction de l'unité catholique: le moyen-âge finît, nous entrons dans une période nouvelle de l'histoire.

Cette tentative, dont les conséquences ont été si graves poar la Bohème et pour l'Europe, il a fallu des siècles pour que la lumière se fît sur elle. Que de préjugés absurdes se maintiennent encore et résistent aux attaques Incessantes d'historiens convaincus!

D'abord les Cèques ont eu le malheur d'avoir pour adversaires des écrivains habiles dans l'art de bien dire, Sylvius surtout, puis Cochlée, Héjek, etc. Le style doDt.(ï:neas Sylvius a su orner les récits les plus fantastiques, l'apparente

>. 1a noie »ur la trauicrip-

DiatizeabyGoQt^Ic

bonne foi avec laquelle il a représenté les ennemis de l'Église sous les plus sombres couleurs, ont séduit ou trompé les plus sincères ; les générations se sont transmis fidèlem entceslégendes, d'autant plus difficiles ^détruirequ'elles remontaient plus haut. Puis, le Hussiti&me, après un triomphe momentané a été écrasé au commencement de la gruerre de trente ans: une épouvantable réaction s'est abattue sur le pays ; les écrits hérétiques ont été recherchés avec non moins de persévérance et de colère que les hérétiques eux-mêmes. Des moines parcouraient les villes et les campagnes, confisquaient et brûlaient tout ce qui leur paraissait suspect, et tout livre écrit en langue cèque était suspect. Cet auto-da-fé dura près de deux siècles. Le gt)uvemementn'oublia rien pour détruire jusqu'au souvenir d'une époque de révolte ; il ne laissa aux villes que leurs privilèges et les chartes qui se rapportaient h des afiaires particulières ; dans les archives du pays, tous les actes publics, les correspondances, en un mot tout ce qui pouvait serrir à l'histoire d'un siècle de rébellion et de scandale fut systématiquement détruit. Ce qui échappa aux recherches dea jésuites et des employés autrichiens périt par l'igiior^ce et l'incurie, Pour juger les Hussites, il ne resta plus que les accusations de leurs adversaires : les dépositions des témoins à décharge avaient disparu ; les Cèques eux-mêmes finirent par ne plus voir dans Zizka, Procope, Jean de Zeliy et leurs compagnons que des fanatiques ivres de sang et de pillage, et dans la guerre du XV siècle qu'une, orgie furieuse et dévastatrice.

Peu h peu le silence s'était lait autour de ces questions brûlantesi la langue cèque perdait chaque jour du terrain, la nation bohème se mourait lentement, et avec elle semblait devoir disparaître le souvenir de ses héros nationaux. Lea mesures hâtives et imprudentes de Joseph II amenèrent une réaction inattendue. Les Slaves de l'Elbb supérieur se rappelèrent que jadis ils avaient été un peuple; un groupe, petit par le nombre, mais grand par le courage et le talent, remit en honneur la vieille langue du pays et dès la fin du XVIII* siècle, la création d'une chaire publique de cèque k Prague marqtia le commencement de la renaissance littéraire et poli-

Di3tizeabyG00»:^Ic

tique de la Bohème. Au moment où ila sortaient d'une lé^ th&T^e de deux siAcles, les Cèques cherolièrent dans leur histoire leurs titres de grloire et, par un sentiment instinctif, négligeant des périodes en apparence plus brillautes, ils consacrèrent leurs premiers travaux b l'étude duHusaitiame. Quels noms auraient-iU présentés à l'Europe, plus dignes d'éveiller l'attentloa et la sympathie que ceux des réforma» teurs du XV* siècle ! St alors, de tous côtés, des documents dirent découverte et publiés i tout ce que le hasard avait ooDservé, tout ce qui avait échappé aux inquisiteurs et à une administration ombrageuse, fut déohilfré et commenté; des savants partirent pour l'étranger et fouillèrent les bibliothèques de France, d'Italie et d'Allemagne. M. Palaoky, nommé historiographe par les Etats, réunit autour de lui une phalange dévouée de jeunes écrivains, dont le nombre grossit chaque année par l'arrivée de nouvelles recrues : nonseulement l'histoire des Hussites fut dégagée de toutes les légendes d'H&jek, de Cochlée, de Sylvlus et des autres écrl- , ,

vains catholiques, mais on arriva h suivre quelquefois jour a \ <^fi ~ par jour les événements, et dans tous les cas h connaître aveo ' . , ^ ,' ' précision les idées générales de la Révolution, les caractères, ^ ,^ ,. les ambitions et l'idéal des hommes qui t'avaient dirigée. En même temps que se produisait en Bohême ce grand mouvement historique, des études analogrues étaient entreprises dans les pays voisins. Sans doute, quelques Allemands ne s'aff^nchiaaaient pas encore complètement des préoccupa tions nationales et la vivacité des luttes religieuses et politiques nuisait h l'impartialité de plus d'un écrivain ; mais d'autres, beaucoup plus nombreux, s'honoraient en rendant justice h leurs adversaires et apportaient sur divers points un concours précieux aux écrivains bohèmes. Oeux même qui ne s'occupaient que des territoires de l'Empire commençaient h étudier le XV* siècle et les causes de la Réforme ; des documenta étaient découverts et publiés, et des travaux, étrangers en apparence k l'histoire du Hussitisme, servaient du moins à montrer la politique et les intentions de leura ennemis. Malgré tout, sans doute, bien des points restent encore obscurs : les bibliothèques n'ont pas livré tous les

DiatizeabyGoQt^Ic

trésors qu'elles reoferraent, dea monographies Douvelles jetteront une lumière plus éclatante sur certains points ; d'autres questions resteront à jamais insolubles, et les désastres de la réaction des XVII* et XYIII* siècles ne seront pas tous réparés ; mais, dès maintenant et d»is l'état actuel de la science, il est possible d'entreprendre une' histoire générale de la révolution huasite, de reconnaître les causes générales qui l'ont amenée, et les conséquences qu'elle a produites, de rendre aux événements leur véritable caractère. C'est ce que j'essaie aujourd'hui. Il y a là, si je ne me trompe, une étude digne de fixer l'attention non-seulement de ceux qui s'intéressent aux peuples slaves, mais de tous ceux qui suivent avec intérêt la marche de la civilisation.

Il arrive le plus souvent que les institutions ne parviennent à leur complet développement qu'au moment même où les principes sur lesquels elles sont fondées commencent h. perdre a leur empire sur l'esprit humain ; de ik, la décadence, si voisine toujours de la suprême grandeur. L'Église et la Papauté n'ont jamais été aussi puissantes qu'au lendemain de la défaite définitive des Hohenstaufen, et c'est alors aussi que se développent et que se répandent d'autre doctrines ou d'autres intérêts qui, sans menacer encore le christianisme, s'attaquent à la hiérarchie et au système de l'Ëglise romaine. Les progrès de cette opposition sont si rapides que, cinquante ans h peine après la mort de Frédéric II, l'énergie de Boniface VIÏI se brise devant la révolte de Philippe IV, et que cent cinquante ans après le triomphe d'Innocent IV, l'édifice lentement élevé croule de tous côtés : des quatre coins du monde, on désire, on réclame et on prévoit une réforme complète. A la fin du XIV* siècle, un seul point reste encore douteux : qui commencera l'attaque? Dans quel pays éclatera tout d'abord la Révolution?

Ces oscillations régulières, auxquelles est soumise la puissance de l'Église, s'expliquent réciproquement; elles sont la conséquence naturelle de sa position double, dans le monde et hors du monde. La foi des peuples se traduit toujours d'une manière tangible et matérielle: les aumônes pleuvent

DiatizeabyGoQt^Ic

de tous côtés, les églises s'enrichissent, les prêtres deTiennent les maîtres et les chefs de la société. Mais les privilèges et les prérogatives qui accablent le clergé ne tardent pas & donner naissance h des abus, d'autant plus vivement ressentis que l'idée que l'on se fait du prêtre est plus haute ; le contraste entre l'idéal et le réel a pour suite naturelle une révolte contre l'Église qui ne tient pas ses promesses et ne justifie pas sa domination par ses mérites. Jamais cette loi n'est apparue plus clairement qu'en Bohème au XY* siècle. Le Hussitisme commence le lendemain de la victoire complète de la cour romaine.

Huss dit plusieurs fois qu'on n'a jamais convaincu d'hérésie un < vrai Bohême » (1), et les anciens Cëques se vantent avec orgueil de leur constante fidélité à l'Église (3). En réalîté, ce n'est qu'assez tard que les papes sont parvenus à dompter les résistances qu'ils ont rencontrées chez les Slaves ■ de l'Elbe supérieur: ce n'étaient pas des missionnaires latins qui avaient converti les Cèques au christianisme ; Méthode et Cyrille sont les véritables apôtres du pa?» (3), et le rite grec avait laissé des souvenirs plus durables qu'on ne l'a cru longtemps. Même après l'invasion des Magyars qui coupa en deux les Slaves et força les chrétiens de Bohême à chercher leur appui en Allemagne, les traditions grecques se maintinrent, malgré les défenses formelles de Grégoire YII (4), et elles n'avaient pas encore complètement disparu au commencement du XIV* siècle. Une lettre de Charles TV constate c qu'U y a dans les pays voisins de la Bohême et dans les provinces de ce royaume qui parlent la même langue beaucoup de schismatiques et d'infidiUa qui, si on leur 'prêche, si on leur lit ou si on leur expose la sainte Écriture en latin ne veulent pas la comprendre, et qu'on

(1] Bo quod niqua ad praMSDtem dùm nolliu Bobemus art ùiTmtiu p«rtinaz hœreticai, (Falackj, dociun, p. 189).

(S) UôÙm, Mag. Jobanau Hou, p, Z7.

(3) Lb ,dae boMme Boriroj fui baptUé k Velekr&d par Hilbode {proballeinent bd '871). Il j arait au dtjà dM miiMonnidrM allemand* qai araUat pucoam la Bobtma «t la HoraTia, maia l'œuTro de couTenioD était à p«ina eonmetieée.

H) Bulle da Orégoîre VII (1079 on 1080). Hiit. persecnl. ecdei. bob. cap. V.

DiatizeabyGoQt^Ic

ne parvient pas ainsi à convertir sm christiaolarae » (1), S'il est impossible d'admettre, avec quelques hiatorlene russes (2), qu'une Église orthodoxe ait continué d'exister en Bohême b côté de l'Église officielle Jtisqu'au XY* siècle, il est certain que la tradition grecque fut assez forte pour entretenir l'esprit d'opposition à la cour romaine et favoriser le développement d'bérésîea qui inquiétèrent souvent tes papes. A plusieurs reprises, les sectes des Bogomiles et des Vaudois trouvèrent en BohSme de nombreux partisans {S), et les décisions pontificales qui interdisaient le mariage des prâtres et enlevaient le calice aux fidèles y rencontrèrent une résis» tance plus vive que dans tout autre pays.

MaiSt sous le règne de Charles IV, le rite et le dogme catholique s'étahlissent définitivement. Arrivé fa l'empire grftce h l'appui du clergé, il met au service de la religion une conviction profonde et une piété reconnaissante. Le jour de son couronnement, il avait promis de mûnteoir c en toute conscience et suivant son pouvoir Its Saintes Ecritures, la

justice et la p^x dans l'Église, de rendre aux évêques et

aux églises de Dieu tous les honneurs qui leur étaient dus, et de leur conserver les biens qui leur avaient été donnés pat les empereurs et les rois. » Fidèle fa son serment, il n'oublie pas un |eul jour l'intérêt de la religion. Les peines les plus cruelles sont prononcées contre les hérétiques ; de toutes parts s'élèvent de magnifiques cathédrales, de grandes cérémonies religieuses ^ppent l'imagination populaire, les prêtres indignes et simoniaques sont menacés et condam nés; révêché de Prague rat érigé en archevêché (4), et l'église cèque rattachée ainsi directement fa Home ; enfin la fondation de l'Univereité de Prague (5), qui compte bientôt

(1) Bull» d« GUmsnt VI (9 m&i 1346). Peliel, Urkandenbnoh inm entan HuUb dei KftlM» Karl dei Ti«Ftfla (p. OO-H).

tft Cp. inrtont Hilfarding, HnM st lea rapporta avwrâsUMorieDUle.

(S) Ainti en OU, ta 12!îT, pendant l'ipiimpat de Jean de Drafics (1301- 1M3). on 18B1, etc.

(4) BnU* da H aTiil 1344. De l'anluTaché iM Prague rdeTttent 1m irfrt chéi d'Olomtte et de Litomjjl.

p> BoUe da 16 janvier 1347. Let premier! oonra l'onTrirent auuitAt.

DiatizeabyGoQt^Ic

plus de dix mHle étudiants, semble assurer la yictoire déânitive de « l'égliae allemande » (1), c'est-èi-dire du catholicisme romain en Bohème.

Cette victoire ne devait paa être de longue durée et l'œuvre de Charles IV se retourne contre ses propres intentions. Pour relever l'autorité de la cour romaine, il décide Oré> goire XI à revenir à Rome {13T7), etce retour des pontifes dans l'anciennecapitale de la Chrétienté amène le plus grand scandale qui ait affoibli l'ÉgUse, le grand schisme. Il se propose de réformer les abus du clergé, et les prédicateurs mystiques qu'il encourage, dans leur aële imprudent et emporté, agitent les esprits et ouvrent la guerre contre les institutions et les croyances du moyen-dge. L'Université devait, dans la pensée de l'empereur, répandre dans toutle royaume lee doctrines romaines : elle devient un foyer d'agitation réTolutiooaaire. La nation tout entière est emportée dans ce torrent de révolte religieuse et le fils de ce roi qui espérait avoir assis la domination de l'Église sur des haaea inébruilahlea, use sa vie dans une guerre malheureuse contra les hérétiques qu'il ne réussit ni à rameilbr ni k vaincre.

On s'est étonné de cette transformation si brusque de la Bohème; en cinquante ans un revirement si complet! Un pays qui se précipite tout entier aux genoux de la papauté* et qui se révolte contre elle! Tant de coDStructious magnifiques et tant de ravages ! Tant de dons aux monastères et tant de cloîtres pillés et détruits ! En réalité, il n'y a paa contradiction, mais suite. Ceci est sorti de cela. C'est parce que l'ÊgUsè était si riche que les abus ont étéaigrands, c'est parce que la foi était si profonde que l'Indignation s été si ^nérale et la révolution si violente. On s'est laissé tromper par quelques faits purement accidentels) on a attribué le Bussitisme à l'introduction de quelques livres d'un philoso* phe anglais, sans réfléchir h ce qu'il y avait d'incompréhen-

Fond^ & l'androit où se rencontrent les deux mondes germoniiiue et elaTS, l'UniTenitA da Pragae deiint pour l'Est de l'Europa ce que celle de P&rit était pour l'Onett.

(1) Eipresnon de JérAms da Prague, V. der BardtIV, '^. Cp. aniù Hilfording, op. dt., p. S4.

DiatizeabyGoQt^Ic

sible dan» ce fait: un peuple prenant le^ armes pour une question de scolastique. Wiclif aurait pu ne pas écrire, la réforme bohème n'en aurait pas moins donné le si^al de l'attaque contre le système religieux du moyen-âge, parce que nulle part la foi n'avait fait l'Église plus corrompue en la faisant plus riche et rendu les âmes plus sensibles aux àbua.

De très bonne heure le clergé cèque, comme celui de toutes les autres contrées de l'Europe, avait reçu des dons considérables ; mais ce n'est que lorsqu'il a triomphé des résistances des païens ou de la sourde opposition des partisans de la religion grecque que se marquent plus nettement les progrès de sa puissance et de sa richesse. Les aumônes et les dons affluent de tous côtés, les cloîtres et les églises se multiplient et s'^embeîlissent. Le personnel devient beaucoup plus nombreux parce que les chai^^s sont plus lucratives et les privilèges plus séduistmts. Huss dit que les ecclésiastiques avaient le quart ou le tiers de tous les revenus du royaume (1). Nous ignorons sur quoi repose cette évaluation, mais les chiffivs que ndhs connaissons semblent prouver que cette appréciation n'était nullement exagérée. La Bohême ne comprenait pas alors en effet moins de 2180 cures, chiflAre énorme, puisque de nos jours le même territoire n'en corn* prendque 1911 (2), et la plupart deces cures étaient richement dotées ou au moins jouissaient de prérogatives ruineuses pour les laïques. Il serait trop long d'entrer dans le détail de toutes les possessions do clergé, mais quelques chiffirea qui se rapportent aux églises de Prague permettront de se faire une idée assez exacte de la situation {3). Sous Charles IV, il y avait b Prague 44 cures, plus 27 chapelles ; dans la ville même ou dans la banlieue, on comptait 18 couvents d'hommes et 7 de femmes. Dans l'église cathédrale seule, il

(i) Op. I, 139, IST. Il reTMiit on peu plui loin tur le même ^t ; iprèe %Toir pkrii da clergé AUemAnd, u pniiMDt et m riche, il «joute : i ici lia ont dijlplni du quATt dei bisni. »

(S] K&louMk, Da regnî Bohamin m>pp> hiitoricA commeptaiini, p. 8.

(3) Ponr 1m rieheciei da clergi bohime, v Tomok, D«jeiMi Prahj (HiiUàre ds Prague), III, p. 33-143.

DiatizeabyGoQt^Ic

— 9 —, y avait, avant la gruerre des Huasïtes, 300 ecclésiastiques; à y^sehrad, plus de 100. Si l'on suppose 20 personnes par couvent, ce qui n'est certes pas excessif, et que l'on ajoute les moines aux prêtres séculiers des diverses paroisses, on arrive au cbifie de 1,100 personnes, sans compter encore les ecclésiastiques employés à la cour ou à la chancellerie royale, les professeurs et les étudiants de l'Université, les notaires ou avocats qui avaient presque tous reçu les ordres. Toute cette année vivait grassement, et la richesse répondait au nombre.

Les catalogues que nous possédons portent à 329 le nombre des villes ou villages qui appartenaient à l'archevêque, et ces catalogues sont encore fort loin d'être complets, ce qui Cait supposer que le chiffl*e réel était supérieur à 400. Le cadastre des biens connus ne donne pas moins de 141,000 arpents. L'archevêque avait une véritable administration, un sous-chambellan, un burgrave, un trésorier, unmaréchal, on chancelier, etc. Sesrevenus dépassaient 3,000 marcs d'argent, etil fauty Clouteries redevances en nature, les corvées, et enfin la dlme épiscopale. Le prieur de Prague possédait 50 villages; le prieur de Vyaehrad, 41 bourgs. La dîme et les autres droits que percevait le curé de l'église du Saint- Esprit se montaient à plus de 50 marcs d'argent, et ce n'était pas une des paroisses les plus impartantes.

Le clei^ régulier n'était pas moins riche. Les revenus des Prémontrés de Strahov dépassaient 700 marcs d'argent, ceux des Bénédictins de Brevnov 1,000 marcs ; il est vrai que c'étaient deux des plus anciens et des plus célèbres monastères, mais M. Palacky ne cite pas moins de 110 couvents d'hommes ou de femmes en Bohême, et la lista n'est pas encore près d'être fermée. II était impossible que dans un corps ecclésiastique aussi nombreux (1) et pourvu d'aussi riches dotations des abus ne se fussent pas introduits, et les documents nous présentent en effet le clergé cèque sotis un jour assez peu favorable.

Les immenses revenus attachés aux diverses charges

(1) Dut un dÏKonn do Uatbiu da CneoTie, 13S4 : Quid miri u multiplicaUiattiDHiBiUi dsrieonini «x quo clerici multiplicsti tuai toper oununim T

ecclésiastiques éTeillaient bleo des convoitises etsolUcitaient bien des embitions ; aussi nombre de gens entraient-ils dans les ordres sans vocation réelle. Le mal aurait pu être siDon complètement empêché, au moins limité par une surveiN lance sévère des autorités supérieures, mais les chefs suprêmes de l'Église, les papes, donnaient eux-mêmes l'exemple et encourageaient des abus dont ils profitaient.

Il s'était établi & Rome un véritable marché de dignités ecclésiastiques. Chaque charge était taxée suivant les revenus qu'elle rapportait: pour un bénéfice de 200 florins, on payait 40, 60, 80 florins. Aucun gain ne paraissait à dédaigner et les vicaires devaient un ducat. On vit ainsi nommer k des cures des valets, des cuisiniers, des enfants de sept ana et de cinq ans (1).

Les prêtres ainsi désignés se proposaient naturellement un double but: rentrer dans leurs avances en augmentant leurs revenus, se décharger de tous les soucis et de tous les devoirs de leur ministère. Simonie, négligence et corruption, ce ne sont pas seulement les discours des réformateur^ qui résument par ces trois mots l'état du clergé cèque à cette époque, mais les actes ofScIels et les déclarations des archevêques de Prague.

Il fallait de l'argent; on en arrachait aux fidèles. Les canons interdisent aux prêtres de rien exiger pour les cérémonies religieuses : qu'importe ! Le mariage, le baptême, la confession, la sépulture deviennent pour le clergé d'inépuisables sources de revenus. Un certain curé refuse d'enterrer les pauvres, jusqu'à ce qu'un riche compatissant se décide à payer pour eux (2), d'autres ne baptisent les enfanta que s'il y a plusieurs parrains et marraines, parce que chacuu d'eux est tenu de faire un cadeau au prêtre. Les pénitences sont remplacées par des amendes, et il y a un véritable tarif pour les diverses fautes, depuis les péchés véniels jusqu'aux crimes. Le mal s'accroît encore avec les Indulgences ; presque

(1) De sqnitlotdbus ronumaa cnriœ.

(!) An 1401. L'éTêqve^â plaint ; qnodde sepulturia fldelinm excenÏTe eiigitur {Conùlia Prageuais, p. K).

tontes Im églises et les cloîtres ref^ÎTent du pape l'autoriBation d'acoorder certaineB indulgenceB moyennant une somme déterminée (1) : les bénéfices eont partagés entre les moines on les curés et la cour romaine. Les dlmss sont perçues avec tme rigueur inconnue auparavant; aucune terre, -aucun bien n'échappe aux exigences ecclésiastiques (S). Les baut» di'gnitaires donnent l'exemple: les grands vicaires Tendent des disp^ises; les chanoines cumulent plusieurs bénéfices; certains chanoines de Prague sont en même temps chanoines de Bmo, d'Olomùc, de Breslau. Nicolas Puchnik de Cernice, (-{-1402), qu'un notaire duconsistoireappelaitcnuUatenuset omnitenus ecclesiarum canonicus », déjà chanoine de Prague et d'Olomdc, obtient (1302) la riche cure de Saint-Nicolas qu'il échange pour deux prébendes, se fait nommer curé de Jemnice en Moravie, et en même temps, il conserve pendant plusieurs années les fonctions d'official de l'archeTéque et même de vicaire général. Vaclav, qui connaissait son avarice, lui permît un Jour d'emporter autant d'or qu'il pourrait. Nicolas remplit ses poches, ses habits et même ses larges bottes, si bien que lorsqu'il voulut partir, il lui fut impossible de marcher. Le roi se moqua de lui, lui fit enlever tout l'or qu'il avait pris et le chassa (3). Le plus souvent la cupidité des ecclésiastiques ne s'étalaîtpas avec tant d'impudeur, mais, s'ils étaient plus spirituels et plus adroits que Puchnik, ils n'étaient ni moins ambitieux ni moins avares. Sans cesse h l'affilt de toutes les occasions favorables, ils savaient adroitement solliciter la charité, réveiller la générosité et profiter

(1) Ebbaadabiuit iudulgentûe in Bobemia, quia non Tuit clmutram quod indulgenliis p&palîbua caruissat. Taac avarîtia sacerdotum nimia dilatabatur. Ttine inagni peceatorei Unitsf absotvebantar propter pecunLam. Tuoe pcenitmtîA M>laDI pecnnisliB injODgebatur, unda pradona*, tan», homicidn «t OMulU DUgni peccatona proniorai ad peccata reddebaotur et (nnc hoaat •acerdotom et poteitas eccleaÏEe coepit Tilipendi. (Dobner, rnoDum, IV. 138}.

(X) Tontulea posiMBÎODS en Bohâme, tontes les propriétés ont été peu6peu chargeai par le ti«rgi d'impdta, de redaTaaeai et ds servitudes. De là leur haine contre te elsrgé, et ili □« poseroot tes armes que lorsqu'ils auront complétemeDt alEranctii leur pajs. (Ua auteur allemand du XV* liAcle, cité par DroTien, p. 338^.

(3) Tomak, op. cit. p. 175.

DiatizeabyGoQt^Ic

des remords. Aucune loi n'avait affi-auclii les biens du clergé des impôta généraux, mais des privilèges spéciaux les en déchargeaient presque toujours; souvent même ces contributions étaient une nouvelle occasion de gains ; les rois leur en abandonnaient une partie. D'autres chartes très multipliées les affi-ancbissaient des péages si nombreux alors et si onéreux. Les impôts n'en pesaient que plus lourdement sur le peuple, et le clergé, non moins que la noblesse, était responsable de la misère des paysans (1).

Les prêtres s'occupaient trop de leurs revenus pour avoir le temps de songer à leurs devoirs. La plupart des chanoines ne résident pas ; les curés eux-mêmes voyagent, dépensent leurs traitements à Prague ; ils ont des fermiers qui administrent la cure. Un prêtre lit sa messe quand il lui plaît, un autre ne l'a pas lue depûîT sept ans. Les plaintes reviennent si souvent qu'il n'est pas possible de contester la gravité des abus. Le synode de 1366 défend de commencer plusieurs messes h la fols, de les laisser inachevées, de remplacer la grand'messe le dimanche par une messe basse. Les prêtres ne paraissent nullement avoir conscience de leurs torts; si l'archevêque leur adresse des reproches, ils s'excusent par l'usage, l'ancienne habitude. Vouloir les obliger à résider, à dire leurs messes ! C'est un fait inouï. Quelquesuns même quittent le costume ecclésiastique, ne sont pas tonsurés. Les statuts exigeaient que l'ordination ^t précédée d'un examen : le vicaire général devait s'assurer si le candidat était digne de la consécration par ses connaissances et ses vertus ; l'examen n'était plus qu'une formalité facile b. éviter. Un prêtre doit être suspendu jusqu'à ce qu'il ait appris à lire : mais, pour un de puni, combien de ménagés ou d'oubliés ! On peut d'ailleurs arriver aux plus hautes fonctions sans avoir reçu les ordres. Nous connaissons le nom de chanoines qui n'étaient pas même sous-diacres. Un d'entre eux, après avoir touché pendant plusieurs années les revenus d'une riche prébende, jette aux orties une soutane

(1) SchulH, dqin potobf lîda V Ceduh; (Hiatoire du servage en Boh#me> ; Oivel», I, p. SOI et a.

Di3tizeabyG00»:^Ic

qui l'embarrassait pourtant bien peu, un autre reçoit de x y Boniface IX la permission de se marier. I' '

L« prêtre au moyen-âge n'avait pas seulement une mission religieuse & remplir, mais une mission morale ; il devait dé « traire les anciennes superstitions, combattre les mauvaises habitudes, empêcher les rixes. Mais quelle pouvait être l'inflnence de curés ignorants, qui n'avaient vu dans le titre de prêtre qu'un moyeu de se dérober & certaines charges ou de s'assurer de faciles jouissances? L'archevêque Ernest de Pardubice disait qu'ils corrompaient leurs âdëles plutôt qu'ils ne les moralisaient et les faits ne lui donnent que trop raison. Une grande inspection fut entreprise en 1370 et 1380 et les rapports qui ont été conservés prouvent d'une manière incontestable la profonde décadence du clergé bohème. Sur 39 curés qui ont été visités, 16 sont convaincus d'immoralité. Le curé du Tyn, Barthélémy, a pour concubine la femme d'un joueur de flûte ; elle a une clé du presbytère ; de plus, on a vu plusieurs fois Barthélémy entrer dans des maisons iiffa% itutKc^vsuspectes. Le curé de Saint-Linbart, Procope, est accusé d'à- "^rt*^ eSj^ mJ /"'< voir un véritable sérail; il invite avec aea maîtresses des^'^î^-''. nonnes et d'autres prêtres. Il cherche à se justifier: il lui "fotv fci<i''iuÀ arrive quelquefois de recevoir une fiUe de joie, mais rare- j*J i/^„ 'y*^ , ^(,, ment; il évite le scandale, il se cache, il la renvoie de grand /^.g., ^/.^ )*^jit£matin;il est bien moins coupable que son voisin, le curé Ti^/; ^ €e<-*''^pfiin. Mathias qui a toujours des femmes et des prêtres chez lui. '^*'^^' ^^"^ Un autre a été soupçonné d'avoir séduit sa propre fille. Le curé de SaintrPierre au Porice court les tavernes, s'enivre avec SB maîtresse, poursuit d'autres courtisanes ; ce n'était pourtant pas un des plus mauvais, et un boulanger appelé en témoignage dit qu'il a déjà vu se succéder trois prêtres dans cette cure, et que c'est le meilleur de tous. Le curé de Saint- Jean va jouer dans la Yieille-Yille, y perd tout, même ses habits et revient nu, chez sa maîtresse, de l'autre côté de Prague, à Vysehrad. Il serait facile de multiplier les exemples. On ne saurait douter, dit M. Tomek b qui nous avons emprunté les traits précédente, qu'il n'y eût daus le clergé de Prague des hommes honorables et vertueux, mais ce serait une erreur de croire que tous ceux qui ne sont pas

DiatizeabyGoQt^Ic

désirés étaient purs de toute faute, et dans tous les cas le nombre des coupables est si grand que la honte retombe sur le clergé tout entier (1). Le mal était si général que l'autorité restait impuissante ; on avait parlé d'abord de suspen* sion, de dégradation; on se contenta d'une simple réprimande. Les inspecteurs n'avaient ni assez d'énergie ni assea de foi pour punir sévèrement des fautes dont ils étùent euxi mêmes bien rarement innocents ; les peines furent abaissées ' rapidement, bientôt elles ne consistèrent plus qu'en une trèa légère amende.

Et c'était & oe moment même d'abaissement profond, pendant que les moines comme les curés donnaient i'affiigeaot spectacle des plus honteux débordements, qu'ils abusaient de leur puissance avec le plus d'audace. Les excommunioations devenaient tous les jours plus fréquentes ; quiconque osait toucher it un prêtre ou à ses biens était aussitôt frappé âes peines religieuses les plus rigoureuses, tandis que les ecclésiastiques eux-mêmes échappaient aux tribunaux ordînaires et bravaient impunément les lois les plus sacrées. Dan-i creuse domination qui devait bientôt être menacée au nom des principes mêmes sur lesquels elle était fondée ! Des hommes allaient apparaître, ivres de vertu, au milieu de l'abaissement général des caractères, pleins d'un ardent enthousiasme au milieu d'un clergé avide et sceptique et, opposant à l'Église ses propres déclarations, la sommer de revenir à

(t) Tomek, p. Uâ. Pour les ddUils précédantE t. p. 243-245. J'ftims à citer 1. Tomek en parailU matièTe, nOD-iaulement parce que ion émdilioa eit ' ^'^"-'^uatament adtnit^e, mait parce que hd in)partiali(â ne peut èUm conleilée: 1- (. M' Tomek eet en eBel un catholique gincSre. Ce n'^Uit pu d'ailleurs seule- .n/i.'if^ !'-^^ menti Prague que se patiuent de aernbla^Iei faiCs. Nous lisons dans les . V(>'^l ^^ ~. , i^>ee des conoiUs de Prague; CleridstiAin in «âeTia coaititnti et eooleiiunUB pneiidentea, ooneubinat publiée tenent ia domibua ; habitu taliter ichoneste se gerunt quod âant in ecanda- 81); (archiepiicopuB) mandat clericis cujnsenmqae statua ut eoneubinai de doroibiu ejietant (p. Stfi ; de* ordonnanoea '^"*? " C. analogue» se nlronTent en 1406, p. 54-55 j 1407, p. H ; puU chaque annâo

Cv*Jir -''^'"T' jusqu'en 1418. Dana les couventa. Us mœura n'éuienl pas melUeures. Le

c^,'} V P'\ ■ 1^ — , *c'e" dea conoiles de F

^^J^(^Uju't^(î«(t.waov,'bia!â,\ua regimin

'\ . . —I.. /itLA^^ ^'" in tonaura et 1

'"'-' '-V fT,-,^^- '"» Pluriniorum. fA.

k^ v-i.' 'S -^ prieur du couvent de femmes de Sainte- Madeleine est ud libertin. L'abbesse de SaÎDt-OeorgRi a une conduite si scandaleuse que l'arclieTâque eat obligé delà dâposfr; elle refuse do se louinellre, et Charles IV est forcé d'inierfeair. Pendant plus de deux ans, la couvent de BrevuoT est troublé par lea querelles dea moinea et de l'abbé, etc., etc.

Di3tizeabyG00»:^Ic

BB pureté primitive, de rompre avec le monde, de se retremper aux sources mêmes du christianisme. Vaine chimère qui se déroba toujours aux eflbrts des réformateurs ! Le fleuve ne remonte pas vers la montagne d'où il vient, ie pEssé ne se Tecommenoe pas. Les Hussites, comme les jro-^ i£ï^ ^j ,-ii**3a. testants, fiirent, sans le savoir, malgré eux, les premiers TTenwoi...* '^^*-

apôtres de la liberté de penser, et non les restaurateurs d'i-

déea afiiublies ou épuisées. Mais en essayant de corriger les ^^^ v« a^ - ^'^'■*'**abns et de purifier l'Église, ils répondaient aux désira de la^v ca**^ ^- ^^ ^"^ "-^ nation tout entière îles intérêts et les consciences également/|Vl^o^r-4*

blessés réclamaient une rénovation. (^a^%4ÂÀ'>y^' • '-' '^,\'^,, '

Chw-les IV voyait bien le danger. Fils soumis de la papau- '•*<^ '"^i^' té, il la servit comme elle veut être servie, aveo humilité et , ""; "^v, ,i,f' tremblement; les hommes qui avaient compté sur son au- '^ T tv*^ ' îf dace pour transformer l'Europe, Rienzi, Pétrarque, se dé-^^ ^ , ,,, ^ ,-. .<'■■•<. tonmèrent bientôt de lui. Mais s'il n'osait pas imposer une fr ■ n' <, ^ ■' • ,réforme, II était trop pieux et trop prudent pour ne pas dési- ^(*-vt*c*-7 ?Ê-Ji>"'"^ Ter la fin de scandales qui blessaient sa conscience et com- ■''--'

promettaient l'autorité et peut-être même l'existence de l'Ë- ^liee. En Allemagne, il encourageait et soutenait tous ceux qui luttaient contre les abus ; en Bohême, où son action était plus franche, plus libre, son appui fut assuré non seulement k l'archevêque Emeat de Pardubice, mais aux prédicateurs les plus hardis et les plus virulents. Singulier spectacle que la scrupuleuse hardiesse de ce prince qui a besoin de se mettre à couvert derrière des assaillants plus autorisés et dont le dévouement sincère au catholicisme protège les premières attaques de l'avant-garde de la Révolution I

S'ileùtété possible qu'un hommearrachât le clergé bohème iaacomiption etàson ignorance, Ernest de Pardubice l'aurait fait. Égal par l'esprit et la science aux plus illustres de ses contemporains, il était supérieur à la plupart d'entre eux par la sincérité de sa foi et le désintéressement de ses convictions. Au milieu même des époques les plus troublées apparaissent ainsi des hommes qui, fidèles aux principes supérieurs de la morale et de la religion, sont à la fois pour l'Église uq honneur et une menace, en rendant plus sensibles par leur conduite l'imperfection et les fiiutes des autres membres

DiatizeabyGoQt^Ic

-ledit clerg'é. La papauté les canonise et les redoute; derrière ces vertus, se cache la révolte. Rempli d'une amère douleur à la vue des scandales qui affaiblissaient l'autorité ecclésiastique, pénétré des leçonsde l'Évang'ile, Ernest de Pardubice avait tout, semble-t-il, pour mener à bonne un- l'œuvre de réparation qu'il se proposait. Aimé de Cliarles IV, il était, de plus, indépendant dans son diocèse, et ne relevait que de la cour romaine qui assistait indifférente h ses tentatives et n'entravait pas son zèle. Il se mit k l'œuvre dès les premières années de son ministère ; il voulut donner k la Bolième une sorte de constitution reli^eiiae, codifia les ordonnances en usag^dansTarchevèché deMayence et les décrets des anciennes réunions religieuses cèques. Des synodes furent convoqués ré^lièrement (1) et prirent des mesures pour ramener les prêtres à une vie plus pure et plus digne ; les doyens (2) furent invités à surveiller sévèrement leurs subordonnés, les ecclésiastiques adultères ou simoniaques furent menacés de suspension ou de dégradation ; les curés furent tenus de s'occuper de l'instruction et des progrès religieux de leurs paroissiens (3). Mais le dévouement, la science et l'éuei^e de rarchevèque se brisèrent devant l'inertie et les résistances de ses prêtres. La multiplicité même des ordonnances prouve leur peu d'efficacité; les synodes sont sans cesse obligés de répéter les mêmes défenses, de rappeler les anciens règlements. Les abus étaient trop invétérés et trop généraux pour qu'un homme en triomphât, quelque grand que fût son esprit ou mémequelque élevé que fût son rang. L'Église n'avait plus la force de se réformer elle-même ; on le vit bien plus tard, lors des conciles dePise, de Constance, de Sienne ,<i , • et de Bftle. Le mal venait de la constitution même du cler-

. ~Z~7:.„i.£j gé; il fallait pour le vaincre non plus une réforme, mais une <t ■ K* t*^* ^ i révolution. Le roi et l'archevêque comprirent leur faiblesse,

•.n7 '>*-^ ^' ^ Cc»< *«r. '•} Concilia Pragenaia, 1333-1113, édiléi par Hof. ^f/j^ tuei'-'"ti /,(t'b+*ta4(a) Il y uTaitalor» en Bohême 57 doyens at 10 archipré(fei. (K&looMk, mappa hiitorica, p. 11-14,

(3) Lee earéa doivent reiller k es que les fid&lsa tachent en latin et en bohème (lam laiine qnam harbarice) Notre Pin, le Sf mbola det apitret, le* dii grande! et les tii peUtei priérei.

DiatizeabyGoQt^Ic

et il3 firent appel au peuple contre les prêtrea, h l'Évangile contre la hiérarchie. Ils ne Bupposaient pas qu'il leur serait bientôt impossible de contenir le mouvement, et que lea' dangereux auxiliaires auxquels ils s'adressaient, dépassant aussitôt leurs intentions, ne s'attaqueraient plus seulement ^ l ^^^vj aiaabus, mais à l'Église eUe-nièipe. -i— \^t

Parmi les hommes assez nombreux qui, è. la fin du règne ^^'^Jtt- «<-^ u^'-^tn de Charles IV et au commencement du règne de Vaclav yfcu^^*^"^^ préparèrent le grand mouvement religieux du XV* siècle et ,(«,» ►•«•c'e"'^' ^ ■ en surexcitant la foi, hâtèrent une explosion inévitable, qua- /^^ t' U'''^ ■ '--^ } tre exercèrent une influence prépondérante et méritent une ^te a* t«-v<rnn-'î"'place à part: Conrad Waldhaueer, Milic de Kromerize, Ma- 'o v^/ort*",*"* thias de Janov et Stitny. / ^ o- J w*' ^"^"^ -

Ce n'est pas une des moins curieuses particularités de la révolution hussite que le premier des précurseurs de Huss n'ait pas été un Cèque. Eonrad Waldhauser (1) était autricbien : un Allemand prépare cette insurrection qui devait si vite devenir aussi redoutable à la nationalité allemande en Bohème qu'à l'Église catholique. Conrad s'était déjà sans doute acqtiis quelque réputation par sa science et son éloquence lorsque Charles IV, désireux d'attirer h Prague des prédicateurs remarquables, le décida à venir se fixer en Bohême. Sa hardiesse et sa verve, la conviction profonde qui enflammait ses discours, sa chaleur et son imagination lui aaaurèrent bientôt de nombreux auditeurs ; il prêchait le plus souvent en allemand, quelquefois en latin, devant les étudiants. L'affluence était telle que l'église de St-Gall ne tai^ da paa à devenir trop étroite et qu'il prêcha en plein air, sur la place. Il fustigeait sans pitié tous les vices, reprochait aux

(I) On l'a longtempa eoDronda avec ua autre prédicateur Jeau de Stekoo ; da Ui le nom qn'oD loi donne loUTent, i tort, de Conrad ds Steimo. André d« Brod dit à Hum : ■ Si l'un D'araît pat d'autre reproche à tous adresser que d'attaquer le clergé, penoone ne tous aurait excomtuniiié. Car dfjà

■Tant Tona, Uilic, Conrad, Stekno, ont attaqué le clergé. > Cocldée a cité •-- . ,

ce paauge, mai* en «upprimaoUa virgule entre Conrad et Stekno, et en fai- ^^'/'■^«■U- ► eif^C- *y' ! nnt ainai une peraoDoe de deux. Balbin a suivi Cochlée, seulement au lieu •- ty u,l'--4-^ • ^-Cti d'écrire eouimâ loi Conradus Sljkna, il a écrit Conradus de Sleltan. Les au- )i^U^qtli/u et lM« biuoriens ont suivi. Le premier qui a découvert l'erreur bbIM. Palac- ci l<^'^' * .)*W Z-'^c' kr. U a démontré qne Conrad était un augititinien, tandiaque Jean de Stekno j f, ^. ,,,.i U'iS t' "• .

DiatizeabyGoQt^Ic

bourgeois leur amour do lucre et du luxe, leur Tanité. leur mollesse et leurs débauches et plus ses reproches étaient Tiolents, plus ardente et plus nombreuse accourait la foule, avide d'accusatloiis et de repentir. Rien ne montre mieux combien la foi était encore profonde et vive ; les converaionB se multipliaient, les femmes quittaient leurs toilettes éclatantes, les usuriers rendaient le bien mal acquis, les libertins faisaient vœu de chasteté (1).

Mais ce n'étaient pas seulement les ItQ'ques que Conrad Toulait ramener au bien, c'étaient les eccléBiastiques et surtout les moines. 11 les dénonça à la foule, flétrit leur avidité etleur luxure: « Que cbacun, disait-il, qui a un fils ou un ami qu'il aime et dont il veut le salut, prenne garde de le laisser entrer dans un de ces ordres, où, ouvertement, presque régulièrement, on doit vivre contre la règle; quel est le voyageur qui, pour traverser le Danube, choisit un navire pourri et s'expose k périr? » Les Franciscains et les Dominicains, déjà fort irrités contre Conrad, qui leur enlevait la plupart de leurs pénit«ata, essayèrent de se venger et le dénoncèrent à l'arcbevèque. Colère imprudente ! II y avait depuis fort longtemps une rivalité très ardente entre les clergés séculier et régulier. Il aurait fallu que les accusations présentées contre Waldhauser fussent bien graves pour décider Ernest de Pardubice & condamner un prédicarteur dont il admirait le zèle, un moine qui combattait les moines, ses propres adversaires. Les vingtr-quatre chefs d'accusation se réduisaient tous d'ailleurs à un seul fait: Conrad avait attaqué les ordres mendiants avec violence, avec paasion ; le jour du jugement, les plaignants ne parurent même pas, et Waldhauser recommença h prêcher, plus puissant et plus audacieux. Lorsqu'il mourut, en 1364, il laissait un suo

(t) La Murt* prinelpAia wt Benej de W«itmûl : * L'an 1369, le jour de la fit! ds U ConcaptioD de la trâi Miate vioTga Marie, moarut le remarquabla prMioatenr frète Conrad, chanoine replier, recteur de IV^liie de la Sainte Visite i Prague. A.aUii]hien de naifMUiee, d'une grande iuslruclion el d'une éloquence plos grande encore, il vit, & lOD arrir^e en Bohême, que lea hommea s'iJjaadonnBient trop aux plaiain de U tib... «t Ui améliora par tei prédicatioD*. Injarié parles moinei, il ai^iporla tout arec indifférence pour I& gloire de Diea, et monrui en bon chrétien. »

Di3tizeabyG00»:^Ic

cesseur qui deYait continuer son œuvre, eisercer sur lesespritEs une influence plus profonde et plus générale, et être le véritable créateur de l'agitation qui alla toujours eu grandissait jusqu'à Hus3.

Waldhauaer ne s'était adressé qu'à une partie relative' ment assez faible de la population, celle qui parlait allemand; Hilic de Kromerlze, son disciple etsonsuccesBeurprècbait en cèque. C'était k la Bohême entière qu'il faisait appel, c'était le peuple entier qui allait se précipiter à sa suite et envahir le tabernacle. Il y eut au début quelque hésitation; cette prédication en langue vulgaire parut h beaucoup un scandale, une profanation (1), mais Mille avait une foi trop profonde, il avait trop clairement conscience de ses forces pour se laisser arrêter par ses premiers échecs. Bientôt les pré- . . ' ventions se dissipèrent, les auditeurs accoururent par milliers, ' v) *" ^V . et Mille devint le directeur et le guide de toute la population t - <■/■ ' cèque de Prague. D'une activité infatigable, il prêchait tous [- 'i^**'^' les jours, et deux ou trois fois tous les dimanches, quelque- ^> fois même davantage. Ses sennons duraient deux ou trois heures, sans que l'attention des fldèles se lass&t jamais. Sa mémoire prodigieuse lui fournissait sans cesse des exemples et des textes, son imagination enflammée traçait en traits effroyables le tableau des vices qui souillaient la société et des châtiments réservés au pécheur endurci. Sa vie entière était une prédication ; il agissait par son exemple autant que par ses discours. « Personne ne lui parlait ou ne s'approchait de lui sans recevoir l'amour, la reconnaissance, la douceur, et personne ne le quittait sans être consolé. C'était en tout un second Élie. Sans cesse il châtiait son corps par les jeûnes, les macérations et la pénitence ; sa passion pour le bien du peuple, son activité sans trêve ni repos dépassaient de beaucoup la nature humaine et les forces de la chair. Sans cesse, il écoutait les confessions, visitait les malades ou les

(i) ProplBt incongruentiam Tulgaris sermonis. Palscfcy et Tomek croient qn'il s'&git de certoinH déinila de ptoaoaciatiou. Hilic, rti en Moravie, aralt l'oecaDt morare. Je leraii ptuiài diapoié 4 croire, avec U. Lechler, qu'on Tut ■niioat choqui d'entendre prêcher en cique. (Cp. Lechler, II, p. 119, n. 1.

Di3tizeabyG00»:^Ic

prisonnierBet convertissait les tièdes et les pécheurs (1). » La ville entière était comme affolée de sainteté et de vertu; une fièvre d'ascétisme, une contagion de sacrifice étaient dans l'air. Plus de deux cents prostituées, arrachées par Milic k la corruption et h la honte, se retirèrent dans le couvent de Jérusalem qu'il avait fait construire sur les ruines d'un quartier mal famé de PragTie, la Petite-Venise. « Par la grrâce de Jésus-Christ, par les efforts et les mérites de Milic, Sodome avait retrouvé sa gloire perdue, Babylone était redevenue Jérusalem. »

Comme Waldhauser, avec plus de hardiesse encore et d'emportement, MUic flagellait l'avidité eties débauches des prêtres, leur ignorance et leur paresse ; mais h la fois plus instruit et plus enthousiaste que son prédécesseur, exalté par les macérations et la méditatiou de l'Apocalypse, il dépassa plus d'une fois les hommes, et ses coups atteignirent, audelà, du clergé, l'Église elle-même. Le spectacle des abus, le sentiment des maux dont souffrait le monde, devaient en effet inspirer k ceux qui avaient échappé à la contagion le désir de revenir au christianisme primitif, L'Église du Glirist et des apôtres, litétaitridéal et le salut. Là aussi était le danger. Certes, toute pensée de révolte était étrangère k Milic, et il suffit de quelques paroles du pape pour le faire renoncer à ses prédications chiliastiques ; mais il cédait, saus en avoir ji conscience, au mouvement qui emporte tous les réformateurs Uetles transforme en rebelles. L'accusation contre Waldhauser avait été abandonnée par les moines eux-mêmes ; lorsqu'ils attaquèrent Milic, ils purent lui reprocher de menacer l'autorité pontificale et même de soutenir des doctrines hérétiques.Cc n'est pas chez les papes, avait-il dit, chez les cardinaux, les évèques, les prêtres, lesmoines, que se trouve la vérité ; il avait prétendu que le chrétien injustement excommunié par le pape, peut être défendu par l'empereur ; il avait recommandé la communion fréquente et quelques fidèles, trompés par ses paroles, avaient communié trois fois la nuit de Noël: les prêtres, disuient-ils, ont reçu la consécration extérieure,

(1) MaLiiai d* Janow, cité par Jordan, di« Vorlaûfor dii Hassittnlhums,

DiatizeabyGoQt^Ic

noua, nous avons été consacrés intérieurement (1^. Ainsi se posaient, encore obnciires et vagues, mais déjà inquiétantes, quelqnes-unes des questions les plus graves de la révolution bohème, les limites de l'autorité pontiflcale, l'égalité du laïque et du prêtre.

Grégx>ire XI jugea le péril assez sérieux pour mériter une intervention énergique, et dans les premiers jours de janvier 1374, arnvèrent h Pra^rue des bulles sévères du pape. Mille partit aussitôt pour Avignon, et il n'eut pas de peine à se justifier. Ces dernières émotions et le voyage avaient épuisé ses forces. Il tomba malade à Avignon et mourut sans avoir revu la Bohême (1374). Mais l'ébranlement imprimé aux âmes avait été trop profond, le mouvement ne s'arrêta plus. Le mal dont souf&ait l'Église était tous les jours plus visible ; les abus, les scandales, se résumaient dans le grand ecliiame qui venait de commencer. Deux papes, à Rome et à Avignon, se disputaient la chrétienté, et les peuples, abandonnés par leurs chefs naturels, troublés dans leur conscience, écoutaient anxieux la grande voix des apôtres qui flagellaient sans scrupule et sans peur les vices et l'indifférence. Le plus hardi comme le plus remarquable des novateurs qui continuèrent l'œuvre de Mille, fut Mathias de Janow. Mathias prêchait tous les jours, mais c'était moins nu orateur qu'un écrivain et les traités qu'il composa, réunis sous le nom de Régies de l'Ancien et du Nouveau Testament forment un des livres les plus intéressants et les plus audacieux de la littérature religieuse du XIV' siècle.

Comme Conrad et Milic, Mathias se propose surtout pour but la réforme du clergé, mus plus savant et plus logique il veut réformer non seulement les hommes, mais les institutions et les dogmes. La source du mal, c'est l'oubli de la parole divine ; les papes ont remplacé la doctrine du Sauveur par mille inventions humaines qui absorbent l'attention des fidèles et détournent l'âme de la contemplation des vérités supérieures. Il faut rendre au monde la loi du Rédempteur, ramener l'Église de Jésus-Christ à son état de sainteté et de

(I) Lm accntttioa» contre Uilic ont été publié** par Joidan, op. cil. .

Di3tizeabyG00»:^Ic

JT"^ £.*'c simplicité primitiTea. Laissez les prêtres répéter leurs décrets '.'if ^t-'."' Z inutiles ; adressez-vous à Christ: entre Dieu et le pécheur, r ,^(!.<t*/-/'.(. il est le seul, l'unique intermédiaire : < Vous voulez être ' ^'' ^'J'^-'t'^justifiés et vous croyez y arriver k force de travaux, k force de soins, et voua suivez avec une piété méticuleuse toutes les cérémonies nouvelles. Christ n'est-il pas mort pour vos âmes? Vous n'avez rien do son esprit, voua avez des yeux pour ne point voir. Pleins de tremblement, vous exécutez la lettre de la loi, mais de la liberté vous ne savez rien, de la véritable liberté qui eat dans l'esprit du Sauveur et cependant toute la Sainte-Ecriture nous crie que le Seigneur, le Crucifié est le seul Rédempteur, qu'il suffit pour le salut de quiconque croit en lui ; que seul il est toute la foi, toute la sagesse du chrétien (1). >

L' Antéchrist paraît dominer, il est fier de sa puissance, il prétend ètrel'Églîse, alors qu'il n'en est que l'imitation cor< rompue et corruptrice. L'Église véritable, ce ne sont pas les évêques, les cardinaux et les prêtres, mais les fidèles, les élus prosternés devant Dieu. Fragile est la gloire des méchants ; les temps sont proches où l'Église chrétienne reparaîtra dans toute sa gloire, pure de tous les excès et de toutes les superfétationsqui voilentla splendeur de Dieu. Que personne ne recule dans ce combat suprême. Pour vaincre l'Antéchrist, quelessoldata de Jé3uss'adresaentauChri3t,qu'il3 demandent des armes k la Bible, des forces à la communion. Quel chemin parcouru depuis Waldhauaer ! Lejésuita Balbin peut encore revendiquer celui-ci comme un véritable et sincère catholique: oserait-il défendre Janow? Conrad et Mille ne sont que des précurseurs, Mathias est un réformateur. Il a trouvé les deux idées essentielles du protestantisme: l'Écriture, la seule règle de la foi; le Christ, le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il ne les a pas en^evues seulement dans une vague prescience, il les a développées, il en a tiré les conclusions les plus importantes : nous

(1) Jordan, p. 69. I>as lUgulce aovi «t Tetaiig TesUmenti, composées de 1388 à 139E ne se trouvent aulla part ea entier. Quelques parties ont £té par erreur atlribaét s ù Huss et publiées dans : Hi^t. et Monum. [lusaii. p. 473-

DiatizeabyGoQt^Ic

sommes aauTés par lagrAce ; à quoi bon dèa Ion les cérémonies extérieures, tes ornements entassés dans lea chapelles, les génuflexions devant les imafl^es, les reliques et les miracles qui servent plus & enrichir les prètrea qu'à, réveiller la foi? L'Égrlise du Christ, c'est la réunion des H^deatinéB^; qu'importent donc les dignités et les titres ? — Huss n'ira paa plus loin; pluaienrs fois même, sa conscience recalera devant les conclusions de Mathias. Inutile après cela de rechercher si Janow a le premier donné la communion so\i8 les deux espèces (l); quand bien même l'on prouverait qu'il ne s'est pas écarté sur ce point de la doctrine romaine, on n'en aurait paa moins le droit de l'appeler le père de l'Utraquîsme. Le | calice anx laïques, qu'est-ce autre chose que le symbole de; réalité du laïque et du prâtreï Et cette égalité n'est^lle paa contenue dans la nouvelle conception de l'ÉgUse que représente Janow?

Pour être le véritable chef de la révolution bohâme, il n'a manqué k Mathias que l'action extérieure. Ses traités, aussi remarquables par le charme du Btyle que par lavigueur de la pensée, étaient lus et admirés par tous les lettrés, les professeurs, les étudiants; mais, écrits en latin, ils n'arrivaient pas jusqu'à la foule, h cette partie de la population qui était pourtant la mieux préparée h accepter les idées nouvelles, parce que sa foi était plus ardente et plus naïve, son imagination plus violente, parce qu'elle soufltait aussi davantage des abus. Ce que Mille avùt commencé par la parole, Stitny le continua par le livre, il s'adressa aux Cèques, au peuple, il préparait des soldats aux chefe que formait Mathias.

Thomas de 5titny naquit en 1325 ou 1326, au chftteau de Stàtaj, situé k quelque distance de Zirovnice (Serowitz), dans la province qui forme aujourd'hui le cercle de Tabor. L'éducation qu'il reçut exerça sur son âme une action qui ne s'effitça jamais ; sa famille, de petite noblesse, avait repoussé toutes les innovationa étrangères, elle avait conservé le cuite des traditions cèques, de la langue nationale. L'enfance de Thomas s'écoula paisible et heureuse, sous l'œil de ses pa-

(1) Rokjeftaa t'affirma, aaua Stre lUmenti, ku concile i» Bftls (VoQ dcr Haidi, UI, p. 80), «t le» pkroleade Uathiu «embleat eoaQnner cette dé^anuloD .

Di3tizeabyG00»:^Ic

renta, de sa grrand'mère, « respectable aïeule, d'une Bimplicité vertueuse. > Il avait fait quelques études chez les Minorités de Jindrichov Hradec (Neuhaus), et fut attiré h Pragrueparl'ouverture des premiers cours de l'Université. La Bohâme avait soif de science, Stitny partagea le zèle des milliers d'étudiants qui accouraient&Prafnie; la philosophie, la théologrie, le droit canonique, les lîttératureB anciennes Bollicitaient à. la fois son esprit, mais il revenait toujours de préférence à la philosophie religieuse. Rappelé au ch&teau de Stftny par la mort de son père, il se maria à V&ge de trente ans, mais sa femme mourut jeune encore (entre 1SÔ4 et 1368). Cette épreuve causa à Thomas une profonde douleur, il conserva pieusement le souvenir attendri de cette vaillante mère « que la volonté divine avait retirée du monde. > II demanda des consolations à l'étude et partit pour Prague ; c'était le moment oii prêchait Milic. Dans la disposition d'esprit où se trouvait alors 5titny, il devait recevoir de ses discours une profonde impression; il s'attacha au prédicateur, devint son admirateur et son ami, et résolut de contribuer pour sa part à la réforme de l'Église et '. de la société. Ses premiers ouvrages furent composés avant la mort de Milic, etil ne cessa plus d'écrire jusqu'à l'heure où Dieu c l'appela àlui (vers 1400) (1). » Il venait très souvent à^.'Prague, y faisait d'assez longs séjours. La communauté d'opinions et d'espérances, sans doute aussi les tracasseries ■ qu'ils avaient à redouter, avaient rapproché tous ceux qiU

-ip ir L"«' i- J'"^ désiraient et prévoyaient l'approche de la Réforme. Au mi-

■'■* '''v'*^' "i\ 'lieu de ce cercle d'hommes vertueux et instruits, 5titny avait '4. ,' it f'a^jei^ bientôt conquisunesérieuse influence. Maisce n'était pas à

lu it i c'tT V * Prague seulement que ses traités étaient connus ; ils avaient

P Ci- It'ji. tSU /cUhienittt pénétré dans les châteaux, dans les campagnes. La

ci.fvj.i-cfu^ ^ 0*1 forme simple, claire et pittoresque, la fraîcheur des descrip- (ei r-tjon'>'-(\ w^ tions, un sentiment de La nature bien rare au moyen-âge, la vivacité ella grâce du style séduisaient et retenaient l'attention. Avec un pareil guide, aucun sentier n'est rude; l'âme s'élève doucement et sans fatigue aux considérations

(I) V. r«ic«ll«iit« biographie de Siitaj dans Jirecek, RukoTet k dcjinBni , Urfltnr; ctiki, II, p. £66,

DiatizeabyGoQt^Ic

lea plus hautes et aux vérités les plus sublimes. Aucun auteur bohème n'a écrit avec plus de variété et de charme ; le style n'est jamais chez lui que le voile transparent qui dessine tous les contours de la pensée, tour à tour élevé, familier et sublime. Ce n'est pas seulement un écrivain, c'est un homme ; même pour l'étranger, qui a toujours plus de peine h. comprendre les qualités littéraires, il n'est pas de lecture plus agréable que celle des Six Livres sur les questions générales de la religion (1) ou de la Doctrine chrétienne (2). S'il était permis de rapprocher deux hommes de tendances si opposées, je dirais que Stitny fait naturellement penser à notre Montaigne. C'est le même accueil cordial et bienveillant, la même tolérance humaine et large, la même bonté d'âme. On sort de la lecture de l'un comme de l'autre reposé et consolé. Avoir produit, avoir compris un pareil écrivain, quelle meilleure preuve pourrait-on demander des progrès de la civilisation en Bohême au XY* siècle.

Slitny pas plus que Mathias de Janov ne songe à se séparer de l'Église ; de plus, il n'a ni le même but ni les mêmes lecteurs que lui ; ce qu'il veut, c'est ramener les hommes au bien en leur faisant comprendre le véritable sens des ordres de la religion. C'est comme Milic un moraliste, mais avec une tout autre force de pensée ; il est moins emporté mais plus hardi, et à chaque ligne on peut reconn^tre en lui' le contemporain, l'ami de Janov, K'est-ce pas déjà une singulière audace que d'écrire en cèque des traités théologiques t Innovation bien autrement redoutable que celle de Milic ; c'est le dogme même qui est ici révélé h. tous. Tous les voiles sont déchirés ; les profanes contemplent î&ce h. face la vérité sainte. Toutes les institutions du moyen-âge sont ainsi attaquées l'uae après l'autre: Milic a pris b partie la hiérarchie, Janov le dogme, 5titny combat le système scientifique de l'Église. Comme Janov, il ne voit le salut que dans le retour au christianisme primitif ; à la tradition, il oppose la Bible.

(f) Tomue le 5tilD«h9 kaifk; nsterj o obMDjch Tccech kreai'aïukjcb (Mite par Erben, Pragas, 185S).

d) Thomy i Stitnébo kaib; naucanikreit'aask^b) {al. p:it Vi-t'alko, Pra pn,iS13.

DiatizeabyGoQt^Ic

CSomme Janov aussi, il bl&me les cérémonies multipliées, les œuvres extérieures, les pratiques d'une piété étroite et inutile : « L'Ecriture dit : Sans la foi, il est impossible de plaire & Dieu, comme il est impossible de construire une maison sans fondations ; qui veut avoir une maison solide, doit faire d'abord de solides fondations. Si un fruit mûrit, il le doit k la racine ; la racine n'est pas belle par elle-même, mais c'est d'elle que vient toute la beauté du ftuit et de l'arbre. Ainsi, sans la foi, rien ne sert au salut; sans la foi, rien n'est bon. C'est la fondation, la racine de tout bien ; sa beauté ne frappe pas les regards, mais sans elle il n'y a pas d'espérance, sans elle, il n'y a pas d'amour. »

Plusieurs fois les chefs du clergé essayèrent d'arrêter Stitnj, ils lui reprochèrent souvent avec amertume d'avilir la foi et de favoriser le développement de l'hérésie. Mais Stitny n'avait rien à craindre de leur colère. Pourquoi rougirais-je d'écrire en cèque pour mes compatriotes, leur répondait-il, moi qui sulscëqueY Croyez-vous que Dieu aime mieux le latÎD que le bohème. Les serpents peuvent mordre, disaitil encore, je porte des bûches au bon feu. Il put lui-même assister aux premières agitations de la révolution; déjà vieux, il avait gardé toute l'ardeur de sa jeunesse, il accueillit les doctrines nouvelles sur l'Eucharistie qui commençaient à se répandre dans l'Université, et il donnaaux jeunes gens qui semblaient ne plus attendre qu'un signal pour se précipiter à l'aasaut de l'Église le spectacle consolateur et sublime d'une vieillesse sereine et fidèle aux convictiona des premières années. De tous les réformateurs bohèmes, quelques-uns ont été plus audacieux, beaucoup ont été plus subtils raisonneurs ou plus énidits théologiens, aucun n'a été plus grand par le cœur et par l'esprit. Aucun aussin'a exercé sur les événements une influence plus profonde. Il a fait pour la Bohême entière ce que Mille avait fait pour Prague, réveillé les consciences, préparé l'armée de Hu89.

Janovet5tltnyont été les plus illustres représentantsduparU de la réforme, mais b. côté d'eux se pressait une légion de prédicateurs et d'écrivains qui se proposaient le même but et luttaient pour la même cause. Mathias de Krokov, Albert

Di3tizeabyG00»:^Ic

Engelschalk, Jean de Bor, Vaclav Rohle, Voytcch Ranko, Jean de St^kno, d'autres encore, apportaient à l'œuvre sainte l'appui de leur dévouement et de leur érudition. Les discussions de l'Université avaient répandu dana toutes les classes le goût dee études théologfiques ; la loi, qui avait imposé à tout bachelier le devoir de se consacrer deux ans & l'enseignement avant de se présenter au grade supérieur, avait rapidement élevé le niveau de l'instruction et formé des élèves anx réformateurs. Le nombre de leurs disciples grandissait chaque jour : les fidèles visitaient les églises, se pressaient aux sermons des prédicateurs les plus rigoristes, et cherchaient dans l'usage Arquent de la communion une force nouvelle contre le péché. En vain, les prêtres assez embarrassés d'une ardeur de piété, qui était k la fois un ennui et un reproche, voulaient-ils modérer cet élan vers Dieu. Ils doutaient de leur cause, et leur persécution timide ne servait qn'fa augmenter l'agitation. Le danger était d'autant plus redoutable queles ferments de révolution ne manquaient déj& pas en Bohême. La réforme religieuse allait amener une explosion que des causes diverses préparaient déjà depuis longtemps.

Quelques écrivains n'ont voulu voir dans la religion que le prétexte du Hussitisme, derrière lequel se cachaient des haines nationales ou des rivalités de caste. Rien n'est plus . ,

injuste: c'est « pour la liberté de la parole de Dieu » que J) '*"^\^rV Buss est mort et que ses disciples ont combattu; leur échec ,?, . ii[t,i,.f partiel ne change pas le caractère de la lutte qu'ils ont sou- yv. : . tenue. Mais s'il importe de ne pas attribuer une importance excessive aux causes secondaires qui ont facilité ou modifié le grand mouvement du XY' siècle, il faut aussi ne pas les oublier, car ce serait rendre impossible l'explication d'un grand nombre de faits. La révolution du XV' siècle ne fut pas seulement, comme l'ont prétendu quelques historiens, une revanche des Slaves, mais comment n'y retrouverait-on pas la trace de cette haine de l'Allemagne qui est le trait {o iq. i r f£ principal de la vie du peuple bohème? La foi nouvelle et la nationalité cèque se confondirent, le calice fut un symbole national non moins qu'un symbole religieux, et si, de nos

DiatizeabyGoQt^Ic

jours encore, il n'est paa un Slave qui ne prononce avec respect les noms de Zizka ou de Georges de Podebrad, c'est cLVix^i-ci^, ..... qu'en triomphant de l'Église, ils vainquirent la Gennanie. " ^ fi-i-.-v. tti^^ C'çgt làd'ailleursunfaithistoriqueuniverseUle momentoù '^^*^^ ■ t!^ '^ les peuples prennent conscience d'eux-mêmes estmarqué par &» j!^t jgg révoltes contre l'autorité pontificale. Au lendemain de

J la cliute de l'empire romain, les papes avaient été noa-seu-

^'ctj^tZcK^ f"^, lement les représentants les plus élevés de la civilisation, e-lctC/ t ty«t?c . mais les gardiens de l'unité européenne. Ils avaient établi i^it^iiUt, c^-f ii ^iu< surtout le monde chrétien un système décentralisation dont t(^' ' L 0 \i «Ji» ^^^ Aasi^ les temps modernes ne peut nous donner une idée.

' ' Les évéques et les prêtres, soumis toujours plus étroitement

À la cour romaine, étaient chargés de maintenir et d'administrer cet immense empire. Mais, peu à peu, les différences apparurent, les langues se formèrent, les littératures commencèrent, le sentiment national se développa. Le premier effort de ces individualités nouvelles devait être dirigé contre l'unité abstraite et le système de centralisation excessive 0 qu'avait accepté leur enfance, mais gui arrêtait leur déve- '' loppement. Nulle part seulement l'explosion ne fut aussi miTéntë qu'en Bohême, parce que nulle part le patriotisme n'était aussi surexcité. En se soulevant contre Rome, les autres nations n'eurent d'ailleurs h, combattre qu'une puisstuice spirituelle et morale : les Cèques furent en présence non pas d'une autorité lointaineet idéale, mais d'une nation ennemie qu'ils combattaient depuis dix siècles. Ce qui n'était ailleurs qu'une revendication générale des jjroits de chaque C ev"^ ■'vuAj^i^''''--^M peuple devint ici la guerre de^eux rac^ , ^'^ '/ •' ' ' ' € C'est un des grands malheurs de l'Allemagne, a dit un écrivain contemporain, que la Bohême, le cœur de la Ger^ manie, soit tombée entre les mains des Slaves » (1). Les Allemands ne négligèrent rien du moins pour réparer cette erreur de la fortune, mais ils furent moins heureux sur l'Elbe supérieur que dans la vallée inférieure du Seuve. Plusieurs fois sans doute leurs armées victorieuses se répandirent en Bohême, et plus d'un prince cèque reconnut la

(I) FreyUg, Bildar «ui der denUchen A'«rgang«nhoit, I, p. 36.

DiatizeabyGoQt^Ic

suzeraineté' impériale; mais ces défaillances des Cèques fu* reotde courte durée. Ces défaites n'afhiblirent jamais leur courage et n'épuisèrent pas leur dévouement; la lutte plusieurs fois séculaire se termina par leur triomphe définitif. La bulle d'or de 1356, qui est restée une loi fondamentale de l'Empire germanique jusqu'au moment où il a disparu, résolut au profit de la Bohême toutes les questions en litige. Absolument indépendante et souveraine, elle s'administrait en toute liberté, sans qu'aucun prince étrangler eût le droit d'y exercer la moindre autorité législative, administrative ou judiciaire. Le seul succès décisif, qu'eût paru avoir remporté l'Allemagne, l'avènement au trône de S. Vaclav de la dynastie des Luxembourgs, se retournait contre elle. La Bohême avait bientôt conquis les princes étrangers que le hasard lui avait donnés pour rois et l'Empire, afeibli, dé- Borgîmisé, trahi par ses propres chefs, semblait n'avoir ni l'intention, ni la force de poursuivre la lutte.

L'armistice dura près d'un siècle. Comment ce long intervalle ne sufStril pas k adoucir les haines et & calmer les passions? Victorieux, BÛrs de n'avoir à redouter aucune nouvelle attaque, peu disposés h prendre l'offensive, comment les Cèques ne revinrent-ils pas à des sentiments plus pacifiques? C'est que la paix n'était qu'apparente: la Bohème était menacée par une invasion lente, insensible, d'autant plus dangereuse. En comparaison de ce péril, l'attaque en quelque sorte extérieure des empereurs n'était plus qu'une diversion sans importance; il ne s'agissait plus seulement ici de l'autonomie et de l'indépendance du royaume, mais de l'existence même de la nation. Les soldats allemands avaient été refoulés en désordre: les colons s'avançaient pour reprendre leur œuvre, en lignes interminables, assez nombreux pour ne paa compter leurs morts. Ici la bataille est de tous les jours ; ni trêve ni repos ; les deux races le sentent, il faut qu'une d'elles disparaisse. Dans ces rivalités de village à village, de paysan à paysan se sont véritablement éveillées ces haines nationales dont les guerres politiques n'expliquent ui la violence ni surtout la durée. Dés le X* et le XI* siècle, la Bohême avait perdu quel-

DiatizeabyGoQt^Ic

ques-ons de ses postes arancéâ, ainsi le territoire de Cheb (Eger) qui est alletnand depuis cette époque, maifl le péril ne devint sérieux qu'à la fin du XII' et au commeDcemeut du XJII* siècle, au moment de la foudatioa des monastères et de l'arrivée de milliers il'3 paysans que les religieux amenaientà leur suite. Lesdemiurs Premjslides, Vaclav I" (1228- 12&3). Otakar H (1253-1278) et Vaclav II (12S3-1305), mus par une pensée d'ambition ou d'intérêt, favorisèrent l'éta^blissemeat de colonies rurales, ea même temps que sous leur protection ae formaitune nouvelle classesociale. la bourgeoisie, qui ne reconnaissait d'autre droit que le droit allemand et devenait un élément très actif de germanisation. Au XIV siècle, les Cèques sont entourés presque de tous les côtés et conune assiégés par les Allemands. Non seulement tout le pays compris entre Cheb, Kynzwart et Andelski Hora, mais le versant intérieur des monts Métalliques, des monts des Géants et de la Sumava est peuplé d'étrangers. Les districts de Prisecnice, Chomùtov, Eânîgstein, Ghribska, Libérée, Zaclér, Broumov sont allemands. Vers l'Ouest, la ligne est interrompue, mais les Allemands tiennent une importante enclave qui dépasse Jihl&va et atteint Nemeclgr Brod. Dans le margraviat, ils occupent les deux rives de la Dyja (Thaya) et les territoires d'Opava, Olomâc et Bmo. Toutes les villes enfin sont allemandes : la liourgeoisie ne comprend pas le cèque ; là même où l'on parle encore le bobême, il se mêle d'éléments étrangers, et semble ne devoir plus être bientôt qu'une sorte de patois. Le Cèque « est exilé dans sa propre patrie > ; ceux qui restent fidèles aux coutumes nationales prévoient avec tristesse la fin prochaine de leur race: les rois, disent-ils, ont le plan arrêté de détruire les Slaves pour assurer la domination des Allemands.

Le peuple, les paysans avaient deviné aussitôt et comme d'instinct les périls de cette infiltration germanique, mais

' leur opposition isolée était impuissante ; au moment oii ie danger était le plus menaçant, ils trouvèrent des alliés et

'~'des chefs dans les seigneurs chez qui l'ambition menacée réveilla le sentiment national. Une œuvre littéraire, la célè^

DiatizeabyGoQt^Ic

tre chronique de Dalimil (1) fut comme le signal de ce réveil patriotique des esprits et la lutte reprit dès loni avec une telle énergie que malgré l'aTènement au tr6ue des Luxembourgs, les Allemands s'arrêtèrent et bieulAt reculèrent. Les villes, ces forteresses de roccupation étrangère, furent envahies par les Slaves: les pauvres, les ouvriers parlaient bohème et supportaient avec impatience la domination d'une race détestée. Hors des villes, les classes supérieures revinrent aux anciennes traditions et la littérature témoigna de l'activité dea esprits. Le siècle qui avait commencé avec Dalimil finissait avec Stitny. Mais ces progrès mêmes ne faisaient que rendre plus douloureuses les pertes qui n'étaient pas encore réparées. Les Allemands de leur côté ne se résignaient pas à leur défaite. La fondation de l'Université, en attirant à Prague un grand nombre d'étudiants étrangers, releva leurs espérances. Leurs prétentions, un moment contenues par Charles IV, ee dévoilèrent de nouveau. Orgueil funeste et illiuion dangereuse ! Le peuple cèque était prêt au combat. La latte engagée dans l'Universite eut son contre-coup dans le pays tout entier et d'un bout b. l'autre du royaume retentit de nouveau le cri de guerre qu'avait jeté Dalimil : Mort aux__ Allemands. Dans la guerre des Hussites, la nation prit sa revanche de longs siècles d'oppression et rendit k la Bohème la Bohême presque tout entière.

Dans la bataille décisive qui allait s'engager, toutes les classes ne montrèrent pas la même ardeur ni la même foi: si les paysans et les chevaliers apportèrent k la défense de la religion nationale un dévouement qui ne recula devant aucun sacrifice et que ne refroidit aucun échec, les nobles les plus paissants et les plus riches ne mirent au service du Hussitisme qu'un appui conditionnel et timide. Comment expliquer cet enthousiasme des habitants des campagnes, d'ordi>naire si difficiles h ébranler? — Cette influence de la petite noblesse? — Ces hésitations des seigneurs? D'où viennent des divergences qui s'accentuent peu à peu et empêchent la

(1) Composé* de 1308 ù 1311. Sur Dalimil, eoD«iil(«r Job. Jincek, nikovet' k (Ujinam litentury CMkè do konce XVIII reku (Uannel pour l'hiatoiro d« U UtUrMoiw baMne jatqu'à U fin du XYIII* liAcle). Pragno 18W.

DiatizeabyGoQt^Ic

victoire définitive de la révolution? Pourquoi ces années, toujours unies contre l'étrangrer, se diviaent-elles dès que le péril extérieur est écarté? C'est que, à côté des questions na* tionale et religieuse, d'autres se débattent et séparent ceux que réunissent le culte et la langue. L'homme ne vit pas de pain seulement, a dit l'Évang'ile, mais il ne vit pas non plus seulement de la parole de Dieu : la haine, l'ambition, la cupidité, les désirs légitimes de liberté et d'afi&anchissement ont eu sur la Réforme bohème, sa naissance, ses progrès et sa décadence une influence d'autant plus grande qu'elle s'est exercée, pour ainsi dire, d'une façon inconsciente, à l'insu des combattante. Luttes des nobles et des manants, des riches et des pauvres, étemelles questions toujours débattues 1 Elles existent au fond de toutes les agitations populaires, mais prennent des caractères différents suivant les temps et les lieux; en Bohême, au XV" siècle, elles se dissi- . mulent sous les querelles théologiques. Qui dira que l'es-

rf ^ 6 />LM.(£ Ç pérance de mettre la main sur les biens du clergé ou le désir Jîtwv' — cf M ca de diminuer l'autorité du prince n'ont eu aucune part sur la in (Ta <^ -^ft-t. > résolution des nobles qui ont pris parti pour la Réforme? Les lu '- o V f'ffw!^ paysans se seraient-ils montrés aussi ardents à s'enrôler sous iu ■■■•■ - ■^les drapeaux de Zizks. et de Procope, s'ils n'eussent attendu

ffitii^ »c-u •*■ . de l'insurrection l'indépendance politique en même temps e c.yeot^'^"'' que la liberté religieuse ï (1)

' Mais quoi! ont dit certains historiens, le peuple n'était-il

{1} La rôle que joaenl enBohâme nu XV' tiède les questions natioDalre et politique* na permattent pas plui dd mâcoonnitre le canictùre surtont religieux de la reforma hussils que Luaiirpaliou dea biens ecclésiastiques par les f princes allemands et les rèroltes des rhevaliers, des paysans et des anabap-

lialB» n'aolorUenl à voir dans lu Rérorme de Luther une œurro puracrcyi o*M^ O^^ mont politique et sociale. Lea paasions humaines ont un râla dans toutes les

" transformations religieuses, mais elles se cachent, se présentent soua une

forme dogmatique et thàologiquB. Il serait injuale de voir d.ios ce fait la ,,«'■' '-moindre hypocrisie. C'est un phénomène moral analogue au phénomène "^ -qA'"''^ ■ ■ l" physiologique qu'a signalé Thucydide lors de la peaie d'Athènes et qui a "'"' C) ''**' ^'^ cj3aataté souvent au momcol dei épidémies : toutes les maladies dispa-

;. Q ^'^ ~{ùi ' raissent et on ne meurt plus que de la poste. En réalité, lea autres maladies

' ^Vi ' n'ont pas cessé d'agir, mais eîlea sont accompagnées des sympldraes du fléau

dominant. De même lorsque la fièvre religieuse, la passion théologique domine l«s esprits, toutes lea aulrea pastiona, bien que très ardentes, semblent . ae confondre en elle et l'observateur impartial en conaiate l'influence, sans re|>rocher à cens qn'eUea ont bit agir uno hypoeriaie qui n'était pu voulne.

DiatizeabyGoQt^Ic

pas libre? Contre quelle servitude avait-il h se révolter? Prenez les ordonnances, les règlements administratifs : où trouves- vous trace d'oppression?

La liberté et l'égalité avaient été longtemps en effet les traita distinctifs de la société slave et les lois rappelaient souvent encore l'ancien ordre de choses ; mais elles avaient cessé d'être une vérité : le droit étaiteu contradiction avec le fait. Le jurisconsulte disait : liberté, le seigneur répondait : servage. C'est unesombreépoquequeleXIV siècle, en Bohômecomme dans tout le reste del'Kurope. La féodalité devient de plus eu plus oppressive, les taxes pins lourdes, les corvées plus nombreuses. Ne faut-il pas que le seigneur paraisse à la cour, rivalise de luxe avec les chevaliers étrangers, entretienne par des présents le dévouement de ses serviteurs et de ses vassaux ? Pourquoi ménager le paysan ? < Le manant est comme le saule ; plus souvent on l'écorche, plus épaisse est l'écorce dont il se recouvre » (l). A qui réclamer justice? Le seigneur n'est-il pas juge? Dans les cas même qui dépassent la compétence des justices patrimoniales, le paysan n'échappe paa à son maître : les nobles seuls peuvent être grands échevins, correcteurs des provinces, popravci. Qui a la puissance a le droit, dit un proverbe du XIV siècle. A qui s'adresser, dît Kunes, quand le même est juge et partie (3).

Le colon n'est plus le maître de son champ : Stitny, qui condamne si courageusement tous les abua, n'ose pas se prononcer ouvertement contre les déshérences. Le nombre est toujours plus grand, dit un poSte contemporain, de ceux qui violent le septième commandement, s'approprient contre toute justice des biens qui ne leur appartiennent pas et s'achètent ainsi l'enfer. La loi de Charles lY reconnaît au moins à tout homme le droit de quitter la terre qu'il cultive : cette dernière liberté même est bientôt restreinte, rendue presque illusoire par les formalités dont on l'eutoure, puis formellement contestée. Dès 1380, la diète de Moravie défend de donner asile à tout paysan qui n'est pas nanti d'une lettre

(1) Sâtaj (VjUor, p. 719).

(2) Célèbre diiaerlalion du chnnoÎDe Kuiief (Uua. ie la biblioUi. de Pragve}. PragnwDia puMUa pn Hôller et Vocel.

DiatizeabyGoQt^Ic

de libération régulière et signée et ordonne de rendre les fugitifs à leurs véritables possesseurs. Chaque jour le Cèque se sent ainsi peu à peu poussé vers uu esclavag-e d'autant plus odieux qu'il ne s'est développé que sous l'influence étrangère ; on se résigne & une servitude légale ; mais pour lui, la liberté n'est pas seulement l'idéal, elle est aussi le souvenir, presque toujours encore elle est le droit. Le serf n'essaierar-t-ll pas une dernière fois de résister? Le moment est décisif: attendra-t-il que la loi se retourne contre lui, que la révolution juridique qui commence soit terminée* .^r-'^'^stera-Ml sourdà l'appel du réformateur: « Au commen-l ;J^ ''"'[cernent, il n'y avait pas de seigneurs, mais tous les hommes/

^étaient égaux » (1). >^ *■ ' y Toute insurrection eût été condamnée à un échec inévitable ' J.1- si le peuple n'eût trouvé des alliés et des chefs parmi les no- '' ) blés eux-mêmes. La distinction fort ancienne des seigneurs et des chevaliers, des Lèches et desVladyques, s'était accentuée, et la différence s'était marquée toujours plus précise et plus profonde entre les deux classes de nobles, à mesure qu'augmentaient les privilèges de l'aristocratie. Les Vladykes avaient été insensiblement réduits à une position un peu subordonnée et ild supportaient avec une haineuse jalousie les prérogatives et l'insolence des grands officiers ou des plus riches propriétaires. Il est impossible sans doute de constater en Bohême l'existence de ces grandes ligues de chevaliers qui s'organisèrent è. diverses époques en Allemagne et ne menacèrent pas moins les privilèges de la haute noblesse que l'indépendance des villes ; & la fin de la guerre des Hussites seulement, la rivalité des deux classes féodales prend im caractère précis, une forme concrète et la lutte s'engage à propos du droit de siéger dans le tribunal suprême ; mais un grand nombre de faits prouvent que cette rivalité existait déjà depuis de longues années. Dans les guerre civiles du règne do Vaclav, par exemple, les chevaliers prennent parti pour le roi contre les nobles. Plus rapprochés des paysans au milieu desquels ils vivaient, assez

(i) Stitnj, Vjbor, p. 71».

Di3tizeabyG00»:^Ic

riches pour exercer uue grande influence sans l'être assez pour exciter l'envie, rebelles aux inspirations germaniques et fidèles aux anciennes traditions, intrépides et habitués au métier des armes, ils se jetèrent dans l'insurrection sans hésitation et lui fournirent quelques-uns de ses chefs, les plus déterminés.

Cette alliance des paysans et des chevaliers inquiéta les nobles : allaient-ils perdre en un jour de révolution les prérogatives qu'ils avaient mis quatre siècles à conquérir? AUaient-îls eux-mêmes aider au triomphe de leurs adversaires ou de leurs rivaux î Beaucoup reculèrent : favorables d'abord à la Réforme, il3 rabandonn^rgnt, dès qu'ils en\^,^,;. entrevirent les conséquences possibles ; ils se rallièrent à Sîgîsmond, décidés seulement à. se faire payer cher leurs services. Chez d'autres cependant, la conviction religieuse, la haine de l'étranger furent plus fortes que la peur : d'ail- (, leurs, n'avaient>-ils eux-mêmes rien à gagner^ à un bouleversement 1 Le développement de la féodalité n'avait pas été ■ moins funeste à la royauté qu'au peuple et les nobles avaient paru plusieurs fois sur le point de réaliser leur rêve, la transformation de la monarchie héréditaire en une république oligarchique. Ils n'étaientpas satis&its cependant : il ne leur sufSsait pas d'avoir soumis le roi à la surveillance tuute puissante de la diète, qu'ils dominaient. Ils voulaient donner aux États la direction même des affaires. Ils y réussirent un moment sous le règne de Vaclav IV, mais leurs divisions permirent au roi de reconquérir une partie de sa puissance. Ne pouvaient-ils pas espérer trouver dans le mouvement qui commençait une occasion de réparer leur échec partiel?

Au moyen-âge, l'autorité est étroitement liée à la propriété : la défaite de la royauté ne serait définitive que lorsqu'elle serait dépouillée de ses plus riches domaines ; les seigneurs avaient commencé leur fortune en confisquant les biens des tribus («upy) et des familles (zadrugy) ; ils cherchaient maintenant à l'augmenter aux dépens de la couronne. Ils avaient profité habilement des désordres qui avaient précédé l'avènement de Jean ou de la faiblesse de ce prince. < A notre arrivée, dit Charles IV, nous avons trouvé le pays dans

DiatizeabyGoQt^Ic

un tel état d'abandou qu'il u'y avait p.Ls un seul château de libre > (1). Il parvint à faire restituer la plupart des domaines usurpés. C'était ime partie a recommencer. Quelle meilleure occasion qu'une Douvelle guerre civile? Et encore les châteaux royaux étaient-ils moins riches et moins nombreux que les terres d'ég-Use qu'on allait séculariser, au nom de la Réforme. Quels scrupules auraient pu résister & l'espérance d'abaisser et de ruiner b jamais la royauté, de S3 débarrasser des deux seuls ennemis que redoutassent encore les nobles, le clergé et la bourgeoisie? Résolution dangereuse : les seigneurs peuvent disparaître au milieu de leur triomphe, submergés par le flot populaire ; ils le sentent, la révolution est menaçante pour leurs prérogatives, non moins que favorable à leur ambition ; ils se défient de leurs alliés plus qu'ils ne redoutent leurs ennemis : de Ib. leurs incertitudes, leurs négociations, leurs défections multiples, jusqu'au moment od ils restent maîtres du champ de bataUle, victorieux & la fois du roi et de la plèbe. "z^rjf = Pendant que les motifsles plus divers décidaient ainsi le

peuple et la noblesse à prendre parti pour la Réforme, une autre classe de la nation semblait devoir être absolument hostile au mouvement, c'était la bourgeoisie ; des causes fort nombreuses faisaient en effet des bourgeois les adversaires naturels du Hussitlsme ; .allemands d'origine, de traditions r \-' " v f. '/■-! , et de langue, ils assistaient avec une méfiance craintive à ! •iiiV.iici:-t\' .> -, cette levée de boucliers contre l'étranger ; protégés parle '■■M Mfi. o('!<r>Vii»j. roi, ils redoutaient le triomphe des' seigneurs qu'ils combattaient depuis des siècles ; leurs privilèges les mettaient à l'abri des abus et des vexations : aussi ne nourrissaient-ils pas contre les nobles cette haine farouche des paysans qu'expliquent plusieurs siècles d'oppression et ne désiraient-ils pas la ruine de la société féodale, au milieu de laquelle ils avaient eu se faire une place ; enrichis par l'industrie et le commerce, ils avaient besoin d'ordre et de paix et maudis* saieut les fauteurs d'hérésies qui compromettaient au dehors la renommée du nom bohème, et rendaient les relations et

(1) cil. IV. Aulobiogr.i|ibii>, ch. 6.

DiatizeabyGoQt^Ic

les vùyiges difficiles. lU souffraient peu des abus du elerg:é, et leur foi, moins vive peut-être que celle des paysans, acceptait les hommes tels qu'ils sont et les prêtres tels qu'ils étaient. Tout faisait donc ainsi pressentir l'opposition de la bourgeoisie: opposition redoutable! Populeuses, enrichies par le commerce et l'industrie, étroitement unies par les souvenirs, les coutumes et les intérêts, les villes avaient plusieurs fois bravé derrière leurs murailles l'impuissante colère des nobles. Un prince n'est maître du pays que si elles reconnaissent son autorité et deux fois leur alliance permet à Vaclav de reconquérir le pouvoir. Si elles sont unanimes à repousser les nouvelles doctrines, la Révolution sera arrêtée dès les premiers jours, ou plutôt même ue commencera pas. Mais des sjmaptômes g-raves révèlent déjà des germes de division qui vont sin^lièrement affaiblir la bourgeoisie ea faisant de quelques-unes des cités les plus influentes les foyers les plus ardents de l'insurrection ,

Les Allemands n'avaient pas pu fermer complètement aux Cèques les portes des villes ; un grand nombre de Bohèmes étaient accourus et sous le règ^ie de Charles IV, dans la plupart des cités royales, les Slaves formaient une importante partie de la population. En g-énéral cependant, ils étaient tenus dans une position dépendante, exclus des fonctions publiques ; l'administration de la commune restait le privilège des plus riches et des plus anciennes familles : de là des jalousies, des rivalités de classes qui s'ajoutèrent aux haines nationales et les envenimèrent ; les paroles de liberté et d'égalité des réformateurs ne trouvèrent pas moins d'écho parmi les ouvriers que parmi les paysans. Dès le début, la lutte s'engagea entre la bourgeoisie hostile aux novateurs et le petit peuple plein d'enthousiasme pour les idées réfor^ matrices; 1& où la bourgeoisie triompha, le catholicisme resta dominant ; 1& où les ouvriers l'emportèrent, le Hussitisme fut accepté. Aucune de ces victoires n'eut de plus graves conséquences que celles que les réformateurs remportèrent k Prague.

Elle était alors arrivée à l'apogée de sa grandeur (1), et

{l)VdiràlaftQda Tolnmf. Eclnirciscemonti, 1, Prague il la Un du XI V s.

DiatizeabyGoQt^Ic

elle mit au service de la Révolution rimmense influeDce politique et morale qu'exerce dans tout pays une capitale g:raQde par la richesse, le nombre de ses habitants, le mouvement commercial et intellectuel, les services passés. L'adhésion de Pragn^e au mouvement désorganisa le parti de la résistance, lui enleva, au moment même du danger, sa principale forteresse, l'allié sur lequel il comptait le plus. Bien des symptômes cependant auraient dû l'avertir du péril d'une défection qui se préparait depuis des siècles. Prague se lassait de n'être que la première des cités royales et aspirait à devenir la véritable capitale de la nation tout entière. Fondée par des colons allemiinds, en ce moment encore pouvant être considérée comme la capitale de l'Empire, elle avait cessé d'être allemande ; de ses cent mille habitants, plus des deux tiers étaient slaves et supportaient avec impatience la domination de la bourgeoisie étrangère qui avait conservé la possession exclusive des fonctions publiques et de l'administration. L'irritation était surtout vive dans la Nouvelle-Ville, la cité que Charles IV avait fondée et où les ouvriers, les C'èques étaient particulièrement nombreux, tandis que la Vieille -Ville, le Staré Mesto, était restée l'asile de la bourgeoisie allemande et conservatrice. Auralt^lle pu arrêter un élan national universel, et soutenir avec quelque chance de succès la lutte inégale dans laquelle^elle avait contre elle non-seulement le pays tout entier, mais deux des communes de Prague, le Nové M«Bto et la Mala Strana, et un grand nombre de ses propres citoyens ? Elle ne l'essaya même pas. Ce ne fut que plus tard que des résistances se firent jour, et les luttes qui résultèrentdel'opposition de la Nouvelle et de la VieiUe- Yille ne furent pas un des épisodes les moins curieax de l'histoire du Hussitisme ; mais au début l'impulsion fut si violente qu'elle entri^na tous les esprits. Prague, malgré ses incertitudes, resta jusqu'àlafln la capitale du Hussitisme : d'autres villes jouèrent dans l'insurrection un rôle aussi actif, elles furent quelquefois la capitale d'une fraction du parti, le parti tout entier n'en voulut jamais d'autre que Prague. Et ce n'était qu'un juste sentiment de reconnaîs-

DiatizeabyGoQt^Ic

sance pour la ^ille qui avaU sacrifié à la Réforme ses craintes, ses traditions et ses intérêts et avait ainsi assuré le triomphe de la Révolution.

Lorsque la Bohême accepta fièrement la guerre contre la papauté, lorsqu'on la vit faire litière d'une fidélité catholique dont elle avait été jusque-là si fîère, déti^uire de ses propres mains les couvents et les cathédrales que pendant plusieurs siècles elle avait mis un soin pieux k élever et à enrichir, appeler le monde à la révolte et à l'insurrection, les contemporains furent saisis d'une horrible terreur. Ils avaient en face d'eux un phénomène qu'ils ne s'expliquaient pas. Quelle folie subite s'était emparée de ces hommes? Quels démons entraînaient ces forcenés? Nous savons maintenant pourquoi, au milieu de l'Europe abritée tout entière par les premiers tressaillements de la Réforme, ce fut ce petit peuple cèquequi donna le sl^al. Les motifs de mécontentement et de conflit ne manquaient pas : haine des Slaves et des Allemands, ambition desseigneurs, oppression des paysans, mécontentement des chevaliers, rivalités de villes, de classes, de nationalités; à toutes ces causes, la Réforme religieuse ajouta un mobile nouveau, plus fort que tous les autrea. Convertie au christianisme par des apôtres grecs et lon^mpsfidèle aux. traditions orientales, traversée par diverses sectes hérétiques, la Bohême avait gurdé dans sa piété des tendances secrètes à l'opposition : sa foi trop ardente ne reculait pas devant le schisme. Le zèle catholique de Charles IV fut funeste h l'Église ; les prédicateurs qu'il attira et qu'il encouragea, donnèrent le signal d'alarme ; le peuple tout entier soulevé par leur éloquence, surexcité par leur audace, n'eut plus qu'une pensée, la Réforme, au travers de laquelle il entrevit une complète rénovation sociale. Dans cette fièvre religieuse, se confondirent et disparurent les désirs les plus opposés et les aspirations les plus vagues.. L'Église était l'Antéchrist, le mal qu'il fallait détruire, et sa chute devait être le signal d'une ère nouvelle.

DiatizeabyGoQt^lc

DijlizeObïGoO<^lc

PliEMIÈRE PARTIE

Page 1