L'UNIVERSITÉ DE PRA&UE
L'Université et le parti de la Réforme. — Husa. — Wiellf et les discussions philosopliiques. — Les luttes nationales : les Allemands quittent l'Université.
Quelque grande qu'eût été l'action de Conrad Waldbauaer, de Mille de Komerùe et de Mathias de Jauov, et bien que le clergé et l'empereur eussent été plusieurs fois effrayés de leur audace et de l'ag^itation qu'avaient provoquée leurs discours ou leurs écrits, malgré le mécontentement de diverses classes de la nation et l'inquiétude g'énérale, il est possilile que le calme fût peu h peu revenu dans les esprits et que toute crise violente eût été évitée, si les événements n'avaient rendu de plus en plus évidente la nécessité d'une réforme religieuae. Le g:rand schisme durait toujours ; toutes les tentatives de conciliation avaient échoué, et les peuples ftottaient, incertains, des papes de Rome aux papes d'Avignon, ne sachant où trouver l'autorité légitime, au milieu des excommunications et des interdits qui se croisaient. Que devenait i'Èglise, lorsque ses premiers dignitaires, oublieux de la doctrine du Sauveur, semblaient n'avoir d'autre désir que la ruine de leurs rivaux, et d'autre ambition que la libre disposition des immenses richesses du clergé ? Au milieu de ces dissensions et des innombrables abus qui en résultaient, comment les fidèles n'auraient-ils pas cherché hors des voies ordinaires la vérité et le salut, appelé d'autres chefs à la place des gouverneurs incapables ou perdus de vices qui
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abandonnaient sans remords leurs sujets, pour ne song^er qu'à leurs intérêts mesquins ou à leurs passions coupables? La cbrétienté avait perdu ses ^ides, les Universités furent appelées du consentement de tous k exercer l'intérim de la Papauté, et elles prirent en main la cause de la Réforme que les pontifes ne pouvaient ni ne voulaient accomplir.
Les trois plus célèbres et plus puissantes universités étaient alors celles d'Oxford, de Paris et de PragTie, Affeiblie par la tentative prématurée de Wiclif, devenue suspecte et vag^uement soupçonnée d'bérésie, paralysée dans son action par sa situation excentrique et les troubles politiques qui agitèrent l'Angleterre à la fin du XIV* siècle, Oxford ne joua pas à cette époque un rôle proportionnel au nombre de ses élèves et à son activité littéraire, Prague et Paris restèrent en présence, L'Université de Paris mit dans son action plus de réserve et de prudence, celle de Prague plus de passion et d'audace. Il semble que l'une ait surtout chercbé h. ne pas compromettre l'autorité de l'Église aux destinées de laquelle étaient liées ses propres destinées, que l'autre, emportée par la conviction ardente des abus et des réformes indispensables, n'ait pas reculé devant l'idée d'une révolution ; celle-là resta respectueuse dans son opposition, celle-ci n'hésita pas àrompre avec l'Église pour la transformer. S'il était permis de comparer ces grandes corporations à des êtres vivants et personnels, on pourrait dire que Prague eut toute là fougue souvent imprudente de la jeunesse, Paris la circonspection quelquefois un peu timide et hésitante de l'âge mûr. D'accord sur le but à atteindre, les deux universités se divisèrent sur les moyens d'y arriver: malheureusement, ces divergences, en réalité purement extérieures, s'envenimèrent bientôt assez pour faire oublier l'union véritable et amenèrent une des luttes les plus mémorables et les plus funestes de l'histoire: qui sait si l'alliance de Prague et de Paris, de Huss et de Gerson n'eût pas complètement changé la marche des événements 1 L'intei-vention de l'Université allait imprimer au nouveau mouvement réformateur bohème un caractère tout particulier et le distinguer nettement des effbrts qui l'avaient précédé, et qui l'expliquent en grande partie.
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L'entrée en scène de l'Université eut d'abord pour résultat de donner aux réformateurs une autorité qu'ils n'auraient jamais eue sans cela. Quelque admirables que soient le courage et l'enthousiasme d'un homme, il sera le plus souvent impuissant s'il reste isolé. L'UniTersité donnait un centre à l'opposition, elle assurait aux prédicateurs un auditoire nom' breux et fidèle, facile à l'enthousiasme, et qui se dispersait ensuite pour aller répandre la bonne nouvelle jusque dans les provinces les plus éloignées ; ils étaient sûrs de trouver à côté d'eux des collaborateurs qui les éclairaient de leurs conseils, les appuyaient de leurs recherches, les encourageaient et les soutenaient, quand arrivaient les jours d'épreuves. De plus l'intervention de l'Université donnait, et c'était là le point important, une sanction officielle k ce qui n'aurait été saas elle qu'une tentative ou une imprudence personnelle ; elle lui prêtait quelque chose de la gravité et du caractère presque sacré qui s'attachaient à ses décisions. Les Universités n'avaient-elles pas été intimement liées au développement de la doctrine catholique ? N'était-ce pas à elle que revenait le soin de décider la vérité, de fixer les points controversés et douteuxï Conrad, Milic, Mathias étaient des orateurs pleins de véhémence et de feu, des écrivaius éloquents et convaincus, mais ils étaient hommes, sujets h l'erreur: leurs successeurs furent les représentants de la plus haute autorité scientifique et philosophique du moyen-âge. Il n'est pas permis de refaire l'histoire; on peut admettre cependant que si Hus8 eût, dès les premiers jours, été condamné et repoussé par rUoivereité, il aurait été bientôt réduit au sileiice et que son œuvre eût djspam, sans laisser de traces.
Une autre conséquence de la position que prit l'Université, fut de donner fa, la seconde période réformatrice un caractère un peu plus dogmatique. Malgré tous les efforts qu'on a faits pour convaincre d'hérésie Huss et ses disciples, il est certain que leur but fut surtout pratique et que, dans les questions de dogme, ils s'efforcèrent de rester fidèles à la doctrine catholique. Il était impossible cependant que des hommes qui apportaient dans les luttes religieuses la foi la plus vive et la plus soumise, mais aussi toute la subtilité des discussions
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de l'École ne fussent pas amenés, sans en avoir conscience et malgré qu'ils en eussent, à des conséquences plus ou moins éloignéesdeladoctrineorthodoxe.Desmystiqueâ, plus enthousiastes qu'éclairés, plus ivres de vertu que versés dans les connaissances canoniques, peuvent attaquer les abus d'une doctrine, sans remonter à la doctrine même ; des esprits plus cultivés, rompus à tous les procédés du raisonnement et joignant & la soif de la ^x^rité la connaissance des méthodes scientifiques, s'élèvent forcément des conséquences mauvaises aux causes qui les ont produites. Ils commencent par être Ij des prédicateurs moraux et finissent par être des novateurs l' en matière de foi. En vain se défendent-ils contre le courant qni les entraîne, le flot est plus fort que leur résistance et les emporte plus ou moins rapidement vers l'abîme. On le voit bien pour Huss : en vain se révolte-t-il contre lui-même et s'accroche-i^il avec désespoir aux croyances catholiques ; certaines de ses idées n'en sont pas moins en contradiction avec l'existence même de l'Ëglise romaine ; même sur le bûcher, il jure qu'iln'est pas hérétique, et il a raisondans un sens, mais il suffit pour le devenir de tirer les conséquences les plus évidentes des principes qu'il a posés.
Les ennemis de la Réforme cherchèrent h attirer leurs adversaires dans cette voie périlleuse : peu désireux de supprimer des abus dont ils profitaient, mais impuissants à. vaincre les réformateurs sur leur propre terrain, ils voulurent les compromettre sur les questions de foi, signalèrent avec indignation et épouvante des hérésies qui n'existaient encore qu'en germe (1) et contribuèrent h augmenter le péril, s'ils ne le créèrent pas, en attirant l'attention de ce côté. Mêlant adroitement les controverses philosophiques aux discus- 3ions,théologiques, ils arrivèrent k compromettre Huss fa force d'attaquer certains de ses auteurs favoris. Ils apportèrent dans la lutte une âpreté et nu acharnement que n'explique pas complètement l'importance désintérêts engagés etquel'onnepeut comprendre qu'en se rappelant le caractère universitaire qu'avait pris la querelle. Rien n'est plus propre
{l) Il eit âTÏdent qna cm germea ae laffiHnt ni à condunner ni à uciimt quelqu'un. La plupart d«« hiclorieD* oat connais ainû, suivant moi, une et-
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— AI — fa aigrir les esprits que ces combat» journaliers, où la victoire est plua éclatante et la défaite plus amère parce qu'elles ont pour témoins deârivaux de tous les jours et des élèves et oii l'amour-propre et la rancune se déguisent BOUS ce qu'il y a de plus noble au monde : l'amour de la vérité. Les partisLins/ q
de la Réforme répondirent trop souvent aussi à la calomnie ai e-cc^t .^ par l'insulte et à l'injustice parla violence, mais du mom^.^y 1^1-2 o"' c--^' ils n'attaquèrent jamais, se tinrent sur la défensive: leur,^^^'«^• chef, du reste, Huss, sut se grarder pur de tout excès. /
Aux querelles religieuses s'ajoutèrent bientôt les passions politiques et nationales : pou ^mployer le langage de l'épo- ^
que, on pourrait dire qu'elles leur servirent de substraj^tum. '■' Les nobles qui suivaient les leçons de Huss, de Stanislas de y Znojm, d'Etienne Palec, oubliaient-ils leurs anciennes rivalitésavec le clergé? Est-ce que le désir de l'égalité politique et civile n'enflammait pas le cœur des fils do pai^ana qui enteudaieut soutenir que la vertu est le seul fondement de l'autorité ? Enfin, comme le parti de la Réforme fiit près- - — ^^ que exclusivement représenté par des Cèques, tandis que ?:fif •*-";'■"■■ f ■" " lea Allemands étaient hostiles aux novateurs, les vieilles lut- .''■"■'ci'' -'if • tes nationales revêtirent une forme nouvelle, et en se trans- ^'' ■ ' ' )\ 'oiioW formant, reprirent urievivacité qni surprend après la période .^^iev'^^ ^ <^'<' précédente de calme apparent. Seulement, la question ^^'T/f^^i^x e^^-i " ' se décida plus comme autrefois sur les champs de bataille,,.^ ^ ^ re.Cyn''"*^ mais dans les salles de l'Université. ■ - '
Les espérances que Charles ÎV avait placées dans la fondation de l'Université avaient été dépassées ; quelques années à peine après sa création, elle était arrivée h. une prospérité inattendue : de 137âà 1380, époque de son plus grand éclat, elle compta en même temps près de 11,000 étudiants. La fondation des Universités de Cracovie (1363), de Vienne (1366), deHeidelberg(1386), de Cologne (1388), d'Erfurth (1392), diminua bien dans une certaine mesure le nombre des élèves, mais ces Universités n'eurent longtemps qu'une împortaoce provinciale. Prague resta le grand centre d'étude.'^
reuT trèi pKve, en conTondnnt le HusiitiBmâ et le Proteitaotisme. I<e Prolaa- Uitiinc, c'eft l'hérésie dévetoppée et avouée, le Hutsiliame, c'ett le sctùame iocoDKieDt et à peine indiqué Qe parle du huBsitiame k rod origine.^
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— iS — où i^e lencoDtniicat les mondes slave et gferiaaniqiie. L'activité intellectuelle répondait au nombre des étudiants. De 1367 & 1408, la Faculté des Arts reçoit 844 maîtres et 3.823 bucheliers{l).Il est jnste de remarquer qu'elle paraît avoir eu h elle seule un nombre d'élèves aussi considérable que les trois autres facultés réunies : cea chiffres expliquent cependant comment, dans les affaires du schisme, l'Université de Prague prit rang, mnlgré sa jeunesse, & c&té de celle de Paris.
La constitution de l'Université s'était formée leiitemoutet reposait sur la coutume plutôt que sur une ordonnauce spéciale. L'empereur Charles IV avait ordonné dans sa bulle de fondation que les maîtres 6t les étudiants jouiraient des mêmes libertés etdes mômes droits que ceux de Paris ou de Bologne ; mais les coutumes de ces deux universités étaient fort différentes. A Paris, la haute direction revenait aux théologiens ; h Bologne, aux juristes. Li, l'Université n'était composée réellement que par les maîtres ; ici, parles élèves, et les professeurs n'étaient guère que des employés soldés par eux. Il se produisit donc an début certaines incertitudes et certaines rivalités. Un moment aplanies, ces difficultés reparurent bientôt et, en 137;?, les juristes se séparèrent des autres étudiants et formèrent une université distincte (2) dont les destinées furent assez différentes de celles de l'autre. A la suite de cette scissiou, l'Université ne compta plus que trois facultés, celles des arts, de théologie et de médecine, dont chacune forma nue corporation indépendante et administra ses propres affaires. Les facultés rédigèrent seales les programmes.et la liberté la plus complète fut laissée aux professeurs. Las bacheliers cependant étaient soumis à quelques règles restrictives: certains sujets leur étaient interdits et ils étaient tenus de soumettre au doyen les leçons des maîtres de Parts ou d'Oxford, qu'ils voulaient dicter à leurs élè- . ves. Les maîtres ou docteurs choisissaient les sujets qui leur plaisaient et n'étaient obligés que de revoir avec uii soin
(l) Toraik, 0 iii-.U. lijf l'ra^or UuiveniLit, ;). 38 ut il. (t) Tomck, id. p. S6.
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coDscieDcietix les ouvrais étrangers qu'ils avaient l'intention de prendre pour base de leur ensei^ement (Ij. Cette liberté était une correction nécessaire au caractère trop exclusiTeinent relig^ieux de renseignement universitaire au moyen-âge, et elle fut sans doute une des principales causes de l'activité littéraire des facultés de Prague.
Le seul lien qui rattachât les facultés à l'Université était que personne n'avait le droit de se faire inscrire dans une faculté, s'il n'était d'abord membre de l'Univeraîié. L'Université comprenait quatre nations, les Cèques, les Saxons, les Bavarois et les Polonais (2). Lnn quatre nations se réunissaient deux fois par au, et chacune d'elles élisait un électeur : ces quatre électeurs eu désignaient sept autres, et ces sept, cinq nouveaux, qui nommaient le recteur (3). Cette division de l'Université en quatre nations assurait la prépondérance de l'élément germanique. En effet, la majorité dans la nation polonaise appartenait aux Allemands de Silé- &ie,de telle sorteque, dans toutes lesquestions, les Allemands disposaientdetroisvoixcontrela voix uniquedesCèques. Cette division répondait très bien à l'état primitif de l'Université qni devait ctro une institution européenne et non nationale, mais elle allait être vivement attaquée par ceux qu'irritaient le&préteutionsgermaniquesetquefrappaientmoinsles avantages qui résultaient des progrès de l'Université que les dangers que courait la nationalité cëque.
Les premières luttes nationales dans le ssin de l'Université
{!) Uonuin. histor. nniïera. Prag. (Prague tP30), I, p. 41 et 30.
(S) La nation bohème renfermait la Bohéma, la Uomrie et la Hongrie ; la Bararobe : la BaTière, l'Autrichs, la Souabe, la Francotiîa et lei pajs du RhÏD ; 1r Saionae ; la Munie, la Thurio^. le Danemarck «t la Suèdei la PolumÛEe : ta Pologne, la Lithuanie et La lluatîe.
($ A l'origioe, le pouvoir législatif apparUiaait ii l'IIniiersil tout entîèri», (Congregalio UoivenitalU). L'orciievèque Eroeit de Fnrdubice établie ua conseil de l'UnîveisIté, composé de 8 membres, deux de chaque nation ; il eut pour nùssion d'asÛEter le dojou et de rempLiccr rassemblée générale dans les cas peu importante. Ce conseil était ordinaire meut composé do maîtres, ses pouvoirs s'accrurent peu à peu et le décret du 5 novamlire 1391, ac' conU à loua les msitresle droit d"y siéger. L'importance dos assemblées pénërales diminua et l'Universitas magistcorum et ecolarium devint nue Univenita* magitlronini, semblable û celle de Paris. Tomek, f. 13.
eurent pour objet les uomiQations aux Collèges. Pour attirer et retenir à Prague dea professeurs et suppléer ^ l'iusufiBsancedes taxes que payaient les étudiante, les empereurs ou certains particuliers, riches et désireux de voir prospérer la nouvelle institution, avalent créé dea fondations analogues à celles qui étaient attachées à certains couvents, les collèges, c'est-à-dire des corporations de maîtres qui vivaient en commun, touchaient les revenus des biens dépendants de la maison, et étaient tenus, en retour, de faire un cours à l'Université (1). La vie dans ces collèges était toute monastique ; Itiurs membr«s nommaient eux-mêmes leurs administrateurs (prœpoaiti) et si une place devenait vacante, les autres titulaires désignaient, le maître & qui elle devait être accordée. Nous ne connaissons pas très exactement la proportion des nationaux et des étrangers qui composaient ces collèges ; il est probable que Charles IV avait eu l'iotention d'accorder aux Slaves un certain avantage dans le partage de ces fondations, mais que les étrangers n'avaient pas tardé b violer les prescriptions premières et s'étaient emparés dea charges les plus lucratives (2). Pour assurer leur position contre tout retour offensif et forts de l'appui des principaux dignitaires de l'Université, ils firent décider que si une place occupée par un Allemand devenait vacante dans un des collèges de Charles ou de Yaclav, les deux fondatioQS les plus riches, les professeurs allemands prendraient seule part à l'élection, et les professeurs cèques seuls, s'il s'agissait de remplacer un £7èque (1384). Les maîtres bohâmesse plaignirent au chancelier de l'Université, l'archevêque Jean de Jenatein, qui prit leur défense, ordonna, sous peine d'excommunication, de n'élire dans les collèges que des Bohèmes, et défendit au recteur d'introduire dans les statuts aucune modification dé&vorable à la nation cèque. Les autres nations protestèrent au nom des privilèges de l'Universite contre l'autorité que s'arrogeait l'archevêque «t rappe-
(1) Tomek, p. a.
(!) V. U dàcUration da JJiAma d« Prague au eoDcii« de Conitacee (V. d«r Bardt, IV, p. TSiJ). L«i paroLet ds JérAme sambUnt d'ailleun eiagértea.
lèreDt que depuis le commencement ellea avaient eu le droit de choisir pour les collèges ceux des tnE^tres que désignait leur mérite : pour plaire ^ Dieu, il ne s'agissait pas d'être Aq noble naissance ou d'orig^ine cèque, mais d'être vertueux (1). L'archevêque répondit en excommuniant les rebelles. L'Université avait alors pour recteur un allemand, Conrad Soltov [3), qui apporta dans l'aSaire beaucoup de véhémence et d'aigreur. Il ordonna de suspendre les cours et les examens ; les Bohèmes n'obéirent pas, lea étudiants vinrent en ■ armes à l'Université et le recteur fut assailli et battu par une bande de jeunes gens masqués. Assez mal en cour, abandonné par le pape, qui craignait de mécontenter le roi des Romains Vaclav, le recteur fut bientôt forcé de renoncer k la lutte et les Allemands se soumirent à une commi»* sîon arbitrale : dix places furent réservées aux Bohèmes, la 11' et la 12* restaient indifférentea, c'est-ii-dire pouvaient être données aux maîtres de toutes les nations. Les difficultés recommencèrent presque aussitôt après,
(t) Ij. cbroDiquA qui noua donne mx utta affair» U» ditajls las pliu préât «it la ChronieoDUuivenitalii Pngenda, p. 18. M. Hôfler a raconU cas ffiiMinflDts (p. tSA-iZTj, mais. Mmma d'habiluda, en lea dinatunnU Je ma
MÛ écarté aor quelques poioU ds détail de» hiatoriaiia boh^mea, et particnlièrameiit de H, Tomek. Ainai, il donne aux Cèques nna poaitïon offeo- BTa, ce qaa rien na me parati juitifler. Comme j'aurai [dndwira foia à citer it chronique d« llIniTerailé da Prague, je oroia utile de donner qn^uea nrnuignsmenta aur cette source précieuse. H. Hôfler l'a publiée dans aes Qochichteclireiberder husailieben Beve^Dg, I, p. 13-47. La plu» simpla inipeetioD anfftt à prouver qu'elle n'eat paa l'ceuTre d'un seul écrivain : ainsi ra début elle «st fovoiabla aui réformateurs, puia devient très boetiieà Bdsi. Caal donc nna compilation, et elle renferme dea fragments de valeur fort inégale. A partir de 1414, ce o'eai plua ^ére que la reproduction d'ua antre elm>niqaeur, Laurent de Brexova, et on n'j trouve quelques rares détails originaux que pour les années 1416, 1410 et 1420. Il est possible que celte compilation ait été rédigée peu de temps avant l'année où U seul ma- Btticrit connu (Blbl. de Vienne, n" 7650), a été acheté par l'archevêque do ^nne (1540). La seule partis véritablement intéressante est celle qui va de iSK ï 1413. Elle a été écrite par un maître Iiiuaita de rUnivarailé, après la mort da Vaelav. (Palacky, das Husaitenthum undH. Prcf. Hôfler. — Friedrich von Boiold, Kônig Siground uod die Reichskriege gagea die Hussitea.
^ Conrad Soltov, professeur de ia faculté de théologie, avait écrit un comme Dtaire, sou* forme da questions, du Ijvre des Seateneea de Pierre Lombaid. 11 qnitia Prague en 1381, professa à Haidelberg et mourut eu 1407, évêque de Verden.
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à propos des places indifférentes. Après des nég:ociatioii9 assez longues et qui noua sont fort mal connues, on décidn qu'elles seraient données à un Bohême, puis deux fois de suite à nu étrauger. Ce règlement compléta la victoire des nationaux. La possession presque exclusive des collèges les plus importants leur assura dès lors une influence tonte nouvelle, et ils arrivèrent beaucoup plus souvent aux dignités de doyen et de recteur. Ces luttes ne restèrent pas d'ailleurs sans écho au dehors, elles og^itèrent au contraire très-vivement l'opinion publique et les nouveaux bienfaiteurs de l'Université eurent toujours grand scia depuis d'ajouter que leurs fondations étaient exclusivement réservées aux Bohèmes (1).
Les professeurs allemands avaient plusieurs fois invoqué l'intervention du roi. Vaclav avait toujours repoussé leurs appels et sa conduite lui valut la reconnaissance et le dévouement des Cèques. Un grand nombre de Bohèmes étaient d'ailleurs disposés à admettre l'intervention de l'autorité temporelle dans la réforme de l'église et espéraient que le roi des Romains ferait ce que ne pouvaient ou no voulaient entreprendre les chefs de lachrétienté. Seulement, il aurait fallu dans cette intervention beaucoup de réserve et de mo dératiou et la conduite indécise et violente du roi .était de nature an contraire & augmenter les difScuItés et h créer de nouveaux périls.
Les historiens ont été souvent injustes pour Vaclav IV : Allemands, ils ne lui ont pas pardonné son impuissance à faire respecter l'empire ni les troubles qu'il ne sut pas réprimer ; catholiques, ils l'ont rendu responsable des progrès de l'hérésie. Il s'est formé peu à peu une légende de crimes et d'excès qu'ont acceptée sans discussion les écrivains même favorables, et que le manque de documents contemporains rend quelquefois difficile à réfuter. Les dcrniftres recherches out prouvé cepoudant qu'il ne fallait pas ajouter une foi absolue à ces accusations : la vérité est
(1) La plus importante da ces fond-itioD* «st ta CoUegium natioiiia bobemii^œ, qni e»t ecrlainemeol de c«tie époqne, bien qu« uoui l'année exacte ni le Doin du patron.
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d'ailleurs assez triste, pour qu'il soit inutile d'inventer des crimes imagrinaires.
LanaissancQ de Yaclav [S6 février 1361) avait été accueillie par Charles IVavec une joie d'autaut plus vive qu'arrivé déjb k un âg^e assez avancé, il n'avait pas encore do fils. De sa première femme, Blaiiebe de France, il n'avait eu que deux filles; il avait perdu à un an l'enfant que lui avait donné sa seconde femme, Anne la Palatine (1350), et il y avait presquebuitans qu'il était marié avec Anne de Schweîdnitz-Jaaer, lorsqu'elle mit au monde celui qui devait être l'empereur Vaclav IV (1). Otaries ne négligea rien pour lui assurer l'héritage de sa puissance et pour le rendre dieue des redoutables honneurs qui Tattenâaient. A deux ans, il fut couronné solennellement roi de Bobème, et à quinze ans, élu roi des Romains. De très bonne heure, il fut associé au gouvernement, et quand Charles mourut (1378}, Vaclav, fort instruit, très versé dans la langue latine, parlenragréable(2), avait déjà uns certaine connaissance des afTaires. D'une santé robuste, passionné pour les exercices du corps, spirituel et bienveillant, il avait hérité de quelques-unes des plus remarquables qualités de son père, l'amour de la justice, l'horreilr de la prodigalité, le sentiment \jia vif de ses devoirs de roi : il aimait à se mêler au peuple, voulait voir de ses propres yeux, juger par luimême: malheureusement toutes ces vertus furent frappées d'impuissance ou se tournèrent contre lui parce qu'il lui manquait les deux qualités les plus nécessaires h un chef
(!) LindMr, Ooichichte dM dsntielieii Reiebes Tom Ende d«i vianehalea JahrlmoderU bU inr Ralormation. (Braunachweig, 18TS, p. 17),
l!\ Erat b«a«lilontui, coagrae loqueas latine. Il ne manquait )ias d'Mprît, ngMIi un peu bralale ds reepecUit pai toajoari les eouTenancea. 11 ett ftnm impossible d'établir aucane cotaparaiion entre Vaclav et Lonii XI, il JiMptadint carUini traita du cnraet^re du roi bohâme qui font psasar aa ni da France. Comme Vaclav, Louia au début de ion râg'na n'est paa cniel : il aime laa plaisanleries, lej bon» mots et la verve gauloise ne noua paraît pu tonjDnrs de très bon godt. II ne devient sombra et terrible qua lorsqu'à dmnpricea, il a iti trahi, abaadounè. Ssulemant eai échecs et cas comploli qui découragèrent Vaclav et i'amenâreat à as diaintéressor da plus en ['udes adhiros, ne flrent qa'exalter l'éafrgie de Louis.
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d'État, la mesure et l'énergie : ses accès de Tiolence et de faiblesse, d'indiffé^nce et de despotisme amenèrent des réToltes et lui coûtèrent k plusieurs reprises le pouvoir et la liberté. Le pauple^ reconnaissant de ses intentions, s'attacha à lui en raison mâme de ses malheurs et garda toujours pour lai un dévouement mêlé d'une pitié respectueuse; maie les seig-neurs, irritas de la faveur qu'il montrait à la petite noblesse, et le clergé, menacé dans ses prérogatives, trouvèrent des alliés contre lui dans sa propre famille. Yaclav pardonna à son frère et à ses neveux leurs trahisons et sembla m6me les oublier, mais elles le frappèrent au cœur et lui enlevèrent le peu de courage moral qu'il avait. Son père avait peut-être surmené son intelligence : devenu roi, il ne s'était jamais occupé des affaires de l'Ëtat que par devoir ; après quelques jours d'une activité fébrile, il avait des accès de paresse (1), et ne revenait que par remords h son métier de souverain ; peut-être aurait-il fini par triompher de sa nonchalance, mais il eùt fallu que le succès récompeusftt ses efforts et soutînt son dévouement. A quoi bon lutter si la lutte ne peut assurer la victoire ï Placé dans des conditions ordinaires et sur un trône solide, il n'aurait probablement pas trompé les espérances qu'o- ToientfUt naître sa bonne volonté et son amour delà justice. Entraîné par des événemenia auxquels il ne commandait plus, il s'avoua vaincu et s'abandonna tout entier à ses passions. Qrand chasseur, (2), il passa des jonméesentièrea dans les immenses forêts qui entouraieot ses châteaux, transforma sa chambre en chenil, et l'on raconta que sa femme avait été étranglée par un de ces grands lévriers qu'il faisait rechercher dans l'Europe entière. Sa conduite n'avait jamais été très régulière : les mœurs encore assez grossières autorisaient bien des licences; il fut emporté par une sorte de folie du désordre, s'amusa à courir les rues de
(1) * Quand il n'ftTBit pai bu, il anut uns iuUlligenea iieillée, mais il était Doncbalanl, pareiieui et négli^nt dans les affaires de boq royaume. CbroniquB d'André de Raitiabonue lEecard, I, p. St21).
(S) Robuatua Tenator, dit déjà de lui Pétrarque.
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Prague (1) la nuit et h arrêter les passants; il semblait avide de scandale plus que de plaisir et les selgrneurs lui reprochaient moins ses vices que la bassesse de ses inclina' tiouB. De temps en temps, une sorte de honte le prenait, il cherchait à ressaisir le pouvoir, était sujet àdes accès de colère terribles, d'autant plus jaloux de son autorité qu'il était plus incapable d'en user (S). A la fin, désespéré, trahi par son frère Sigismond qu'il avait tant aimé, entouré d'ennemis, mécontent des autres et mécontent de lui, il chercha l'oubli dans l'ivresse (3). Le peuple disait qu'on avait essayé de l'empoisonner: des remèdes énerg-iques l'avalent sauvé, mais il était torturé depuis par une soif inextinguible. Il y eut dès lors deux Vaclav, l'un sérieux, bienveillant, juste ; l'autre furieux, plein de caprices contradictoires. Témoin indifférent de la révolution religieuse, il ne sut ni l'arrêterj ni prendre parti pour elle et se contenta de la nier. Au moment fatal, lorsque toute iiidécision était impossible, il moumt, comme il avait vécu, d'un accès de colère qui n'avait pas d'objet bien précis. Son autorité, qui avait résisté h. deux révoltes, avait peu à peu disparu, et lorsqu'il descendit dans la tombe, la royauté bohème semblait l'y avoir précédé. L'histoire ne saurait guère avoir de sympathie pour ce prince cruel par boutades et faible par nature ; on ne peut se défendre pourtant d'éprouver un sentiment de douloureuse compassion pour un homme qui fut, après tout, meilleur que la plupart de ses contemporains, et, victime de la situation oii il fut placé, conserva au moins jusqu'au dernier jour l'amour de son pays et de son peuple (4).
Vaclav était loin d'être aussi pieux que son père : nous avons encore les dessins et les inscriptions obscènes dont
(1) P&L Formelbùeher, II, S4.
Ci) 11 int dïpoii comme roi des Romains, parce qu'il De lerriùt 6 rien (quia inntilit er«t). Aodrà de Rutibonos {di\i. cité).
(3) Hennann Cornar, ap. Eccard, II, col. 113t.
(4} On raconta de ce roi qu'il voulait qu'on Ht igalemeot jmUne au pan- TTA at an riche. H ehangaait souvent de costume, aehetaildu pain pour voir û le boalBOgir ne fraudait ni sur la quantitâ ni but la qualité, et Taisait da même pour In antrM marcliandt. (Contin. de PulkaTS. Dobner, IV, p. l&S].
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— rail avait orné sa bible ; il était Aiirtout aa^iez mal disposé pour le clergé, irrité d'avoir échoué daos aea tentatives pour rétablir l'aoîté de l'Ég-liae, et très décidé ii no pas permettre aux Imutd dignitaires ecclésiastiquesd'empiéfersurl'autorité temporelle. Il l'avait clairement prouvé lor^ de l'affaire de lîreslau, dès les premiers jours de son règ-ne. L'archevêché de Breslau était vacant depuis 1379; Vaclav désirait y voir arriver un de ses favoris, le seigneur de Duba. Le chapitre lui préféra l'administrateur dénigné par le pape, Vaclav de Lebus. Le roi, très mécontent, épia l'occasion de se venger. Le chapitre eut l'imprudence d'engager, presque en même temps, une querelle avec la ville. Le conseil contestait aux chanoines le droit de vendre de la bière et confisqua quelquea tonneaux qui avaient été envoyés à l'un d'entre eux par son frère Hobert de Liegnitz. Le chapitre lança l'interdit sur la ville ; Vaclav arriva au mois de juin 1381: les chanoines refusèrent toute concession et maintinrent l'interdit; le roi ordonna alors aux Bohâmea qui l'accompagnaient de piller les maisons et les biens des opposants. Quelques-uns furent même maltraités, L'affaire traîna assez longtemps, et le roi ne consentit à reconnaître Vaclav de Lebus qu'à la fin de 1383 (1).
Vaclav montra la même raideur dans ses rapports avec le clergé bohème. Jean de Jenstein était archevêque de Prague depuis 1380. Bien qu'il eût fait des études assez brillantes ii PadouD, & Montpellier et à Paris, il avait été choisi beaucoup moins à cause de ses vertus ou de ses connaissances théologiques qu'à cause de la faveur que lui avaient value près du jeune roi sa passion pour la danse, lesdéset la chasse et sa verve dans les festins. Après sa nomination, il continua la même vie de plaisirs et de luxe, beaucoup moins occupé à réformer son diocèse qu'il s'entourer d'une cour pompeuse de nobles et de chevaliers, et beaucoup moins fier des progrès de ses Mêles sur la route du salut que des succès qu'il remportait à la cour. Une grave maladie qu'il fit évoillachez lui quelques remords. La mort subite de l'ar-
(1) OrÛDhagSD, Kônig WgqmI uud dar Prafteakriug ia Brailnu (A.r<hiT l.ir KuDde ô-lcr. OeKhicbtïquaiLen, XSXVH, 1867).
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oheréqnc de Magtlebourg-, qui s'était tué en sortant du bal (1382), lui parut an avertissemeat céleste et acheva aa cotiversion ; il ne pensa plus dès lors qa'ii expier ses désordrea passés par une vie de macérations et de prières. Cette seconde manière ne fut du reste que la suite de la première ; il poursuivit son salut avec la même fou^o que les plaisirs : il néffU^ait l'administration de son diocèse ; impatient, irascible, il prenait sa revanche de l'humilité personnelle dont il faisait profession, en mettant une indomptable hauteur à défendre les droits de l'Église. Il était toujours eu querelle, en procès : avec le chapitre de son église, les habitants de diverses villes, le chapitra de Vysehrad, etc., etc.... Sans doute, les torts n'étaient pas tous de son côté, mais il compromettait par ses violences les causes les plus justes: on afiaiblit une autorité que l'on veut trop étendre (1).
Le roi avait été vivement froissé du changement del'aiche- YÔque & sonégard, et l'avait regardé comme uns sorte de trahison; aussi fut-il très sensible aux moindres infractions que se permirent les employés de Jean de Jenstein. Les courtisans, de leur côté> instruits des dispositions de Yaclav. violèrent plus d'une fois les privilèges de l'archevêque. Cetui-ci se plaignit, assez justement, mais Vaclav, exaspéré, était prêt à tout. A la suite d'une querelle entre l'archevêque et le maréchal de la cour Cuch de Zasada, Jean de Jenstein fut retenu prisonnier pendant plusieurs jours et privé de son titre de chancelier. L'affaire était à peine terminée que l'archevéquo excommunia le sous-chambellan, Sigismond Huiler, qui avait fait arrêter et exécuter trois étudiants en théologie (S), et qui avait empêché les gens do l'archevêque d'arrêter trois juifs relaps (3). Vaclav ne dit rien, il venait d'obtenir de Boniface IX la célébration d'un grand jubilé k
(1) Hôflor (H, p. 1Ô-17), a pubUi une lettre apotogéiiqne d« r&rchsTéque. Il est obUgè <!• foire des av«ux pf nihles. • De jour en jonr l'aulorilé di-
DÎDII^il. >
(8) CetiludiuiU n'iiTiiient pas sncon taqa lai ordras.
(3) Vadar traita en K^néral lea Juifjavdc bisoveilktice, tans réussir tonjonrs & les prâserver des vblaaees po^iulaires ; le* ebroniquei reviennent ■oaTent snr ce point : il n'jlait aimd que des Jnïrs.
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Pra^e en 1393 et il ne voulait pas compromettre cette solennité par uae querelle avec l'archef èque ; mais celui-ci sembla prendre & tâche de le pousser à. bout.
Depuis longtemps, le Toî désirait créer un nouvel évêclié à Kladruby {Kladrauj et il espérait le doter avec les biens du couvent des Bénédictins de Kladruby, qui serait dissous après la mort de l'abbé. Jean de Jenstein faisait une opposition sourde à ce projet qui diminuait son diocèse. A peine appritil la mort de l'ancien abbé, qu'il ordonna de procéder à une nouvelle élection etqu'il envoya son vicaire général, Jean de Pomuk, confirmer le nouveau titulaire. Yaclav revint k Prague en toute hâte et quand il se trouva en présence de l'archevêque, il fut pria d'un accès de fureur folle et ordonna d'arrêter Jean deJenstein, Jean dePomuk, l'of&cial Nicolas Puchnik, et un chanoine de Prague, Vaclav, prieur de Misnie. L'archevêque fut enlevé par les hommes d'armes qui l'avaient accompagné, mais les autres furent conduits en prison, interrogés sur le champ et mis à la torture. Le roi qui n'avait paa encore repris possession de lui-mâme, les frappa à plusieurs reprises et le sang coula. Il s'effraya cependant bientôt de sou action et relâcha Puchnik et le chanoine qui jurèrent de ne pas parler des violences qu'ils avaient Bubies. Jean de Pomuk avait trop souffert pour qu'où espérât le sauver ; on lui lia les pieds et les mains, et vers neuf heures du soir, on le jeta dans la Wltava (1) [20 mars 1308).
(1) Après U bataille de U MoatAgne-Blaneha, Isa jdauiMB voulureat eiiLe- Ter aux Bohémei jusqu'au souvenir de leur hiatoira. Us eurent besoin d'ua saint pour remplacer Huas dans U cceur des babitaûts et firent canoniser Jean Napomuk, ou Nipomucèaa. IldeHat le patron du pajB, les statues de Husafueutdâbaptiaées et devinrent les atatuei du uouveau saint. On voit BUT le pont de Husinacuna statue de Népomuk qui a étâ placée là pour puriûar le paya d'où était aorlie l'hérésie. Il ja quelque* années encore, la fâte de Népomucène éUit la grande fête religieuse de la Bohème et des milliers de paj'saag venaient taire leurs dévotioua au pied de la atfitue placée au milieu du pont, k l'endroit même où surnagea, disait-oo, I« laugue du martyr, Lalégeoda racontait eu effet que Népomuk était mortplutét que de trahir le secret de la confession. Les deraiërea recherches ont établi la vérité d'une TafOQ incontestable, et aucun écrivain sérieui ne met plus en doute lea faita que nom avons racontés. (Un excellent article dans Henog, Realeneyclopédie, VI< p. '749, a résumé la longue diacuEsion engagea à pru-
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Symptâme curieux, ces excès ne produisirent h peu près aucune émotion ; les chroniques bohèmes, qui en fout mention, n'ont ni une parole de pitié pour Jean Pomuk ni un mot de blâme contre le roi. ■ Cette année, dit le chroniqueur, fut noyé sous le pont de Prag-ue, par l'ordre du roi VaclaT, le célèbre docteur Jean, Ticairede l'archevôque, parce qu'il avait confirmé Tabbé de Kladruby malgré la volonté du roi (1). > Cette indifférence tenait sans doute en partie à l'impopularité de l'archevêque, mais elle tenait aussi à une cause plus générale, l'Irritation de plus en plus grande contre le clergé, ses vices, ses abus de pouvoir. «Si tu as quelque affaire avec un prêtre, disait le proverbe populaire, tue-le tout de suite ; sans cela, tu n'auras plus une heure de tranquillité. > Les maîtres bohdmes de rUoiversité en particulier montrèrent un calme et une impartialité qui paraîtraient étranges, sironneconna!Bsaitleursopinionseuma~ tière d'autorité Mque. Les ennemis de Huas lui reprochèrent de n'avoir eu que des paroles de raillerie et de blâme pour les victimes des fureurs royales ; il protesta, mais eu avouant qu'il avait condamnéla conduite de l'archevêque (2). Ces dispositions malveillantesdécidèrent Jean de Jenstein^ abandonner la lutte, et découragé, il renonça bientflt après à l'archevêché (1395). Ce conflit avait eu pour résultat de démontrer la décadence de l'influence ecclésiastique et de resserrer plus étroitement l'union du roi et de la fraction bohème de runiverâté.
pot dn saiot). IdtqoU pour Isi betoias ds [a cause, Népomucène est de nouT«RU remplacé par Husb daita la mémoire du peuple. Quelques pâlerioa Ti«aa«nt encore Implorer «a «Utne, mnis Leur nombre dimiaue rapidement, tt il Mtproliable que e* culte ne tardera pa« i dupan^tre eomplétemeni, (l) SeriptorM reram Bobeinic. lU, p. 4,
^ Palaclcj, Doeum. Hag. Joh, Hum, p. 165. M. Palack;, dans ce recueil qoi ett nn modèle de coDicieDM et de erilique, a publié pour la premiire foi* on réédité lei lettres de Huu, lei dépoeitione des témoins derant le concile de Constance et les réponies de Hues, Les documenta réunis par Pierre de Uladenovice, et tes letlrei ou actes publics qui se rapportent aut discussions religieuses en Bobême de 1403 i 141S. — (Le litre exact est Palackj, Documenta Mag. Johanuis Huss vitam, doclrûiam, eatuain in Constantiensi concilia actam et coulroversias de relîgione iu Bohamia annis Ha:mil8 motas iUuBtiantia). (Prague 1869). — Cité, Pal. Doc.
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Los ^rnvc^ événements politiques qui remplirent les dix années suivantes détournèrent un moment l'attention des questions religieuses ; h deux reprises, Vaclav fut renversé du trône et retenu prisonnier par les révoltés (1394, 140?- 1403). En 1400, il fut déposé par les électeura allemands qui lui donnèrent pour successeur Robert le Palatin, et lagruerre éclata entre les deux compétiteurs. Malgré l'arrêt apparent que subit alors le mouvement religieux, ces troubles serviront cependant la Réforme, par la vacance du pouvoir royal qui laissa une liberté complète aux novateurs, et par le réveildcs passions nationales que provoquèrent les guerres de Robert et de Vaclav, Des chants patriotiques retentissaient dans toutes les églises. ■ 0 roi du ciel, > disait Tun d'eux, ■ Entend? ton peuplebohéme ; Entends nos roix.Donnenous des jouis prospères (1). ■ Le curé derégliseduTyn,Jean deWurtemberk, voulut interdire ces hymnes, mais les Cèques protestèrent et le curé fut cité devant l'archevêque et emprisonné. Le peuple supportait avecuneimpatiencecroissante la domination de la bourgeoisie allemande et demandait un usage plus général de la langue hohêmo. L'agitation s'accrut encore lorsque les Misniens envahirent le royaume et assiégèrent Prague : la situation était d'autant plus grave qu'il y avait dans la ville un parti favorable à l'étranger. Quelques mi^tres de l'Université s'étaient déclarés pour Robert (3). Les prédicateurs bohèmes soutinrentla population par leurs diâcourj et coutribuèreat pour leur part & assurer la défaite des Misniens.
Le triomphe do Yuclav fut une victoire pour les maîtres céques et rendit fort difficile la situation de.s partisans de Robert à l'Université. Les plus compromis quittèrent la ville et le nombre des étudiants commença dès lors à décroître dans des proportions sensiblds. Les étrangers étaient on même temps tenus à une plus grande réserve; c'est ce qui explique le peu de part qu'ils prirent au mouvement réformateur qui fut presque uniquement dirigé par la nation
(I) Vjbor, r, p. 3Î8.
(f)PaI. Doc., p. 3GI.
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cèque. Sans remonter jusqu'àL'éiH)quo de GonradWaldhauser, ontrouvo encore dana les premières années du règne deVaclav quelques professeur? allemands qui travaillent àla Réforme de L'Eglise : un poméranien, Mathloa de Krokov écrit un livre sur la corruption de la cour romaine et le Afiroirifor d'Albert Engelsclialk cât inspiré par une pensée semblable (1). Mais bientôt, au moment même où les Bohèraes reprennent la lutte contre les abus arec une nou- Tslle ardeur, les Allemands se retirent ; menacés enx-mûmes, ils s'eilHent au parti conservateur, représenté par le haut clergé do Prague. Ils restent encore étrangers aux mesures de rigueur et de prévoyance par lesquelles le chapitre s'efforce d'arrèier la propagation des doctrines dcMilic, mais ils prennent dès lor» une attitude d'expectative et de méfiance. Ces timides tentatives de répression ne servirent guère d'ailleurs qu'à exalter les espritd : le goût des controverses théologiques se répandait de plus en plus ; la question de la communion fréquente faisait surtout l'objet des plus vives discnssions. Un des théologiens les plus célèbres de l'époqae, Albert Hauconis de Ericino, consulté sur ce point par le curé Martin et quelques-uns de ses amis, constatait ■ que ce sujet était traité chaque jour dans les sermons. > La cour s'intéressait à ces luttes scientifiques. Un jour, dans le château de K.rivoklat, le roi Vaclav proposait aux docteurspréaents une question sur le purgatoire, et elle était agitée contradictoireraent par l'archevêque et maître Albert en présence d'un grand nombre de prélats, de seigneurs et de chevaliers (2). La fête de laVisitation ds la Vierge, intro-
(1) Mathias de Krohov, le poméranian, paraît èlre tttlt ù Prague ds 1307 fc 1337: il moanit érêque ds Wonna ; son ourrage : Dd Bqaaloribus remav» cnrin a ilé publié dans le« Walchii MoDumeaU medii ceii, t. I. Ea 13S1. à l'oQTartare du gjnode, il pronDoça un discours véhément dans lequel il blâma tjec oae extrême éQerftis le« vices du clergé. M. HôRer en a donné vna ualjrae dam Magiïler Hussund d^rAbxug derdeutichen Stulenten und Profnsoren, p 119. — Albert Engelschalk resta àPra^e jusque vers H09. Son ouToge (Aureum spéculum) a M publié [I. c. t. 11^. Ces deux prolencnrs (ont ù peu prùs les seuls Allemands qui sa joignirent au groupe l'élermateur, qui compuit au coutrairo dn.ns son sein presque tous les maîtres tl doelcun bohéine*.
{il J. Jirectk ; Cas. cesk. Uus. 1872.
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duite en Bohème par Jean de Jenstein, avait fait naître aussi de nombreuses etardentes dissertations. Le curé de Saint-Martin dans la Yieille-Yille, Yaclav Rohle, attaquait les îndulg:ences (1). Il j avait toute une école novatrice bohème représentée par Jean Protiva {2), Jean de Stekno (3), Jean de Bora [4), autour desquels se pressaient des élèves destinés à dépasser bientôt leurs maîtres, sinon par la science et le talent, au moins par l'audace de leurs revendications. Cependant, comme la prédication se faisait presque partout en allemand, il manquait encore aux Cëques un moyen de répandre leurs idées parmi le peuple. La fondation de l'église de Bethléem vint le leur fournir.
Un riche bourgeois de Prague, nommé Kriz, eut l'idée d'ouvrir une chapelle qui serait réservée exclusivement k la nation bohème, et comme il avait à craindre l'opposition du clerg-é, assez mal disposé pour tout ce qui paraissait inspiré des idées de Milic, il s'associa à un chevalier, Jean de Mttlheim, dont la faveur auprès du roi devait triompher de toutes les résiatances. Ils obtinrent en effet l'autorisation de Vaclavet l'approbation de l'archevêque (5). On était loin du temps où l'on avait regardé comme un scandale que Miiic prêchât en bohème : Mlliclui-mêioe était dépassé. Il n'est pas convenable, disaient Km et Jean de MUlhein, que les pasteurs cèques soient réduits à prêcher en secret et b er-
(1) < n appelait las indulg^nua àet tromptriM, non ponrtaot en publie, maiaeD sacret, parce qu'il cnigaait les Pharisieus. >CbroDicon uoirenitalM pragQQiii (Hôfier I, p. 14).
(S) Protiva fut plus tard prtdicatetir à B«UilA«ia : effrafâ dat hardlMaei de ceux qu'il avait d'abord souteaus, il abaadonaa tes noTateurs.
{3) Voir le chapitre III,
(4) Jean de Bora avait composé eoDtre les moïnea vendianlB un ouvrage qui a été perdu. Il était docteur en droit, ce qui prouTs que les juristes n'étaient paa étrangers aux recherches et aux eCorta des philosophes. Il faut ajouter à cet noms ceux de Pierre Stupna, dont quelques écrits sont parve- □UBJoaqu'à nous et de quelques antres que dte Huss, le matbématîcieti Janko, le poète Nicolas Rachorovice, etc.
{Si L'historien de la guerre des Uuiiites, Zaeh. Théobald, qui a tu l'éftiaa do BetUéem, dit qu'elle pouvait contenir 3000 auditeurs. Elle fut livrés aux Jésuites après la bataille de la Montagne-Blanche, fermée «n 1780 et démolis quelque temps plus tard.
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rer de maison en maitioa ; la chapelle de Bethléem fkit exelnùrement réservée b. la prédication cèque. Le prêtre dut en être nommé par les descendants de Jean de MUlheim sur une liste de trois noms dressée par les trois maîtres bohdmes leaplus anciens du collège de Charles, et après l'avis du bourgmestre de la Vieille- Ville. Le titulaire serait toujours un prâtre séculier et ne serait tenu qu'à prêcher deux fois ledimancheetlesjoursdefètea (I). On laissait à sa conscience le soin de décider s'il célébrerait la messe ou non. Un msiimnm très peu élevé fut âxé h son traitement, preuve évidente que les fondateurs partageaient l'opinion générale aur la faaeste influence des richesses. Rien n'était plus loin de leur esprit que de se mettre en opposition avec l'Église, nuis l'importance prépondérante qu'ils attachaient à la pré> dication de la parole de bieu les rattachait à l'école de Milic. L'union des idées de Réforme et de Nationalité, tous les jours plus évidente, prenait corps en quelque sorte dans l'église de Bethléem, et il estpermis d'admettre que les maîtres étrangers et les chanoines de Prague eurent pour la noaveUe chapelle une égale malveillance.
Leur opposition n'arrêta pas les progrès de Bethléem (2); l'éloquence de Jean Protiva, dé Jean de Stekno et d'Etienne de Kolin attira un auditoire toujours plus nombreux, et les prédicateurs de l'église cèque devinrent les véritables directsuK! religieux de toute la population slave de Prague. Aussi la nomination de maître Jean Huss k la place d'Etienne de Kolin (1402), est-elle un événement d'une importance capital« : la longue incubation de la Réforme était terminée et elle allait entrer dans la période aiguS.
An pied des montagnes pittoresques et boisées qui séparent la Bohème de la Bavière, k quelque distance de la petite
(1) Pendant l'Areat et le C&rênie, il na devait prêcher que le matin. Voir pour U fondation de Bethléem, le» Monum. univers. Pra^. — 14 pièces la ttpportenti cette création. Il semble que Jeaa de Mûlheim ait élA plus favorable que Kri^ au parti de la Réforme.
(I) Ut lereaDB s'accrurent bieatdt aieei pour que l'on pût payer ou tecoud prédicateur ; la t&che était trop lourde pour on «enl homme.
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64 — ville de Prachatice, se trouve le bourg- de Husinec : c'est là qu'est né le chef de la Réforme bohème, Jean de Husinec, Jean Huss (1). Merveilleux instinct populaire! Les Cèques, si fiers de leurs grands rots et de leurs illustres généraux, n'ont cependant choisi pour le placer au sommet de leur Panthéon ni Charles IV.m ^izka, ni Georges de Podebrad, mais un simple prédicateur, de naissance obscure, dont la vie est remplie paidesdiscuasioas théologiques et qui meurt sur un bOcher (2). Cest que la Bohème a dû à Jean Huss de s'élever au-dessus d'elle-même : son histoire, k cette époque et par lui, s'est confondue avec l'iustoire de l'humanité. On voit ainsi quelquefois un peuple s'élancer à l'avant-garde du monde ; il porte dans ses mains les destinées de la civilisation ; sans rien perdre de sa personnalité, il devient Texpression de tout un moment historique, puis, fatigué par cet effort prodigieux, il retombe accablé dans les soucis journaliers et ao tr^ne péniblement à la suite de la nation qui l'a relevé de son poste. Ces peuples d'avant-gorde sortent a^blis, meurtris de leurs glorieuses luttes, mais ils en restent transfigurés. Cet honneur que tous n'ont pas encore eu de concentrer pendant quelque temps l'intérêt de l'histoire et de tracer des voies nouvelles, la Bolième le doit & Husa. Au moment ott le mo;en-&ge épuisé ne peut se décidera disparaître et pèse lourdement sur la pensée humaine, Huss pousse le premier un cri de liberté ; il proteste au nom do la conscience jndtïldueil« contre l'autorité tyrannique d'une religion imposée, au nom de la recherche contre la tradition, su nom de l'indépendance nationale contre une centralisatiou impuissante et oppressive. Il trouve la mort au bout de la lutte inégale qu'il a entreprise, mais les flammes de son
(1) Hdb en ciqw lignifie oie (gui, gans). lluia traduit touTent ion nom en latin f.nt auea.
(2) U n'j a aucun mpport entra 1& vânération dea AllemaDda pour Lulhor et celle dea Cèquea pour Huii. Les AllemaDdi font encore de l'opposition à l'ÉgUio en louant lour réformateur ; pour le» Cùqucs, Huss est nu-dessus do toutes les divisions de parti et de croïnuce. M. Toaiek, sincère catholique, est un fervent admirateur de Huse, et ce n'eit pas là un fait isolé, mais la règle. Comme Jeanne d'Arc en France, Huss est on BoUêma la pertonniâcalion do la patrie.
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bûcher éclairent l'Europe entière et ses disciples Immédiats, les Hnssites, sont encore debout, lorsque l'AUemag'ne accourii à lenr aide et renverse l'édifice si profondément ébranlé déjà. Huss vaincu reste supérieur à ses continuateurs victorieux ; il leur manque la sanction et comme la pnriâcation du supplice, il leur manque aussi sa modération dans Pattaque et son ^ respect de l'autorité dans la rérolte, sa tolérance et sa dou- ', ceur. Luther n'estquele chef du protestantisme, Huss voulu* £ être le libre fils de l'Ég-lise régénérée. 2-
Le village où il naquit, en 1360, est tout entier cèque mais il est voisin de la limite ethnographique. Le sentiment national est toujours plus vif vers les frontières et Huss apprit, dès ses premières années, k aimer d'un amour passionné sa patrie et sa langue. On l'a accusé de haine contre .ai^. ' les Allemands, on a voulu même faire de cette haine un des j, - ' " mobiles principaux, de sa conduite. Accusation injuste et qui /,., y no peut partir que de ceux qui confondent le patriotisme avec la haine du voisin. Huss a couvent protesté contre ces calomnies, déjà répandues de son vivant : ■ Le Christ m'est témoin, a-t-il dit plusieurs fois, que j'aime mieux un Ailemand, homme de bien, qu'un méchant Bohème, fut-il même mon frère >. (1) Mais qui oserait lui reprocher d'avoir ressenti une douloureuse indignation i la vue des dangers dOHt . <:. rinflltrationgermaniquemenaçaitlesCèqueaetd'avoiressayô ^ , de les combattre? « Les Bohèmes, dit-il, doivent être les ^,. < premiers dans le royaume de Bohême, e»mnw les Français '" ,. ^ ' dans le royaume de France, ou les Allemands en Allemagne. ^^ Les lois, la volonté divine, l'instinctnaturel ordonnent qu'ils occupent les premiers emplois > (3], mais son patriotisme n'a rien d'injuste ni d'excessif; il n'a pour les Allemands ni colère,uimépriâ; s'il défend son peuplCj il n'attaqueperaonne. Fils de paysan, il avait partagé les souffrances du peuple ; plus tard, confesseur de la reine, protégé par le roi, soutenu par les plus puissants seigneurs, il n'oublia pas son humble origine; vrai disciple du Christ, il conserva une affection spéciale aux simples, aux pauvrâs, aux ignorants. Déjii exil) Hôf. I, p. i87.
(!) Doe. p. 177.
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communié, poursuivi, il écrivait un traité sur le droit de déshérence, et protestait au nom de la dignité humaine contre l'oppression et la servitude. Dans son exil, sa plus douce consolation étaitrempressement de ces foules humbles et recaeillies qui lui demandaient les paroles de vérité et dévie. Â l'Université, il se distingua très jeune, fut reçu hacbelier ës-arts en 1393, bachelier en théologrie en 1394, maître ësarts en 1396. En 1398, il fit ses premières leçons et acquit bientôt une assez gnrande autorité ; il fut nommé doyen de la faculté des arts en 1401 et recteur en 140S. Il avait épuisé des lors toutes les connaissances de son temps ; sa science des langues était très incomplète, comme celle de son siècle, il savait mal le grrec et l'hébreu, bien qu'il cite çà et là les opinions des rabbins ; son latin n'était pas classique, mais il s'exprimait aussi correctement dans cette langue qu'en cèque. Il connaissait à fond la littérature ancienne et ses ouvrages fourmillent de citations des poëtes latins ; il avait étudié avec un soin scrupuleux Âristote et la philosophie du moyeu-âge, et son esprit avait acquis à ce travail une habileté dialectique qui surprend et effraie souvent le lecteur. On se perd au milieu de ces divisions multipliées, de ces syllogismes enchevêtrés ; on est quelquefois choqué de la subtilité des distinctions, des fins de non recevoir peu sérieuses opposées à de graves accusations (1). On s'en est servi pour l'accuser de mensonge et d'hypocrisie : singulier reproche en vérité à la mémoire d'un homme qui est mort pour avoir refusé de dire ce qu'il regardait comme un mensonge ! Cette subtilité n'est qu'un signe du temps comme les images incohérentes, les répétitions et les redondances qui déparent ses œuvres littéraires (Sj. Les connaissances
(1) Aiaai ea 1408 on sccubs Hubb d'aToirdit c' dorant tonte la multitude dn penpl* d«i deai BsxaH > que tout pritrs qui eiigeait de l'argent pour Iss eaereineDta était hérétique. Huai répond que l'aecuiation est fauste parce qu'il ( n'a rien dit derant toute La multitads du peuple, parce que toute la nraltilude du peuple n'était pua à Prague, le juur où il a prâehé. IL n'a pa3 parti devant la multitude de Rome, de JéruBalem, ergo... ■ (Doc. p. 156), IL faut remarquer que Huas donna easuite des raiBons plus Béfieuaes.
(8) M. HôQer a pubLié un cartaiD nombre de discours uniTaraitairea de Huai. 11 n'est 'paa certlùo cependant que tous soient de lui. (V. Ja crilJqne de Krummel dans Sfbel's hUt. Zeitachrift, 1867, 1'* liTraiaon).
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— or —
scieatîfiqaes, juridiques, médicales ne lui faisaient pas déiaut;ses travaux et ses dissertations sur la langue cèque suffiraient h lui assurer une place distinguée dans la littérature faobême : non-seulement, il travailla h débarrasser le cèque des éléments étrangers qui s'y étaient introduits, mais il fixa les règles d'une orthographe rationnelle (1) et il créa une langue littéraire indépendante des différences de dialectes. Nul ne possédait mieux que lui l'histoire de l'Église et ses innombrables citations de Chrjrsostome, Origëne, Ambroise, Pierre Lombard, ThomM d'Aquin, Bonaventure, etc., témoignent de ses immenses lectures. Les universités étaient alors fécondes eu théologiens énldits, en subtils et savaats philosoplies ; mais parmi eux bien peu méritent d'être comparés à Huss et aucun ue lui est supérieur.
Bans ses premières années d'études, Huns ne se distingua pasdes autres jeunes gens: eea mœurs étaient pures, sou ardeur au travail infatigable, mais il ne dédaignait pas les vêtements somptueux, aimait & jouer aux échecs. Plus tard, au moment de partir pour Constance, il revient avec une humilité touchante sur cette première période de sa vie et exhorte Martin, son disciple, à ne pas se laisser séduire conune lui par le luxe des habits ou pousser h la colère par le jeu (2). Il s'occupait surtout d'études philosophiques et
(1) A l'époqna de Huss, noe grande coofusion régoait dans l'orthographo bchéme. Os se servait d« l'alphabet latin, mais le latin n'e. paa de sig:neB pour traduire Ua sodb purement bohèmes ou slaves tels que c, d", n r, etc. (Voir la tableau comparatif à la Un du volnme). On les transcriTait, comme on pouvait, soumit en réuni«Uiit deux ou trois lettres, chacun agisMUt à ta gvÎM et cette liberté arbitraire avait souvent pour résultat une eitrSma obscurité. Pour marquer qu'une voyelle était longue, on la répétait : ladifiSnDe« entre l'i et l'y avait été peu à peu oubliée. Huss, pour mettre fin à ces abus, compléta l'alphabet latin avec des lettres particuliërss. U proposa des signes diacritiques, un point pour les sons slaves, un accent pour les voyelles longues ; (t, j, f = !, I, f) — (a,é i, etc.). U fixa Ja différence de l't qui dut être employé après les consonnes mouillées et de 1'^ qui dut Être placé après les consonnes dures. La simplicité et l'utilité de cette réforme étaient évidentes; elîe ne fut cepeoditnt acceotée qu'au XVI° siècle, gràceaui efforts de l'Unité des Frères Bohèmes. Les règles de Huss sont restées depuis lors la bi de l'oTthogiaphe cique (Tieflrunk, Historié literatury ceské, I, p. 40).
(!) DocnmeDla, p. 474. Cette lettre fut écrite par Huss an moment de son départ pour la concile, mais ell« ne devait étie lue qu'apràs sa mort.
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se rattachait & l'école réaliste qui dominait alors parmi les maîtres bohSmes de l'Universite de Prag^ue. Staolslas de Znojm, dit une satire allemande, a produit Pierre de Znojm ; Pîerrede Zuojm, Etienne Palec et Etieune Palec, Jean Huas; cela c'est vrai que pour Huss philosopha. On a attribué aux controverses philosophiques des Qomiualistes et des réalistes une très grande influence sur les destinées et la mort de Huss. A Prague, les professeurs étrangers et hostiles à la Réforme étatentnominalîates; les nomînalistesdomiuaient aussi h Paris où leurs plus illustres représentants étaient Gerson et d'AiUy. Ou a dit que la condamnation de Huss n'avait été qu'une revanche des nominalistes. Cette supposition est une insulte gratuite lancée contre des hommes que la purete de leur vie et la hauteur de leurs pensées auraient d{l, semblet-il, mettre à l'abri de semblables accusations. Il est probable cependant que les discussions philosophiques ne furent pas sans laisser dans les esprits quelques germes d'irritation, quelques sourdes rancunes, et plus d'une fois à Constance on reprocha à- Huss et k son ami Jérôme de Prague les opinions réalistes qu'ils avaient soutenues (1).
Huss acceptait encore sanaréserveatouteslesdoctrinesde l'Église : son imagination ardente, mais un peu sombre, avait été vivement frappée par l'histoiredesmartyrs ;îl était prêtdès lors & tout sacrifier pour le salut de son âme, mais le cherchait dana les exercices de piété recommandés par ses supérieurs ecclésiastiques. En 1393, l'année du jubilé, il emploie ses quatre derniers gros à acheter des indulgences ; il se le reprocha plus tard: -Tant que j'étais jeune en esprit et en raison, dit-il, j'étais un insensé, mais Dieu me fit connaître l'Écriture et je revinsde cette folie (2). » Déjà d'ailleurs, il étoit torturé par de Vagues inquiétudes morales : s'il ne connut pas Mathias de Janov et Stitny, il lut leurs écrits et cette
(1) Quelques écrÎTaioBotit aernbli TonloirreDonveUr à Dolr« époque laquarella des noDoioaliBled et des réalisles, et disculé arec paBiion sur la doctrins qui était laplua favorable ù la Réforme. Ou nepeut rien conclure, je croîs, de l'histoire; Guillaume d'Occam est au onuemi de la bifrorchie tout aussi ardent que le réaliate conTBiuca Wiclif. Gerson et d'Ailly, Uostiles à liusa, il est vrai, sont partitans de la Réforme.
(S Sebrasd spis; (Recueil dea écrilB do Huss, I, p. 30t et 307).
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lecture en fît un des partisans de la Réforme de l'Église. Cette nouvelle tendance de son esprit non moins que l'in- Anencequ'ilavaitacquïseàrUniversitéetlepatriotismedouttl fitprenvelors du siège de Prague parlesMisuienSgledésignèrent su choix des maîtres du collège de Charles, lorsqu'une place de prédicateur à Bétliléem devînt vacante (1403) (1). Cette nomination eut sur le développement de ses idées une action décisive : sa position lui faisait un devoir de se consacrer tout entier à l'étude de la parole de Dieu, et lui en laissait le loisir en le déchargeant de tous les soins administra lifd ou liturgiques qui embarrassaient les autres prêtres. Use mit alors à chercher le salut directement dans l'Écritnre, et sa foi se fortifia et s'épura. Nul plus que lui n'était capable d'inspirer à. ses auditeurs la passion de vérité et de justice qui l'animait : < Plein de prières, de 'eillea, déjeunes et d'ahstinence (2) i, son visage amaigri et pâli par le travail et les macérations frappait les esprits, avant même qu'il eût commencé à parler. L'étendue de ses connaissances, la pénétration et la droiture de son întellijUQce, la logique de son argumentation éblouissaient moins les auditeurs que la fougue de Mille ou les éclats de Conrad, ffiais laissaient une impression plus durable: sa conviction ^câre touchait les cœurs les plus rebelles et les consciences 'fis plus endurcies. Dur h lui-même, mais plein de pitié et de '^adresse pour les autres, il savait trouver le mot qui con- •olo et la parole qui émeut < Infatigable, sans cesots ilècuu- '^t les confessions, convertissait les pécheurs, consolait les *^>e^s, prêchait et écrivait » (3). Insensible à la crainte,
(i; Il
it itè CADtacré pi^tra en 1400.
J^ . **i ItieUQnis aD«cdotoniDi, IV, 2, p. 462. ■ Su vie était aiTèrâ, la T'T'^*-*^ pnre et honorable, son désintéreigameDt tel qu'il n'a jamais voulu . ^'l'^flee ni de piébende d'ancnae eipïce. > Ce témoiguaga ait d'autant ^ X^irMaai qu'il Tient d'uu eauami personoeL ds Hubb, Etienne de Dola.
«•la. .
i personneL c
bcUe d'ailleuN d'entasier preuiea sur preuvea de la Téamya <
- -ilenr morals du réformateur. * Ateni ae diatinguaic au premiar rang k
S***, Jean Huu.... et il avait une intelligence pénétrante, une grande éto-
'?****^, «no oondtûte morale et pure at des opinions claires ». JEdbu Sjl-
^M» t^iecolomjni.
w 'Bitm de HladenoTice, Opp 11, p. 537,
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pur de tout esprit d'orgruellpersoniiel, il dut à 30u caractère plus encore qu'à eon éloquence d'être accepté pour ctef par l'école réformatrice bohème et désigné ainsi à la haine de ceux que menaçait la Réforme.
Ses adversaires étaient impuissants, tant qu'il n'attaquait que les abus ; ils s'efforcèrent de le compromettre en ren* traînant peu k peu vers les questions de dogme et de le discréditer en faisant condamner comme hérétique un de ses maîtres préférés de philosophie, Jean Wicllf (1). Tous les efforts du haut clergé de Prag:ue et des ennemis de la Réforme tendirent & confondre la cause de Huss avec celle de Wiclif ; c'est comme disciple de Wiclif que Huss fut excommunié par l'archevêque de Prague et condamné par le concile de Constance. Ses adversaires trouvaient dans cette procédure un double avantagre : ils affaiblissaient auprès des Bohèmes l'influence des novateurs, en les représentant comme de vulgaires plagiaires d'un philosophe étranger, et ils rendaient presque inévitable leur condamnation, puisqu'à plusieurs reprises déjà les doctrines de Wiclif avaient été déclarées hérétiques par les conciles anglais. La campagne ftit conduite avec beaucoup d'habileté et de persévérance : ses meneurs réussirent à donner le change à presque tous les contemporains etde nos jours encore, un grand nombre d'écrivains, favorables ou hostiles à Huss, ne voient dans la révolution bohème qu'un contre-coup de la tentative du philosophe anglais (2). Il y a là une exagération
(i) Jean de Wiclif l'itait mis à la téta da ceux qai pniteiUient contra lei taiea siagirées qu'imposait à l'ADgleleiTe la cour da Rame, et il avait été ameni pen à peu à combattre d'ans manière plus giaérale lai abus de l'EgliM. BieatAt, il avait attaqua la doctrine romaine, qui, disait-il, n'était pluB conforma k celle qu'avait préeliie JisuB'Chriat. Dans un concile réuni par rarchevique da Caoterbury à Londres, 1R82, 24 tirticles tirés de ks écrits furent condamnés comme hérétiques ou erronés. Cependant Wiclif luimême ne fut pas pourBuivi et mourut en paix en 13â5.
(2) Presque touilles chroniqueurs du XV* siècle font du Uussitisma tino importation anglaise : aiuu Nieder, dans son Fornicarius (1, III, ch. 10 : il ne nomme même pai Huh) ; Hermann Corner, André de Katîabonns daiu lenn chroniques, Meisterlin doDS sa chronique de Nuremberg, eto. Ds noi jonra, sans parler de M. HôQer, qui ne fait pas autorité, U. Lechler dans le uin bel ouvrage qu'il a publié eu 1873 [Johann von Wiclif und tlie Vorgeschichte
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évidente. Sans doute, Htiss etses amis connurent lee ouvrages de Wiclif et les étudièrent avec une attention et un intérêt qu'explique assez la communauté de leurs désira et du but qu'ils poursuivaient ; cette étude hâta peu^être l'explosion de la crise, révéla aax prédicateurs cèques certaines conséquences de leurs doctrines et imprima à leurs efforts un caractère un peu plus dog^natique, mais si elle modifia dans quelque mesure leur action, elle ne la produisît pas. Tant qu'on ne connaissait pas les événements qui avaient précédé la venue de Huss, on olierchait au loin une cause quelconque qui permit d'expliquer une révolution si inattendue ; aujourd'hui, ce deus ex machina peut remonter au ciel, cette Interveution étrangère est inutile : la Réforme hohême est un mouvement profondément national, toute la fin du XIV" siècle est remplie par l'action des précurseurs de Hues ; de son vivant même, il n'est pas isolé, mais il n'est qae le plus illustre représentant d'une école entière. Les points sur lesquels il se rencontre avec Wiclif avaient déj& été traités par Mathias de Janov ; il se sépare du philosophe anglais sur un grand nombre de questions et des plus importantes. Wiclif fut le prétexte plutôt que la cause du conflit qui devait nécessairement éclater tôt ou tard entre ceux qui voulaient supprimer les abus et ramener l'Église b son état de pureté primitive et ceux qui combattaient pour la défense de leurs privilèges.
Les livres philosophiques de Wiclif avaient commencé & se répandre en Bohême vers la fin du XIV* siècle. Us furent apportés à Prague par des professeurs ou des étudiants qui étaient allés terminer leurs études i Oxford. Ces visites aux
der Rafonaation, Leiptig), l'eat pant-£trfl UïsbA entraîner un pen par aon •dmintlon pour uni héros, qu'il coonidt admimblement, moi* lurtcnt baaucoup mimu qu'il ue eomialt IIa»i. M. Bôhriager (die Varrefonnatoren) l'eat prononce dana la même leni, nuùiayeo moiat d'exagintion et >an« contea- 1er l'importance de l'œnTTfl d«e prédicateurs qui avaient prictdi Huu. H. Ptiack; avait accepté d'abord l'idée de l'iafluenee anglaiM, mais il l'a abaodonnétt complètement à Ja mite des critiques qui lui ont été présentées par un dea plu tavanta historieni de l'Église, Néander. Krummel (Oaichichte dwbôhmiaehen Reform, Qoiha) a anÏTi Néander. Les fkiti ont été désomutii étthlîa d'oDe manière incoDlestable par H. Tomek, (Dejepîs ■ Prahy, hialoin da Pnpu, UI).
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tiDÎTârsités étrang^rds étaient alor^ beaucoup plus fréquentes qu'on ne le supposa ordioairement. A une époque oùl'Imprimerie ne multipliait pas encore les livres, elles étaient une nécessité, le seul moyeu de se tenir au courant des travaux scientifiques étrangers. Les relations entre la Bohème et l'Angleterre étaient d'ailleurs assez suivies depuis le mariage de la fille de Charles IV, Anne, avec le roi d'Angleterre, Richard II (1382).
Wiclif avait appartenu à l'école réaliste (1), ses écrits trouvèrent naturellement un accueil favorable auprès des professeurs de l'Université de Prague : on les prit souvent pour sujets de discussions ou de cours; la bibliothèque de Stockholm possède une copie de divers traités de Wiclif écrite de la main même de Huss, en 1398. Les annotations marginales témoignent de l'admiration profonde qu'il ressentait dès lora pour le philosophe d'Oxford ; il avait cependant comme un vague pressentiment des dangers de cette admiration : ■ Dieu donne à Wiclif le royaume du cieî 1 O Wiclif, Wiclif, tu troubleras la tête de plus d'un (2). »
Les discussions devinrent plus ardentes quand un jeune homme qui prit place à côté de Huss et partagea son influence et sa mort, Jérôme de Prague, apporta d'Oxford les traités théologiques de Wiclif. Les nouvelles idées (3) se répandirent assez rapidement pour que les administrateurs de l'archevêché de Prague, alors vacant,
(1) Une opinion ami in&ttendn« «it celle do M. Cierwenka, (Qeicliichta der evangeliicheD Kirebe in Bôhmen. Leipsig 1SS9} qui ne v«ut il aucun prix ftdmeltn qae Wiclif et Huu étaient réalMlei. Il ne «'appui* guère d'ailleun qne anr une «érie de raiioniiemeaU qui »ont loin d'itre probant*.
(E) Dudik, Schwed. ReiM, p. 198 ettq. A la tuiio de la priie da Prague par Ici SuAdoit, lort de la guerre de 30 ans, un certain nombre de lÎTrea et da tnanutcriti cAquei furent emportés à Stockholm.
(3) C'eit par erreur que l'on croyait que le Dialogue et le Trialogue deWidif aTaieut été apporté* à Pragne en 1£98 : c'est auui & tort que M. Lechler fkit partir JérAms de Prague pourOrford en 1399. En effet, il fut re^u licencia èa-aria en 13SS, il obtint l'année «niTante la diapenialio biennii, c'est-ï-dire la di*penia d'enteigner deui ans dan* lei école* leeondatre*. Les écrit* théologique* de WicliF ne furent apporté* à Prague qu'en ilOi. Celle dittincUoD entre lef écriu théologiqae* et pbiloaoïibiquei de Wiclif e*t fort importante, elle lenla eipUque lee paroles eu apparence contradictoires de Hnss devantleconcile. Il dit eu effet un jonr qnll ne conduisait poi le* livres de Wiclif avant 18 ans, et on antre jour qu^l le* lit depoia plu* de vingt an*.
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crussent nécessaire d'intervenir. Ita y furent poussés par les mt^res étrang:ers de l'Universitë, heureux de tendre UQ pié^ à leurs coUègfues bohâmes. Un Silésien, maître Jean Habner, tira des livres de Wiclif âl articles qu'il ajouta aux 24 déjà condamnés à Londres et, sur sa demande, le chapitre provoqua une réunion extraordinaire de l'Université (140â). La séance fut assez orageuse: un seul maître défendit le fond des articles incriminés, Stanislas de Znojm, et il scandalisa & tel point plusieurs des assistants qu'ils quittèrent la salle : les autres Bohâmes répondirent simple- ■'■ ment à Habnerque les articles incriminés n'étaient pas dans ,'' les livres de Wiclif; ce dernier s'était plaint lui-màme à plusieurs reprises d'avoir été condamné pour des opinions qa'iln'avaitjamaisprofessées. Les maîtres cèqnes avaient d'ailleurs deviné sur le champ le but réel de cette attaque et ils la relevèrent vivement: ■ C'est faussement, injustement, calomnieusement que tu as extrait ces articles des livres, ils n'y sont pas», s'écria Nicolas de Lîtomysl, etHuss, Elisant allusion & deux marchands de safran qui avaient été brûlés, il y avait quelques jours, pour avoir falsifié leurs marchandises, déclara qu'ils étaient moins coupables que ceux qui faussaient ainsi les livres (1). La majorité de la téuDion condamna cependant les 45 articles et interdit, eous peine de parjure, deles enseigner en chaire ou dans les cours. Cette décision n'eut pas l'effet qu'on en avait espéré : elle attira de plus en plus l'attention sur les doctrines de Wiclif et ne porta aucune atteinte à l'influence de Huss et de ses amis. Le nouvel archevêque, Zbynek, assez peu versé dans les questions théologiquea, mais animé des meilleures intentions et désireux de suivre l'exemple d'Ernest de Pardubice, donna toute sa confiance à Hu^, le nomma orateur dn synode, et le pria de lui signaler de vive Voix ou par écrit tous les abus qu'il connaîtrait (2}. Huss ne se séparait encore sur aucun point de l'Ëglise romtdne, mais il s'attachait toujours plus aux paroles de l'Écriture et s'eflbrç ait de
<i;Do«.,p. m
9 hutte il« Hum à l'aKbeviqtu, Doc-, p. 3.
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dégager la religion des cérémonies et des superstitions qui compromettaient la foi chrétienne et détournaient les esprits de la véritable piété (1). La première loi de l'Évangile, disait-il, est d'aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même : aussi est-ce une erreur de croire que Ton mérite mieux le pardon de Dieu en fondant des églises qu'en donnant aux pauvres. « H vaut mieux donner & Dieu un denier pendant sa vie que de laisser aux prêtres après sa mort assee d'or pour remplir tout l'espace qui s'étend entre le ciel et la terre ;jl vaut mieux supporter avec humilité une insulte que de briser sur ses reins autant de fouets que peut en fournir la plus vaste forêt. Celui-là mérite mieux de Dieu qui s'abaisse devant son inférieur que celui qui va en pèlerinage d'un bout du monde à l'autre [2). • Il attaquait ainsi, indirectement au moins, l'autorité des prêtres, flagellait sans pitié leur luxure, leur avidité, leur désir de domination, protestait contre l'abus des excommunications, le commerce des indulgences, les moines, « qui, avec ou sans autorisation, par des fêtes inconnues jusqu'ici, de prétendus miracles, des confréries ou autres mensonges, pillent le pauvre peuple et détruisent l'Église du Christ (3|. ■
Cette Églfs e, il voulait la ram ener à sa pauvreté et & sa pureté primitives. > Le Sauveur a interdit toute domination terrestre
(1) 11 atuqngi aioii auprèà do l'arehsTâqua 1b« pritsadua miractw de Wllx ntkk at aa coadoite d&ua cette circonitanoa nous montre naees bien I& dUpo- Bition murale dans laquelle U se trouvait alors. Le bruit s'était répandu qu« l'éf^a» de 'Wilanak (ou Wûlsenalc) dans le Brandebourg possédait du térilabl* UDg dn Christ et que des miroclai s'y produisaient. Beaucoup de Cèqnei l'f rendaient en pèlerinage. Zb;nek chargea une commission oomposée de Hus« et de deux maîtres de l'UnÎTersité de Taire une enquête sur ces prétentendus prodiges. Il ne leur fut pas difOeile de prouver que ce n'était qu'une tromperie. Deux femmes areugles araient retiouTi la tus ; elles avoukrent qu'elles n'avaient jamais été aveuglss. Ua boiteox avait été guéri ; on l'aïamina : U allait plus mal qu'avant. Sur les coaclusions de la commission, l'&rcbevtqne défendit sous peine d'excommunication de se rendre en pèlerinage h Wilsuak, Huss publia à cetle oocasion sa dissertation : De omni sanguine Ctiriati gloriScato. U oombat les supereherieB et les aupentiUons, mais il repousse absolumentLes doctriaes de Staaislaa de Zaojm, qui niait la présence réelle.
(2) Sebrané spii; (Recueil des écrïtsda Uuss, II, 305, III, 147).
(3) Discours synodal de 1405,
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à ses apôtres, maisaa parole divine est deveniie une raillerie et une fable depuis que l'empereur Constantin, trois siècles après la naissance de Jésus-Christ, s donné au pape un royaume. On a entendu ce jour-là une voix d'en haut qui , criait : le poison a été versé dans VÉg-lise de Dieu... Par la richesse, tout^rKgrlise chrétienne aété empoisonnée et corrompue. D'où Tiennent les guerres, les excommunications, les querelles entre les papes, les évêques et les autres membres du clergé ? Les chiens se battent pour uu os, enlevez-leur ; l'os et la paix est rétablie... D'où vient la simonie, l'inso- ' lence des prêtres, leurs adultères ? Tout vient de ce poison. »i.
Ces sermons, écoutés avec enthousiasme par un peuple depuis long1;emp3 préparé, provoquaientde vives colèresdans le clergé de Prague : mais Huss semblait au-dessus de toute attaque ; la confiance de l'archevêque en faisait le véritable chef de l'Église bohème, il avait pour lui non seulement la foreur populaire, mais l'appui des plus riches et des plus puissants seigneurs, les sympathies de la famille royale et surtout de la reine Sophie qui l'avait pris pour confesseur.
Protégé et comme couvert par lui, le parti réformateur grandissait. A l'Université, Etienne Palec, qui avait été le maître et qui était resté l'ami intime de Huss, le savant astronome et médecin Christian de Prachatice, le jeune Jean de Jesenice qui prit la direction du mouvement lorsque Huss fut forcé de quitter Prague et qui mourut aussi victime de sa foi, Jean Kardinal, Jean de Pribram, Procope de Plzen, Zdislav de Zviretice, Marc de Kralové Hradec, Matbias de Knin formaient autour du prédicateur de Bethléem une phalange qui s'augmentait sans cesse denouvelles recrues et contre laquelle luttaient en vain André de Nemecky Brod, Georges de Bora, Jean Élie et Jean Htlbner,' les principaux représentants du parti anti-réformiste. Husa d'ailleurs était fortlolQ &ce moment d'être le plus hardi des réformateurs :1e bouillant Jakoubek de Stribro faisait appel eu chaire h l'autorité séculière pourramener le clergé k la pauvreté apostolique (1). Stanislas de Znojm qui, en 1403, avait soutenu les doctrines de Wiclif, attaquait le dogme de l'Eucharistie dans
(1) Tom«k, Oeich. derPrager UoiTera., p. âif.
un traité sur la transaubstantiation et soutenait que la su'bstance du pain et du vin ne disparaît paa après la consécration (l). Imprudences regrettables et dont les ennemis de HuBs profitèrent : n'osant s'en prendre directement à lui, ils attaquèrent ses amis et, sans se laisser décourager par le peu de succès de leur tentative de 1403, renouvelèrent leura accusations contre les partisans de Wiclif.
L'arebevôque était favorable h Huss, ils s'adressèrent di rectement à la cour de Rome. Le pape Innocent YII appela l'attention de Zbynek sur les hérésies wjcléfistes (3). Le successeur d'Innocent, Grégoire XII, revint encore sur cet avertissement ; Zbyn«k, fort incapable de prendre parti dans ces difficiles controverses, n'eut pas d'abord la pensée que Husa pHt être visé par ces bulles et lui conserva toute sa bienveillance (3). Mais, pour faire quelque cbose, 11 permit aux adversaires de la Réforme de poursuivre quelques-uns des maîtres cèques les plus compromis. Jean de Stekao dénonça le livre de Stanislas de Znojm sur la communion, et Stanislas donnant la première preuve de cette faiblesse de caractère qui devait transformer le novateur ardent en un des plus violents ennemis de Huss, évita la condamnation qui le menaçait en niant la paternité du livre incriminé (14)6). La communion formait toujours le sujet principal des discussions (4) ; aussi lorsque l'archevêque défendit d'enseigner et de soutenir les propositions de Wiclif, ordonnât-il en même temps d'aunoncer au peuple qu'après la consé-
(1) Doeuni., p. 56.
(S) ChTOD. nnÏT. 14». HôOer, I. p. 17.
($ I/anioD de Hua et de l'archeTêqnc eit encore entière en 1407. La dùeoun tjaodal de Haii (18 cet. IKH], très TioLent contre ie clergâ, fut cependjkDt loué trèi riTsment enn&ncs pabliqus par la docteur Adam, Ticaire de l'archeT^iliie. Hiui doDD&ce aennon il L'archeTêque qui l'&pprouTn. (Docam. p. 11)7). Jos. Jjrecek dit le 15 et non le 18.
(4) C'est une prenTe nonrelle qne l'inBuence de Wiolif fat beaueonp moindre qu'on ne l'a snpposé longttmps. Taadia, en elTst, qu'il «'éconle de longues anaioi autant que l'on mette en quaitiou Us «utrei points de la doctrine catholiqne conteatis par la philosophe d'Oxford, U lutte s'engage dèa le premier jour sur tin terrain pHpaxi par le* sermons de Milic et U* ouTrages de HmIûm de JanoT «t de Stitny .
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cration de l'hostie, • la substance du paÏD ne reste pas, mais seulement le véritable corps du Christ, qu'après la consécration dii calice, la substance ne reste pas, mais aeulement I(^ véritable sangr du Sauveur > (1). Huas blâma la décision de l'arclievëque ; il avait pour lui la doctrine de rÈe:Use : dans l'bostie en effet se trouve à la fois le corps et le san^ du Cbrist, de même que dans la coupe se trouvent le sangr et lo corps. Mais cette attitude irrita l'archevêque, d'autant plus sensible qu'il n'était pas bien assuré de ne pas avoir tort; 1^3 ennemis de HusB en profitèrent.
Ileut encore assez de crédit pour obtenir la liberté de plusieurs personnes qui avaient été emprisonnées, mais il ne r^nsslt pas & sauver Mathias deKnin et Nicolas de Welmovice surnommé Abraham. En vain Mathias se plai^nit-il qu'on le /orçâtderétracter ce qu'il n'avait jamais dit, il fut obligé <t'abjareT les hérésies de Wiclif (1408, 11 mai) (2). Abraham, accusé d'avoir enseigné que le droit de prêcher l'Évangile appartenait non seulement à tout prêtre mais h tout hom- ^e, fut chasâédu diocèse de Prague. Huas, qui avait assisté ^ l'interrogatoire d'Abraham (3), apprit sa condamnation au moment où il allait monter en chaire et il écrivit sur le champ à l'archevêque. Il ne renonçait pas encore h, l'espéri&co «le réformer l'Église avec l'appui de ses chefs et il s'ef- "*ïçait de séparer Zbynek des conseillers qui l'entouraient et qm l'entraînaient peu h peu loin des Cèques. Mais, malgré ^1 dé^ir de le ramener, Huss n'oubliait pas qu'il parlait au ""■a <a.QDieH, qa'ilreprésentait la véritéet la justice (4), et ^^'^'t« franchise, ses supplicatious un peu hautaines, mal- Y ^c»xi émotion et le respect qu'il affectait, irritèrent l'ar- ^^^«gue déjà mal disposé pour lui. Zbynek se rejeta brusï"'HL^^^t; vers le parti hostile à Huss. En vain la nation *^r*:»e défendit-elle do prêcher ou de soutenir les doctri- ^^^ Wiclif dausleur seus erroné, hérétique et scandaleux
* ^^~p. 342 et IBi. U y alà noe aUusiou aux Vaudois qui semblerait
^^^^ ans Hou connaisKiit leurs doctrines. '"*=►„.... .,3.
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(âO mai 1408), et interdit-aile aux étudiants la lecture du Dialogue, du TrialogTieet du Trîiité sur la communion jl'archevôque.peu satisfait d'une soumission entourée de réserves et de restrictions, ordonna, dans le synode du 16 juin 1408, de ne plus attaquer le clergé dans les sermons et de livrer tousies livres de Wiclif (1). Encouragé par les nouvelles d'Italie où on avait arrêté comme suspects d'hérésie Stanislas de Znojm et Etienne Palec, il accueillît les accusations que lui présenta le clergéde Prague contre Huas et enleva h, son ancien favori ses fonctions de prédicateur synodal. Cette révocation marque le moment de la rupture entre Huss et l'archevêque: jusque-là il n'avait été que le représentant d'une Réforme légale ; appuyé par son chef hiérarchique, il avait combattu les abus de l'Église, non l'Église même : il allait être rejeté dans l'opposition et condamnée ce combat héroïque où il trouva la gloire et la mort.
Les plaintes du clergé montrent d'ailleurs clairement qu'il n'était poursuivi qu'à cause de la passion et de l'ardeur qu'il avait mises & attaquerles abus, c II s'est produit, disent les dénonciateurs, des prédications scandaleuses et détectables qui torturent les âmes pieuses, détruisent la charité et rendent le clergé odieux au peuple, ■ et ils reprochent à HuBs d'avoir dit que tout prêtre qui demande de l'argent pour les sacrements de l'Église, surtout ans pauvres, est aimoniaque et hérétique ; d'avoir dit, à propos de la mort d'un chanoine, qu'il ne voudrait pas mourir avec tant de bénéfices. Un seul point se rapporte à l'admiration de Huss pour Wiclif. On l'accuse d'avoir dit en chaire qu'il voudrait avoir son âme où était l'âme de Wiclif. D'hérésies particulières, il n'en est nullement question : cette admiration gêné raie pour le philosophe, Huss ne l'avait jamais niée, mais prouvait-elle qu'il acceptât les doctrines condamnées parl'Êglîse f
La rupture était déjà complète entre l'archavêqne et le parti réformateur lorsque les affaires du schisme ajoutèrent à tous les éléments de discussion une cause nouvelle de
(i) Itl., p. 18S^, 378-9.
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conflit et amenèrent dans rUnirersité une aoisaion dont les conséquences furent aussi graves qu'inattendues. Il n'y avait pas d'autre moyen pour rétablir l'unité de l'Église que Celai qui avait été accepté par les rois de France et de Bo* hême, lors de leur entrevue en 1398 : on s'efforcerait d'obta- ^t l'abdication des deux papes et les deux collèges de cardinsax réunis procéderaient aussitôt & l'élection d'un nou^ Veau pontife qui serait reconnu par toute la chrétienté. Malbeureuaement toutes les tentatives de conciliation s'étaient Msées contre la réeîstance des papes : depuis 1398, la question n'afaitpasfaitun pas enavant. Innocent Vil, qui parait avoir eu un sincère désir de ramener la paix dans l'Êglise n'avait occupé que deux ans le trône pontifical (1404- U06j. Son successeur, Grégoire XII, s'était bien engagé, au moment de l'élection, à abdiquer, si le pape d'Avignon Benoit XIII voulait imiter son exemple, mais les négociations, cii?agée3entrelfisdeuxcompétiteurs,n'avaieQtaboati&aucan f^ultat. Benoit XIII était fermement décidé à ne pas renoncer k son pouvoir, et Grégoire XII, plus habile, n'était jTDârs en réalité mieux disposé que aon rival. Lescardinaux, (i^sespérant de triompher de ces résistances, abandonnèrent les deux papes, se réunirent et convinrent de convoquer un WQcile œcuménique à Piae. Ils demandèrent k tous les pniiceB et particulièrement au roi des Romains de les sou- KQir dans leur ceuvre en renonçant à l'obédience des papes ds Home et d'Avignon et en gardant la neutralité jusqu'b 1» décision du concile. Vaclav, outre l'honneur qui devait li^i revenir du rétablissement de l'unité de l'Église, avait un ii^térdt tout particulier h accepter la proposition des càrdi- Baux. Il était fort irrité contre Grégoire XII qui avait recon- 11 Hobert comme roi des Romains, et, dès 1407, il avait <i«enda de recevoir sans l'autorisation royale les dignitaif* «eclésiastiques nommés par lui. La fortune paraissait re- Tenir au roi de Bohême : impuissant à réaliser les espérances qm l'avaient fait roi, Robert perdait du terrain en *"®ttiagne, et Vaclav se flattait d'en triompher facilement " était reconnu roi des Romùns par le concile et le nouveau pape. Aussi avait-il été fort mécontent des querelles
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tbéologiques qui pouvaient rendre son royaume suspect (l'hérésie et lui aliéner les cardinaux. Il avait cru cependant la déclaration de la nation bohème en 140S très suffisante et l'archevêque avait, sur sa demande, déclaré qu'après une enquête sévère, il n^avait trouvé an Bohème aucun hérétique (1). Complètement rassuré, il reprit les négrociations avec les cardinaux et leur promit d'abandonner Grégoire XII et d'envoyer à Plse une ambassade solennelle (3). Les nouvelles d'Italie et la résolution de Yaclav causèrent une joie très vive au parti réformateur : une ère nouvelle allait s'ouvrir; le pape, obéipar l'Europe entière, emploierait sa puissance & supprimer les abus : c'était en même temp aune victoire nationale un gage certain de la défaite de ce Robert dont les alliés avaient menacé Prague et cruellement dévasté la Bohème. Tous ceux au contraire qui avaient combattu la Réforme, membres du haut clergé de Prague et professeurs étrangers, se prononcèrent contre une solution dont ils redoutaient les conséquences et qui allait donner & leurs adversaires une prépondérance marquée. L'archevêque gagné par eux refusa de renoncera l'obédience de Grégoire XIL Yaclav essaya d'agir sur lui par une déclaration de rUniversité et une assemblée générale fut convoquée par le recteur Hening de Baltenhagen. Les professeurs cèques votèrent la neutralité, mais les autres nations étaient visiblement hostiles au projet de Yaclav. Henîng, sClr du résultat et craignant d'irriter le roi, levalaséance avant le vote (3). Les Cèques, sans se décourager, soutinrent très vivement leur opinion, et Huss prêcha plusieurs fois en faveur de la neutralité. Zbynek, de plus en plus dominé par le parti antiréformateur, SB décida alors k agit sévèrement contre lui : il suspendit tous lesprëtresquiavaientprispsrtipourla neutralité et désigna particulièrement Huas. Malgré les efforts de celui-ci pour se justifier et ses protestaiions de BOumission àl'Ëglise (4), l'interdit futmaintenu.
(I) Doc-, p. 382.
{i) a no*. U08, Doc, p. 343.
l3) ChMD. UDÏT. Png. (Hôf. I, p. 18.)
(1) Lettre it l'orcbeTêque, Un d« 140S. Doc, p. 5.
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A rUniversité la querella était devenue aussitôt une lutte nationale entreles Coques dévouésà Vaclav et les Allemands partisans de Robert et de Grégoire XII. Ceux-ci n'atteudaieot qu'une occasion do prendre leurrevanchede 1384 et de 1390;ceux-l^ voulaient compléter leur victoire en enlevant i leurs adversaires les avantagea qu'ils devaient à l'organisation de l'Université et à sa division en quatre nations. Les Cëqaes demandèrent uue révision des statuts et le chaDg:ement d'une constitution qui assurait toujours la majorité aux étraugfers. Nous possédons encore sur les «vénements de 1409 un pamphlet qui traduit avec une verve singulière et une énergie remarquable les sentiments des Bohèmes (1). L'auteur, Jean de Jesenice, est animé delà même passion que Dalimil pour les droits de son peuple, et en uffeC, les temps et la forme seule avaient changé, la question était toujours la même: la Bohème serait-elle unedépendance de l'Allemagne? Abdiquerait-elle sa souveraineté, même au prix d'une domination apparente î N'avaitelle pas le droit d'être maîtresse d'elle-mâme, de décider de ses propres destinées?
Dieua voulu donner à chaque peuple soa royaume, qui n'appartient qu'à lui, dit Jean de Jesenice : en Bohême, il n'y avait jadis que des Bohèmes, les Bohèmes doivent donc jouir en liberté de leurs lois et de leurs droits, comme ils en jouissaient autrefois, et sans être troublés par les Allemands. Dieu a mis & la tête des nations son peuple fidèle, de mêmele roi deBohèmedoitmettre son peuple fidèle, la nation (3) bohème, à la tète et non à la queue: à elle la première et non la dernière place. La loi canonique et la loi civile sont d'accord sur ca point; c'est aux indigènes qu'appartient le gouvernement; c'est donc la nation bohème qui doit gouverner les nations étrangères, avoir une position prépoiidéraato : les autres,
(i) U a m publié pour la premiàra fois par M, Hôfler (II, p. 156-105) et '««diU plus correcte maot par Palocky (Documenta, p. 3^>-363). M. FaiMiy croit que l'auleur Sït Jean de Joseiiica et eu donne dea raUona qui iH puaiiMDt très vnussmbbbles. Cependant U. Jirecelc (RukoTCt' literatury f<^6|. rattribae ù Hais.
(^) U j a un peu de coarurion dans rargumentatioii à cause dea deux «eus que i'aat«ui donna au mat Dation : Peuple KlFraciion de rUniienitâ.
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elle peut les tolérer, mais ce ne wrnt pas lea héritiers et les possesseurs du royaume, ce sont des intrus, des esclaves ; il D'est pas bon, a dit le Christ, de prendre le pain des fila pour le donner aux chiens, la table doit être aerrle d'abord pour les ûls du royaume et les étrangers n'ont qu'à accepter humblement les miettes qui tombent du festin. N'était-ce pas Ib l'intention du glorieux fondateur de l'Université, l'empereur Charles? Il veut que les Bohèmes inritent les étran^rs, et maintenant les étrangers sont devenus les maîtres : ils font aux Bohèmes les honneurs de leur propre maison et retiennent les meilleurs bénéfices et la plus grande part de l'autorité. Scfindale sans exemple I Les Allemands voudraient-ils laisser les Bohèmes diriger les Uoiversités d'Heidelberg ou de Vienne ? Les Cèques ne le demandent pas ; mais pourquoi les Allemands seraient-ils plus favorisés à Prague f Encore, au commencement, lea Allemands pouvaient-ils objecter que les maîtres de leur nation étaient très nombreux et plus éclEiirés que les Bohèmes : ils en ont profité pour diviser l'Université à leur guise ; est-ce une raison pour condamner les Slaves et une perpétuelle sujétion ? Pourquoi ne pas leur appliquer les paroles de l'épître aux Qalates : Tant que le fils est jeune, il ne diffère pas de l'esclave, il est le maître, mais il est soumis h ses serviteurs jusqu'au temps fixé par le père, mais, quand ce temps est arrivé, tous doivent se soumettre à lui, il est le fils et l'héritier de par la loi divine ? Soit, au début, les Bohèmes étaient des enfants dans les sciences et leur ignorance les a rendue les esclaves des Allemands, mais c grâce à Dieu, les temps sont remplis, les professeurs bohèmes dépassent par leur nombre, leur érudition et leur science les docteurs allemands, ils ne sont plus les esclaves, mais les maîtres et les héritiers. Place donc, tuteurs qui n'avez cherché que votre avantage, place aux enfants de la maison, aux seuls possesseurs et qu'ils dominent dans les siècles des siècles, amen. »
Cette conclusion s'appuyait sur des faits incontestables et les changements survenus donnaient aux Cèques quelque droit de réclamer une part plus importante dans la
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direction de l'Universiié. Si le nombre des étudiants bohèmes n'était gaëre encore qu'un cinquième du chiffre total, plus d'un tiers des professeurs était Cèque : dans la faculté des arts, la plus nombreuse de toutes, nous connaia- Bons, de 13A4 à 1409, 155 professeurs : parmi eux, 44 sont Polonais, 31 Bavarois, 27 Saxons et 53 Bohèmes. Les progrès des Cèques s'accantuaient chaque année et la supériorité numérique des Allemands s'affaiblissait sans cesse, mais surtout ils avaient perdu toute supériorité intallectuelle et ils n'araient aucun nom à opposer aux noms illustres qui assurent à l'Université de Praffue une place si glorieuse dans l'histoire du XV' siècle.
Les Cèques profitèrent habilement de la situation et du mécontentement du roi, après le refus des nations étrangères de se rallier h la neutralité. La question était assez gtsva pour faire oublier les dissentiments qui s'étaient produits entre certains professeurs bohèmes. Jean Elle et André de Brod (1), tous deux fort hostiles h WioUf, se rapprochèrent de Huss et le prièrent d'user de son influence ^DS l'intérêt de sou peuple. Huss y consentit volontiers (2) et s'adressa à Nicolas de Prague, an des favoris du roi, qui lui promit son appui. Il semble d'ailleurs que dans les réunions privées où furent prises les décisions de la nation bohème, on ne fixa pas d'ane manière précise les demandes qua l'on présenterait au roi. On n'espérait guère et même 00 ne désirait que l'égalité des suffrages (3) ,
Les midtres cèques n'ignoraient pas que le roi était très mécontent de leurs querelles théologiques, dont le bruit commençait à être entendu au-delà dei frontières ; aussi avaient-ils choisi pour les représenter les docteurs les inoins suspects h l'Ëgllse tels que André de Brod et Jean Ëlie, ils crurent cependant nécessaire de leur adjoindre Huas. Vaclav était alora h Kutna Hora et il avait auprès de lui une ambassade française et une députation de l'Université de Paris qui le pressaient de se prononcer en faveur (1) Dbqs dM hoDUnea Iw pliu T«rtu«ux <U la nation bohime, dit it. HôAer. (t) Doc., p. 181.
(3) C'eiM-dire à»ux voix contre daox aux étitagen.
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des cardinaux. Cependant, il reçut fort bien les dépntéâ des trois nations étran^res de l'Université de Craque, leur promit de leur conserver leurs priviléfres et traita au contraire fort durement les Bohèmes et surtout E[uss : ■ Toi et ton ami Jérôme, lui dit-il, vous êtes des fauteurs de troubles. Si ceux dont c'est le devoir n'y mettent ordre, je vous feiai.bnller> (1], Les Bobëmos quittèrent la cour sans avoir rien obtenu et Huas désespéré tomba gravement malade. Mais k peine les Cèques étaîent-ila partis que les conseillers du roi prirent en main leur cause et trouvèrent des auxiliaires ardents dans les ambassadeurs, préoccupés de faire triompher à Prague le parti de la neutralité (2).
Cette intervention fut décisive et Huss fut aussitôt averti de ce revirement subit. Il était couché, André de Brod et Jean Ëlie étaient venus le voir et se tenaient devant son lit, tristes et pensifs : N'est-il pas juste, leur demanda-t-i), que nous ayons trois voix 1 — Plût b Dieu, répondirent les deux maîtres, mais nous ne pourrons jamais l'obtenir. Il vient d'arriver, reprit-il, un message du roi avec une lettre pour l'Université ; en voici la copie, lisez-la. Quand ils l'eurent tue, lia se réjouirent et se félicitèrent. ■ Je suis presque déjà mort, dit alors Huss ; si je ne me relève pas, je TOUS en prie, travaillez pour la justice et la délivrance de notre patrie > (3). Cette lettre était la copie du décret royal de Kutna Hoia (18 janvier 1409). Vaclav déclarait qu'il n'était pas juste que la nation allemande eût usurpé trois Toix tandis que les véritables maîtres du royaume n'eu
flJDoe. p. 181-U.
(8) L'ambutade fraofaua était coudoitâ pu le prieor de Salon, dtoi le dtoeàted'Ariee; HaHcopiBiuTladema&dedeCbriitiuidaPracluliceledUcoart da prienr ot il B étf pabUi pu Edfl«r (II, 174-187). Il «it fort long, pe> inUreMUit, lei diiaila hÎEioriqne* qu'il donne sont coantu par d'antre* Bonroe*. VaeU* l'éiait toujours montré bien diepoeé pour la France. Bf. Hôler a b&ti ti-deuuB tout un roman (Mag. Huw, p. 2U) : Vaclar élait le chef d'une hontaose intri^s welche, pour Itiquelle les Latins et les Slans ■'étaient unis contra l'Allemagne, a Considérée de haut et sans passion, c'était la plus funesta aUiancs qu'on pût concetoir : elle était le résultat de Iod^si négociations auLreprites et menées à bout, eotome dit l'empereur Robert, eomplétamant dans l'intérêt des Pranjais et d'après lour aris. ■
(3) Doc. p. 181.
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araieat qu'une et ordoDDBit qu'^raveDir les Cèqiies auraient trois voix et les Allemands une seulement (1).
De quel côté était le droit dans cette lutte univeraitaire ? Les ar^ments des Bohèmes se réduisaient en somme h. deux : la bulle de fondation de Charles ÎV ne fait nulle part mention de la division en quatre nations ; la prétention des étrangers de disposer de trois voix, postérieure à la création de rUoiTeraité, n'est donc qu'une vAritable usurpation ; elle ne repose sur aucun titre légat, c'est une simple coutume, qui n'a aucun caractère immuable. Bien plus, elle est contraire h la bulle de Charles IV. L'empereur n'a-t-il pas voulu en effet que l'Université de Prague ait les mêmes droits et les mêmes coutumes que l'Uuiversité de Paris, or h Paris les nationaux ont trois voix et les étrangers une seule.
Ces arguments, on ne saurait le contester, n'ont qu'une médiocre valeur. En effet, s'il est vrai que la bulle de fondation ne parlait pas de la division en 4 naUons, cette division n'en était pas moins presque contemporaine de la fondation de l'Université ; elle n'était donc pas une osorpation, mais la simple conséquence du développement naturel de l'Université et était déjà assez ancienne pour avoir force de loi. L'exemple de l'Univeraité de Paris n'était pas plus
(I) Doc. p. MT. Lm docmnsnU prouTant d'une manièM inconlaïublo l'itioits ralUÎOD dn décrat du 18 jiuitmf flt da la qufttioa df U nentralitft. < AptèiRToir SDUndu l'ambasand* ponr m rstirar d* l'oUdisnos dsi dans pipw, lai Bohême* j conaaaUnt, les aatre* nations Ataat d'an ^tU contnin, U ni de» Rovaalai et de Boh^e, le m^me jour, accorde giniraUBenwDt lea trois voix, comme eeU exista i l'Uoitenitâ de Puis.> (Chion. Unir. Pm^., Hôfl. I, p. i8-lS}. liai ripoosa* de Hussà Constance ne sont pssmoins ptécisas. Le 7 jaio, on l'aceuH d'avoir «ma né des troablos par ta* pridication* et d'avoir eaïuia 1& raina de l'UniTarsitA et l'eipnUion de* Alitmauds. a 11 répand « qne ce n'eit pas à cause de lui, mai* parce qu'ils n'nMSDt pas vonln accéder an déair do roi, renoncer k l'obédience d* OrtgMre XII et accepter U neatrallié que le roi, dan* *a iusliee, a accordé ■kôs T(âi à la nation BoUme », ce qui d'ailleor* était conforme à la Toloaté daranperauT Charles. (Documenta, p. 231-288). Cp. encore le rMt fort ioMiaplat d'ailleurs de* Slari letopisové (ancien* chroniqueur* Bohèmes, •cripL nr.Bobemic, III, année 140S. p. 10), il donne aneidéa aasai exacte du •MtimNit national : On pourait admettre la domination dai AUamanda à llJiÛTaTntj tant que le* Ciqne* n'étaient pa* aaaei arancéa pour la diriger wa-mémtt, mais muntenant que le* éléTei ont dépasaé leurs maîtres, il M|«ttt qiiQ t0( Bohèmes gouTement dans leur propn patrie.
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probant. En effet, cette dernière était divisée en quatre nations, Français, Picards, Normands et Anglais, et bien que la nation française edt autant d'étudiants à elle seule que les autres nations réunies, elle n'avait pourtant qu'une seule Toix comme elles (1). H tant chercher ailleurs que dans d'étroites considérations juridiques la justification du décret royal. Il était arrivé & Prague que les nations bavaroise, saxonne et polonaise, composées exclusivement ou en très grande majorité d'Allemands, avaient confondu leur action et leurs intérêts au point de ne plus former qu'un seul corps qui, avec le triple suffrage dont il disposait, écrasait complètement les Cèquea. Le» documents ne parlent plus de Bavarois, de Polonais et de Saxons, mais d'Allemands. Le sentiment national protestait contre cette domination étrangère et le décret royal fût salué dans tout le royaume avec un enthousiasme reconnaissant comme une victoire des Slaves sur les étrangers (2).
Le décret Inattendu de Vaclav produisit naturellement une très-vive irritation parmi les étrangers. Ils écrivirent au roi pour le supplier de les maintenir dans leurs anciens droits et essayèrent eu même temps d'agir sur l'oplnioa publique en organisant k Prague une grande manifestation. Les maîtres et étudiants allemands s'engagèrent par serment & quitter l'Université si le décret du 18 janvier n'était pas rapporté. Ils espéraient que les bourgeois de la Vieille-Ville interviendraient en leur faveur, aon-aeulement à cause de leurs sympathies allemandes, mais aussi à cause de leura Intérêts commerciaux. Mais les boui^feois, en partie d'ailleurs gagnés b la Réforme, étaient impuissants en &co de l'agitation nationale. Las églises retentissaient d'éloges du roi, le libérateur de la patrie; Dieu soit loué, s'écriait Huss, nous avons écarté les Allemands, nous avons atteint le but
(1) Cp. BulcMU (UI, «S8, 560, 61, 66, SM). Thuvot (Da l'organisation da r«iuaigi)«iiMnt de l'UniTeniCt ds Paris &n mo;en4g«, PuU 18S0).
(E) E Laa AUamands formùeut une coterie qui ne t'occupait qa'& chercher qneretle aux Bohemea.... De plus, leur opposilion âtroiie, avengLe à toute tentative de Rifonne, en GUsait le parti de l'obieurantisme. > Krammel, Hiit. Zeitaohrifl, lSff7, p. !7).
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que nous poursoivionB, nous Bommes victorieux (1). Nicolas de Lobkovlce, qui avait conseillé le décret, avait conquis nue popularité aussi subite que peu durable. L'agitation était telle qu'il eût été très difficile à Vaolav de revenir sur sa détermination, mais il ne paraît pas en avoir eu la moindre velléité. Nous connaisaons mal les négociations qui suivirent entre les maîtres étrangers et le conseil du roi ; nous savons seulement que Vaclav leur proposa l'égalité absolue ; les Allemands et les Cèques se succéderaient régulièrement dans toutes les fonctions universitaires (2). I^es étrangers ne voulurent abandonner aucun de leurs privilèges et proposèrent de créer une Université séparée pour lesCèqueB(3).
Cependant les cours étalent interrompus, les élections impossibles. Pour mettre an à cette situation sans issue, Yaclav nomma recteur Zdeoek de Labaun et Simon de Tisnov, doyen de la faculté de théologie. L'exécution de ces ordres fut confiée à Nicolas de Lobkovice. Nicolas convoqua tous les mfdtres de l'Université au Garolinum et arriva lui-môme avec les échevine de la Vieille-Ville et quelques hommes d'armes. Il somma les Allemands de se soumettre aux ordres du roi et, sur leur refus, enleva au vieux recteur HoDing de Baltenbagen les registres, les oléa et le sceau, puis il installa Zdenek et Simon : les Allemands quittèrent la salle en protestant (7 mai). Une plus longue résistance était désormais inutile, il ne leur restait plus qu'b tenir leur serment. Le 16 mai, ils quittèrent Prague en longues files, les uns à pied, d'autres h cheval ou en voiture- La plupart de ces émigrés se rendirent h, Leipzig où ils fondérent une nouvelle Université. Ce départ en masse parut au ni une trahison et il y répondit par deux décrets qui
(1] Dm, p. 183. DipMlUoD de Vaalav de Vodnad. H e«t probible que ce* piMlM M tarent pu prononcéM pftr Hn». BUeg sont rapportési par nn de ■M «DDemie dont de très graves nisoas permetteat de Boapgonaer jnstement U (ioairitd, mùi il sit eerlain que Uuse difendit tl toiu en ehure le déeret de VaebiT.
9) PklMk;, in. 1, 107.
(S) Documenta, p. 850.
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complétèrent le triomphe des Cèques : il nomma des Slaves aux places laissées vacantes h l'Université et dans les collèges (1) et ordonna qu'à l'avenir les recteurs et les doyens jureraient fidélité au roi et b. la nation l^ohéme. A la première élection qui suivit le départ des Allemands, Huas fut nommé recteur (2).
Les conséquences du décret du 18 janvier 1409 furent graves pour rÂllemag:ne, la Bohême et les réformateurs. Tous les étudiants ne se rendirent pas à Leipzig, beaucoup d'autres allèrent à Erfurth, Cologne, Heidelberg, etc., et accrurent la prospérité naissante de ces Universités. Aucune d'elles cependant n'acquit une assez grande importance pour que son action s'étendit sur l'Allemagne entière ; aucune ne reprit le rôle que Prague avait joué quelques années, d'une capitale scientiâque et littéraire. Leur influence resta provinciale, mais, loin de nuire au développement général de l'Allemagne, cette décentralisation intellectuelle, en créant sur divers points des centres actifs de travail et d'études, devint une des causes les plus sérieuses de ses progrès et imprima & sa civilisation un de ses traita les plus remarquables (3). Des siècles s'écoulèrent
(1) HÔfl., Il, p. 156.
(S) Il «tt fort dilEcile d'éraluar avec quelque priciaiOD Is nombre dei émigT««. PauL Zidek an 1470 la portail à 26,000 et H. Hôfler estime qu'il fut an moias de 20,000. Quelques écriTÙns ont même dit 40,000. M. Drobiach &u contraire essaie de prouver qu'en 1409, il n'j avait pas ù Prague plug de ÏQOO étudianta ; 2000 auraient quitti rUniverait^ (Beitrage eut StatUtik dsr Uuiv. Leipiig innerbalb der eraten 140 Jahre. — Travaux de la Socitté des tciencss de Leipzig;, 1849.) I! e»t absolumeot impossible d'admettre que les quatre cinquièmes des étudiants aient quitté U Bohfme, Les C^nas à eui •euLs formaient plus d'un dnquième et la* Poloatdi restèrent pretque tona. Les ebiffrss de Drobiach sont oerloinemeat trop faibles. Il croit qu'il n'j eût jamais à Prague plus de 3O0O AtitdîanU, ce qui ne peut plus être aouleau aujourd'hui. M. Tomek ivalue le nombre des âmiRrants à enviroo 5000 et il «st d'acord avec ^oeas Sylvius, (Hist. Boh. e, 35) qui raconte qud le premier jour £000 itudiaols partirent et qu'ilt furent suivis les jours suivaDt* par 3000 autre*. Peut-être ces chiffres sonl-ils ud peu trop élevés : il ne faut pas oublier en effet que la faculté de droit qui formait une Université séparée ne fut pas atteinte pa- cet événemenU et qu'aucun de ses éU*e* ne quitta la *ilie.
(3) Il ett probable que cette déceotralisation ne sera pins, dans un laps de temps invisible à déterminer mais asseï court, qu'un soutenir historique:
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avant qua les AUemanda s'aperçussent de ces heureux résultats ; ceux qui quittèreot Prague g-ardèrent au cœur la plus violente haine contre Huss et les Cèques, répandirent daaitout l'Occident les accusations et les calomnies les plus injustes et enflammèrent de leur colère les croisés qui essayèrent quelques années plus tard d'exécuter les ordres de l'Église.
L'Université de Prague perdit le caractère européen qu'avait voulu lui donner Charles IV. Ella devint une institution nationale et cèque. On a essayé de prouver qu'elle cessa dès lors d'être un foyer de lumière et de recherches, qu'elle se renferma dans la discussion de questions oiseuses et puériles et qu'elle ne retrouva jamais cet éclat littéraire dont elle avait brillé au XIV* siècle. Il 7 a là beaucoup d'injustice ; l'Université de Prague avait coQwrvé toutes ses forces vives, ses docteurs les plus illus* tns, elle produisit encore des hommes et des œuvres Temarqualiles. MalheureuBement, dans les époques troublées qui suivirent, les études s'arrêtèrent ou du moins se borne rent à la discussion abstraite et fatigante de certains problèmes théologiques. N'oublions pas d'ailleurs que sous la forme un peu étrange des controverses du XV* siècle se <%:hent les plus hautes et les plus difôciles questions qui n'ont pas cessé depuis de s'imposer à l'attention des penseurs et des philosophes. La transformation de l'Université de Prague n'est pas du reste un fait unique dans l'histoire : les autres Universités subirent des changements analogues. Ces grandes corporations, ouvertes au monde entier, ue convenaient qu'èi une époque où les nations n'avaient pas «Dcore conscience d'elles-mêmes, mais ofi une foi commune réuniseait sur les mêmes bancs les fils des peuples les plus dirers. A mesure que le patriotisme grandit, les Universités durent se transformer, revêtir une forme nouvelle; il n'y a
fniiipoUiiqae oe esra paasausinfluencaiurtavie tittérftiro «t le moaTem«Dt Ntdèjàuiu marqua pour inquiéter lesuTUiU d'Outre-Rhio. C«IU trantfor- ■uion ne ('accomplira mds doute eependaut qu'aTêc nus certaine lenteur P'xpUqacDl lea nnciena aonreni», lea tendanMa partieularisies de l'esprit *"eiDUd et lurtout les conditiens matirielleB de U Tia .
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rien de surprenant b ce que ce soit le paya où le sentiment national s'est le plus Tite développé qui ait précédé les autres dans cette voie.
Huas n'avait pas joué dans la lutte à propos des trois voix un rôle aussi prépondérant qu'on l'a cru longtemps, maïs la décision royale était un grand triomphe pour le parti de la Réforme, et, en même temps qu'il était victorieux à Prague, le concile de Piae nommait pape Alexandre Y. Il allait donc atteindre le but si longtemps poursuivi : les abus seraient corrigés, l'Église renaîtrait digne épouse du Christ. Les illusions furent courtes. Oe succès momentané de Huss exaspéra ses adversaires. La lutte va entrer désormais dans une phase nouvelle ; jusque-Uelle n'a été qu'une discussion entre égaux, Cèqiies et Allemands, réalistes et nominalistes, partisans et ennemis de la Réforme : aujourd'hui les nominalistea sont chassés, le réalisme domine et reste seul à l'Université, les novateurs ont le pouvoirdana leurs mains, qui les arrêtera?— L'autorité ecclésiastique. Huas va ae trouver en présence de l'archevêque d'abord, puis du pape et de l'Eglise entière réunie b Constance. Le combat réel va s'ouvrir.
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