CONCLUSION
Geneviève Ninus, à ses derniers moments, racontait qu'un soir, vers le commencement de sa maladie, comme elle était seule chez elle, un homme vêtu d'un costume qui annonçait mieux que l'aisance s'était présenté tout à coup et lui avait dit :
« Votre fils, qui ne vous a point oubliée, a voulu vous revoir une dernière fois. » Puis
cet homme lui avait imprimé respectueusement un baiser sur le front et s'était éloigné rapidement en lui disant encore :
« Bonne mère, n'accusez pas votre fils Hyacinthe d'être un ingrat.
— Mais, ajoutait la bonne femme, ce n'était peut-être qu'un rêve. »
On raconte qu'après la brillante et meurtrière affaire de Lutzen, le brave général Monvoisin, ayant à subir l'amputation d'une jambe, opération à la fois douloureuse et inutile, puisqu'il devait y succomber, dit à Napoléon, qui était venu lui donner des encouragements et lui témoigner ses regrets :
« Sire, je meurs pour vous; mais le sacrifice de ma vie je vous le devais; c'est une erreur que je paye, un crime que j'expie !
— Un crime ! répéta l'empereur.
— Oui, dit-il avec une sorte d'orgueil : un crime de lèse-majesté ! >
Ses yeux et ses lèvres se fermèrent en même temps.
Tous ceux qui entouraient le général expiré se regardaient avec surprise.
« Silence et respect, messieurs, dit Napoléon en levant son chapeau devant les restes de ce brave officier; nous n'avons pas à former de conjectures offensantes pour sa mémoire. Qui de nous peut savoir si c'est vraiment le cri de sa conscience ou si ce n'est pas plutôt le délire de la mort qui l'a fait parler? »