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IMPORTANCE DE L'EAU EN AGRICULTURE

les bords des rivières se couvrent de la plus riche vég-étalion. Dans le far-west américain, après les pluies de l'hiver, d'immenses troupeaux peuplent les plaines qu'elles ont fertilisées... et, quelques mois après, les mêmes terres, desséchées par les chaleurs de Fété, se refusent à nourrir le bétail, au point qu'il faut l'abattre ou le mener au loin vers des régions plus hospitalières.

Les ouvrag-es considérables entrepris pour étendre la culture par un meilleur emploi de l'eau attestent que Thomme en a dès les temps les plus reculés compris toute Timportance : le fameux lac Mœris en Egypte, les canaux qui sillonnaient la Mésopotamie, les jardins suspendus de Babylone, les digues colossales et les innombrables étangs de l'indoustan, les réseaux de rigoles qui répandaient la fertilité autour des cités opulentes comme Palmyre, Balbek^ Carthage... ne le cédaient en rien aux plus grands travaux de même ordre exécutés à notre époque, tels que les canaux d'irrigation de la région occidentale des Etats- Unis ou ceux dérivés du Gange dans l'Inde anglaise, le barrage du delta du Nil, la nouvelle digue d'Assouan, etc.

Combien de contrées^ aujourd'hui isolées et désertes, après avoir connu jadis de longues périodes de splendeur, ont dû en grande partie cette décadence à l'abandon du régime hydraulique qui leur avait valu tant de prospérité, à la destruction des ouvrages qui en constituaient les principaux organes et dont l'entretien a cessé à la suite des guerres, des invasions, des révolutions successives dont les diverses parties du monde ont été le théâtre ! Les vallées du Tigre et de l'Euphrate, la Phénicie, la Syrie presque tout entière, de vastes étendues en Egypte, dans Tancienne Numidie, en Grèce, en Espagne, en Sicile, dans le midi de l'Italie... etc.

Au contraire, les pays où l'art d'utiliser Feau pour la fertilisation des terres n'a pas cessé d'être en honneur, se sont maintenus dans un état constant de prospérité : la Chine, patrie classique des irrigations, où les souverains, les législateurs, les philosophes se sont évertués à les encourager, et qui nourrit, grâce à une production agricole extrêmement développée, une population extraordinairement dense ; l'Inde, où l'eau apparaît

INTRODUCTION

dans les livres sacrés comme le premier principe de la création, où des milliers de canaux sillonnaient déjà le territoire dix siècles avant Tère chrétienne, où les Ang-lais lors de la conquête trouvaient partout de vasU s bassins pour la mise en réserve des eaux d'arrosage; la Hollande, dont les industrieux habitants ont su faire d'une région plate, en grande partie au-dessous du niveau de la mer^ une des contrées les plus riches de l'Europe ; laLombardie, qui a tiré un si magnifique parti des eaux emmagasinées dans ses grands lacs au pied des Alpes.

Les limons, qu'entraînent les eaux courantes, sont eux-mêmes un élément de richesse agricole, qui va trop souvent se perdre sans utilité dans la mer et dont on devrait tirer plus souvent parti.

Que dire enfin de la force motrice naturelle que fournissent les cours d'eau, et dont une meilleure utilisation des chutes et des pentes, singulièrement favorisée de nosjours par les immenses et récents progrès de la mécanique et de l'électricité, va sans doute décupler les services ?

3. luflacnce de Teaa sur la vie urtiaine. — L'eau ne joue pas un moindre rôle dans les villes que dans les campagnes.

Agent de nutrition indispensable, elle est aussi nécessaire comme agent d'assainissement pour ces agglomérations, où la vie d'une multitude d'êtres humains sur un espace restreint ne tarde pas à créer des besoins spéciaux et impérieux. Si, d'une part, il importe qu'elle soit mise, aussi pure et aussi abondante que possible, à la portée de tous les habitants, de l'autre il faut qu'aussitôt après l'emploi, chargée désormais d'impuretés et de résidus de toute sorte, elle soit immédiatement évacuée loin des habitations, loin de la ville même, et mise hors d'état de nuire: il doit s'y établir en un mot une circulation continue de l'eau, comparable à celle du liquide vital, de la sève dans l'organisme végétal, du sang dans celui des animaux. « La garantie delà santé des agglomérations, dit M. Emile Trélat \ gît presque tout en-

(1) Génie civil, 9 juillet 1892.

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