INFLUENCE DE L'EAU SUR LA VIE URBAINE
tière dans la pureté de Teau bue et dans la quantité d'eau de nettoyage consommée ».
Ce rôle de l'eau dans les villes est chose si capitale que la facilité plus ou moins grande avec laquelle on se la procure influe sur leur création ou leur développement. Le plus souvent, c'est au bord des cours d'eau, ou dans les plaines humides recélant l'eau à faible profondeur, que se sont formées les agglomérations d'hommes qui sont devenues des villes. Et, quand d'autres considérations ont fait choisir des emplacements moins favorisés à ce point de vue, les agglomérations n'ont pu subsister ou grandir qu'à la condition de se procurer Feau nécessaire par des moyens artificiels. Paris, Londres, Rome, Berlin, Vienne, Pétersbourg sont situées sur les rives d'importants cours d'eau; Versailles, créée sur un plateau desséché par la volonté d'un LouisXI V, a exigé l'exécution de travaux d'amenée d'eau véritablement gigantesques pour l'époque etn'ajamais pris en dépit de ces travaux un bien grand développement ; New-York^ fondée dans une île étroite baignée par la mer, ne serait certainement pas devenue la métropole des Etats-Unis sans la dérivation qui, dès 4843, lui amenait l'eau abondante de la vallée du Groton.
Suivant la judicieuse remarque de Couche \ Londres n'a pu s'étendre à Torigine que sur les bords immédiats de la Tamise^ et il a fallu l'apparition de la machine à vapeur au xvui^ siècle et ses perfectionnements successifs pour permettre à la ville de se développer de part et d'autre du fleuve, vers le nord principalement, en gravissant les coteaux argileux que l'absence d'eau lui interdisait d'abord. Peut-être Rome a-t-elle du en partie sa grandeur aux précieuses ressources qu'elle a trouvées dans l'Apennin pour satisfaire par de larges amenées d'eau aux exigences de ses habitants.
L'importance de l'eau pour les villes est attestée d'autre part dans tous les pays par les travaux considérables auxquels la fourniture de l'eau potable a donné lieu dès les temps anciens. Souvent les ouvrages ont pris des proportions si grandioses qu'ils ont survécu aux monuments les plus célèbres et marquent seuls
(1) Les eaux de Londres et d'Amsterdam, 1883.
INTRODUCTION
les traces d'une civilisation disparue : tels les puits d'Héliopolis et d'Ephèse, le siphon récemment découvert de l'antique citadelle de Pergame, les citernes de Carlhage, etc. et ces aqueducs gigantesques dont on retrouve les restes épars dans toute l'étendue du monde romain. Citons en France l'aqueduc de Nîmes avec le fameux pont du Gard, l'aqueduc d'Arcueil qui alimentait les thermes de Lutèce et dont les substructions supportent à la traversée de la vallée de la Bièvre les arcades de la Vanne ; en Espagne, les aqueducs de Ségovie, Tarragone, Lérida, etc. ; et dans la campagne romaine ces longues lignes d'arcades, restes imposants des aqueducs de l'ancienne Rome, dont Frontin, au temps de Trajan, évaluait le développement à 443 kilomètres et le débit à 1.000.000 de mètres cubes par jour.
Abandonnés après l'invasion des barbares, repris seulement au moyen-âge par les Maures d'Espagne et les Vénitiens au point de vue de l'irrigation des terres, les grands travaux d'amenée d'eau n'ont reparu il est vrai que dans la période moderne : mais de nos jours ils ont donné lieu à des ouvrages qui rivalisent avec ceux de l'antiquité et l'emportent même par leurs dimensions et leur hardiesse. Le canal de l'Ourcq à Paris, celui de la Durance à Marseille, les aqueducs du Croton à New-York, du Loch Katrine à Glasgow, les dérivations de la Dhuis, de la Vanne, de TAvre, du Loing, à Paris, celle des sources du Semmering à Vienne sont de véritables rivières artificielles, puisque le canal delà Durance débite jusqu'à 14 mètres cubes par seconde et que l'aqueduc de la Vanne n'a pas moins de 170 kilomètres de longueur. D'immenses lacs-réservoirs ont été créés par le barrage des vallées du Croton, du Furens, delà Gileppe, delà Virnwy ... pour l'alimentation des villes de New- York, Saint-Etienne, Verviers, Liverpool... grâce à l'établissement d'énormes digues en maçonnerie qui supportent des masses d'eau atteignant jusqu'à 60 mètres de hauteur.
Non moins utiles, mais moins développés dans l'antiquité — bien qu'on fasse remonter au règne de Tarquin l'Ancien l'existence de la Cloaca Maxima à Rome — les ouvrages destinés à l'évacuation des eaux, remis en honneur par Thygiène moderne, ont repris depuis un demi-siècle une importance et une extension