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CHAPITRE XVI

LIMONAGES ET COLMATAGES

dépôts; il ne reste plus qu'à les incorporer par un labour au sol naturel, dès qu'il est suffisamment asséché. Toutes ces opérations supposent évidemment que la surface n'est ni couverte de récoltes ni ensemencée; on les efTectue donc en automne ou en hiver et Ton peut ensuite faire les semailles de printemps. Le système de Tinfiltration convient aussi aux limonages : les dépôts, au lieu de recouvrir la surface du sol, se forment alors sur le fond et les parois des rigoles, et s'incorporent à la terre par des labours profonds, qui pénètrent plus avant que les rigoles dans l'épaisseur de la couche arable. Lorsqu'on opère sur un terrain en pente par déversement superficiel, on peut obtenir encore le dépôt au moins partiel des limons, à la seule condition de tenir les vitesses d'écoulement dans des limites convenables.

Lors donc qu'on a des terres aménagées pour l'irrigation on peut profiter, durant la période hivernale, des mêmes ouvrages qui ont servi à y distribuer durant l'été les eaux destinées à entretenir la fraîcheur, pour y épandre les eaux de même provenance devenues limoneuses par Fetfetdes crues et les employer à la fertilisation du sol en vue de la récolte suivante, réalisant de la sorte, presque sans frais supplémentaires, une double utilisation. Dans beaucoup de régions, et surtout pour les prairies permanentes, on prolonge ainsi l'emploi de l'eau durant la presque totalité de l'année ; et aux irrigations proprement dites succèdent insensiblement les arrosages fertilisants et les limonages, qu'il faut seulement interrompre pendant les gelées.

Cette pratique s'impose dans les champs irrigués au moyen des eaux d'égout des villes, puisque les nécessités de l'assainissement obligent à en poursuivre l'épuration sans discontinuité ; en hiver, pendant l'interruption forcée de la végétation, on utilise l'efflux urbain en limonages. A Berlin on dispose à cet effet des bassins de submersion ; dans les champs irrig ués de la ville de Paris on préfère procéder, hiver comme été, par infiltration seulement ; mais le résultat est le même dans les deux cas : les matières fertilisanlesen suspensiondans les eaux se déposentsoitsur la surface totale, soit sur les parois des rigoles, et s'accumulent peu à peu, jusqu'à ce que les labours de printemps viennent incorporer à la terre ce précieux et abondant engrais*

Il est à .recommander, quand on procède par submersion ou déversement^ de régulariser au préalable la surface du sol, d'en faire disparaître les petites buttes ou les trous, de manière que le dépôt limoneux se fasse partout en une pellicule continue et d'égale épaisseur. Si le sol est gazonné, on peut néanmoins pendant l'hiver prolonger les limonages durant plusieurs semaines consécutives sans interruption ni repos ; on peut aussi sans inconvénient les continuer au printemps, pourvu qu'on prenne soin d'assurer l'aération du sol par une intermittence convenable, en partageant par exemple la surface totale en plusieurs parties qu'on arrose successivement, et aussi de régler l'écoulement de manière à limiter Tépaisseiir de la nappe d'eau, afin de baigner le moins possible les tiges et de ne point salir les parties feuillues : moyennant ces précautions, on voit en général l'herbe acquérir une vigueur remarquable, et, tandis que l'eau s'écoule clarifiée, le produit des prés éprouve un accroissement sensible.

Parmi les plus heureuses applications du limonage en France, il convient de signaler les magnifiques prairies créées à partir de 1823, dans la vallée de la Moselle^ sur une étendue de 800 hectares entre Epinal et Charmes, par l'emploi systématique des eaux troubles de cette rivière à la transformation de grèves stériles et sans valeur.

1^8. €®S*Matages. — L'exhaussement pur et simple du sol étant Fobjet principal sinon unique des colmatages^ la nature des dépôts au moyen desquels on parvient à ce résultat est à peu près indifférente ; on cherche surtout à les obtenir abondants et rapides. Par suite, au lieu de se restreindre à l'utilisation des matières ténues, riches en substances fertilisantes, que contiennent les eaux troubles des crues ordinaires ou les eaux de surface dans les grandes crues, comme on le fait pour les limonages^ admet-on de préférence, pour les colmatages, surtout au début, les matériaux plus grossiers et généralement inertes, graviers et sables, qu'entraînent alors en plus ou moins grande quantité les eaux de fond, dans les rivières torrentielles. Afin de recevoir au passage ces matériaux, on fait dans les berges des coupures profondes, par où l'on détourne une partie des eaux, pour les diriger sur les

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