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CHAPITRE XVI

LIMONAGES ET COLMATAGES

terrains bas dont on projette le relèvement : en beaucoup de cas, on n'obtient de la sorte, chaque année, qu'un dépôt de quelques centimètres, et l'opération exige par suite un temps assez long- ; par contre, certains cours d'eau charrient des masses telles de graviers qu'ils permettent de réaliser des exhaussements considérables dans un délai relativement court ; c'est ainsi que le Var, par exemple, a donné des relèvements atteignant 0 m. 20 en un an.

Tantôt on procède par intermittence, tantôt par voie d'écoulement continu. La première de ces deux méthodes comporte une série d'opérations alternantes d'amenée et d'évacuation de l'eau, dans l'intervalle desquelles on la laisse au repos^ juste assez pour déterminer une décantation suffisante et retenir la majeure partie des matières en suspension : au début, on les renouvelle plus souvent, parce que les matériaux les plus grossiers, qui se déposent les premiers, sont aussi ceux qui procurent le relèvement le plus rapide ; vers la fin, au contraire, on les espace assez pour que les eaux déposent également les matières plus ténues et plus fertiles, qui tendent à constituer une couche superficielle de terre arable, à la fois plus facile à travailler et plus féconde ; dans les deux cas, pour en réduire le nombre, on admet à chaque opération une tranche d'eau aussi épaisse et aussi chargée que possible. L'autre, procédé consiste à faire passer l'eau trouble sans interruption, mais lentement et avec une régularité parfaite, sur les surfaces à colmater, en ayant soin de provoquer, dès l'arrivée, un ralentissement brusque, destiné à favoriser le dépôt immédiat des matières en suspension, et de réaliser à l'autre extrémité — sans qu'il puisse se produire de courant direct entre les orifices d'entrée et de sortie — un écoulement superficiel à vitesse très réduite : l'épaisseur de la tranche d'eau peut sans inconvénient être moindre dans le second cas que dans le premier; il convient cependant de ne pas descendre au-dessous d'une certaine limite^ variable avec les circonstances locales, et qu'on peut fixer moyennement à 0 m. 50, valeur au dessous de laquelle réchauffement du sol parles rayons solaires serait à craindrCjainsi que le développement des herbes aquatiques et la fermentation putride des matières organiques, qui seraient autant de menaces pour la salubrité de la région environnante. La méthode par intermittence convient

particulièrement aux terrains plats, parmi lesquels se rangent presque toujours les marécages, les tourbières, les landes, les plages d'alluvion, c'est-à-dire la plupart des terres à colmater; elle ne s'applique pas aisément aux sols déclives, dont elle exigerait tout au moins la division en parcelles étagées de faible longueur, où l'on devrait opérer successivement. L'écoulement continu peut s'appliquer au contraire à toutes les dispositions quelconques des terrains à colmater; et, comme il supprime les opérations de remplissage et d'évacuation, qui se répètent fréquemment dans l'autre procédé, on y trouve assez souvent une économie sérieuse de main-d'œuvre et de temps.

Il n'est pas nécessaire de recourir à un terrassement général ou tout au moins à une régularisation systématique de la surface des terres, préalablement aux opérations de colmatage^ comme on le fait avant les limonages ; les inégalités préexistantes du relief du sol ne tardent pas en effet à s'effacer par suite du nivellement que produisent des dépôts successifs dont l'épaisseur est d'ailleurs notable ; on ne s'en préoccupe qu'au moment de la mise en culture, et alors il ne reste le plus souvent que peu de chose à faire.

199. Dispositions générales des onTi*age«. — Le terrain à colmater est d'ordinaire divisé en plusieurs bassins^ où l'eau est introduite soit successivement en passant d'un bassin à l'autre, soit isolément et par des voies distinctes. Le second mode donne

lieu à un développement de digues plus considérable et à une plus grande multiplicité d'ouvrages, mais par contre il permet de procéder en toute liberté pour chacun des bassins, en y réalisant les conditions jugées les meilleures; tandis que l'autre disposition, rendant les bassins solidaires les uns des autres, a pour

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