Caractère dte» ai^sainijssementit agricoleiSo — Les
terres humides peuvent être asséchées et rendues propres à la culture par simple assainissement agricole, quand il suffit d'y établir un réseau de fossés ou rigoles d'égouttement aboutissant aux émissaires naturels de la région et d'améliorer l'écoulement des eaux dans ces émissaires.
Le caractère distinctif des opérations qui rentrent dans cette définition est, en conséquence, de ne pas comporter d'ouvrages d'art importants. L'étude n'en est pas moins fort délicate souvent, et il faut parfois de longues et patientes recherches, des tâtonnements successifs, des essais réitérés, pour découvrir le système qui s'adapte le mieux aux circonstances, sans entraîner de dépenses hors de proportion avec l'objet qu'on se propose d'atteindre. Aussi ne saurait-on tracer de règles générales pour la solution du problème : dans chaque cas particulier il soulève des difficultés spéciales, dont on ne parvient bien des fois à triompher qu'après des efforts nombreux et plus d'un échec partiel. C'est alors sans doute une besogne ingrate et qui ne trouve que tardivement sa récompense dans les résultats obtenus : il est vrai que
ces résultats peuvent être d'une importance capitale pour la prospérité du pays et sa richesse agricole, au point de faire ressortir un singulier contraste avec la simplicité des moyens mis en œuvre et la modicité des sacrifices consenlis.
A litre d'exemple on peut citer l'assèchement des prairies humides de certaines parties de l'Angleterre et de l'Ecosse, qui a été obtenu en traçant sur les pentes des rigoles presque horizontales, destinées à recueillir au passage les eaux de ruissellement et à les diriger rapidement vers un canal d'évacuation, établi d'ordinaire suivant une ligne de plus grande pente : ces rigoles y ont reçu le nom de sheep drains, parce qu'elles ont pour effet de favoriser le pâturage par les bêtes ovines, antérieurement exposées à une humidité malsaine.
Un procédé analogue a procuré à peu de frais (60 à 120 francs par hectare) Tégouttement des eaux dans ces immenses plaines des environs de Bologne, en Italie, où la culture souffrait autrefois de leur stagnation, conséquence de la très faible déclivité du sol. Il a suffi, pour les améliorer, d'ouvrir des rigoles d'assèchement dans Taxe de larges chemins, disposés à un niveau un peu
inférieur à celui du sol et susceptibles de former lit majeur à l'époque des pluies, puis des canaux généraux de grande section qui reçoivent à leur tour le débit de ces rigoles ; les terres en culture sont disposées en planches, séparées par des raies de labour normales aux chemins et conduisant aux rigoles les eaux surabondantes; les raies occupent peu d'espace et se déplacent fréquemment, et le produit de l'herbe qui pousse sur les chemins, grâce à la fraîcheur entretenue par les débordements périodiques des rigoles principales, compense largement la réduction de surface qui est résultée de rétablissement des rigoles et des canaux. Le pays est devenu par ce moyen d'une fertilité remarquable.
En Algérie, notamment dans la plaine de l'Habra, on a complété l'effet des ouvrages destinés à favoriser l'évacuation des eaux par la plantation à' eucalyptus^ arbre à pousse rapide, qui
en deux ans y atteint 6 mètres de hauteur et 0 m. 30 de diamètre^ et auquel on attribue une faculté d'évaporation et des propriétés fébrifuges qui en feraient un précieux auxiliaire pour l'amélioration des contrées marécageuses.
Des opérations de ce genre peuvent être entreprises aisément par des particuliers dans des domaines d'étendue restreinte, sauf à varier les dispositions suivant les circonstances. Mais souvent il y a grand avantage à procéder par voie d'ensemble : les travaux appellent alors l'intervention des administrations publiques ou la formation d'associations syndicales, comme pour les dessèchements. Bien des assainissements agricoles ont été jadis exécutés en France en vertu de concessions ou de privilèges octroyés par les seigneurs ou par le pouvoir royal ; et l'Association pour le dessèchement des lacs et marais, qui s'était formée au xvn*^ siècle sous les auspices de Henri IV, en compte beaucoup à son actif. Des régions entières ont été transformées de la sorte au xix^ siècle : il convient de décrire les moyens employés pour quelquesunes au grand profit de notre agriculture nationale.
141. Grandis travaux. d'assainiisisciucBit. — La vaste plaine du Forez, dont l'étendue est de 62.000 hectares, et qui occupe les deux rives de la Loire entre les monts du Forez et du Beaujolais et les plateaux de Neuflize et de Saint-Etienne, était autrefois très insalubre, par suite de la stagnation générale des eaux sur un sol imperméable, à déclivité extrêmement faible (0 m. 00125 par mètre), et de l'existence de nombreux étangs artificiels, qu'on mettait alternativement en eau pendant deux ans et en culture pendant une égale durée. Dès 1825 le Conseil général du département de la Loire s'était ému de cet état de choses ; mais c'est , seulement en 1857 qu'une décision ministérielle, en date du 6 juin, a tracé le programme des travaux à entreprendre : curage des cours d'eau et fossés, ouverture de canaux d'écoulement, suppression des étangs insalubres. Le périmètre devait être divisé en neuf bassins, dont quatre sur la rive droite de la Loire et cinq sur la rive gauche, plus étendue et plus insalubre, pour être assainis successivement par l'intervention de syndicats, en application des articles 35, 36 et 37 de la loi du 16 septembre 1807-
Quatre de ces syndicats ont été constitués pour trois bassins de la rive gauche (La Mare, Vizézy, Onzon) et un de la rive droite
(Loise) : celui de la Mare, qui remonte au 7 décembre 1859 et comprend 45 communes, a entrepris la transformation de 43.212 hectares ; celui du Vizézy,qui s'est formé le 47 février 4866, intéresse 40 communes et 7.772 hectares ; celui de la Loise (4.943 hectares) date du 9 juillet 4884 et celui de l'Onzon (6.600 hectares) du 17 août 4885. Les travaux ont consisté principalement dans l'ouverture de fossés et canaux, dont le plafond est tenu à 1 mètre au moins en contrebas des points les plus déprimés du sol, et qui sont tracés de manière à éviter de trop grands déblais, en interposant au besoin de petites chutes maçonnées. La fièvre paludéenne a diminué à la suite de ces travaux dans une très forte proportion ; les inondations, qui se produisaient autrefois pendant plusieurs semaines chaque année, ont presque disparu ; et la