CHAPITRE XVIII
culture, favorisée sur quelques points par des irrigations grâce à la création du canal du Forez, a si bien progressé que la plusvalue des terres est évaluée en moyenne à 300 francs par hectare, couvrant jusqu'à huit et dix fois le montant des dépenses.
Les Landes de Gascogne, dont la superficie atteint 800.000 hectares, et qui couvrent tout le pays compris entre la cote de l'Océan, la Garonne et l'Adour, formaient, avant les travaux d'assainissement, une immense plaine, presque totalement dépourvue d'écoulement vers la mer, à cause de la présence de la ligne des dunes ; couverte d'eau en hiver, desséchée et aride en été, cette plaine ne se prêtait à aucune culture; et, malgré la douceur du climat, la population très clairsemée qui y vivait misérablement, sans autre ressource que la garde de maigres troupeaux conduits au pacage à travers les flaques d'eau par des bergers montés sur des échasses, souffrait des fièvres paludéennes et d'une maladie spéciale à la région, la pellagre. Plusieurs tentatives d'amélioration avaient échoué, quand un ingénieur des ponts et chaussées, M. Chambrelent, réussit à opérer sans trop de frais la mise en valeur d'un domaine privé de 500 hectares situé au sud de Bordeaux : ce fut le point de départ de l'assainissement général qui ne tarda pas à être entrepris par les mêmes procédés, dont la pratique avait démontré l'efficacité remarquable. La loi du 19 juin 1857 en vint réglementer l'application systématique aux 292.000 hectares de landes appartenant aux 162 communes : les travaux, entrepris par l'Etat et confiés à Tauteur même du procédé mis en œuvre, ont été menés si rapidement que Tassainissement proprement dit pouvait être considéré comme terminé dès 1865 ; ils ont été exécutés aux frais des communes, sans qu'elles aient eu besoin de recourir aux avances que l'Etat leur offrait, grâce à Taliénation d'une partie de leurs terres, qui^ à raison de 65 francs l'hectare en moyenne, a produit 13 millions ; la mise en valeur des terres assainies, par la plantation de pins, a été plus lente, mais les particuliers y contribuent et la valeur forestière ainsi créée augmente chaque année, atteignant déjà 300 à 400 millions de francs. L'opération a été largement fructueuse, puisque la valeur moyenne de Thectare s'est élevée à 270 francs^ tandis que la dépense des travaux d'assainissement est ressortie
à 5 fr.40 seulement ; et, au point de vue de la salubrité, le résultat a été merveilleux, puisqu'aujourd'hui la rég^ion est une des plus saines de la France. L'Etat n'a eu à supporter que les dépenses de construction d'un réseau de routes agricoles et celles des travaux qui ont été exécutés pour l'évacuation finale des eaux vers la mer. Le mode d'assainissement auquel on a eu recours, approprié à la nature du sol, qui est composé d'une couche mince de sable blanchâtre, ferrugineux et sans calcaire ni argile, de 0 m. 30 à 0 m. 50 d'épaisseur, au-dessous de laquelle règne une deuxième couche imperméable (alios), d'aspect rougeâtre et compacte, formée par l'agglutination du sable et de sels de fer en présence de matières végétales décomposées, et qui repose elle-même sur une masse de sable lin de profondeur indéfinie, a consisté dans l'ouverture de fossés traversant la première couche
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et pénétrant dans l'alios : ces fossés forment un réseau de 2.200 kilomètres de développement, qui recueille les eaux de superficie,
autrefois stagnantes dans ce pays si plat qu'il a été difficile d'y déterminer les lignes de partage des eaux entre les bassins de la Garonne et de TAdour et celui de la Leyre, affluent du bassin d'Arcachon ; profonds de 0 m. 50 à 0 m. 60, ils n'ont pu recevoir en général qu'une pente de 0,001 à 0,003 ; les principales artères ont été dirigées soit vers la Leyre, soit vers les étangs qui existent en arrière du cordon des dunes, auxquels il a fallu créer des débouchés, au sud par l'ouverture de chenaux à travers les monticules de sables en utilisant l'effet du vent, au nord par le creusement de canaux les reliant entre eux et aboutissant d^une part à la Gironde, de l'autre au bassin d'Arcachon. Un travail accessoire, qui a eu sur la salubrité publique une influence considérable, a consisté dans l'établissement de puits descendus dans la nappe des sables inférieurs à l'alios, qui ont procuré aux habitants l'eau potable et saine dont ils manquaient totalement auparavant. Les Landes fournissent assurément un magnifique exemple de ce que peut l'industrie de l'homme pour réaliser, avec des moyens simples et peu coûteux, la transformation absolue d'une contrée insalubre et stérile ; le nom de Ghambrelent, mort en 1893 inspecteur général et membre de l'Institut, mérite d'y rester attaché.
Un autre exemple fort intéressant est fourni par le plateau de