CHAPITRE XVIII
giieur des drains élémentaires, on doit s'arranger pour qu'ils écoulent les eaux par la voie la plus courte et la plus rapide. La jonction des petits drains avec les collecteurs doit se faire dans le sens de Técoulement, et sous un ang-le aigu, aussi rapproché que possible de 60"^; si quelque circonstance ne permet pas dé remplir cette condition, et si la rencontre se présente sous v un angle obtus, le raccordement se fait alors par un pan coupé ou par un polygone et l'on a soin de donner aux tuyaux une pente un peu plus prononcée. Souvent il y a lieu de comparer entre elles plusieurs dispositions d'ensemble, telle de
ces dispositions pouvant être plus avantageuse que telle autre, au point de vue du développement total des drains, et par suite plus économique. Il convient d'observer qu'il est inutile de prolonger les drains jusqu'aux limites de la surface à assainir; on peut les arrêter à une distance égale au demi-écartement, ou tout au moins à trois mètres.
Certains ouvrages doivent être prévus dans tout projet de drainage; des regards à l'intersection des collecteurs principaux, pour en surveiller le fonctionnement, des bouches à l'extrémité de ces collecteurs, pour le déversement des eaux dans l'émissaire... D'autres sont rendus nécessaires par des circonstances spéciales, par exemple des pierrées de protection, quand des drains doivent être placés trop près de certains arbres dont on aurait à redouter les racines, des drains de ceinture^ pour intercepter les eaux venant des fonds supérieurs, des garnitures étanches sous les fossés des chemins traversés, des bornes-repères^ etc.
145. TTravaHx dï'aitiagc. — Quand on passe à l'exécution, la première opération consiste à reporter sur le sol les lignes du projet : chaque drain est marqué par des piquets espa-
cés entre eux d'une cinquantaine de mètres et placés parallèlement à Taxe, sur l'un des côtés, à 0 m. 50 environ de distance. On ouvre ensuite la tranchée, en s'efForçant d'en raidir autant que possible les talus, afin de réduire la masse déterre à remuer, et aussi d'obtenir des parois bien régulières: à cet effet, l'équipe
, , d'ouvriers est munie d'outilsspé-
^/ ciaux, sortes de bêches de lon-
gueurs décroissantes de 0m.30 à 0 m. 06, au moyen desquels on j enlève la terre, par couches successives, sans pénétrer dans la tranchée, dont l'ouverture étroite y ; ; ne s'y prêterait pas; pour déter-
li-i miner l'enfoncement des deux derniers, les ouvriers, pourvus de guêtres en cuir et de semelles en fer, appuient sur une pédale adaptée au manche ; des pioches, des pics, servent à enlever les souches, les racines, les pierres. Dans les terrains humides, on laisse le sol s'égoutter entre deux passages ; dans les terrains ébouleux, on est parfois obligé de recourir à quelques boisages, qu'on s'efforce de réduire, afin de ne pas augmenter la dépense.
On règle ensuite les surfaces, au moyen de dragues plates ou de gouges rondes, de manière à nettoyer parfaitement la tranchée et à la dresser suivant la forme même des tuyaux qu'elle doit recevoir, non sans vérifier la section, à l'aide d'un gabarit, la pente, au moyen de nivelettes. Le travail s^exécute de l'aval vers l'amont, de manière à pouvoir se débarrasser par simple écoulement de l'eau rencontrée dans la tranchée.
On procède ensuite à la pose des tuyaux, qui ont été préalablement disposés en tas au voisinage des tranchées et qu'on distribue régulièrement sur l'un des bords au moyen de civières. L'ouvrier poseur est armé d'une broche à long manche, au moyen de laquelle il prend chaque tuvau et le descend au fond de la tranchée, en
ayant soin de Tamener exactement au contact du précédent, et en avançant de l'amont vers l'aval, de manière qu'il ne coule que de l'eau claire sans entraînement de terre dans les tuyaux. Le raccordement d'un drain élémentaire avec le collecteur se fait de préférence en prolongeant le drain au-dessus du collecteur, en découpant dans Tun et l'autre, à l'aide d'un marteau à pointe, des ouvertures correspondantes, et, àTaide d'un tampon d'argile, on obture l'extrémité libre du drain. On a soin d'ailleurs d'alterner ces raccordements, de manière que deux drains n'aboutissent pas vis-à-vis l'un de l'autre, produisant deux courants opposés qui se gêneraient mutuellement. Le remblai se fait par petites couches de 0 m. 15 à 0 m. 30, bien pilonnées, en réservant pour le dessus la terre végétale ou les mottes de gazon et ménageant un léger bombement, destiné à parer au tassement ultérieur.
Les regards s'exécutent en bois, en maçonnerie ou en poterie : dans ce dernier cas, ils se composent de deux ou trois gros tuyaux superposés, avec une pierre plate audessous et une dalle par-dessus ; les drains qui y aboutissent doivent présenter une légère saillie sur le paroi, de manière que l'eau, en tombant, produise un bruit qui révèle leur fonctionnement : des dépôts se produisent fréquemment dans les regards et nécessitent des nettoyages périodiques.
Les bouches doivent être solides, peu exposées aux engorgements et défendues contre la gelée, les atteintes des bestiaux, la pénétration des petits animaux : à cet effet on termine souvent le collecteur principal par une buse en bois ou un tuyau en fonte, faisant saillie sur le talus du canal qui sert d'émissaire et taillé en biseau en sens inverse de ce talus; d'autres fois, le collecteur débouche dans une niche deprotection; fréquemment il est défendu par une grille fixe ou mobile ; un clapet à charnière, légèrement incliné, est employé dans le cas où il est
exposé au reflux de Fémissaire en hautes eaux ; toutes ces dispositions sont coûteuses, et il est à recommander en conséquence de restreindre le plus possible le nombre des embouchures.
Le prix des drainages varie nécessairement avec les circonstances très diverses qu'on rencontre dans la pratique : cependant on peut admettre que, dans les conditions les plus usuelles, les drains élémentaires reviennent de 0 fr. 50 à 0 fr. 70 le mètre courant, et que la dépense à Thectare varie de 250 à 500 fr.
Un drainage bien fait dure fort longtemps et n'exige que peu de soins ou de réparations : il suppose des tuyaux de bonne qualité, bien choisis, ni courbes, ni ovalisés, une pose soignée, des ouvrages accessoires bien compris et suffisants. Pi. défaut de ces précautions, des obstructions se produisent, soit par pénétration de racines, soit par développement de conferves ou algues, soit par dépôt de matières entraînées, argile, sable fin, calcaire, substances ferrugineuses : elles sont plus à redouter dans les drains où Teau coule constamment que dans ceux dont le fonctionnement est intermittent, parce que, dans ces derniers, les racines pourrissent et, au moment des forts débits, il y a entraînement des dépôts. Il est bon d'exercer une surveillance attentive, pour prévenir ces obstructions, les localiser s'il s'en révèle, y remédier si possible : on en a raison, dans bien des cas, en faisant passer entre deux regards une chaîne munie d'outils appropriés.
L'action du drainage détermine, plus ou moins vite suivant les cas, une augmentation sensible des produits, parfois très marquée dès le début et un peu moindre par la suite, mais toujours notable, et qui, d'après les nombreuses constatations de l'expérience, peut varier de 13 à 200 p. 100. Le profit peut donc être très considérable; la dépense a été parfois compensée par le bénéfice obtenu sur une ou deux récoltes, et, dans nombre de cas, il atteint 20 à 50 p. 100 du capital déboursé. En outre, l'eau récoltée par les drains, résultant d'un filtrage à travers le sol, est presque toujours de bonne qualité et peut servir à Talimentation : lorsqu'elle est abondante;, comme elle contient souvent des nitrates, elle peut aussi être utilisée pour la fertilisation de quelques parcelles dans la partie inférieure du domaine, l'établissement de prés ou de cressonnières, etc.
146. I9i*ainage$ài spéciauiK. — Les circonstances topographiques ou géologiques conduisent parfois à donner aux drainages des dispositions particulières, assez différentes de celles qui sont adoptées dans le cas général, en même temps plus simples et plus économiques. Lorsqu'il se rencontre, par exemple, que la terre à drainer recouvre une couche imperméable présentant des ondulations marquées, on peut obtenir des résultats considérables avec un petit nombre de drains bien placés, soit dans les thalwegs des vallonnements souterrains^ soit transversalement à un seuil imperméable formant barrage qui s'oppose à l'écoulement des eaux phréatiques. Une opération de ce dernier genre a permis à Belgrand d'obtenir^avec des moyens peu nombreux et très simplifiés, l'abaissement de la nappe souterraine dans la plaine de Gcnnevilliers, où les premières irrigations au moyen des eaux d'égout de Paris en avaient provoqué une montée très sensible : ayant observé en effet que la presqu'île se compose d'un plateau central d^alluvions anciennes de la Seine de nature
graveleuse, très perméable et entouré de toutes parts, vers la
rive, d'un bourrelet de dépôts limoneux modernes, infiniment moins perméables, il eut Tidée de donner issue à la nappe en lui ouvrant quelques exi^utoires à travers les alluvions récentes ; etTevénement a justifié ses prévisions, au point que, depuis lors, six conduits étanches, établis dans ces alluvions et prolong-és vers l'amont par de véritables drains en tuyaux de béton percés de trous, n'ont cessé d'assurer Fécoulement des eaux phréatiques et de maintenir la nappe à son niveau normal, malgré le développement considérable qu'a pris l'irrigation dans cette plaine d'une étendue de 2.000 hectares, où l'on déverse chaque année 40 millions de mètres cubes d'eau d'égout.
On est conduit aussi à recourir à des dispositifs spéciaux pour les cas oij une étude attentive du régime hydrologique révèle^ dans les terrains qu'on se propose d'améliorer, des afflux d'eau qui ne proviennent pas des précipitations atmosphériques directes, nappes d'eau découlant des fonds supérieurs, sources, etc. C'est
ainsi par exemple qu'un seul drain, tracé à flanc de coteau, pourra recueillir les suintements qui y apparaissent à l'affleurement d'une couche imperméable et dont le ruissellement a pu transformer en marécage les terrains placés en contrebas dans la vallée; de même, deux drains latéraux, descendus à une profondeur suffisante de part et d'autre d'un vallon humide, pourront en détourner les eaux abondantes fournies par les coteaux voisins.
Ailleurs, ce seront des eaux ascendantes qu'on recueillera par drainage vertical^ c'est-à-dire par de petits puits plus ou moins espacés, qu'on placera soit en lignes pour les faire aboutir à des
Svinîejnenis
collecteurs horizontaux, soit par groupes débouchant dans de
petites chambres voûtées, d'où partent des conduits d'évacuation. Ces petits puits ont été parfois exécutés, comme les drains ordinaires, en tuyaux de poterie : on dispose à cet effet les tuyaux soit en file simple, soit en file double concentrique, reposant sur un sabot en bois, fretté au besoin et surmonté d'une tige de fer; en frappant à coups de maillet sur le sommet de la tige, on fait descendre le tout, et, lorsqu'on est parvenu à la profondeur convenable, on détache, en quelques tours de vis, du sabot abandonné dans le sol, la tige métallique, qui est employée à la descente des puits successifs.
Parfois on ne trouve pas de cours d'eau naturel susceptible de recevoir les eaux de drainage, et l'on a recours à des puhards ou puits absorbants^ descendus jusque dans une nappe profonde où elles vont se perdre. D'anciennes carrières abandonnées, des cheminées naturelles, ont pu être utilisées de la sorte. Il convient de signaler en passant que cette solution ne va pas sans inconvénients, car elle peut avoir pour conséquence des contaminations occasionnelles de la nappe absorbante ; les puisards s'engorgent aussi assez souvent et cessent alors de fonctionner.
149. Irrigation et drainage combinés. ~~ Dans certains cas, on a obtenu d'intéressants résultats en combinant sur la même terre l'irrigation avec le drainage, soit en superposant un réseau de rigoles d'irrigation à un réseau de drains, soit en se servant d'un réseau unique de conduits souterrains pour l'un et l'autre usage.
Le premier système a été employé dans des prairies sjâns pente et reposant sur un sol imperméable, où la méthode des ados se trouvait inapplicable ou inefficace, et où, pour divers motifs, on ne pouvait établir de fossés profonds d'assainissement ; il faut alors avoir soin de ne pas placer les drains sous les rigoles, de les en tenir même assez éloignés, sans cependant les descendre à plus de 0 m. 90 à i m. 10 de profondeur; et, lorsque des croisements sont inévitables entre des artères des deux réseaux, le drain doit
être garanti contre les infiltrations directes, soit par des manchons, soit par des mottes de glaise. On trouve ce système généralisé dans les champs irrigués à Teau d'égout de la ville de Berlin, où le terrain, peu perméable et peu profond, n'eût pas été suffisamment absorbant ni assez vite assaini après les arrosages, sans l'adoption d'un semblable drainage. Dans le Midi, on y a eu recours pour certains dessalages des terrains conquis sur la mer, afin d'empêcher la remontée par capillarité, sous l'influence d'une évaporation énergique, des eaux qui ont traversé le sol et s'y sont imprégnées de sel.
L'emploi d'un réseau unique de conduits affectés alternativement au drainage et à l irrigation surprend à "priori^ puisque le drainage suppose que ces conduits seront placés à une profondeur assez grande au-dessous du sol actif, tandis que l'irrigation implique l'arrivée de l'eau au contact des racines. Cette combinaison a cependant reçu en Allemagne un certain nombre d'applications remarquables, sous le nom de méthode de Petersen.hQ fonctionnement alternatif est obtenu parle moyen d'obturateurs, placés de distance en distance sur les collecteurs, lesquels sont établis suivant les lignes de plus grande pente : lorsqu'on ferme ces obturateurs, l'eau s'accumule en amont, s'élève dans le sol, s'y répand, gagne les couches superficielles et peut même parfois venir suinter à la surface ; il suffit de les rouvrir pour amener l'effet inverse, l'égouttement progressif, suivi d'une aération énergique. A l'origine les obturateurs étaient de simples bouchons tronconiques en bois, emmanchés à l'extrémité de longues tiges placées dans des regards : depuis, on a remplacé ces bouchons de bois par des clapets métalliques, que commandent des tiges également en métal, par l'intermédiaire d'un petit levier coudé ou d'un mouvement de sonnette. L'expérience a montré que cette méthode, plutôt moins coûteuse que l'irrigation par ados, donne de très beaux résultats dans les