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CHAPITRE XIX

FIXATION DES DUNES

demeurent à remplacement même où elles se sont formées et méritent l'appellation de dunes fixes. Par contre, lorsque les grains de sable sont sans adhérence aucune entre eux et en même temps très fins, on les voit se soulever au moindre vent comme de la poussière, formant des nuées qui sont entraînées au loin et vont se résoudre parfois en « pluies de sable » à de grandes distances dans l'intérieur des terres ou au milieu de l'océan. On rencontre plus souvent le cas intermédiaire, où les grains de sable^ trop mobiles et trop légers pour résister au souffle du vent, sont d'aulre part trop lourds pour se tenir en suspension dans Tair et se laisser ainsi entraîner sur de longs parcours : ils cheminent alors, mais avec lenteur, s'élevant d'autant plus haut qu'ils sont plus fins et le vent plus violent, formant des monticules dont le profil présente un talus adouci du côté d'où vient le vent et plutôt raide du côté opposé. On les voit alors au moindre souffle prendre un mouvement ascensionnel sur le talus adouci, qu'ils escaladent comme s'ils se poursuivaient Fun l'autre ; puis ils en franchissent le sommet pour retomber ensuite, par l'eiFet de leur poids, dès qu'ils se trouvent défilés, protégés contre le vent, et prendre alors le talus naturel d'éboulement : ce même effet se renouvelant incessamment, il en résulte que le monticule tout entier se déplace peu à peu dans le sens même de la marche des vents, la dune devient mobile ou mouvante. Les sables, qui constituent les dunes mouvantes, sont de nature el de grosseur variables suivant les régions ; sur le rivage ides Landes, ils sont tout à fait quartzeux, avec quelques particules seulement de mica et de fer et de rares coquilles, les grains en sont arrondis, et chacun d'eux est si petit que, pour un mètre cube pesant 1.600 kilogrammes, leur nombre dépasse 14 milliards; sur les bords delà presqu'île du Cotentin,les sables sont calcaires et renferment en moyenne, pour 100 parties, 30,5 de carbonate de chaux, 52 de silice et 3,5 de matières organiques ; ils sont encore calcaires, mais moins riches cependant en carbonate de chaux, sur le littoral de la Bretagne et de la Saintonge.

Lorsque les vents régnants viennent de la mer^, les dune§

mobiles envahissent les terres, s'avançanl lentement mais sûrement vers l'intérieur et recouvrant tout, cultures, villages, d'un manteau de sable qui fait du pays un désert. Cette marche des dunes, cette progression s'opère parfois dans des conditions de vitesse effrayantes : c'est ainsi que, près de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne^ on a vu certaine dune s'avancer en 06 ans de 6 à 7 lieues, soit une vitesse de près de 500 mètres par an, aussi n'y trouve-t-on plus trace d'une contrée habitée jusqu'à la fin du xvn^ siècle; de même en Angleterre, sur la côte de Suffolk, la ville de Dowhon a entièrement disparu sous les sables qui y progressent de 80 mètres par an. Ce sont là sans doute des cas exceptionnels, et le plus souvent les dunes mobiles ne s'avancent pas aussi vite ; cependant il n'est pas rare de constater une progression de 20 à 30 mètres par an, et cela suffit pour amener des changements profonds dans la région : un village, Escoublac, a été enseveli dans ces conditions près du Croisic, le clocher seul émergeant au-dessus de la dune pour en marquer la place ; près de Dunkerque, près de Saint-Jean-de-Luz, on a trouvé dans les dunes des puits anciens, attestant la présence d'habitations dans des parages actuellement recouverts par les sables. L'avancement moyen des dunes de Gascogne était moindre encore, 5 à 6 mètres par an, mais il n'en a pas moins suffi pour faire disparaître toute trace de l'ancienne voie romaine de Bordeaux à Bayonne, à dévier de plusieurs kilomètres Tembouchure de l'Adour, à déplacer aussi le débouché du bassin d'Arcachon^ à ensevelir des bourgs entiers comme Vieux-Soulac.

Souvent, quand une première ligne de dunes s'est éloignée du rivage, une seconde ligne tend à se former en avant, puis une troisième, de sorte qu'au bout d'un temps plus ou moins long la côte est bordée de plusieurs lignes successives et parallèles de collines de sable, séparées les unes des autres par de petits vallons allongés, que dans les Landes on appelle des « lettes ». Chacune des lignes parallèles est habituellement composée d'une série de mamelons, et ceux de Fune correspondent aux échancrures de l'autre ; la dune la plus ancienne, qui est nécessairement la plus éloignée de la mer, est aussi la plus haute. L'ensemble forme une sorte de cordon littoral continu, qui barre le

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