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CHAPITRE XIX. — FIXATIOiN DES DUiNES

passage vers la mer aux eaux provenant de l'intérieur des terres^ dont l'écoulement se trouve ainsi obstrué : ces eaux s'accumulent alors en arrière, y constituent des flaques d'eau stagnante, marécages, étangs, dont la conséquence est d'étendre la désolation au delà encore de la zone couverte par les sables et de compromettre en outre la salubrité du pays : telle est précisément l'origine des étangs marécageux de la côte est de la Corse, ou du littoral de la Toscane^ ainsi que du chapelet d'étangs qui s'est formé en arrière des dunes de Gascogne et où viennent aboutir les eaux des Landes ; ce sont sans doute d'anciennes lagunes, dont les communications avec la mer ont été successivement barrées par les sables, et il est manifeste que le bassin d'Arcachon doit à son étendue et à la masse d'eau qui y pénètre par suite à chaque marée de n'avoir pas subi le même sort.

D'après un état dressé en 1846, il y avail alors en France 409.000 hectares de dunes : les plus importantes de beaucoup étaient celles du littoral de l'Océan et en particulier celles du golfe de Gascogne, qui présentent un front de 240 kilomètres de longueur, sur 4 à 5 kilomètres de large, et dont la hauteur atteint jusqu'à 75 mètres et même en un point 89 mètres ; celles des côtes de la Manche et de la Méditerranée ensemble ne représentant tout au plus qu'un neuvième du total et leur hauteur est faible, 10 mètres au plus ; à eux seuls les deux départements de la Gironde et des Landes figuraient dans le total pour 87.000 hectares, alors que 28.000 avaient été déjà l'objet de travaux de fixation : depuis, les travaux ont été continués, et il ne reste plus guère aujourd'hui dans noU-e pays que des surfaces relativement restreintes de dunes mouvantes.

On ne trouve pas ailleurs en Europe de dunes aussi considérables que celles du golfe de Gascogne, mais celles qui limitent le Sahara, sur la côte de l'Océan Atlantique, sont beaucoup plus élevées encore et atteignent jusqu'à 120, 150 et même 180 mètres de hauteur.

t40. Principe de la OïLiUion des dunes. — Brémontier a trouvé, à la fin du xvnf siècle, le moyen de réaliser par des travaux systématiques, fort simples dans leur principe et d'une

application peu dispendieuse, Parrèt de la marche progressive des dunes et la transformation de ces collines de sable, qui étaient une menace perpétuelle pour le pays avoisinant, en forêts verdoyantes, à la fois protectrices et productives.

Ce moyen était-il déjà pratiqué dans l'antiquité ? nul ne le sait ; personne en tout cas n'en avait connaissance^ quand Brémonlier, ingénieur des ponts et chaussées dans la région des Landes, en conçut l'idée vers 1776 et la publia vers 1790 : ce fut un véritable trait de génie, et la conquête des dunes de Gascogne, dont il a tracé le plan et commencé la réalisation, demeurera le titre de gloire de ce bienfaiteur de la France et de l'humanité.

Pour se rendre compte de l'état oii se trouvait alors l'immense étendue recouverte par ces dunes, il faut lire le mémoire de Brémontier : d'après la description qu'il en donne, le premier souffle de vent y produisait des brouillards de sable; de tous côtés se présentaient des sillons irréguliers, des monticules, dont les moindres obstacles, touffes d'herbes^ bois pourris, etc., provoquaient la formation par accumulation du sable; les lignes de dunes se déplaçaient sans cesse ainsi que les lettes intermédiaires, et la maigre végétation des lettes, composée d'herbes rougeâtres à jets traçants, se déplaçait avec elles ; on ne rencontrait dans cette contrée désolée que de rares troupeaux de vaches sauvages, que les malheureux habitants des Landes tuaient à coups de fusil et vendaient 30 à 40 francs sur les marchés voisins ; parfois il se formait, au-dessous du sable de la surface, des blouses, sortes de cavités pleines d'eau, dont la voûte sans consistance s'effondrait sous le moindre poids ; un cheval disparut dans une de ces blouses sous les yeux mêmes de Brémontier, à l'endroit précis où se développe maintenant la ligne ininterrompue des splendides villas d'Arcachon ! Cette localité, créée de toutes pièces en pleine dune et dont le développement a été si rapide, a bien mérité sa devise : heri solitudo^ hodie civitas, désert hier, ville aujourd'hui.

Le point de départ du système de fixation des dunes, imaginé par Brémontier, a été l'observation qu'il avait faite de la remarquable stabilité de quelques collines de sable qui s'étaient spontanément couvertes de végétation ; il en déduisit logiquement

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