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CHAPITRE XIX. — FIXATION DES DUNES

graines et la pousse des jeunes plants assez difficiles : on y employait d'ordinaire 700 fagots de 20 kilogrammes par hectare.

Dans la partie nord, où le sable plus fin et l'humidité plus proche de la surface favorisaient le développement des plantes, un mode de protection plus économique, puisqu'il n'exige pas plus de 400 fagots par hectare, a pu être mis en œuvre avec succès. C'est celui des aigrettes, qu^on réalise en plantant à intervalles réguliers, après le semis^ des touffes de branchages de pin, de genêt ou de bruyère, du poids moyen de 0 kil. 200, et en les consolidant par une petite butte de sable.

Une autre méthode, encore moins dispendieuse^ surtout parce qu'on a pu l'employer directement parfois^ sans établir préalablement des barrages de défense, est celle dite des gourbets. On désigne sous ce nom, dans la région, une espèce de roseau (arundo arenarid) qui pousse là oii les pins ne réussissent pas et qu'on plante par touffes de 0 kilogr. 060 suivant des lignes espacées de Om. 50: une première équipe d'ouvriers fait le percement des trous ; une seconde la suit de près pour placer les touffes, qu'on enfonce de 0 m. 20 à 0 m. 25 et qu'on butte soigneusement. Ce genre de plantation a été fait souvent sur une zone de 300 à 400 mètres de largeur le long du rivage; une seconde bande, de même largeur à peu près, est recouverte ensuite d'immortelles des gables ou d'autres plantes rampantes, qui se déVeloppaient spontanément dans les lettes ; ensuite commencent les plantations de pins.

15^. Applications diverses. — Les procédés qui viennent d'être décrits, et qui ont admirablement réussi sur les bords du golfe de Gascogne, peuvent être appliqués partout, à la seule condition de choisir avec discernement les plantes qui conviennent au climat et à la nature particulière du sol.

L'administration des eaux et forêts a obtenu le même succès, par les mêmes moyens, à la pointe de la Coubre, au nord de l'embouchure de la Gironde^ oia les conditions locales ne diffè-

rent pas sensiblement de celles qu'on avait rencontrées vers le sud. Là aussi des palissades, des dunes littorales, des aigrettes en quinconce, des cordons transversaux dans les gorges, ont servi à protéger des semis d'ajonc, de genêt, de pin maritime : on y a seulement ajouté l'alfa, importé d'Algérie. La progression des sables a été arrêtée dès 4897, et la surface autrefois mouvante et déserte qu'on a fixée de la sorte s'est couverte d'une abondante végétation forestière.

Mais on a échoué en Normandie, dans \es?)iie/Ies du Cotentin, avec le pin maritime : cet arbre, qui se plaît dans les terrains très siliceux du rivage de la Gascogne, où il sait trouver, dans le sable quartzeux presque pur, les petites quantités de chaux et d'acide phosphorique indispensables à son développement, n'a pas prospéré dans les sables calcaires de la côte ouest du département de la Manche, entre Hauteville et Barneville, qui, s'avançant peu à peu dans la direction de Montmartin, étaient une menace constante pour les cultures et les agglomérations du voisinage. Les conditions différaient nettement de celles qu'avait rencontrées Brémontier dans les Landes, puisque ces dunes basses, qui s'étendaient sur une profondeur de quatre kilomètres, s'étaient couvertes spontanément de mousses et d'herbes, qui nourrissaient des troupeaux de moutons, dits de prés salés, recherchés par la boucherie et produisant des laines de bonne qualité : le produit était maigre cependant, et les travaux de fixation ont eu pour effet d'augmenter grandement la richesse agricole de cette région. Ils ont consisté finalement — après des essais et tâtonnements d'abord infructueux — dans la division de la surface en parcelles de faible étendue, qui furent entourées de reliefs gazonnés de 1 m. 50 à 2 mètres de largeur, ou de haies vives, et partiellement complantées en peupliers blancs de Virginie : ces arbres ont grandi rapidement, et, à l'abri des lignes de défense ainsi constituées, en amendant le sol au moyen de la tangue, en y employant le varech comme engrais, on a pu obtenir bientôt des récoltes de pommes de terre, de luzerne, de légumes variés, si bien que la valeur locative des terres s'est élevée jusqu'à 150 et 200 francs l'hectare, la valeur vénale à 5.000 francs et plus, et qu'un pays naguère misérable n'a pas

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