CHAPITRE XX
NOTIONS DE SALUBRITÉ URBAINE
lives à ralimenlaliou do Paris faisaient naîiro les projets do dérivation de l'Yvelle et de la Bièvre, bientôt abandonnés quand une première Compagnie des eaux — dont la destinée fut d'ailleurs malheureuse — eut créé (! 781-1783) les usines à vapeur ou pompes à feu de Chaillot et du Gros-Caillou. Le premier tiers du xix'' siècle ne fut g-uère plus fécond : si le Consulat décida en principe l'établissement du canal de TOurcq, l'exécution n^en fut poursuivie qu'avec une grande lenteur, le transfert de la voirie parisienne de Montfaucon à Bondy n'améliora guère le régime de la vidange; et, bien que Paris par exemple, avec ses rues à chaussées fendues dans l'axe et dépourvues de trottoirs, ne disposât guère de plus de 10.000 mètres cubes d'eau pour 600.000 habitants, ne comptât pas plus de 26 kilomètres d'égouts, l'opinion publique restait indifférente et le serait restée longtemps encore, sans l'apparition subite et les ravages terrifiants du choléra de 1832, qui eut le don de secouer enfin la torpeur des populations.
De celte époque date en réalité la renaissance de l'hygiène, l'apparition de la science sanitaire moderne, venue à propos pour parer aux inconvénients croissants que le développement subit des grandes villes, conséquence des facilités nouvelles de transport et des progrès industriels, devait bientôt provoquer de toutes^rts. Le mouvement, assez lent d'abord, a commencé par l'Angleterre, où l'on a fait application à l'ensemble des eaux do Londres du filtrage par le sable, imaginé en 1829, où le public health Act de 1848 a ouvert l'ère des grands travaux, qui sont depuis lors poursuivis avec une activité progressive, en particulier pour fournir en abondance l'eau d'alimentation dans les villes et pour assurer l'évacuation, puis le traitement des eaux usées. En France, la période qui a suivi le choléra de 1832 a vu entreprendre une première série de travaux : c'est l'époque où à Paris l'on a terminé le canal de l'Ourcq, amélioré la distribution d'eau de Soine, étendu l'ancien réseau d'égouts, etc. ; plus tard, la loi de 1850 sur les logements insalubres, le dispositif du décret-loi de 1852 sur l'assainissement des maisons, ont marqué une tendance nouvelle ; puis est venue l'impulsion du second Empire, qui a introduit à Paris l'eau de source pour le
service privé, provoqué la construcliori des collecteurs généraux destinés à débarrasser la Seine du déversement des égouts dans la traversée de la ville, préparé l'épuration agricole; le programme élaboré alors par Belgrand a é(é poursuivi depuis sur une plus large échelle, complété par l'achèvement de la double canalisation, l'exécution des dérivations de l'Avre et du Loing^ la création des champs d'épuration, Técoulement direct des eaux vannes et des matières de vidange à l'égout; les autres villes sont plus ou moins entrées dans la même voie, et des travaux considérables ont été exécutés à Lyon, Marseille, Reims, etc., etc. Dès 1843, New-York créait la première dérivation du Croton ; et les villes américaines, suivant son exemple, donnaient à l'alimenlation en eau une importance qu'on n'a pas égalée ailleurs. Après Londres et Paris, toutes les grandes villes européennes, Bruxelles, Vienne, Berlin, Francfort, etc., entraient dans le mouvement et construisaient à l'envi, sur des types divers, d'importants systèmes d'alimentation et d'assainissement^ successivement étendus et perfectionnés. Etudes variées, idées nouvelles, découvertes fécondes, ouvrages considérables, résultats remarquablement probants, tout a contribué à triompher de l'ancienne indifférence, qui de plus en plus fait place à un goût déterminé pour les choses de l'hygiène, dont les congrès internationaux ont en outre propagé la connaissance et favorisé les applications : c'est une véritable révolution qui s'accomplit sous nos yeux.
15*?. Etat actuel de l'IiygSètie ui*l»a§iie. — Cette révolution est loin d'être achevée : si elle est faite dans les idées, il s'en faut qu'elle le soit dans les miœurs ; si un grand nombre de villes travaillent à l'amélioration de leur état sanitaire et s'imposent à cel effet de lourds sacrifices, les etïorts des administrations éclairées se heurtent encore trop souvent à des préjugés enracinés ou à des exagérations outrées, à des préventions irraisonnées, à des résistances fâcheuses^ qui retardent le moment oià l'abaissement du taux de la mortalité urbaine deviendra général, réalisant pour l'humanité un des plus grands bienfaits qu'elle puisse rêver.
Sans doute le besoin à' eau en abondance n'est plus contesté, et la consommation tend à augmenter partout, au point que la