CHAPITRE XX
NOTIONS DE SALUBRITE URBAINE
les campag-nes ou les petites ag-g-loniérations, ne tardent pas dans les villes à devenir elles-mêmes nuisibles, quand elles ont ruisselé sur les toits, dans les cours ou les voies publiques, et y ont recueilli des poussières, des détritus, des matières putrescibles de toute espèce, de sorte qu'il faut les confondre presque toujours dans la masse des eaux usées et se préoccuper également de leur éloig-nemenl. La réunion de ces eaux nuisibles dans un ou plusieurs évacuateurs devient elle-même un danger, car elle tend à créer au débouché^ quel qu'il soit, un foyer d'infection redoutable, qui soulève de nouveaux problèmes, appelle des efforts et des travaux d'un autre ordre.
156. Aperçu rétrospectif. — Après ce qui vient d'être dit, il est pour le moins surprenant de constater que l'hyg-iène urbaine a pris seulement depuis peu d'années la place qui lui est légitimement due dans les préoccupations de l'édilité moderne.
Dès l'antiquité la plus reculée cependant, tous les peuples ont eu la connaissance des lois primordiales de la salubrité publique, qui prenaient alors le plus souvent la forme de préceptes religieux et dont l'observance se rattachait aux pratiques du culte : les livres sacrés de l'Inde, les récits bibliques, l'attestent ; et parfois ce sont les ouvrages destinés à la fourniture de l'eau potaBTe qui se sont trouvés marquer presque seuls la place de civilisations disparues, telles ces grandes citernes de Carthage ou le siphon récemment découvert qui alimentait jadis la citadelle de Pergame. Les Grecs et les Romains ont sans doute emprunté à des peuples plus anciens leurs idées si larges en ce qui concerne l'emploi de l'eau, idées dont ils ont laissé tant de traces, soit dans les documents écrits — lois de Solon, livres d'Hippocrate, de Platon, d'Aristote, etc. — soit dans cette multitude d'ouvrages dont on trouve les ruines imposantes dans toute l'étendue du monde romain et particulièrement à Rome même, où Frontin, curateur des eaux à l'époque de ïrajan, comptait 9 grands aqueducs, d'une longueur totale de 443 kilomètres, avec 49.500 mètres d'arcades et un débit de 1.000.000 de mètres cubes par jour, où un peu plus lard, sous l'empereur
ConsUilUili, il n'y avait pas nioins do 34 aqueducs, 15 thermes, 856 bains publics ! L'assainissement n'était pas nég-ligé non plus, ainï'>i qu'en témoigne l'existence de la Cloaca maxima^ qui écoule encore dans le Tibre une partie des eaux usées de la ville éternelle et dont on attribue la construction à Tarquin l'Ancien : ne sait-on pas d'autre part que les latrines pourvues d'eau étaient très répandues à Rome et qu'il y en avait sous Dioclétien 144 alTectées à l'usage public?
Mais une éclipse complète s'est produite à cet égard après les invasions des barbares, qui amenèrent la chute de l'Empire et l'établissement d'un nouveau régime basé sur le mépris de lous les raffinements de la civilisation romaine : l'Europe, plongée dans la nuit du moyen âge, oubliait les principes fondamentaux de l'hygiène et s'attirait par là les terribles ravages qu'y liront alors la lèpre et la peste. La réaction s'est fait longtemps attendre et il faut aller jusqu'au xn^ siècle pour en trouver trace^ à l'époque où Philippe-Auguste ordonnait les premiers pavages à Paris, où les moines de Saint-Laurent y amenaient les eaux des petites sources des prés Saint-Gervais.
Cest seulement au xvie siècle que les papes songèrent à restaurer quelques minimes parties des aqueducs de l'ancienne Rome {acqua Vergine, 1568) que Londres vit sa première machine élévaloire, établie par Pierre Maurice sous une des arches du pont de la Tamise (1582), que le Parlement de François P^" fit œuvre d'assainissement en ordonnant aux propriétaires do Paris de munir chaque maison d'une fosse d'aisance (1533). Le xvn^ siècle a vu construire, en France, les pompes de la Samaritaine sous la seconde arche de rive droite du Pont-Neuf (règne de Henri IV) et Taqueduc d'Arcueil (régence de Mario deMédicis) pour l'alimentation de Paris, la fameuse machine de Marly, sous Louis XIV, pour élever l'eau de Seine au niveau du château de Versailles. Aamême siècle on construisit en Angleterre, pour l'alimentation do Londres, la dérivation de la Lee, dite New River. Les divers types des pompes modernes (pompe à piston plongeur, pompe à double eClot, pompe diiïérentiello), ainsi que le bélier et les premiers iillres, n'ont fait leur apparition que vers la lin du xvni'' siècle, en même temps que les préoccupations rela-