CHAPITRE XXIII. - RÉSEAUX DE CONDUITES
vont en diminuant régulièrement de l'origine aux extrémités, paraît au premier abord tout à fait rationnelle : on y suit aisément la marche de l'eau ; un calcul simple permet de déterminer sans peine le diamètre de chaque conduite d'après le service qu'on lui demande ; le développement des canalisations semble être le plus faible possible et comporter dès lors la moindre dépense. Mais la pratique a révélé des inconvénients qui tendent à faire écarter désormais ce type dans un grand nombre de cas : en effet, les interruptions de service, causées par la rupture d'un tuyau ou le déboîtement d'un joint, y prennent une gravité particulière, puisqu'il faut arrêter l'eau en amont, en priver toute une région, pour effectuer la réparation; d'autre part, les conduites de service, terminées en cul-de-sac, demeurent remplies d'eau stagnante à certaines heures et se prêtent en conséquence à des dépôts, ^nsi qu'à la pousse de végétations ou à l'accumulation de mollusques^ dont on n'a raison que par des nettoyages fréquents au moyen de chasses périodiques; enfin l'économie entrevue est plus apparente que réelle, car les conduites alimentées d'un seul côté débitent évidemment moins à diamètre égal que celles des réseaux maillés, qui la reçoivent toujours de deux côtés à la fois. Ces derniers au contraire, composés de conduites de ceinture ou périphériques et de conduites transversales, formant des circuits fermés, qui entourent de toutes parts les îlots de maisons, se prêtent à l'écoulement de Teau dans Tun ou l'autre sens, suivant les variations de la consommation et des pertes de charge qui en résultent ; dès lors, la pression s'y répartit mieux, les interruptions de service y sont plus rares et surtout moins étendues ; l'eau partout en mouvement ne se prête ni aux dépôts de vase ni au développement de la vie animale ou végétale; par contre, les calculs sont plus complexes et ne donnent pas de résultats aussi certains, puisque, dans l'enchevêtrement des
conduites qui s'entre-croisent, la direction que suivra l'eau à chaque instant ne peut être déterminée sans recourir à des données plus ou moins hypothétiques sur la répartition des besoins à desservir ; mais les avantages sont tels, au double point de vue de la facilité et de la sécurité de l'exploitation, qu'ils n'en font pas moins pencher de plus en plus la balance en faveur du type maillé.
On s'impose d'ordinaire, dans l'étude des canalisations, un maximum de vitesse que l'eau ne doit pas dépasseraux heures de grand débit, afin d'éviter les trop grands frottements et les excès de force vive, d'où résulteraient des chocs redoutables ou des baisses exagérées dépression : cette limite peut être fixée entre O m. 60 et 1 mètre, pour les petites conduites et les moyennes, et s'élever jusqu^à i m. SO ou 2 mètres, pour les plus grosses. On ne s'astreint pas d'ailleurs le plus souvent à proportionner exactement les diamètres aux débits calculés : il convient en effet de ne pas trop multiplier les types, pour ne pas compliquer les raccords, les approvisionnements, les réparations ; il est bon aussi de se réserver quelque marge en vue des variations dans les besoins et des changements ultérieurs. Les canalisations se composent généralement, dans les réseaux ramifiés, de tronçons successifs de diamètres décroissants, comme les anneaux d'une lunette d'approche; dans les réseaux maillés, chaque circuit est constitué d'ordinaire par des conduites de section uniforme.
Les raccordements des conduites entre elles, souvent tangentiels dans les réseaux ramifiés, afin de se mieux prêter à l'écoulement de l'eau, d'éviler les remous et les pertes de charge qui en sont la conséquence, se font au contraire la plupart du temps à angle droil dans les réseaux maillés, oii Técoulement se produit alternativement dans un sens ou dans l'autre.
Presque toujours les canalisations urbaines sont exécutées en tuyaux de fonte, à emboîtement et cordon, avec joints au plomb, et posées en terre à faible profondeur, afin de faciliter les prises, les branchements, les raccordements : on laisse au-dessus des conduites juste la hauteur nécessaire pour les protéger contre la congélation. Elles ne sont que très exceptionnellement posées en galerie : Paris, oii c'est au contraire la règle, et où, pour ce motifs