CHAPITRE IV
LES EAUX SOUTERRAINES
lente que celle des nappes superficielles correspondantes : si donc ces dernières éprouvent des crues, les premières en éprouvent également, mais qui sont moins marquées et se manifestent toujours avec plus ou moins de retard. Elles n'en déterminent pas moins parfois l'apparition de Teau souterraine dans les dépressions du sol, quand le niveau piézométrique vient à s'élever au-dessus de la surface en quelques points.
Lorsque, par des sondages multipliés, on a reconnu Feau en un nombre de points suffisant pour déterminer la surface invisible d'une nappe souterraine, on peut reporter utilement ces points sur une carte et y tracer des courbes de niveau qui donnent une idée exacte de la configuration qu'affecte la nappe d'eau dans l'intérieur du sol C'est ce qu'a fait notamment, il y a un certain nombre d'années, M. l'inspecteur général des mines Delesse pour la région de Paris : sur sa belle carte hydrologique du dépaitement de la Seine, on lit nettement les formes qu'affecte la nappe de l'argile à meulière^ qui s'étend sous les plateaux de Verrières et de Meudon, ou celle de l'argile plastique, qu'on rencontre au Trocadéro, au Mont-Valérien, à Issy, de celle des martes vertes, à Villejuif, etc.
2S. Cas des terrains fissurés. — Dans les terrains de nature compacte, qui deviennent seulement perméables par la formation de diaclases plus ou moins multipliées, le régime des eaux souterraines présente souvent des particularités, qui le différencient plus ou moins de celui décrit au paragraphe qui précède.
Si les diaclases sont très nombreuses, très fines aussi, réparties dans tous les sens et par toute la masse, les eaux d'infiltration pénètrent et humectent le terrain, comme s'il élait composé de grains fins, les nappes s'y forment de même et y obéissent aux mêmes lois.
Mais, quand les diaclases deviennent plus rares et que certaines d'entre elles prennent l'apparence do larges fissures, où l'eau ne rencontre pas de résistance et peut circuler librement, l'épuration n'est plus certaine ; les troubles, les entraînements de particules minérales ou organiques peuvent affecter les eaux profondes aussi bien que les eaux de surface, et l'épaisseur des
PREMIÈRE PARriE
- HYDROLOGIE
couches traversées n'est plus une g-arantie efficace ni contre les variations de la température, ni contre les contaminations superficielles. Au lieu de s'épandre en forme de nappe dans l'épaisseur des couches aquifères, l'eau peut alors y trouver des voies d'écoulement qu'elle tend à élargir incessamment, par usure ou par dissolution, et oii elle circule avec vitesse, formant parfois de véritables cours d'eau souterrains. La répartition en devient irrégulière et discontinue, de sorte que deux puits voisins peuvent, l'un, donner une alimentation abondante, et l'autre, demeurer indéfiniment à sec; il n'y a plus de surfaces étendues d'eau qui puissent être représentées sur la carte par des courbes de niveau, mais des veines liquides disséminées de toutes parts et courant dans des directions multiples avec des vitesses variées.
Entre ces deux cas extrêmes, il y a naturellement de nombreux intermédiaires et l'on trouve généralement, même dans les terrains fissurés, des nappes véritables, à température sensiblement constante, dont les eaux demeurent habituellement limpides et de composition satisfaisante, n'éprouvant que des troubles peu accentués et passagers au moment des grandes pluies ou des fontes subites de neiges, qui déterminent un écoulement superficiel et abondant d'eaux torrentielles, et dont le niveau piézométrique s'élève et s'abaisse avec les variations de l'infiltration naturelle.
Mais les progrès récents de \ hydrogéologie et de la spéléologie ^ ont montré combien est fréquente l'existence de canaux de
grande section et même de cavernes dans l'épaisseur des terrains aquifères de cette catégorie, dans les terrains calcaires en particulier, comme la craie, Toolithe, etc. Très souvent, ces cavernes, ces canaux, à quelque profondeur qu'ils se trouvent, sont décelés à la surface du sol par la formation de gouffres^ oij
(1) Etude des cavernes.