PREMIÈRE PARTIE
HYDROLOGIE
« En effet, dit Ph. Breton, on ne peut plus penser à ralentir les « eaux d'un torrent, quand elles sont rassemblées. Il n'en est pas (( de môme du ruissellement superficiel^ depuis le point où cha- « que g-outte de pluie est tombée jusqu'au thalweg- prochain. Là « on dispose d'une immense surface d'appui pour la résistance à « l'écoulement des quantités déterminées ». Or, on a observé que les torrents naissent toujours sur les pentes nues, tandis que les gazons^ la terre, le feuillage tendent à retenir l'eau et s'opposent à un ruissellement immédiat : partout où la végétation a été détruite, comme l'a montré Surell par de nombreux exemples, on a favorisé la constitution des torrents, tandis qu'on trouve des forêts dans les bassins de réception des torrents éteints. D'après l'ingénieur en chef des Mines Gaymard, un mètre carré de gazon de Om. 20 d'épaisseur retient aisément 50 kilogrammes d'eau, soit une couche de 0 m. 05 ; de même, le terreau des forêts s'imbibe profondément et retient jusqu'à deux fois son poids d'eau, les racines des arbres le consolident lui-même et leurs feuilles conservent une partie des eaux météoriques^ qui s'ég-outtent ou s'évaporent lentement ensuite. On cite cette expérience de Forster : une pente inclinée à 45° a été partagée en trois parties dont une a été défrichée entièrement, la seconde partiellement, et la troisième est restée boisée ; aux premières pluies, tandis que celte dernière restait intacte, les deux autres ont été plus ou moins ravinées. Ce même fait peut au reste être vérifié tous les jours sur les talus des routes ou des chemins de fer. La conclusion en ressort avec évidence : pour défendre le bassin de réception d'un torrent, il faut y faire des g azonnement s et des reboisements.
A cet effet, on trace d'abord un 'périmètre des travaux, qui doit naturellement englober les parties attaquées, dites berges vives, et qu'il convient d'étendre au delà, de manière à enceindre une zone de défense suffisamment large : Surell recommande de faire passer le périmètre à 40 mètres environ des berges, aux abords du goulot, et à 400 mètres dans les parties hautes de la montag-ne; ce périmètre doit renfermer d'ailleurs les affluents et les tributaires torrentiels, aussi bien que la branche principale, de sorte qu'il présente généralement des ramifications nombreuses et tend à délimiter une surface étendue, dont il faut se rendre entière-
ment maître pour y interdire Tacoès des troupeaux et y entreprendre àTabri de leurs atteintes les semis et les plcmt citions .
Dans la zone de défense, les terres n'ayant pas encore été ravinées, on peut entreprendre immédiatement ces opérations. Le but final est la constitution de forêts : mais^ comme on ne peut l'atteindre qu'avec le temps, on doit se contenter d'abord de créer des gazons, puis des broussailles. Pour réussir, il est à recommander de choisir des espèces rustiques, indigènes ou bien acclimatées, qui conviennent à la nature du sol et à l'exposition ; on distingue à cet effet, dans les Alpes françaises, quatre régions où la végétation est nettement différente :
Le climat (altitude 2.500 à 1.700 mètres) où réussissent
les fétuques, les anémones, la gentiane, le rhododendron, puis, au-dessous de L900 moires, le mélèze, l'aune vert, quelques espèces de pins ;
Le climat ^z/pé-i'//'^ (altitude 1.700 à 1.000 mètres) qui est la zone pastorale par excellence, où Ton peut obtenir la pousse du seigle, de la pomme de terre, de la grande gentiane, de l'arnica, de l'airelle-myrlile, du groseiller, du fraisier, et où végètent bien le hêtre, le sapin, l'épicéa, le pin à crochets ;
Le climat moyen (altitude 1000 à 600 mètres), où l'on trouve le buis, le thym, le houx, les céréales, et, dans quelques régions, la vigne, et, comme arbres, le chêne rouvre, le pin sylvestre, le hêtre, le sapin, le châtaignier ;
Le climat méditerranéen (au-dessous de 600 mèlres), climat d'élection de l'olivier, du laurier, du genêt, où croissent le pin d'Alep et le pin maritime, le chêne-liège, l'yeuse.
On crée, dans la région, des pépinières fixes ou volantes; puis, avant de procéder aux plantations, on défonce le sol, sur 0 m. 40 ou 0 m. 50 de profondeur, en employant la pince au besoin, s'il est résistant ; on laisse passer l'hiver, et on plante alors les jeunes sujets provenant des semis faits duns les pépinières et qui ont ainsi été élevés dans les conditions mêmes où ils sont appelés à vivre (l'époque la plus convenable est celle qui succède aux pluies); on achève par quelques petits travaux de protection contre les éboulemenls, et, quand on le peut, on favorise la pousse des jeunes plantes en pratiquant quelques irrigations.
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