‹ Hydraulique agricoleChapitre 40 sur 92 · CANAL DB LA IIUZEA · texte numérisé non relu

CANAL DB LA IIUZEA

moyen des eaux del'Âdda, un canal du même genre, mais plus grandiose çncore. Ce vaste projet fut immédiatement mis à exécution* L'enthousiasme avec lequel les populations accueillaient l'idée de cette grande entreprise, le concours d'une immense quantité de travailleurs, et une persévérance à toute épreuve en assurèrent l'achèvement , dans un délai très-court; de sorte que le territoire, situé entre TÂdda et Milan, au sud-est de cette ville, se trouva tout à coup en position de jouir du bénéfice de Firrigation, plus complètement qu'aucune autre partie du Milanais.

Le lit de l'ancienne Roggia-Muzza détermina le tracé à adopter, et ce lit, considérablement agrandi, ou plutôt presque entièrement creusé à neuf, reçut le nouveau canal qui, désigné d'abord sous le nom de Nouvel Adâùj reprit ensuite celui de canal ou rivière de Muzza, qu'il porte encore aujourd'hui. Mais on s'aperçut bientôt qu'il ne suffisait pas, pour le succès d'une telle entreprise, d'avoir dérivé une énorme masse d'eau, dans un lit artificiel ; car, en créant ainsi un véritable fleuve avec de fortes pentes, on lui avait laissé toutes ses imperfections. Les crues de l'Âddà étant des plus violentes, rendaient les irrigations difficiles et précaires. Il fallut donc penser au moyen de remédier à cet inconvénient, et c'est ce qui fut fait, très-peu de temps après l'achèvement de la Mazza, par l'ouverture du grand canal de décharge de VAddeita^ qui va déboucher dans le Lambro septentrional à Melegnano.

182 LOMBÀEDn.

L'Âddetta, qui participe à l'abondance extraordinaire des eanx de la Mozza, n'est pas sealement un canal de décharge» il a en outre une double utilité, comme canal d'irrigation, pour une gran4e étendue des terrains inférieurs, et comme principal colateur, relativement à ceux dont l'arrosage a lien plus en amont*

A l'époque ancienne à laquelle remonte l'ouverture de ces canaux, on ne fut préoccupé que du seul inté« rét de l'agriculture. Il était cependant facile de les rendre navigables ; on ne le fit pas. La Muzza, sinueuse, rapide, et entrecoupée de nombreux barrages, est, probablement pour toujours, hors d*état de recevoir des bateaux. L'Addetta et la rivière du Lambro sont aussi dans le même cas. On voit donc combien cette circonstance est à regretter, d'après l'importante ligne navigable qui eût été créée par ces canaux au centre du vaste territoire situé au sud de Milan,

L'introduction des eaux de TAdda dans le lit même de l'ancien canal de la Muzza donna lieu, entre les anciens et les nouveaux usagers, à de longues et graves discussions. Ces contestations devinrent telles» que, dans le cours du xvf siècle, le duc Jean Galéas Visconti fut obligé de s'interposer plusieurs fois, comme conciliateur , entre les intérêts dissidents ; notamment dans les procès qui s'engagèrent entre la ville et l'hôpital de Milan d'une part, contre la ville de Lodi ; procès célèbres qui se perpétuèrent indéfi* niment.

Au commencement du 'xvi* siècle, le canal de la

Canal m la hozzà. 183

était déjà réuni au domaine pnblic, et placé» à ce titre^ sous la main de l'administration snpérieare ; mais une commission spéciale (regia caméra) était chargée de^ pourvoir à sa surveillance et à son entre* tretien, ainsi quecela avait lieu pour les autres grands canaux du pays. A cette époque, la nécessité de Vavaux considérables, de conservation et de défense, se fit impérieusement sentir. Il ne s'agissait rien moins que d*empéclier TAdda d*mvahir entièrement le ca^ na), comme il menaçait de le faire, vers le milieu de son trajet, entre Melegnano etLodi; ce qui eût amené un désastre probablement irréparable. Un système de digues et épis, convenablement disposés, vers la prise d'eau et en aval, prévint une calamité si grande ; les réparations intelligentes, exécutées depuis sur ces ouvrages, donnent tout lieu de compter définitivement sur leur efficacité.

Immédiatement après sa création, le canal actuel de la Muzza se trouva pourvu des trois espèces de bouches en usage sur les canaux d'irrigation de TItalie; savoir : des bouches gratuites, des bouches taxées et des bouches conventionnées. Les plus anciennes étaient grossièrement construites , la plupart en bois ou en mauvaise maçonnerie; de sorte que Ton éprouva de grandes difficultés, lorsqu'il fut ques* tion, en 4574, d'établir leur modellation, suivant le système uniforme qui venait d'être appliqué avec tant de succès, sur le Naviglio-Grande.

Les principaux usagers prétendirent avoir sur les eaux des droits de propriété incotnmutables ; qui,

184 LOnARDIB.

selon eux, ne pouvaient être subordonnés aux règlements de l'administration publique. L*hôpital de Milan invoiqua ses anciens droits et privilèges, contre toute limitation dans F usage des eaux.

De telles prétentions n'étaient pas de nature à entraver, pour toujours, l'exécution d'une mesure aussi essentiellement d'intérêt général. Mais les difficultés qu'elles soulevèrent, et les longues contestations qui en furent la suite, retardèrent considérablement la cessation des abus, qu'elle avait pour objet de détruire. De 1586 à 1588, l'administration obtint, en grande partie, le remplacement des anciennes martellières, en bois, par des bouches, en pierre de taille, de dimensions bien arrêtées. Cependant la modellation resta imparfaite, en ce sens que l'on toléra, pour ces bouches, des hauteurs inégales, croissant en raison de leurs largeurs; ensuite les difficultés étant sans cesse renaissantes, l'opération marchait lentement. Au commencement du xvii* siècle elle était loin d'être terminée, mais elle se continuait, et dans la seule année 16^4, les ingénieurs du gouvernement procédèrent à la modellation de quarante-cinq bouches, très-importantes, outre celles qui avaient été réglées à l'amiable, entre les usagers et l'entrepreneur ; espèce de fermier général, auquel Tadministration avait, dès cette époque, concédé la perception des droits ou redevances sur les eaux de laMuzza. De 4668 à 4700, plusieurs visites et recensements généraux des bouches de ce canal furent encore ordonnés, par le gouvernement, dans le but d'arriver, autant que possible,

Page 1